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	<title>Cameroun &#8211; The Museba Project</title>
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	<description>Corruption, Human Rights Violations, Illicit Finance Flows</description>
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	<title>Cameroun &#8211; The Museba Project</title>
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		<title>« L&#8217;industrie nous tue » : des enfants vivant près des usines de recyclage des batteries au plomb souffrent d&#8217;infection pulmonaire, de retard de croissance et de troubles respiratoires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Dec 2023 15:09:25 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&#8217;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&rsquo;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se font belles devant le géant miroir d&rsquo;un salon de coiffure.</p>
<p>Agathe, 41 ans, réside depuis deux ans à une centaine de mètres du carrefour Bana. Si elle se sent chaque fois heureuse de retourner à cet endroit bruyant, ce n&rsquo;est pas seulement pour se faire plaisir avec ses proches. Elle profite des échanges, dit-elle, pour oublier un instant les soucis de santé de Princesse et Jules Merlin, ses deux enfants en bas âge venus au monde quand elle vivait près des usines de recyclage de batteries au plomb usagées.</p>
<figure id="attachment_3609" aria-describedby="caption-attachment-3609" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3609" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3609" class="wp-caption-text">Des habitants font du commerce devant l »usine de recyclage des batteries au plomb de Kyzen Global Sarl, avec un toit bleu, au carrefour Bana. Douala Cameroun, 22 novembre 2023</figcaption></figure>
<p>Agathe a remarqué à sa naissance que Jules Merlin se portait bien, dit-elle. Plus tard, elle découvre que son petit garçon aujourd&rsquo;hui âgé de trois ans ne s&rsquo;exprime toujours pas. Alors que son entourage cherche encore à comprendre la cause de cette anomalie de croissance, Agathe a donné vie il y a six mois à sa dernière fille, Princesse, qui a contracté une infection pulmonaire. Avec ce second coup dur, Agathe a pris peur et a quitté le carrefour Bana. Elle suspecte les fumées des usines d&rsquo;être à l&rsquo;origine des malheurs de ses enfants.</p>
<p>« Je me dis que cela est arrivé à cause des odeurs de fumées qui provenaient de la zone industrielle et qui entraient dans la maison », dit Agathe en berçant Princesse dans ses bras. « Les odeurs venaient des gens qui fabriquent les batteries ».</p>
<p>Agathe a raison de se faire du souci. A son insu, des <a href="http://www.okinternational.org/docs/Soil%20contamination%20Lead%20Recycling%20Plants%20Cameroon%202023%20final_FR2.pdf">scientifiques</a> ont récemment prélevé des échantillons de sols à l’intérieur et aux environs des usines de Kyzen Global sarl, Metafrique Cameroun et Ganesha Cameroon, trois entreprises spécialisées dans le recyclage des batteries au plomb usagées dans la capitale économique. Après analyses, les experts ont révélé que les endroits où vivent les communautés riveraines des usines contiennent des niveaux de « contamination importante » au plomb qui ont des effets négatifs sur la santé humaine.</p>
<p>« La fabrication et le recyclage des batteries au plomb sont des industries extrêmement dangereuses », a déclaré Perry Gottesfeld, le Directeur exécutif de Occupational Knowledge International (OK International), une ONG basée aux Etats-Unis ayant participé à l&rsquo;analyse des échantillons de sols et  qui utilise des stratégies innovantes pour réduire l&rsquo;exposition aux polluants industriels.  « Car, ces processus impliquent la fusion du plomb, ce qui libère des fumées de plomb en suspension dans l&rsquo;air qui sont facilement absorbées », a ajouté Gottesfeld.</p>
<p>Les experts déclarent en outre que les enfants exposés aux fumées de plomb sont plus vulnérables.</p>
<p>Pendant des mois, The Museba Project et le journal américain The Examination ont enquêté sur l&rsquo;état de santé des enfants qui naissent et grandissent  près des industries  de recyclage des batteries au plomb à Douala, et ont trouvé que plusieurs d&rsquo;entre eux souffrent de retards de croissance, d&rsquo;infections pulmonaires, d&rsquo;étourdissement, de vomissements, et de troubles de l&rsquo;humeur.</p>
<p>« L&rsquo;intoxication au plomb est peu recherchée dans notre contexte », a déclaré à The Museba Project Dr Wagou Nintcheu Irène, médecin biologiste à Yaoundé. « La raison la plus importante étant que la majorité des cas est asymptomatique pendant des semaines à plusieurs mois ».</p>
<h3><strong>Des Odeurs toxiques</strong></h3>
<p>A Oyack, la zone industrielle de Bassa (Ziba) a longtemps été une fierté. La ziba est gérée depuis sa création en 1984 par la Mission d&rsquo;Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles(Magzi), un organisme de l&rsquo;Etat chargé de promouvoir et de gérer les zones industrielles.</p>
<p>La Ziba qui s&rsquo;étale sur une superficie de 150 hectares encadre près de 150 entreprises opérant dans des secteurs d’activité comme le sciage industriel, la métallurgie, le recyclage, la production. Les patrons d’entreprises ont créé il ya 5 ans l’Association des entreprises de la zone industrielle MAGZI Douala/Bassa dénommée « EZIMAD’ ».</p>
<p>L’une des missions de l’Association est de «diminuer les impacts environnementaux des entreprises  en les aidant à se mettre en conformité » avec la règlementation environnementale. The Museba Project a demandé au secrétaire permanent de l&rsquo;Association si les effets du recyclage des batteries au plomb sur les communautés riveraines préoccupe Ezimad.</p>
<p>«Ezimad repose sur le concept de symbiose industrielle qui comprend une approche plus globale des différents types de coopération industrielle », a déclaré Marcel Dimitri Beat dans un message électronique. Difficile à comprendre tout de même. Et lorsqu’une entreprise ne respecte pas la réglementation environnementale ? « Vous êtes sans ignorer que la plus grande arme pour impacter les gens est la sensibilisation», a conclu le secrétaire permanent de Ezimad, également expert en développement durable.</p>
<p>Si Ezimad ne le fait pas, des scientifiques s’intéressent aux conséquences des activités de recyclage des batteries au plomb.</p>
<p>Le 6 juillet 2023, des experts de OK International et du Centre de Recherche et d’Education pour le Développement (CREPD), ont prélevé des échantillons de sols sur une profondeur maximale de 3 centimètres près des barrières, à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur des usines de Ganesha Cameroon sarl, Metafrique Cameroun S.A et Kyzen Global sarl. Cette étude commandée par The Examination était nécessaire pour avoir des donnés factuelles sur l&rsquo;impact de cette industrie sur l&rsquo;environnement et la santé des populations, selon Dr Gilbert Kuepouo, géochimiste et directeur exécutif de CREPD, une ONG camerounaise qui promeut le développement durable par la gestion rationnelle des produits chimiques et des produits dangereux.</p>
<p>Il y avait  » un souci de fixer le fond chimique du plomb dans le sol », a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<figure id="attachment_3607" aria-describedby="caption-attachment-3607" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3607" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3607" class="wp-caption-text">Gilbert Kuepouo, (54) (C), docteur en géochimie et coordinateur du CREPD, délimite la zone de prélèvement des échantillons de sol à l&rsquo;usine Metafrique. Douala, 5 juillet 2023, Cameroun</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le plomb est un métal hautement toxique qui produit une série d&rsquo;effets néfastes sur la santé, en particulier chez les jeunes enfants. Il est classé parmi les 10 substances chimiques les plus toxiques par l&rsquo;OMS qui ne lui reconnait aucun niveau d&rsquo;exposition qui ne soit sans danger sur la santé. Selon une étude récente, le plomb est responsable de plus de 5,5 millions de décès chaque année dans le monde.</p>
<p>Malgré sa nocivité, le plomb est présenté comme la clé de l&rsquo;avenir des énergies renouvelable, des transports, des télécommunications et même de l&rsquo;agriculture. Les batteries au plomb représentent plus de 90 % de la consommation mondiale de plomb et constituent l&rsquo;une des seules utilisations croissantes du plomb, disent les experts. Cela explique la chasse au plomb que mène l&rsquo;industries de recyclage des batteries usagées.</p>
<p>Temé Samba,  un citoyen malien âgé de 50 ans, est propriétaire d&rsquo;un point de collecte des batteries au plomb usagées situé au cœur de Bépanda, un quartier populeux de Douala. Il achète les batteries en fonction du voltage auprès de petits débrouillards, dit-il. Lorsque les stocks sont importants, Samba revend ces batteries par tonnage à des entreprises industrielles de recyclage parfois à plus de 60.000 FCFA($99) l&rsquo;unité.</p>
<p>« Ces entreprises nous délivrent des documents pour faciliter le transport des batteries jusqu&rsquo;à l&rsquo;usine », explique Samba debout devant une pile de batteries de divers marques. Il dit avoir gagné « un peu » d&rsquo;argent depuis 15 ans qu&rsquo;il est collecteur sans dévoiler les montants. Il est ce pendant conscient des conséquences de la manipulation des batteries au plomb sur la santé et a commencé à prendre des précautions longtemps à l&rsquo;avance .</p>
<p>« Quand je finis de travailler le soir, je me nettoie d’abord les mains avec de l’alcool avant de rentrer à la maison. Mes habits de travail, je les range dans un coin de mon magasin », dit Samba, père de 8 enfants. « Je me protège et je protège aussi ma femme et mes enfants parce que s’ils tombent malades,  personne ne va m’aider à les soigner ».</p>
<p>Les résultats de la recherche intitulée « Etude sur la contamination des sols dans les usines de recyclage des batteries au plomb à Douala au Cameroun » ont révélé que les niveaux de contamination de sol à l&rsquo;intérieur des trois usines montaient jusqu&rsquo;à 7,6 % , près des clôtures 15% et plus de 2% dans les usines.</p>
<p>L&rsquo;Agence de Protection de l&rsquo;Environnement des Etats-Unis, EPA en anglais, considère 0,08% comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels et 0, 04 % pour les sites résidentiels.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot avait plusieurs fois remarqué que le vent déposait des particules sur les feuilles de légumes et les meubles aux alentours. Mais, lorsque les fumées envahissaient les habitations, elle pensait faire du bien à ses enfants en les enfermant dans la maison.</p>
<p>« Je laissais les enfants dans la maison et je fermais la porte avant de partir parce que je ne supportais pas ces odeurs qui m&rsquo;intoxiquaient », dit Agathe. « Je me protège avec un cache-nez quand je vais acheter quelque chose ».</p>
<p>Les soucis d&rsquo;Agathe ont commencé quelques jours après la naissance de son fils Jules Merlin. « Il a un problème : il ne parle pas,  il a un retard de sortir les mots. Je me disais que peut être sa langue est collée mais on a dit qu’il n’y a rien », explique Agathe. « On m’a dit que s’il y avait de l’argent je devais l’inscrire à l’école et il pourra changer ».</p>
<p>L&rsquo;exposition à des niveaux excessifs de plomb peut provoquer des lésions cérébrales, affecter la croissance de l&rsquo;enfant, endommager les reins, nuire à l&rsquo;audition, provoquer des vomissements, des maux de tête et une perte d&rsquo;appétit, ainsi que des problèmes d&rsquo;apprentissage et de comportement, selon les experts. Les fœtus, les nourrissons et les enfants sont particulièrement vulnérables à l&rsquo;exposition au plomb par rapport aux adultes, car le plomb est plus facilement absorbé par les organismes en croissance. En outre, les tissus des jeunes enfants sont plus sensibles aux effets nocifs du plomb.</p>
<p>Agathe n&rsquo;est pas parvenue à envoyer l&rsquo;enfant à l&rsquo;école faute de moyens ; ses effets personnels sont entassés dans un coin de la salle de séjour d&rsquo;une bienfaitrice qui l&rsquo;héberge avec ses enfants. Agathe ne travaille pas, elle vit au dépends de son voisinage. « Les gens me viennent en aide. Ma voisine qui vend la nourriture me donne souvent à manger . La maman chez qui j’habite me nourrit également ».</p>
<h3><strong>« Il respire fortement »</strong></h3>
<p>Quelques semaines après sa naissance, sa fille Princesse était devenue une nouvelle source d&rsquo;inquiétude à cause de son état de santé. « Pour mon bébé Princesse, au lieu de prendre du poids, elle maigrit plutôt », raconte Agathe, en ajustant la casquette posée sur ses cheveux. « A l’hôpital, on a d&rsquo;abord dit que c’est la malnutrition. Plus tard, on a découvert à l’hôpital qu’elle avait l’infection pulmonaire ».</p>
<p>Après le traitement, Agathe dit avoir fait une radio qui a attesté que Princesse ne souffre plus d&rsquo;infection pulmonaire.</p>
<p>Kyzen Global sarl est une entreprise membre de Ezimad qui dispose d’une usine de recyclage des batteries au plomb située au carrefour Bana à proximité d’un bloc d’habitations clairsemées où vivent environ 2000 personnes.</p>
<p>Depuis juillet 2016, Kyzen a obtenu des autorités gouvernementales un permis environnemental qui donne la possibilité à cette entreprise contrôlée par des indiens d&rsquo;effectuer des opérations d&rsquo;import-export avec ses partenaires étrangers, en majorité d&rsquo;origine indienne. D’après les données de la douane camerounaise, une firme indienne a livré pour plusieurs dizaines de millions de FCFA des centaines de pièces du four rotatif et des sacs de filtration à Kyzen via le port de Kribi en 2021.</p>
<p>Sur le plan environnemental, les experts disent avoir trouvé des niveaux de plomb allant à 1,6 % à l&rsquo;usine, 15% au niveau de la clôture et ces experts parlent d&rsquo;une « contamination importante ».</p>
<p>« Christian souffre de problèmes respiratoires, quand ça commence, il respire fortement », explique Virginie en épluchant les pommes de terre près de son petit-fils de 9 mois profondément endormi.</p>
<figure id="attachment_3611" aria-describedby="caption-attachment-3611" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3611" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3611" class="wp-caption-text">Virginie Talom en compagnie de son petit fils et de son fils Christian( en blanc). Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Talom Virginie est tenante d&rsquo;un restaurant spécialisé dans la vente de mets locaux situé à une vingtaine de mètres de l&rsquo;usine de Kyzen. Deux des trois enfants de Virginie, Christian 14 ans et Stéphane 10 ans, ont régulièrement des problèmes de santé.</p>
<p>Virginie dit avoir fait des examens médicaux qui ont tous été négatifs. A l&rsquo;Hôpital, le personnel lui a expliqué que la voie respiratoire de Christian est « petite » mais devait s&rsquo;élargir au fur et à mesure que l&rsquo;enfant prendrait de l&rsquo;âge. Il n y a toujours pas de changement, dit-elle.</p>
<p>« Quand il tousse, il dit qu’il a mal aux côtes ».</p>
<p>Depuis deux mois, les narines de Stéphane coulent tous les matins, dit Virginie qui vit dans le bloc depuis 2008. « Quand c’est ainsi, je lui donne des médicaments et ça calme puis ça revient plus tard », explique Virginie. Elle dit qu&rsquo;elle nettoie plusieurs fois les ustensiles du restaurant souvent envahis par des particules provenant des fumées.</p>
<p>Les batteries au plomb contiennent de l&rsquo;acide sulfurique et de grandes quantités de plomb, fait savoir l&rsquo;EPA. L&rsquo;acide, est extrêmement corrosif, constitue un bon vecteur pour le plomb soluble et les particules de plomb. Si l&rsquo;acide s&rsquo;écoule sur le sol, il peut contaminer le sol, qui devient alors une source de particules de plomb à mesure que la solution se dessèche et que le plomb s&rsquo;incorpore aux particules de sol qui peuvent être soulevées par le passage des véhicules ou emportées par le vent.</p>
<p>Une autre riveraine, Liliane Judith, 33 ans, dit qu&rsquo;elle fait boire de temps à autre du lait non sucré à ses deux filles âgées de 4 et 7 ans qui souffrent de toux, de grippe et de vomissements.</p>
<h3><strong>L&rsquo;industrie qui apporte le développement nous tue</strong></h3>
<p>« Même la nuit, la fumée nous empêche d&rsquo;étudier à la maison et de dormir, ça me choque parce qu&rsquo;on doit avant tout préserver l&rsquo;environnement », se lamente Christian Tonang, élève en classe de terminale scientifique au Lycée d&rsquo;Oyack.</p>
<p>« La même industrie qui nous dit qu’elle apporte le développement et celle qui nous tue par la suite ».</p>
<p>Une partie de la population avait manifesté sa colère au moment où elle avait été déguerpie par les autorités pour que Kyzen s&rsquo;installe. Plus tard, plusieurs jeunes sans emploi avaient vu en l&rsquo;arrivée de Kyzen une occasion de sortir de la précarité mais ils ont changé d&rsquo;avis, dit Paul Siledjé, le chef du bloc 7.</p>
<p>« Ces jeunes gens ont abandonné à cause de la forte chaleur, la fumée toxique et les mauvaises conditions de travail », a dit Siledjé à The Museba Project au cours. « Ils travaillaient parfois pied-nu, sans masque de protection, sans casque ni gang, ils n’ont aucun équipement de protection individuelle, de sécurité et de suivi ».</p>
<p>Siledjé a dit qu&rsquo;il s&rsquo;est installé dans la localité il y a 30 ans et est devenu chef de bloc depuis 15 ans. Il dit que sa population se plaint de la fumée et d&rsquo;autres déchets en provenance de l&rsquo;usine de recyclage des batteries mais il leur dit qu&rsquo;il ne peut rien faire.</p>
<p>« Les eaux mélangées à de l’acide et du plomb qui sortent de l’usine coulent jusqu’au bas fond dans les marécages où jouent les petits enfants », a expliqué Siledjé.</p>
<p>Le chef du bloc dit avoir constitué une délégation de riverains qui a rencontré un responsable de Kyzen.</p>
<p>« Là-bas, le responsable nous a fait savoir qu’il a tous les papiers qui l’autorisent à s’installer dans cette zone », a déclaré Silédjé .  » Je n’ai aucun pouvoir pour leur dire de quitter ».</p>
<p>Kyzen Global sarl  n&rsquo;a pas repondu aux questions de The Museba Project malgré plusieurs relances.</p>
<p>Le Cameroun est connu comme étant l&rsquo;un des pays ayant un taux d&#8217;emploi faible en milieu urbain. Tous les jours, des chercheurs d&#8217;emploi sont prêts à faire les activités les plus incroyables dans les métropoles comme Douala pour gagner leur vie; mais quand il s&rsquo;agit de travailler dans une usine de recyclage de batteries  au plomb usagées, peu de monde est intéressé.</p>
<figure id="attachment_3605" aria-describedby="caption-attachment-3605" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3605" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3605" class="wp-caption-text">Liliane donne à manger à sa fillette qui souffre de troubles respiratoires. Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Metafrique Cameroun, une autre usine de recyclage des batteries au plomb se trouve à environ 5oo mètres des installations de Kyzen. Les experts disent avoir prélevé un échantillon de sols dans la zone résidentielle d&rsquo;Oyack à proximité d&rsquo;une école, d&rsquo;un hôpital, des magasins d&rsquo;alimentation et avoir trouvé des niveaux de plomb 20 fois supérieurs à ce que l&rsquo;EPA considère comme une menace pour la santé publique.</p>
<p>« L&rsquo;échantillon de sol doit avoir été prélevé dans la zone de stockage des déchets de batteries. Si tel était le cas, l&rsquo;échantillon prélevé contiendrait 100 %, sans quoi je ne peux pas justifier d&rsquo;autres raisons », a déclaré Ahmed Jaber, le directeur général de Metafrique Cameroun dans une interview avec The Examination.</p>
<p>Metafrique Cameroun, titulaire d&rsquo;un permis environnemental obtenu des autorités en avril 2014, sous traite son activité de recyclage à une Pme camerounaise qui embauche et paie des ouvriers.</p>
<p>Arun Goswami qui est présenté dans les documents de la justice et de la zone franche industrielle comme le PDG de Metafrique Cameroun a dans une interview accordée à The Examination, déclaré que « ni moi ni ma famille ne détenons d&rsquo;actions dans les sociétés du groupe Metafrique, que ce soit directement ou indirectement ».</p>
<p>Mirabelle et Minette vendent de la nourriture dans les gargotes à une dizaine de mètres de l&rsquo;usine de Metafrique. Quand les émissions de fumées de l&rsquo;usine se font menaçantes,  elles protègent les narines avec des mouchoirs ou des cache-nez, disent-elles.  Après le restaurant,  ces mères de famille  regagnent leur domicile, accueillies par de petits enfants qui touchent leurs vêtements et ustensiles couverts de particules nocives.</p>
<p>« C&rsquo;est Dieu qui nous protège », dit Mirabelle. « On ne m&rsquo;a jamais dit que l&rsquo;enfant a telle maladie à cause de la fumée que j&rsquo;avale », dit Minette.</p>
<p>En 2013, l&rsquo;Association des journalistes africains pour l&rsquo;environnement(Ajafe) avait publié un rapport accusant Metafrique Cameroun d&rsquo;avoir rendu malades les employés et les résidents proches de l&rsquo;usine, en signalant des cas de toux, de nausées et d&rsquo;éruptions cutanées.</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas connaissance d&rsquo;un tel rapport. S&rsquo;il existe, il doit être faux et considéré comme de la propagande », a dit Ahmed Jaber à The Examination.</p>
<p>En 2018, un <a href="http://www.okinternational.org/docs/Lead%20Soil%207%20Countries%202018.pdf">article</a> scientifique a examiné la présence de plomb dans le sol à l&rsquo;intérieur et autour des usines de recyclage de batteries plomb-acide en Afrique. Metafrique Cameroun était l&rsquo;une des entreprises concernées.</p>
<p>Le sol testé à l&rsquo;extérieur de l&rsquo;usine Metafrique a donné le résultat le plus élevé au Cameroun et le troisième plus élevé en Afrique : 19 000 milligrammes de plomb par kilogramme. Ce résultat est près de 50 fois supérieur à ce que l&rsquo;EPA considère comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels.</p>
<p>Ahmed Jaber dit n&rsquo;avoir « aucune idée » de ce rapport.</p>
<p>Goswami a déclaré que « nous avons toujours respecté les normes locales et les exigences légales du pays dans lequel nous opérons ».</p>
<p>Le maire de la commune de Douala 3eme joint au téléphone n&rsquo;a pas souhaité répondre à The Museba Project. Un cadre de la cette mairie, qui n&rsquo;était pas autorisé à parler à la presse a toutefois indiqué sous anonymat « on croyait que ces entreprises opèrent en symbiose avec les populations, on ne savait pas qu&rsquo;il y avait des plaintes ».</p>
<p>Un matin frais de novembre 2023, Henriette est vêtue d&rsquo;un vieux polo à col roulé, d&rsquo;un pantalon noir avec des chaussures en plastique aux pieds. A coups de houe, elle désherbe son champ de « ndolé » d’un demi-hectare situé près d’un mur défraichi de l’usine de Ganesha Cameroon sarl, en pleine zone franche d’entreprise de Bonaberi, à l&rsquo;Ouest de la ville de Douala.</p>
<p>Au Cameroun, le « ndolé » est aussi populaire que le football.</p>
<p>Ce plat local fait à base des feuilles vertes de vernonia fait saliver du monde pour son goût exquis. Auparavant, le vernonia était cultivé sur de petites portions près des habitations villageoises pour la consommation familiale. Avec le temps, la demande croissante du ndolé même au delà des frontières nationales a obligé des cultivateurs comme Henriette a acquérir des espaces plus vastes pour accroitre l&rsquo;offre.</p>
<p>Pendant les vacances, cette sexagénaire emmène ses petits fils au champ pour travailler mais elle se retrouve toujours seule quelques heures plus tard.</p>
<p>« Chaque fois, les enfants se grattent les yeux et sont intoxiquées par les odeurs fortes. Leur maman a insisté que les enfants continuent de travailler en se protégeant avec des cache-nez mais à un moment, c&rsquo;était devenu insupportable, elle a décidé que les enfants et elle ne mettront plus pied au champ », dit Henriette d&rsquo;un air abattu.</p>
<p>Au cours de leur visite en juillet dernier, les experts disent avoir recueilli un échantillon de sol à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;usine de Ganesha près du hangar principal et deux autres échantillons « composites » à environ 100 et 350 mètres de l&rsquo;usine, précisément dans les champs agricoles environnants comme celui de Henriette. Ils ont</p>
<p>Les champs agricoles situés jusqu&rsquo;à une distance de 100 mètres de l&rsquo;usine avaient une concentration de plomb plus de 70 fois plus élevés que la valeur de référence de l&rsquo;EPA pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les sites résidentiels.</p>
<p>Une mauvaise nouvelle pour les petits enfants de Henriette car les concentrations supérieures à 0,008% sont considérés comme dangereuses pour les enfants, disent les experts.</p>
<p>Les petits enfants de Henriette souffrent de toux, de grippe, dit-elle.  Ils devraient faire des tests pour dépister le plomb et connaitre l&rsquo;ampleur de la contamination, conseillent les scientifiques qui rappellent que le plomb est une substance chimique très toxique pour l&rsquo;organisme humain même lorsqu&rsquo;il est de faibles doses.</p>
<h3><strong>La réglementation manquante</strong></h3>
<p>« La population n&rsquo;est pas informée sur les facteurs de risque de contamination au plomb et encore moins des manifestations cliniques », a déclaré Dr Irène Wagou Nintcheu qui fait savoir qu&rsquo;il faut en moyenne 30.000 f CFA pour effectuer un test de plombémie.  » Sur un long terme, l&rsquo;intoxication peut entrainer un retard de croissance staturo-pondéral, un déficit intellectuel, une anémie réfractaire ».</p>
<p>The Museba project a adressé à sa demande un questionnaire à Ganesha Cameroon qui n&rsquo;a plus réagi.</p>
<p>Le Cameroun ne dispose pas d&rsquo;une réglementation spécifique qui encadre l&rsquo;industrie du recyclage des batteries au plomb usagées.  La loi sur les établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes dit que les établissements générateurs de pollution solides, liquides ou gazeuses comme les usines doivent procéder à l’auto surveillance de leurs rejets. Et sont assujettis au paiement de la taxe annuelle de la pollution lorsqu&rsquo;ils polluent l&rsquo;environnement.</p>
<p>« Ces industries profitent de la faiblesse ou absence du cadre juridique pour ne pas investir dans les technologies propres et équipements de contrôle de pollution appropriés » a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<p>Contacté dans le cadre de cet article,  le ministre de l&rsquo;environnement n&rsquo;a pas fait de commentaire.</p>
<p>Les experts ont également relevé d&rsquo;autres insuffisances à la charge des entreprises de recyclage: l&rsquo;absence d&rsquo;une station de traitement des effluents, le transport des batteries vers l&rsquo;usine dans des camions ordinaires, le démontage manuel des batteries par des travailleurs sans équipement de protection personnel adéquat, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de gestion des flux de déchets dangereux, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de ventilation ou de filtration de l&rsquo;air</p>
<p>« Il fautdrait qu&rsquo;on mette sur pied une commission chargée de faire du lobbying à l&rsquo;international pour contraindre ces entreprises à respecter les recommandations et rendre leur activité plus humaine », dit Alain Fréjus Ngompe, le directeur exécutif de Ajafe.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot a perdu le sommeil à cause de ses enfants malades. Elle a perdu de vue son conjoint qui a « fui » après sa dernière grossesse. Maintenant, elle n&rsquo;a qu&rsquo;un souhait:  » que les fumées ne nous dérangent plus » .</p>
<p>Images: The Museba project et The Examination</p>
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		<title>Au Cameroun, les forces de l&#8217;ordre passent par des « indics » pour extorquer de l&#8217;argent aux citoyens</title>
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		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 17 Jul 2023 12:03:50 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[extorsion]]></category>
		<category><![CDATA[gendarmerie]]></category>
		<category><![CDATA[indic]]></category>
		<category><![CDATA[police]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Assis sur une pierre posée à l’entrée du domicile familial situé à l’est de la capitale économique, Brandon Ndeumeni, un conducteur de moto-taxi âgé de 30 ans, a des frissons lorsqu&#8217;il entend le nom «Gabi»*. Ces quatre lettres rappellent au jeune homme une scène qui s’était produite trois mois auparavant en plein air dans son [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Assis sur une pierre posée à l’entrée du domicile familial situé à l’est de la capitale économique, Brandon Ndeumeni, un conducteur de moto-taxi âgé de 30 ans, a des frissons lorsqu&rsquo;il entend le nom «Gabi»*. Ces quatre lettres rappellent au jeune homme une scène qui s’était produite trois mois auparavant en plein air dans son quartier.</p>
<p>Ce jour-là, alors qu’il joue aux cartes avec trois de ses amis, Brandon est approché par un individu, plus connu sous le nom de Gabi, qui se propose de se joindre au trio. Sans se poser des questions, les jeunes acceptent de partager la partie de cartes avec le nouvel arrivant. Mais, peu de temps après, le petit groupe reçoit une visite surprise. «Des gendarmes armés ont surgi de nulle part et nous ont tous interpellés sans raison», raconte Brandon.</p>
<h3><strong>Le piège</strong></h3>
<p>Arrivés dans les locaux de la gendarmerie, seuls Brandon et ses trois amis ont été entendus pendant une heure de temps par un enquêteur. Il leur a été demandé de payer chacun la somme de 50.000 FCFA pour leur éviter la prison, raconte le conducteur de moto-taxi. Gabi, le joueur qui a rejoint la bande à la dernière minute, n’a pas été inquiété par les gendarmes.</p>
<p>Plus tard, Brandon et ses copains ont compris qu’ils sont tombés dans un piège tendu par Gabi, l’homme qui a fourni le renseignement ayant abouti à l’interpellation. «Gabi a dit qu’il ne peut rien faire pour nous et qu’il faut seulement que nous donnions ce qui nous est demandé», se souvient Brandon. «Nous avons payé 20.000 FCFA chacun pour sortir de la cellule».</p>
<p>Brandon et ses amis ont évité la prison in extremis. Donald n’a pas eu la même chance. En décembre 2022, ce coiffeur a passé deux mois à la prison centrale de New-Bell à Douala après avoir été accusé d’abus sexuels sur un gamin de sept ans. Au moment où Donald s’apprêtait à faire subir des examens médicaux à la victime pour démontrer son innocence,  il a été accroché par deux gendarmes emmenés par Gabi, celui qui a tout manœuvré, selon le coiffeur.</p>
<p>Brandon et Donald se partagent la même peine d&rsquo; avoir un jour rencontré sur leur chemin, Gabi, un homme redouté qui collabore avec les forces de l&rsquo;ordre.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3580" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala.jpg" alt="" width="1309" height="460" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala.jpg 1309w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-300x105.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-1024x360.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-768x270.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-600x211.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-750x264.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/carte-Douala-1140x401.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1309px) 100vw, 1309px" /></p>
<h3><strong>Sécurité sous-traitée</strong></h3>
<p>Au Cameroun, les forces de l’ordre, engagées dans plusieurs fronts, sont à la quête de renseignement prévisionnel pour pouvoir assurer la sécurité des personnes et des biens. Comme la plupart des unités de police et de gendarmerie sont en sous-effectif, certains commandants et commissaires voulant être plus efficaces ont entrepris de recruter au sein de la population, des civils comme Gabi qui ont la charge de leur fournir des informations.</p>
<p>Pourtant, cet enrôlement d’informateurs, communément appelés indics, est non conforme à la règlementation qui encadre le fonctionnement de la police et la gendarmerie.</p>
<p>Jean Achille Engbwang, commandant de la brigade territoriale de gendarmerie de Bépanda, dans le cinquième arrondissement de Douala, a déclaré dans une interview qu’il a recruté cinq indics dans son unité pour étoffer les «réseaux d’informations personnelles». Mais, «Ils(les indics) ne sont pas reconnus par l’État, c’est nous qui les connaissons», précise-t-il avant de justifier la présence de ces civils auprès des hommes en tenue et les critères de leur recrutement.</p>
<p>«Nous avons ordonné à chaque responsable de secteur de recruter des jeunes de bonne moralité qui nous servent de relais sur le terrain», a déclaré Jean Achille Engbwang. «Ça nous permet de gérer efficacement l’aspect sécuritaire dans notre circonscription administrative».</p>
<p>En outre, certains chefs d&rsquo;unité mettent à la disposition des indics, qui sont pour certains des repris de justice, des matériels destinés à l&rsquo;usage exclusif des policiers et gendarmes tels que des menottes, des appareils de communication audio et même des armes à feu.</p>
<p>Quand le reporter du journal en ligne The Museba Project a rencontré Gabi pour la première fois, ce dernier était vêtu d’un pantalon kaki de couleur verte et d’un polo noir estampillé «Garde Présidentielle». Il tenait un appareil de communication audio en main et une paire de menottes était accrochée sur son ceinturon. Avec cet accoutrement, Gabi a de quoi faire croitre aux curieux qu’il est un homme en tenue. Pourtant, ses voisins dans le cinquième arrondissement de la ville savent que le jeune homme d’environ 38 ans se fond dans la population pour recueillir des informations utiles aux forces de l&rsquo;ordre.</p>
<p>De jour comme de nuit, Gabi se promène en permanence avec un appareil de communication audio appelé talkie-walkie, une paire de menottes et une arme à feu.</p>
<blockquote><p>&nbsp;</p>
<p><img class=" wp-image-3581" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi.jpg" alt="" width="218" height="218" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi.jpg 612w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi-300x300.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi-150x150.jpg 150w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi-600x600.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi-100x100.jpg 100w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/07/gabi-75x75.jpg 75w" sizes="(max-width: 218px) 100vw, 218px" /></p>
<p><em>Gabi à coeur ouvert</em></p>
<h3><em><strong>  «Plus vous travaillez, plus vous êtes rémunérés»</strong></em></h3>
<p><em><strong>Reporter : Comment avez-vous été enrôlé ? </strong></em></p>
<p><em><strong>Gabi</strong> :C’est un service trop clé, trop secret et ordonné. Quand tu es rattaché à la gendarmerie, tu envoies tes renseignements au commandant de la brigade pour  solliciter son intervention. Notre rôle est de sillonner, observer la nature et le comportement des hommes. Quand nous constatons des anomalies telles que les agressions, les entreprises qui polluent l’environnement ou des gens qui vendent des produits périmés qui peuvent nuire à la santé des populations, nous contactons immédiatement le commandant de brigade ou le commissaire  de notre poste rattaché, pour l’informer de la situation. Dès qu’il est informé, il prend les dispositions pour intervenir.</em></p>
<p><em><strong>Comment procédez-vous sur le terrain, une fois que vous avez observé toutes ces dérives-là ?</strong></em></p>
<p><em>Dès lors que je constate qu’il y a agression, je contacte ma hiérarchie. Ensuite, je peux demander de l’aide auprès de la population pour neutraliser l’agresseur, en attendant l’arrivée des renforts des forces de l’ordre.</em></p>
<p><em><strong>Comment êtes-vous rémunéré ?</strong></em></p>
<p><em>Il y a parmi nous des personnels qui sont reconnues par le Ministère de la défense; ils travaillent directement au compte de l’ État du Cameroun  comme employés civils, et ils ont un salaire.  Il y a d’autres par contre qui sont rémunérés en fonction de leur travail; c’est-à-dire lorsque le commandant décide de travailler avec toi, il peut de temps à autre te donner une petite somme d&rsquo;argent à la fin de semaine ou à la fin du mois. Cet argent vient de ses poches et il le fait parce qu&rsquo;il sait que tu as une famille à nourrir.</em></p>
<p><em><strong>Nous avons appris auprès des populations, que les indics montent des opérations avec l’aide des forces de l’ordre, pour interpeller des citoyens, afin de les racketter. Est-ce vrai ?</strong></em></p>
<p><em>Ça dépend. Quand un indic observe des choses et informe le commandant. Ce dernier descend sur le terrain et mène une bonne action, alors si tout se passe bien, l&rsquo;indic est rémunéré. Ce que vous dites peut aussi arriver. Généralement, un bon commandant est toujours en train de vous faire de petites enveloppes pour vous féliciter parce que vous faites du bon travail. Plus vous travaillez, plus vous êtes rémunérés.</em></p>
<p><em><strong>Avez-vous déjà mené une action qui a conduit les victimes en prison ?</strong></em></p>
<p><em>Plusieurs fois. D’ailleurs même, c’est notre boulot. Quand vous travaillez et que vous êtes rattaché directement à une unité de gendarmerie ou de commissariat, vous êtes quoi ? Vous êtes de la sécurité publique. Donc c’est de notre droit.</em></p>
<p><em><strong>Est-ce que les populations apprécient votre travail?</strong></em></p>
<p><em>Non. Simplement parce que, même le commandant, qui fait son travail et déferre les gens, puisque ce n’est pas lui qui condamne, on le regarde toujours d’un mauvais œil.</em></p></blockquote>
<h3><strong>Une arme à feu dans la chaussette</strong></h3>
<p>«J’ai l’autorisation de sortir avec une arme à feu», déclare Gabi d’une voix rassurante. «Je cache cette arme dans une des chaussettes lorsque je descends sur le terrain pour une opération dangereuse», ajoute Gabi, qui précise que bien qu’il soit le seul indic de l’unité à avoir accès  à une arme à feu, il n’a pas le droit de passer la nuit avec ce matériel de travail.</p>
<p>«Nos indics n’ont pas le droit d’avoir des menottes, un appareil de communication audio, encore moins des armes à feu, c’est un matériel de travail réservé aux forces de maintien de l’ordre», a déclaré Jean Achille Engbwang, qui dit avoir l’habitude de donner entre 5.000 et 10.000 FCFA par indic comme frais de mission lors des enquêtes.</p>
<p>Gabi est blanchisseur de formation. Faute de moyens, il ne pouvait s’offrir des machines à laver. Pendant plusieurs années, il était contraint de laver à la main les vêtements de ses clients. Gabi qui en avait marre de dépenser son énergie dans une activité peu lucrative a décidé en 2016 de tout abandonner après avoir été approché par un chef d’unité de gendarmerie pour devenir un indic. L’ancien blanchisseur au bout de quelques mois dans son nouvel emploi a commencé à se sentir épanoui.</p>
<p>«On gagne sa vie en faisant le métier d’indic», déclare tout sourire Gabi, en agitant le talkie-walkie de couleur noire qu&rsquo;il tient à sa main droite. «Quand tout marche bien, je peux gagner plus de 200.000 FCFA par semaine». L’indic dit être propriétaire, dans un quartier de la ville de Douala, d’un immeuble R+1 d’une valeur estimée à des dizaines de millions de FCFA.</p>
<p>Si Gabi se fait aussi facilement de l’argent, c’est parce qu’il a appris, en plus de fournir le renseignement, à faire interpeller des innocents qui sont libérés plus tard moyennant le versement d’une somme d’argent. Ces opérations rapportent gros au jeune homme qui a commencé à afficher de signes extérieurs de sa petite fortune.</p>
<p>Au lieu de fournir uniquement le renseignement, certains indics se sont spécialisés dans les arrestations arbitraires, le trafic d&rsquo;influence et le racket des citoyens dans les grandes villes du pays. Il n’existe pas de chiffres officiels sur le nombre d’indics enrôlés dans les unités de police ou de gendarmerie. Malgré de nombreuses plaintes des victimes, il est encore impossible de  connaitre la liste des abus de Droits de l&rsquo;homme que les indics ont commis sur l&rsquo;étendue du territoire.</p>
<p>En outre, les indics ne subissent pas une formation sur le respect des droits humains ou sur le renseignement. pour autant, les chefs d’unité continuent à leur faire confiance.</p>
<p>«Lorsque nous recevons des rapports fournis par nos agents de relais, et que nous interpellons les [présumés] suspects, nous prenons la peine d’ouvrir une enquête afin de mieux comprendre les raisons de leurs interpellations», a déclaré Jean Achille Engbwang.</p>
<p>Dr Marcel Nkouandou, Socio-anthropologue à la faculté des lettres et des sciences humaines à l’Université de Douala, indique que les autorités doivent faire une enquête de moralité aux personnes qui leur rendent compte.</p>
<p>«Il est urgent de former ces personnes à la pédagogie civique des droits humains, à la déontologie du métier de renseignement et ne  pas toujours croire à la lettre ce que ces indics rapportent comme information», dit Dr Nkouandou. «Dès qu’un indic cesse de fournir les renseignements, il cesse aussi de vivre».</p>
<h3><strong>10 ans d&#8217;emprisonnement</strong></h3>
<p>Comme Gabi, Bao* travaille comme indic depuis quelques années. C’est un quarantenaire de petite taille, environ 1m40. Il réside au village Baleng dans le deuxième arrondissement de Bafoussam, où il est connu étant un repris de justice. Il serait à l&rsquo;origine de l&rsquo;incarcération de plus de dix jeunes gens de la localité à la prison de Bafoussam, selon ses voisins. Depuis dix ans, Bao travaille comme informateur de la police mais il ne se limite pas au renseignement. Avec la complicité de certains éléments véreux de la police, il fait aussi interpeller des personnes dans le but de se faire de l&rsquo;argent.</p>
<p>30 janvier 2023, il est environs 16 heures. Junior, 26 ans, franchit la porte de la salle des suspects d’une unité de police à l&rsquo;Ouest du Cameroun. Le jeune dépanneur de téléphones portables se dirige timidement vers un enquêteur assis à un coin de la salle.  La police avait interpellé Junior en compagnie d’un de ses « clients » qui voulait faire reprogrammer son I Phone. Au moment où Junior s&rsquo;avance vers le petit comptoir qui sépare la cellule de la salle d&rsquo;accueil, il découvre que l&rsquo;individu qui s&rsquo;est présenté comme un client n&rsquo;est pas inquiété par les policiers qui lui jettent plutôt des compliments. Le jeune homme qui cherchait à connaitre l’identité du plaignant et le motif de son interpellation apprend que cet individu plus connu sous le nom de Bao, est un indic.</p>
<p>«Junior, tu as fait comment ? », lui demande l&rsquo;enquêteur. « Tu vas passer la nuit ici si tu n&rsquo;appelles pas tes parents », menace le policier qui dit au jeune homme de payer la somme de 300.000 F CFA s&rsquo;il veut regagner sa liberté. « «Je leur ai donné 140.000 F CFA, ils m&rsquo;ont laissé rentrer à la maison» », dit Junior qui a passé une nuit en cellule.</p>
<p>Dans son article 134, le code pénal camerounais condamne à une peine d&#8217;emprisonnement pouvant aller jusqu&rsquo;à dix ans et une amende au plus de deux millions de F CFA, tout fonctionnaire qui  sollicite, agrée ou reçoit un don ou présent  pour  faire, s&rsquo;abstenir de faire ou ajourner un acte de sa fonction. Cette peine est doublée au cas où le fonctionnaire corrompu est un officier de police judiciaire, dit la loi. Conscients de ces dispositions, les chefs d&rsquo;unité de police et de gendarmerie passent désormais par les indics pour dépouiller les citoyens, évitant ainsi de se faire prendre la main dans le sac.</p>
<p>Jean Tchouaffi dirige l’Association Camerounaise des Droits des Jeunes, ACDJ, une organisation qui lutte contre les interpellations arbitraires depuis 32 ans. Il dit avoir sorti plusieurs jeunes des lieux de détention où ils avaient innocemment été envoyés après une intervention des indics et garde un mauvais souvenir du travail des indics.</p>
<p>« Ces gars sont plus dangereux que les hommes en tenue, ils utilisent les cartes de visite des policiers et gendarmes pour prendre de l&rsquo;argent aux gens dans les quartiers », a déclaré le défenseur des Droits humains au cours d&rsquo;une interview. « Si les pouvoirs publics étaient rigoureux, ce genre de chose ne pouvait pas exister ».</p>
<p>En attendant, les indics comme Gabi et leurs chefs continuent paisiblement d&rsquo;extorquer de l&rsquo;argent sans être inquiétés. Malgré les cris de leurs victimes.</p>
<p><strong>*Nom d’emprunt </strong></p>
<p>Cedric kengne</p>
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		<title>Pesticides interdits: la réglementation prise en otage par des intérêts économiques</title>
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		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 26 Jan 2023 11:35:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[banned]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Stanley Katua, 22 ans, originaire de la ferme Machungwani dans le comté de Taita-Taveta, utilise certains des pesticides jugés dangereux et interdits dans l&#8217;Union européenne. Il n&#8217;a aucune idée de la nature toxique des pesticides ni des lois qui régissent leur utilisation. Katua est employé comme ouvrier agricole où il pulvérise les cultures sans aucun [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: left;">Stanley Katua, 22 ans, originaire de la ferme Machungwani dans le comté de Taita-Taveta, utilise certains des pesticides jugés dangereux et interdits dans l&rsquo;<a href="https://european-union.europa.eu/index_en">Union européenne</a>. Il n&rsquo;a aucune idée de la nature toxique des pesticides ni des lois qui régissent leur utilisation. Katua est employé comme ouvrier agricole où il pulvérise les cultures sans aucun équipement de protection.</p>
<h4>Pulvériser sans protection</h4>
<p style="text-align: left;">« <em>J&rsquo;ai des irritations de la peau et des yeux après avoir pulvérisé les cultures, mais je n&rsquo;ai pas d&rsquo;argent supplémentaire pour acheter des équipements de protection et mon patron ne peut pas non plus m&rsquo;en acheter ».</em></p>
<p style="text-align: left;">Des cas similaires d&rsquo;agriculteurs n&rsquo;utilisant pas de matériel de protection ont été observés au cours de cette enquête dans le comté de Kirinyaga, dans la partie centrale du Kenya.</p>
<figure id="attachment_3565" aria-describedby="caption-attachment-3565" style="width: 1536px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3565" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley.jpg" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/stanley-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><figcaption id="caption-attachment-3565" class="wp-caption-text">Stanley Katua, ouvrier agricole à la ferme Machungwani, dans le comté de Taita-Taveta au Kenya, utilise des pesticides dangereux sans équipement de protection/ Mary Mwendwa.</figcaption></figure>
<p style="text-align: left;">Anne Njambi, mère de trois enfants, confirme qu&rsquo;elle utilise des pesticides sur ses légumes : « <em>Je sais seulement que ces produits chimiques tuent les parasites, je ne sais rien d&rsquo;autre. Lorsque je pulvérise, je suis affectée, ma peau me démange et même mes yeux. Mais nous sommes habitués à cela, nous ne pouvons pas nous payer des vêtements de protection »</em>. dit Njambi.</p>
<p style="text-align: left;">Njambi confie qu&rsquo;elle assiste de temps en temps à des formations destinées aux agriculteurs. Lorsqu&rsquo;on lui demande s&rsquo;il y est question de réglementation sur l&rsquo;utilisation des pesticides, elle répond qu&rsquo;elle n&rsquo;en a jamais entendu parler. Elle est même choquée par l&rsquo;existence d&rsquo;une loi.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>Je n&rsquo;ai jamais entendu parler d&rsquo;une loi sur l&rsquo;utilisation des pesticides, et si elle existe, personne ne fait l&rsquo;effort de nous le faire savoir »</em>. s&rsquo;étonne Njambi.</p>
<p style="text-align: left;">Njambi et Katua ne savent pas qu&rsquo;il existe des réglementations locales et internationales censées les guider et les protéger contre l&rsquo;utilisation de pesticides dangereux qui peuvent nuire à leur santé et à l&rsquo;environnement.</p>
<figure id="attachment_3566" aria-describedby="caption-attachment-3566" style="width: 1536px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3566" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne.jpg" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Anne-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><figcaption id="caption-attachment-3566" class="wp-caption-text">Anne Njambi, du comté de Kirinyaga au Kenya, utilise certains des dangereux pesticides sur ses légumes. Elle ne sait pas qu&rsquo;il existe une réglementation sur l&rsquo;utilisation des pesticides/ Mary Mwemdwa.</figcaption></figure>
<p style="text-align: left;">Selon le Conseil des produits de contrôle des pesticides (<a href="https://www.pcpb.go.ke/">PCPB</a>), il a approuvé au moins 32 molécules qui, selon lui, peuvent être utilisées par les agriculteurs.</p>
<p style="text-align: left;">Cependant, le Dr Paul Ngaruiya, responsable de la stratégie et de la planification de la recherche au PCPB, confirme que l&rsquo;analyse des produits pesticides est en cours dans ses laboratoires.</p>
<p style="text-align: left;">Il confirme qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas été en mesure de mener des études sur les organismes pour déterminer le niveau des résidus de pesticides.</p>
<p style="text-align: left;">Ces études essentielles doivent être réalisées pour les aider à prendre des décisions fondées sur des données scientifiques afin d&rsquo;aider les agriculteurs et les Kenyans en général à choisir le type de pesticides à utiliser.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>Un tel exercice est très coûteux et nous manquons de ressources pour les mener. Bien que nous nous associions à des donateurs, nous espérons qu&rsquo;un jour nous pourrons y parvenir</em>« . , déclare le Dr Ngariuya.</p>
<h4>Le diktat des donateurs</h4>
<p style="text-align: left;">Les données de l&rsquo;Organisation des Nations unies pour l&rsquo;alimentation et l&rsquo;agriculture (<a href="https://www.fao.org/home/en">FAO</a>) pour 2020 placent l&rsquo;Afrique du Sud en tête des pays utilisant des pesticides avec 26 875 tonnes, suivie de l&rsquo;Égypte avec 11 352 tonnes, puis du Cameroun avec 7 322 tonnes et de l&rsquo;Éthiopie en Afrique de l&rsquo;Est avec 4 128 tonnes respectivement.</p>
<p style="text-align: left;">Le même rapport a montré que les importations de pesticides du Kenya sont passées de 6 400 tonnes en 2015 à 15 000 tonnes en 2018.</p>
<p style="text-align: left;">La loi sur le contrôle des pesticides de 1983 est l&rsquo;une des législations relatives à l&rsquo;utilisation des pesticides au Kenya. Cette loi a permis la création d&rsquo;un Conseil des produits antiparasitaires (PCPB) dont les fonctions sont les suivantes : Évaluer les produits antiparasitaires conformément à la loi et aux règlements, recommander l&rsquo;enregistrement des produits antiparasitaires et conseiller le ministère de l&rsquo;Agriculture sur l&rsquo;application de la loi et des règlements.</p>
<p style="text-align: left;">Il existe également de nombreuses autres lois relatives aux pesticides.</p>
<p style="text-align: left;">Emmanuel Atamba, coordinateur de programme de l&rsquo;initiative « <a href="https://routetofood.org/"><em>Route to Food</em></a>« , confirme qu&rsquo;ils ont commencé à travailler sur la question des pesticides il y a trois ans. « <em>Grâce aux recherches et aux données disponibles, nous avons constaté que la plupart des produits proviennent de l&rsquo;UE et nous avons donc soulevé des inquiétudes</em>. »</p>
<blockquote>
<h3 style="text-align: left;">« <em>Nous considérons qu&rsquo;il y a deux poids deux mesures car d&rsquo;un côté, l&rsquo;UE a pris des mesures pour protéger son environnement et ses consommateurs et en même temps, elle autorise l&rsquo;exportation des mêmes produits vers certains pays comme le Kenya. Nous trouvons cela très inquiétant »</em>. dit Atamba.</h3>
</blockquote>
<p style="text-align: left;">Atamba ajoute que les gouvernements n&rsquo;ont pas encore pris leurs responsabilités en termes de pouvoir et de mandat par le biais du PCPB qui est censé examiner certains produits.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>C&rsquo;est à nous de traiter les pesticides préoccupants avec la même attention qu&rsquo;ils requièrent</em>« , ajoute-t-il.<br />
M. Atamba estime que toutes les cultures cultivées au Kenya n&rsquo;ont pas besoin de pesticides, mais que les agriculteurs sont au fait de cette culture. Ils les achètent même avant la saison des semis.</p>
<p style="text-align: left;">Le <a href="https://www.fao.org/agriculture/crops/thematic-sitemap/theme/pests/code/en/">code</a> de conduite international sur la gestion des pesticides fournit des normes aux organismes de réglementation gouvernementaux et au secteur privé sur les meilleures pratiques de gestion des pesticides. Le code, qui a été approuvé par la conférence de la <a href="https://www.fao.org/kenya/en/">FAO</a> en 2013, est censé être un point de référence pour l&rsquo;industrie des pesticides.</p>
<p style="text-align: left;">De même, le code doit répondre à la nécessité d&rsquo;une collaboration entre les gouvernements et les entreprises exportatrices et importatrices de pesticides afin de minimiser les risques potentiels pour l&rsquo;environnement et la santé associés aux pesticides.</p>
<p style="text-align: left;">Le règlement européen sur les pesticides (<a href="https://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2009:309:0001:0050:en:PDF">CE 1107/2009</a>) est l&rsquo;une des législations les plus strictes au monde en la matière. Avec ce type de réglementation, de nombreux pesticides interdits produits par les pays européens continuent de les vendre à des pays comme le Kenya et le Cameroun.</p>
<p style="text-align: left;">Rien qu&rsquo;en 2018, plus de 81 000 tonnes de 41 pesticides dangereux, interdits d&rsquo;utilisation agricole dans l&rsquo;UE, ont été exportées par des entreprises européennes. Un avis juridique du Centre pour le droit international de l&rsquo;environnement, une organisation non gouvernementale, indique que les exportations européennes de pesticides interdits en Afrique et en Amérique centrale violent les traités internationaux et les droits de l&rsquo;homme.</p>
<p style="text-align: left;">La Commission européenne avait précédemment promis de mettre en œuvre une interdiction de l&rsquo;exportation de pesticides interdits dans l&rsquo;UE d&rsquo;ici 2023. Toutefois, ce point a été retiré de l&rsquo;ordre du jour de manière inattendue. Cela a suscité des interrogations quant à la volonté de la Commission européenne de rester engagée sur cette question malgré la pression des entreprises chimiques.</p>
<p style="text-align: left;">L&rsquo;eurodéputée française des Verts/ALE Michèle Rivasi est profondément préoccupée par cette décision. Elle est la coauteure d&rsquo;une lettre ouverte signée en 2020 par près de 80 députés européens de tout l&rsquo;éventail politique pour demander à la <a href="https://www.michele-rivasi.eu/politique/il-faut-en-finir-avec-lexportation-de-pesticides-toxiques">Commission</a> d&rsquo;interdire l&rsquo;exportation de ces produits toxiques hors de l&rsquo;UE.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>La Commission a pris un engagement et ne fait rien. Au final, c&rsquo;est le lobby de la chimie qui gagne et continue de profiter de cette pratique honteuse</em>« , a-t-elle déclaré.</p>
<p style="text-align: left;">Michèle Rivasi demande fréquemment à la Commission européenne d&rsquo;agir rapidement sur cette question. Le commissaire à l&rsquo;environnement doit proposer des mesures dans les plus brefs délais et le commissaire en charge des <a href="https://www.michele-rivasi.eu/politique/pesticides-interdits-en-europe-mais-vendus-dans-les-pays-du-sud">partenariats internationaux</a>. Mais aujourd&rsquo;hui, les enquêtes et les témoignages s&rsquo;accumulent de telle sorte que l&rsquo;on ne peut plus nier la question.</p>
<figure id="attachment_3563" aria-describedby="caption-attachment-3563" style="width: 1536px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3563" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides.jpg" alt="" width="1536" height="1024" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/pesticides-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1536px) 100vw, 1536px" /><figcaption id="caption-attachment-3563" class="wp-caption-text">Pesticides exposés dans un magasin de détail. De nombreux produits de pesticides jugés dangereux sont vendus au détail sur les marchés du Kenya et du Cameroun/ Mary Mwendwa.</figcaption></figure>
<h4 style="text-align: left;">Manque de coordination</h4>
<p style="text-align: left;">Au Cameroun, le <a href="https://forestsnews.cifor.org/tag/ministry-of-agriculture-and-rural-development-cameroon/">ministère de l&rsquo;agriculture et du développement rural</a> a pris plusieurs décisions pour interdire l&rsquo;utilisation de certains pesticides au cours des dernières années.</p>
<p style="text-align: left;">Cependant, cette évolution vers une meilleure réglementation est en contradiction avec l&rsquo;acceptation par le gouvernement des pesticides dangereux. Les exportateurs européens à qui nous avons parlé disent qu&rsquo;ils exportent des pesticides dangereux avec le « consentement » des pays importateurs.</p>
<p style="text-align: left;">Les pesticides sont définis comme des organismes de quarantaine, également appelés organismes nuisibles, selon les dispositions du <a href="https://www.informea.org/en/legislation/décret-n°-20050771pm-fixant-les-modalités-d’exécution-des-opérations-de-quarantaine">décret</a> n° 2005/0771/PM du 6 avril 2005 fixant les modalités d&rsquo;exécution des opérations de quarantaine végétale. Toute personne souhaitant introduire ces organismes sur le territoire national a besoin principalement de deux documents.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>A l&rsquo;importation, les articles réglementés à haut risque d&rsquo;introduction d&rsquo;organismes de quarantaine sont accompagnés d&rsquo;un certificat phytosanitaire respectant les exigences du permis d&rsquo;importation correspondant</em>« , stipule l&rsquo;article 8 du décret.</p>
<p style="text-align: left;">Alain Frejus Ngompe est un journaliste qui a écrit plusieurs articles sur l&rsquo;environnement. Il a récemment publié un recueil des lois environnementales au Cameroun pour faciliter l&rsquo;accès à la législation concernant ce secteur, dit-il.<br />
Nous lui avons demandé pourquoi les pouvoirs publics acceptent de transporter ailleurs des produits déclarés dangereux.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>Les organes chargés de la répression ou de l&rsquo;homologation des pesticides ne fonctionnent pas à plein régime</em>« , explique M. Ngompe.</p>
<p style="text-align: left;">« <em>Il y a aussi un manque de coordination entre ces organes</em>« , a-t-il ajouté. « <em>Dans le contrôle des pesticides, le ministère en charge de l&rsquo;agriculture ne consulte pas le ministère de l&rsquo;environnement avant de prendre une décision qui concerne les deux institutions. C&rsquo;est pourquoi il y a ce double langage</em>« .</p>
<p style="text-align: left;">Le ministère de l&rsquo;Agriculture et du Développement rural contacté dans le cadre de cette enquête pour commenter l&rsquo;homologation des pesticides dangereux au Cameroun n&rsquo;a pas réagi à notre demande d&rsquo;information.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: left;"><em>Cette enquête a été menée par <b>Mary Mwendwa et Christian Locka</b> avec le soutien de <a href="https://www.journalismfund.eu/">Journalismfund.eu</a>. </em><em>Vous pouvez lire la première partie de cette enquête sur les pesticides interdits <a href="https://www.talkafrica.co.ke/banned-pesticides-hazardous-pesticides-in-eu-markets-retail-in-kenya-and-cameroon/">ici</a>.</em></p>
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		<title>Au Cameroun, la vérité est un métier dangereux</title>
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		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 18 Jan 2023 14:41:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[repression]]></category>
		<category><![CDATA[violations; droits de l'homme]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ekukanju*, 10 ans, et ses six jeunes frères et sœurs ne vont plus à l&#8217;école depuis dix mois. Leur père, un journaliste, a été contraint de se cacher pour ses reportages contre la corruption et ne peut plus travailler pour payer leur scolarité et leurs soins. « Nous sommes hébergés par notre mère et notre oncle [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Ekukanju*, 10 ans, et ses six jeunes frères et sœurs ne vont plus à l&rsquo;école depuis dix mois. Leur père, un journaliste, a été contraint de se cacher pour ses reportages contre la corruption et ne peut plus travailler pour payer leur scolarité et leurs soins. « Nous sommes hébergés par notre mère et notre oncle ici à Douala », explique tristement Ekukanju. Mais l&rsquo;oncle a une grande famille à lui tout seul, alors même nourrir les enfants est difficile. « Je suis mince comme ça à cause de la sous-alimentation ». Les membres de la communauté qui ont commencé à aider la famille n&rsquo;accusent pas le père d&rsquo;Ekukanju d&rsquo;être responsable de ces difficultés, cependant ; ils savent qu&rsquo;il avait de bonnes raisons d&rsquo;entrer dans la clandestinité.</p>
<figure id="attachment_3547" aria-describedby="caption-attachment-3547" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3547" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1575" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-300x185.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-1024x630.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-768x473.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-1536x945.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-2048x1260.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-600x369.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-750x462.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Cameroon_chart-1-1140x702.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3547" class="wp-caption-text">Un graphique sur les violations des Droits de l&rsquo;homme au Cameroun de 2017 à 2022. Lire le rapport entier<a href="https://www.zammagazine.com/investigations/1563-human-rights-violations-2017-2022-in-nigeria-cameroon-uganda-zimbabwe-and-kenya"> ici.</a></figcaption></figure>
<p>Dire la vérité sur le régime Biya est une activité très dangereuse au Cameroun. Deux mois seulement avant que cette conversation n&rsquo;ait lieu, le 9 mars 2022, Paul Chouta, rédacteur en ligne et dénonciateur de la corruption, a été enlevé dans un bar de Yaoundé où il regardait le football. Il a été brutalement agressé et laissé pour mort. « Je suis sorti à la mi-temps lorsque trois hommes non identifiés, en civil, à bord d&rsquo;un pick-up vert, m&rsquo;ont accosté et jeté dans leur véhicule », a-t-il déclaré dans une interview. « J&rsquo;ai crié à l&rsquo;aide, mais les agresseurs ont réussi à me pousser à l&rsquo;intérieur et ont utilisé ma chemise pour me bander les yeux.</p>
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<h2><strong>Ils m&rsquo;ont dit que j&rsquo;étais têtu et que je n&rsquo;apprenais jamais une leçon ».</strong></h2>
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<p>Chouta a été conduit dans ce qu&rsquo;il reconnaîtra plus tard comme une zone située à la périphérie de la ville, près de l&rsquo;aéroport. Là, on l&rsquo;a fait sortir du camion et on lui a demandé de s&rsquo;agenouiller. Il se souvient avoir été battu avec des pierres, des briques, une matraque et un fouet, avant de perdre connaissance. Ils m&rsquo;ont dit que j&rsquo;étais têtu et que je n&rsquo;apprenais jamais une leçon », raconte Chouta. Ce n&rsquo;est pas la première fois qu&rsquo;il est détenu : il a déjà été arrêté par le passé et agressé par des forces non identifiées, et il a reçu plusieurs avertissements lui demandant d&rsquo; arrêter d&rsquo;écrire des bêtises « . Ils ont dit que cette fois, ils allaient me tuer, car je voulais montrer que j&rsquo;étais un héros ». Après s&rsquo;être réveillé blessé, nu et seul, Chouta a marché dans la douleur pendant environ trois kilomètres, avant d&rsquo;être trouvé et aidé par des inconnus.</p>
<h4><strong>Un maire et une compagnie forestière</strong></h4>
<p>Quelques mois plus tard, Jean François Channon, éditeur du Messager, le principal quotidien privé francophone du Cameroun, s&rsquo;est retrouvé sous le feu de l&rsquo;ennemi alors qu&rsquo;il rentrait du travail. Son chauffeur a réussi à « manœuvrer habilement » et à échapper à deux individus qui ont tiré sur la voiture dans laquelle ils se trouvaient. M. Channon pense que l&rsquo;attaque est liée à la couverture par son journal d&rsquo;une affaire de détournement de fonds impliquant les relations de l&rsquo;ancien maire d&rsquo;un quartier de Yaoundé avec une société forestière.</p>
<p>Un autre journaliste, qui a demandé à rester anonyme, affirme avoir failli perdre un œil en novembre 2021 alors qu&rsquo;il travaillait sur une enquête concernant une personne puissante et bien connectée. « Des hommes sont venus chez moi, sont entrés par effraction et m&rsquo;ont agressé. Je savais qui ils étaient mais ils ont dit qu&rsquo;ils reviendraient m&rsquo;achever si j&rsquo;osais mentionner leurs noms. Après cela, j&rsquo;ai dû faire traverser la frontière à mes enfants pour les emmener dans un pays voisin « , a-t-il déclaré.</p>
<h4><strong>Des preuves de torture</strong></h4>
<p>Ces journalistes ont tous survécu, mais certains n&rsquo;ont pas eu cette chance. Le journaliste de Chillen Music Television Samuel Ajiekah Abuwe, surnommé Wazizi, parlait régulièrement de la corruption de l&rsquo;État et des violations des droits humains. Il est mort le 17 août 2019 dans un hôpital militaire de Yaoundé après avoir été porté disparu dix jours auparavant. Selon son avocat, Christopher Ndong, le corps de Wazizi portait des traces de torture. Il s&rsquo;était vu refuser la libération sous caution en vertu de la loi antiterroriste de 2014, qui autorise la détention indéfinie sans inculpation pour des infractions telles que « l&rsquo;acclamation du terrorisme dans les médias ».</p>
<figure id="attachment_3543" aria-describedby="caption-attachment-3543" style="width: 856px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3543" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/jules-koum.jpg" alt="" width="856" height="1200" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/jules-koum.jpg 685w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/jules-koum-214x300.jpg 214w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/jules-koum-600x841.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/jules-koum-360x504.jpg 360w" sizes="(max-width: 856px) 100vw, 856px" /><figcaption id="caption-attachment-3543" class="wp-caption-text">Article de première page relatant la mort du journaliste d&rsquo;investigation Jules Koum Koum</figcaption></figure>
<p>Le terrorisme est défini par la loi comme tout ce qui « crée une situation de crise » ou une « insurrection » et a été largement utilisé par les forces de sécurité comme une excuse pour détenir des manifestants et des militants pacifiques. Les données recueillies par l&rsquo;équipe de ZAM montrent une augmentation constante des violations des droits de l&rsquo;homme commises par l&rsquo;État à l&rsquo;encontre des citoyens ces dernières années, la plupart du temps sous les auspices de cette loi. Ces données peuvent être consultées ici.</p>
<p>Parmi les chefs d&rsquo;accusation figurait l&rsquo;hostilité contre la patrie ».</p>
<p>Parmi les centaines de cas documentés, au moins dix-huit journalistes ont été détenus ou contraints à l&rsquo;exil après l&rsquo;adoption de la loi en 2014. Parmi eux, Ahmed Abba, de Radio France Internationale, qui a réalisé des reportages sur les réfugiés et les zones de conflit dans le pays et a été arrêté en 2015, et le producteur de documentaires Achomba Hans Achomba, dont le tour est venu en 2017 lorsqu&rsquo;il a été ciblé pour avoir filmé des manifestations antigouvernementales dans le sud-ouest du Cameroun. Les charges retenues contre eux comprenaient « complicité d&rsquo;hostilité contre la patrie, sécession, propagation de fausses nouvelles, insurrection, incitation à la guerre civile et complicité d&rsquo;actes de terrorisme », et tous deux ont été torturés. Achomba a finalement été libéré après des mois de pression internationale, tandis qu&rsquo;Abba a passé deux ans en détention. Tous deux vivent aujourd&rsquo;hui en exil au Nigeria.</p>
<h4><strong>La lutte armée</strong></h4>
<p>Ironiquement, c&rsquo;est la répression de longue date par le régime de toutes les manifestations pacifiques, y compris la restriction de leur couverture dans les médias, qui est à l&rsquo;origine de la situation insurrectionnelle dans les régions du Sud et du Nord-Ouest. En 2016, cette région largement anglophone a été saisie par des manifestations populaires dénonçant la discrimination perçue par l&rsquo;élite francophone régnante basée à Yaoundé à l&rsquo;encontre des anglophones. Cependant, c&rsquo;est la réponse militaire sévère du régime central qui a provoqué la transformation de ces manifestations en une véritable lutte armée un an plus tard.</p>
<p>En raison de la répression des manifestations et du journalisme, les médias camerounais ont de moins en moins de marge de manœuvre pour couvrir les violations des droits de l&rsquo;homme commises par les forces de sécurité. La crainte est particulièrement tangible dans les zones anglophones, où les agents de l&rsquo;État peuvent ordonner à n&rsquo;importe quel individu de leur remettre son téléphone portable et utiliser ce qu&rsquo;ils y trouvent pour étayer une accusation de terrorisme. Cette pratique gagne également du terrain dans les zones francophones, où des reporters sont arrêtés dans le cadre de manifestations antigouvernementales générales.</p>
<h2><strong>Les publications favorables au régime défendent leurs sponsors</strong></h2>
<p>La principale victime de cette répression est la vérité, mais au Cameroun, la situation est encore plus complexe. Les reportages véridiques étant pratiquement impossibles, de nombreux membres de l&rsquo;élite au pouvoir ont saisi l&rsquo;occasion et ont lancé des publications pour diffuser de fausses nouvelles à la gloire de leurs propriétaires et pour salir leurs opposants. Malgré le recul de la liberté de la presse, le nombre de diffuseurs et d&rsquo;éditeurs enregistrés a doublé au cours des trois dernières années, passant de trois cents à six cents. L&rsquo;Anecdote et Vision4 TV appartiennent tous deux à Amougou Belinga, un magnat important dont la proximité du pouvoir peut être liée aux décisions de l&rsquo;État de lui accorder des faveurs, notamment un important prêt bancaire sans garantie et une subvention du Trésor de 4 millions de dollars américains. D&rsquo;autres publications proches du régime, dont Quotidien Réalités Plus, Essingan, Le Quotidien et La Grande Tribune, partagent l&rsquo;habitude de L&rsquo;Anecdote de rester en sommeil jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;un commanditaire soit accusé de vol ou de corruption, puis de revenir brusquement dans les kiosques pour salir les accusateurs.</p>
<figure id="attachment_3541" aria-describedby="caption-attachment-3541" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3541" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1709" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-1024x684.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-768x513.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-1536x1025.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-2048x1367.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-600x401.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-750x501.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/kiosk-1140x761.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3541" class="wp-caption-text">Kiosque à journaux dans le centre de Yaoundé. Le public s&rsquo;informe principalement à partir des titres des journaux, notamment des tabloïds, qui tentent d&rsquo;attirer les lecteurs avec des titres farfelus et exagérés. L&rsquo;un des problèmes est que les articles ne reflètent souvent pas le titre de la couverture et que la longueur de l&rsquo;article est souvent inférieure à un paragraphe de 15 lignes. La plupart des gens préfèrent lire les titres sans jamais acheter le journal. Photo par Rodrig Mbock</figcaption></figure>
<h4><strong>Campagnes de dénigrement et peines de prison</strong></h4>
<p>Nsom Kini, chef du bureau du Guardian Post à Yaoundé, note que « ces journaux sortent comme des chiens, pour attaquer les adversaires de leurs maîtres, surtout en période électorale ». Denis Nkwebo, ancien président du Syndicat national des journalistes camerounais, se dit « dégoûté et découragé » de voir « des organes de presse et des journaux se battre entre eux pour des articles concernant des détourneurs de fonds et des voleurs », ajoutant qu&rsquo;au lieu de s&rsquo;attaquer aux voleurs, les organes de presse appartenant aux voleurs luttent vigoureusement contre tout organe de presse ou journal exposant leurs commanditaires ». Il a reproché aux attaques de fake news et aux campagnes de dénigrement de contribuer à un climat général de peur. Même ceux qui, par le passé, ne mâchaient pas leurs mots à propos des vols commis dans les institutions publiques sont aujourd&rsquo;hui silencieux, voire très silencieux. Certains qui ont commencé d&rsquo;excellentes enquêtes ont terminé les histoires à mi-chemin et n&rsquo;ont jamais pris le soin de dire à leurs lecteurs pourquoi ».</p>
<p>Ceux qui essaient encore de tenir le public camerounais informé de la mauvaise gestion de l&rsquo;État et des scandales de corruption voient la machine de l&rsquo;État dirigée contre eux, même s&rsquo;ils sont fonctionnaires. Amadou Vamoulke (72 ans), directeur général du radiodiffuseur public CRTV, a été condamné à douze ans d&#8217;emprisonnement pour détournement de fonds le 20 décembre 2022, bien que les accusations et les preuves de l&rsquo;accusation aient été largement rejetées comme étant fabriquées et  » bidon « **. Avant son arrestation il y a six ans, Vamoulke avait lui-même dénoncé le vol de fonds publics au sein de la société. Il avait également tenté de réformer et de professionnaliser les politiques d&#8217;embauche de l&rsquo;organisation. À l&rsquo;heure actuelle, 80 % des postes de direction de la chaîne seraient occupés par des membres du clan immédiat du président Biya, ce qui amène les contribuables à se demander si les meilleures personnes sont recrutées pour ce travail. Cependant, même dans l&rsquo;environnement médiatique surchargé du Cameroun, peu de journaux sont libres de poser de telles questions.</p>
<h2><strong>L&rsquo;enquêteur sur les fraudes a été transféré dans la zone de guerre</strong></h2>
<p>Le silence entoure également le cas du Dr Albert Ze, fonctionnaire du ministère de la Santé, qui a été transféré à Bamenda, dans le nord Ouest du Cameroun, après avoir travaillé sur plusieurs audits qui ont révélé le vol des budgets de projets de santé par des individus puissants de l&rsquo;État. Dans une rare interview, Ze a déclaré à ZAM que son récent transfert fait suite à des années de harcèlement, y compris des menaces de mort ainsi que des offres de pots-de-vin. Lorsque j&rsquo;ai refusé d&rsquo;accepter de l&rsquo;argent, j&rsquo;ai été agressé physiquement. Ma maison a été cambriolée deux fois, et des ordinateurs portables, des disques durs et des tablettes ont été volés les deux fois. Plusieurs matraques ont également été laissées chez moi, pour indiquer qu&rsquo;elles pouvaient être utilisées contre moi ».</p>
<p>Mais après que l&rsquo;attention de Ze a été attirée par des irrégularités autour d&rsquo;un fonds de solidarité COVID-19 qui avait amassé des dons de personnes morales et physiques au Cameroun entre 2020 et 2021, les choses ont soudainement pris une mauvaise tournure. Après avoir appris qu&rsquo;il  » mettait son nez dans des affaires qui ne le concernent pas « , selon les sources de ZAM, il a été informé qu&rsquo;il allait être muté à la délégation régionale de la santé publique à Bamenda. En tant que francophone et membre du clan Beti du Président Biya, cette affectation au cœur d&rsquo;une région anglophone anti-Biya, où les rebelles sont connus pour s&rsquo;attaquer à ceux qui sont perçus comme ayant des liens avec l&rsquo;élite dirigeante, ce transfert représentait un risque considérable pour sa sécurité physique. Bien que réticent à faire des commentaires détaillés, il déclare dans une interview récente que « cette situation a entraîné une régression de mes activités », ajoutant qu&rsquo;il a dû « se séparer de sa famille, la laissant dans une zone plus sûre » et qu&rsquo;il vit désormais seul.</p>
<p>La collègue d&rsquo;Albert Ze, le Dr Nancy Saiboh, qui devait participer au même audit, a également reçu un avis de mutation tout aussi abrupt l&rsquo;envoyant dans une zone rurale. Le Dr Saiboh a déclaré à ZAM qu&rsquo;elle avait depuis reçu des menaces de la part « d&rsquo;inconnus sur Facebook » et qu&rsquo;elle « regarde toujours par-dessus son épaule où qu&rsquo;elle aille ». Les enquêtes de ZAM ont suggéré que huit autres dénonciateurs de la mauvaise gestion et de la corruption de l&rsquo;État ont également été ciblés pour être harcelés, menacés, arrêtés et parfois torturés. Cependant, lorsque l&rsquo;équipe d&rsquo;enquête s&rsquo;est efforcée d&rsquo;interroger ces huit personnes, aucune n&rsquo;a accepté de nous parler. Au contraire, plusieurs ont exprimé leur colère d&rsquo;être identifiés.</p>
<p style="text-align: center;"><strong>Le FMI est complice.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Outre les journalistes et les lanceurs d&rsquo;alerte, des centaines de citoyens ordinaires ont également été arrêtés, détenus, torturés et emprisonnés en vertu des lois antiterroristes. Parmi eux figurent des membres de l&rsquo;ONG anticorruption Stand Up 4 Cameroon, dont le président Kah Walla est également président du Cameroon Peoples Party (CPP), parti d&rsquo;opposition. Interrogée sur le taux d&rsquo;attrition, elle ne mâche pas ses mots à propos des responsables. Ils ont l&rsquo;impression que nous essayons d&rsquo;enlever le gombo (ragoût de gombo) de leur bouche », dit-elle.</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Walla, qui a elle-même été détenue, est connue comme la « Dame de fer » dans les milieux progressistes du Cameroun. Elle se dit déçue par le manque de soutien de la communauté internationale. Stand Up 4 Cameroon a appelé le Fonds monétaire international à demander des comptes sur le prêt de 335 millions de dollars accordé au Cameroun pour la lutte contre le COVID-19. Le FMI ne l&rsquo;a pas fait ; au contraire, il a donné plus d&rsquo;argent au gouvernement camerounais. C&rsquo;est de la complicité ».</strong></p>
<p style="text-align: center;"><strong>Les 335 millions de dollars du FMI ont fait l&rsquo;objet d&rsquo;une enquête de la Cour des comptes de la Cour suprême du Cameroun, qui a indiqué qu&rsquo;elle avait recommandé que dix personnes soient poursuivies pour détournement de fonds. Cependant, les noms de ces dix personnes n&rsquo;ont pas été rendus publics et le rapport n&rsquo;a pas été présenté au parlement.</strong></p>
<figure id="attachment_3542" aria-describedby="caption-attachment-3542" style="width: 720px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3542" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/wazizi.jpeg" alt="" width="720" height="1280" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/wazizi.jpeg 720w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/wazizi-169x300.jpeg 169w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/wazizi-576x1024.jpeg 576w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/wazizi-600x1067.jpeg 600w" sizes="(max-width: 720px) 100vw, 720px" /><figcaption id="caption-attachment-3542" class="wp-caption-text">Le journaliste Samuel Wazizi, qui a été accusé de terrorisme et arrêté en août 2017. Jusqu&rsquo;à présent, sa dépouille n&rsquo;a pas été rendue à sa famille. Source : Facebook</figcaption></figure>
<h2><strong>Les « tigres » se défendent</strong></h2>
<p>Même les fonctionnaires de la CONAC, la commission anti-corruption, n&rsquo;ont pas voulu nous parler. Comme leurs collègues de l&rsquo;ANIF, l&rsquo;Agence Nationale d&rsquo;Investigation Financière, ils reconnaissent que le bureau existe principalement en raison de la pression des donateurs plutôt que d&rsquo;une volonté politique. Ces « tigres » (surnom commun des politiciens corrompus au Cameroun) se défendent férocement contre nous et contre tous ceux qui les dénoncent », a déclaré un fonctionnaire de la CONAC, sous couvert d&rsquo;anonymat.</p>
<p>Le rapport le plus récent de la CONAC, qui couvre l&rsquo;année 2020, estime qu&rsquo;au cours de cette seule année, les « tigres », qui comprennent des ministres, des directeurs de sociétés d&rsquo;État et de filiales gouvernementales, des fonctionnaires haut placés et des hauts fonctionnaires de l&rsquo;armée et de la police, ont présidé au vol d&rsquo;environ 2 milliards de dollars de fonds publics, soit l&rsquo;équivalent de 20 % du budget du pays pour 2022. Leurs rapports tombent cependant dans l&rsquo;oreille d&rsquo;un sourd ; rien qu&rsquo;en 2018, la CONAC a transféré 94 dossiers de détournement de fonds et de vol à divers tribunaux du pays pour qu&rsquo;ils engagent des poursuites, mais à ce jour, aucun n&rsquo;a abouti à un procès.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Une enquête menée par <strong>Chief Bisong Etahoben</strong> et <strong>Elizabeth BanyiTabi</strong> . </em></p>
<p>*Nom modifié</p>
<p>**Malgré les appels à la libération de Vamoulke lancés par plusieurs organisations internationales, dont Reporters sans frontières, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire et le Fonds monétaire international (FMI), le Cameroun n&rsquo;a pas répondu. Dans un communiqué publié après le verdict, Reporters sans frontières a dénoncé une « monstrueuse machination ».</p>
<h5><u>A propos des auteurs</u></h5>
<p><em><strong><img class="alignleft wp-image-3548" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben.jpeg" alt="" width="128" height="128" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben.jpeg 769w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-300x300.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-150x150.jpeg 150w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-600x600.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-100x100.jpeg 100w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-75x75.jpeg 75w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Chief_Bisong_Etahoben-750x750.jpeg 750w" sizes="(max-width: 128px) 100vw, 128px" />Chief Bisong Etahoben</strong> est un journaliste d&rsquo;investigation et un rédacteur en chef camerounais chevronné dont le journal, The Weekly Post, a été mis en faillite au début des années 2000 par des représentants de l&rsquo;État. Il a souvent été menacé et attaqué par les médias gouvernementaux et a été physiquement agressé lors d&rsquo;une récente enquête sur un éminent milliardaire camerounais. Agissant en tant que mentor et rédacteur local pour le Cameroun dans le cadre de ce projet transnational, lui et sa collègue Elizabeth BanyiTabi ont constaté à quel point la peur s&rsquo;est emparée des citoyens dans tout le pays. Plusieurs victimes des kleptocrates ont refusé de parler parce qu&rsquo;elles craignaient pour leur vie », dit-il.</em></p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em><strong><img class="alignleft wp-image-3549" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi.jpeg" alt="" width="139" height="139" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi.jpeg 1280w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-300x300.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-1024x1024.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-150x150.jpeg 150w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-768x768.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-600x600.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-100x100.jpeg 100w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-75x75.jpeg 75w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-750x750.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/Elizabeth_BanyiTabi-1140x1140.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 139px) 100vw, 139px" />Elizabeth BanyiTabi </strong>est une journaliste primée du journal The Post, le quotidien anglais le plus lu au Cameroun. Elle a également travaillé en ligne et à la radio. En 2021, elle a fait partie d&rsquo;une équipe du Guardian britannique qui a enquêté sur les conséquences de la noyade en Turquie d&rsquo;un migrant d&rsquo;origine camerounaise. Peu après, elle a enquêté sur l&rsquo;impact des conflits armés sur les jeunes filles déplacées qui s&rsquo;étaient tournées vers la prostitution pour survivre. Pour cette enquête, menée en collaboration avec le chef Bisong Etahoben, elle a dû trouver un équilibre entre la protection de sources terrifiées et la découverte de la vérité. On dit que la liberté de parole est garantie, mais la liberté après la parole n&rsquo;est pas garantie », dit-elle. Mais nous avons réussi à aller au-delà de la peur ». BanyiTabi est diplômée en études féminines et en communication de masse.</em></p>
<p>Les deux journalistes camerounais font partie de l&rsquo;équipe qui vient de publier « <strong>Cry Freedom</strong>« , une investigation transfrontalière sur des cas de violation des Droits de l&rsquo;Homme dans cinq pays africains: Cameroun, Kenya, Ouganda, Nigeria, Zimbabwe. Cette investigation a été initiée par ZAM Magazine, une publication en ligne partenaire de The Museba Project.</p>
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		<title>Des pesticides interdits dans l&#8217;Union européenne sont homologués et vendus au Cameroun et au Kenya</title>
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		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 12 Jan 2023 18:05:40 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une enquête collaborative menée par des journalistes a établi que des pesticides chimiques déjà interdits sur les marchés de l&#8217;Union européenne sont encore utilisés sur les marchés du Kenya et du Cameroun. Ces pesticides contenant des molécules dangereuses ont été signalés comme étant dangereux pour la santé humaine et l&#8217;environnement. Des études scientifiques ont également [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une enquête collaborative menée par des journalistes a établi que des pesticides chimiques déjà interdits sur les marchés de l&rsquo;Union européenne sont encore utilisés sur les marchés du Kenya et du Cameroun. Ces pesticides contenant des molécules dangereuses ont été signalés comme étant dangereux pour la santé humaine et l&rsquo;environnement. Des <a href="https://routetofood.org/wp-content/uploads/2021/09/Scientific-Report-on-Pesticides-in-the-Kenyan-Market-Report_Final-1.pdf">études</a> scientifiques ont également prouvé que lesdites molécules sont responsables de certaines maladies dont certains types de cancers. Ces produits chimiques préoccupants sont facilement accessibles aux petits et grands agriculteurs qui ignorent leurs effets.</p>
<h3>Le scénario kenyan</h3>
<p>L&rsquo;acéphate, le chlorpyrifos, l&rsquo;imidaclopride, le carbendazim et le mancozèbe sont quelques-unes des molécules utilisées par les agriculteurs. Toutes sont <a href="https://www.pcpb.go.ke/crops/">enregistrées</a> et approuvées par le Pest Control Products Board (PCPB), un <a href="https://www.pcpb.go.ke/crops/">organisme</a> de réglementation et de contrôle des produits antiparasitaires au Kenya.</p>
<p>Ces produits chimiques sont fabriqués par des entreprises d&rsquo;Allemagne, d&rsquo;Inde, de Chine et des États-Unis. L&rsquo;insecticide acéphate et le fongicide chlorothalonil sont les produits chimiques les plus utilisés par les agriculteurs pour lutter contre les pucerons dans les cultures maraîchères et horticoles. Les tomates étaient l&rsquo;une des cultures qui étaient pulvérisées avec ce produit chimique.</p>
<p>De même, la molécule de mancozèbe était un fongicide que nous n&rsquo;avons jamais manqué de rencontrer chez tous les agriculteurs que nous avons interrogés. Il est utilisé pour lutter contre le mildiou de la pomme de terre.</p>
<p>Parallèlement, au moins 42 produits sont homologués sous le nom d&rsquo;Imidaclopride qui est utilisé pour lutter contre les parasites des plantes comme le café, le chou, le chou frisé, le maïs, les tomates, les haricots verts, les piments, les patates douces, la coriandre, le melon, les épinards et les haricots. Bamako, Click, confidor, ovados, thunders sont quelques-unes des marques que nous avons trouvées en usage. Elles sont fabriquées localement et distribuées par les géants Twiga et Syngenta.</p>
<p>Ces molécules ont été <a href="https://european-union.europa.eu/principles-countries-history/country-profiles_en">interdites</a> d&rsquo;utilisation sur les marchés de l&rsquo;UE et ont été parmi d&rsquo;autres listées par des organisations non gouvernementales qui ont déposé une pétition au parlement kényan en 2019 pour leur retrait des marchés kényans.</p>
<p>Les pétitionnaires ont exigé le retrait immédiat de ces pesticides chimiques en raison de leur caractère nocif. Le Conseil des produits de contrôle des pesticides (<a href="https://www.pcpb.go.ke/">PCPB</a>) a été chargé d&rsquo;examiner 30 produits pesticides préoccupants.</p>
<p>Cet examen est en cours alors que les agriculteurs continuent à les utiliser.</p>
<p>Par exemple, dans le comté de Taita- Taveta au Kenya, Jackson Mwendwa âgé de 33 ans, père d&rsquo;un enfant, est un petit agriculteur dans le village de Riata Kubwa. Il pratique l&rsquo;agriculture depuis 2017. Il utilise une variété de pesticides dont il n&rsquo;a aucune idée de la nocivité. Il a planté dans sa ferme de 2 hectares des choux, des concombres, des bananes, des papayes et des tomates.</p>
<figure id="attachment_3528" aria-describedby="caption-attachment-3528" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3528" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_1398-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3528" class="wp-caption-text">Jackson Mwendwa, un agriculteur du comté de Taita-Taveta au Kenya, pulvérise des pesticides dans sa ferme. Crédit photo: Mary Mwendwa</figcaption></figure>
<p> » J&rsquo;utilise des pesticides pour tuer les parasites et les champignons qui s&rsquo;obstinent maintenant dans mes fermes. Je ne peux pas vivre sans les utiliser car je n&rsquo;aurai pas de rendements.  »</p>
<p>Il précise qu&rsquo;il achète les pesticides auprès d&rsquo;un agrovet local. A la question de savoir s&rsquo;il est conscient des dangers, il répond que personne ne lui a parlé des effets nocifs des pesticides qu&rsquo;il utilise.</p>
<p> » Personne ne m&rsquo;a jamais parlé des dangers, je veux juste me débarrasser des parasites qui sont maintenant très tenaces. »</p>
<p>Taveta est une ville frontalière poussiéreuse, humide et chaude de Tanzanie où les pluies sont limitées et imprévisibles. Elle est située à environ 360 km au sud-est de Nairobi.</p>
<p>Ici, les agriculteurs pratiquent une agriculture de subsistance pour assurer leur subsistance malgré l&rsquo;imprévisibilité des pluies. Ils utilisent l&rsquo;eau des sources enneigées du Kilimandjaro pour l&rsquo;irrigation.</p>
<p>Au même moment, Joshua Ngusia pratique l&rsquo;agriculture depuis le début des années 80 et a également été employé comme superviseur dans une ferme. Il explique comment les ravageurs s&rsquo;entêtent en raison de l&rsquo;évolution des schémas climatiques.</p>
<p> » Les nuisibles deviennent plus vicieux chaque jour qui passe et donc, en tant qu&rsquo;agriculteur, je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autre choix que de me rendre dans les agrovets pour trouver une solution. J&rsquo;achète les pesticides ici, au centre commercial. Je sais qu&rsquo;ils sont nocifs mais je n&rsquo;ai pas le choix car je dois gagner ma vie. »</p>
<p>Ngusia révèle que les services de conseil agricole ont diminué depuis que les services agricoles ont été déconcentrés.  » Nous bénéficions occasionnellement de services de vulgarisation où des entreprises comme Twiga nous rendent visite et nous conseillent sur les méthodes agricoles, ils viennent généralement avec des produits antiparasitaires qu&rsquo;ils recommandent d&rsquo;utiliser sur des cultures spécifiques.  »</p>
<p>Stanley Katua, un jeune de 22 ans, est ouvrier agricole à la ferme Machungwani, dans le village de Kivalua. Il travaille depuis un an dans une ferme où il utilise régulièrement des pesticides. Il pulvérise des bananes, des haricots, du maïs et des pommes de terre.</p>
<p> » Je pulvérise ces cultures au moins une fois par semaine et je récolte quand c&rsquo;est prêt.  »</p>
<p>Interrogé sur les équipements de protection, Katua répond qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un coût supplémentaire que son employeur ne peut se permettre de lui offrir. » J&rsquo;utilise simplement mes vêtements de ferme normaux, parfois j&rsquo;ai des irritations sur la peau mais je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autre choix que de persévérer pour gagner ma vie. »</p>
<p>Le comté central kenyan de Kirinyaga est l&rsquo;une des principales régions agricoles du Kenya. Les agriculteurs d&rsquo;ici sont connus pour fournir leurs produits à divers endroits, même lointains. Il faut environ deux heures pour rejoindre la ville de Kagio où nous rencontrons des agriculteurs qui utilisent des pesticides dans le village de Mukithi.</p>
<p>Joshua Muremi est un négociant en produits agricoles et un cultivateur de tomates et de riz. Il est l&rsquo;un des rares agriculteurs à connaître l&rsquo;existence de ces molécules dangereuses et craint que si rien n&rsquo;est fait dans les dix prochaines années, une catastrophe ne s&rsquo;abatte sur eux.</p>
<p>Il mentionne les molécules d&rsquo;acéphate, de mancozèbe et de chlorpyrifos. Il dit que les escargots sont devenus récalcitrants dans sa rizière et utilise des produits à base de molécules de chlorpyrifos pour les contrôler. » Je suis tout à fait conscient que ces pesticides sont nocifs mais que puis-je utiliser d&rsquo;autre, je dois gagner ma vie ».</p>
<p>Muremi note avec beaucoup d&rsquo;inquiétude qu&rsquo;il y a plusieurs décennies, les bananes n&rsquo;étaient pas pulvérisées.  » Nous pulvérisons les bananes avec la molécule Imadacloprid injectée dans les fleurs de bananiers pour lutter contre les thrips « .</p>
<p>Leah Wangui, mère de deux enfants et vendeuse au marché de Kagio, utilise également la plupart de ces pesticides dans sa ferme. Elle a planté du chou frisé et du poivron qu&rsquo;elle vend à des acheteurs locaux. » Je me rends simplement au magasin agroalimentaire le plus proche pour obtenir les pesticides, je les mélange et les pulvérise moi-même pour minimiser les coûts. »</p>
<p>Elle confie qu&rsquo;elle est consciente que les cultures doivent être récoltées au moins 3 à 7 jours après la pulvérisation, mais parfois elle est obligée de récolter immédiatement après.</p>
<p>Le délai recommandé pour la récolte de toute culture après la pulvérisation est de 3 à 7 jours. Certains agriculteurs ne respectent pas cette recommandation et récoltent les cultures alors que les résidus sont encore actifs à la surface des cultures.</p>
<p><iframe title="PESTICIDES BANNED IN KENYA MARKET" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/sNiNwXUaxpM?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></p>
<h3>Le cancer en hausse</h3>
<p>Il a été prouvé que ces pesticides, qui ont été interdits sur les marchés de l&rsquo;UE, sont dangereux pour la santé humaine et que certaines maladies mortelles comme le cancer y sont liées.</p>
<p>Bien qu&rsquo;il existe des lacunes dans la recherche sur le cancer en raison de nombreux facteurs, les ressources étant un obstacle majeur, des cas continuent de se présenter au Kenya, au Cameroun et dans de nombreux autres pays africains.</p>
<p>Ephantus Maree, chef de service au <a href="https://www.pcpb.go.ke/">ministère de la santé</a>, confirme qu&rsquo;entre 2014 et 2016, 27 % des décès ont été attribués à des maladies non transmissibles (<a href="https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/noncommunicable-diseases">MNT</a>), et que ce pourcentage est aujourd&rsquo;hui de 40 %.</p>
<p>Ces données incluent le cancer en tête de liste.</p>
<p>« Nous pouvons confirmer que l&rsquo;incidence du cancer est en hausse et que plusieurs facteurs de risque en sont responsables. L&rsquo;environnement, où les pesticides chimiques sont liés, la consommation de tabac et d&rsquo;alcool, le manque d&rsquo;exercice, la génétique et bien d&rsquo;autres facteurs.</p>
<p>Maree ajoute qu&rsquo;il est impossible de déterminer avec précision quel facteur de risque contribue à l&rsquo;incidence élevée du cancer, mais il souligne que tous les facteurs mentionnés sont responsables.</p>
<p>Il souligne à quel point les données sont essentielles dans la lutte contre le cancer.</p>
<p> » Dans le monde des cancers, les chiffres doivent être là. Au Kenya, nous avons maintenant établi des registres qui nous aideront à obtenir ces chiffres. Nous avons des données, mais elles ne sont pas suffisantes.  »</p>
<p>« Le manque de ressources est notre plus grand défi pour avoir des données précises sur l&rsquo;incidence du cancer dans le pays. »</p>
<p>Au <a href="http://texascancercentre.co.ke/">Texas Cancer Centre</a>, un centre privé de traitement et de soins du cancer situé à Nairobi, la capitale du Kenya. L&rsquo;établissement appartient au Dr Catherine Nyongesa, qui est oncologue. Elle confirme que les cas de cancer continuent d&rsquo;augmenter. » Nous avons traité plus de 10 000 patients atteints de cancer depuis 2010, année de la création du Texas. »</p>
<p>Elle affirme que 60 % des cas de cancer sont principalement des femmes. » Les cancers les plus répandus sont ceux du sein, du col de l&rsquo;utérus, de la prostate et de l&rsquo;œsophage, et maintenant le cancer colorectal est de plus en plus fréquent. »</p>
<p>« Le cancer du côlon est assez courant et occupe la sixième place dans les statistiques mondiales après les cancers du col de l&rsquo;utérus et du sein. »</p>
<p>Nyongesa est d&rsquo;accord avec le fait qu&rsquo;il y a eu des controverses autour de l&rsquo;utilisation des pesticides au Kenya et leur relation avec l&rsquo;augmentation des cas de cancer ». En médecine, il faut s&rsquo;appuyer sur des recherches. Cela dit, la tendance à la hausse des cancers colorectaux a été liée à un régime alimentaire riche en graisses et parfois à l&rsquo;utilisation de pesticides, lorsque les gens mangent des légumes contenant des résidus de pesticides et n&rsquo;ayant pas été bien lavés ». Nyongesa ajoute que les facteurs de risque de cancer sont nombreux, certains sont connus et d&rsquo;autres ne le sont pas.</p>
<p>À la réception, qui sert également de salle d&rsquo;attente, les patients affluent lentement pour obtenir un traitement et des soins palliatifs pour différents types de cancers.</p>
<p>Quelques minutes dans cette salle d&rsquo;attente suffisent pour comprendre que le fardeau du cancer augmente chaque jour au Kenya.</p>
<p>Des patients souffrants et affaiblis, certains avec des os de la mâchoire saillants, d&rsquo;autres avec des cathéters, entrent lentement dans l&rsquo;espoir de vaincre le monstre qui menace aujourd&rsquo;hui le secteur de la santé au Kenya.</p>
<p>John Allan Mbanda, 67 ans, père de cinq enfants, est soigné au centre Texas. Il rayonne de joie en nous racontant son parcours de patient atteint d&rsquo;un cancer du côlon.</p>
<figure id="attachment_3529" aria-describedby="caption-attachment-3529" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3529" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/01/IMG_2293-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3529" class="wp-caption-text">John Allan Mbanda, patient atteint d&rsquo;un cancer du côlon, reçoit un traitement au centre anticancéreux du Texas, à Nairobi, la capitale du Kenya. Certains types de cancer ont été liés aux pesticides. Crédit photo : Mary Mwendwa.</figcaption></figure>
<p>On lui insère un goutte-à-goutte d&rsquo;eau dans le doigt avant de lui administrer le médicament pour sa chimiothérapie.</p>
<p>La pièce est pleine de patients, à la fois sous médicaments et sous perfusion d&rsquo;eau. Certains sont endormis, d&rsquo;autres se tordent de douleur et d&rsquo;autres encore nous sourient de temps en temps, prêts à partager leur histoire.</p>
<p>Un nuage de douleur et une lumière d&rsquo;espoir emplissent cette pièce. Mbanda se souvient qu&rsquo;au début de l&rsquo;année, il a commencé à avoir l&rsquo;estomac taché et à vomir beaucoup. « Ma famille s&rsquo;est inquiétée des vomissements et des taches sur l&rsquo;estomac et a décidé de m&#8217;emmener faire un contrôle à l&rsquo;hôpital. Des échantillons ont été prélevés et on a découvert qu&rsquo;une tumeur se développait dans mes intestins et une intervention chirurgicale a été recommandée. On m&rsquo;a immédiatement mis sous chimiothérapie où j&rsquo;ai fait 12 cycles ».</p>
<p>Mbanda confirme que le traitement qu&rsquo;il a reçu l&rsquo;a aidé et a soulagé sa douleur. Cependant, il y a un mois, lorsqu&rsquo;il est venu au Texas pour un contrôle, on lui a dit qu&rsquo;il devait suivre six autres cycles de chimiothérapie, car on a découvert que la tumeur se développait à nouveau.</p>
<p> » Si vous me voyez, vous ne pouvez pas dire que je suis un patient atteint du cancer du côlon, j&rsquo;ai l&rsquo;espoir qu&rsquo;un jour je serai complètement libéré du cancer du côlon. »</p>
<p>Angeline Kitavi, 50 ans, est également atteinte d&rsquo;un cancer du col de l&rsquo;utérus. Elle est venue du comté de Machakos, dans le sud-est du Kenya, pour être soignée. Elle était autrefois une agricultrice qui cultivait des légumes tels que le chou frisé et les épinards. Elle confie qu&rsquo;elle a utilisé des pesticides pendant très longtemps.  » Cela fait plus de 10 ans que j&rsquo;utilise des pesticides pour lutter contre les parasites de mes légumes.  »</p>
<p>En 2019, elle a commencé à saigner anormalement et ses urines dégageaient une odeur nauséabonde.</p>
<p> » Je saignais beaucoup et après avoir uriné, une très mauvaise odeur pouvait se dégager de mon urine. J&rsquo;avais également beaucoup de douleurs sans savoir de quoi je souffrais. Plus tard, on m&rsquo;a diagnostiqué un cancer du col de l&rsquo;utérus. Je viens ici pour mon traitement et j&rsquo;espère guérir ».</p>
<p>Plusieurs autres patients souffraient principalement de cancers du col de l&rsquo;utérus et du sein, qui sont principalement traités ici au Texas cancer center.</p>
<p>Le Dr Nyongesa souligne combien le Kenya est toujours en retard dans la recherche sur le cancer. « Le financement de la recherche est toujours limité. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;université de Nairobi oblige les oncologues à faire de la recherche sur le cancer, je sais que ce n&rsquo;est pas suffisant, mais en tant que pays, nous allons dans la bonne direction. »</p>
<p>L&rsquo;<a href="https://www.ncikenya.or.ke/">Institut national du cancer</a> du Kenya signale que le fardeau du cancer augmente dans le monde. Il indique qu&rsquo;au Kenya, le cancer est la troisième cause de décès après les maladies infectieuses et cardiovasculaires. Ils notent également que les <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/International_Agency_for_Research_on_Cancer">recherches</a> effectuées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) dans le rapport GLOBOCAN pour 2018 ont estimé à 47 887 le nombre de nouveaux cas de cancer par an, avec une mortalité de 32 987.</p>
<p>Cela représente une augmentation d&rsquo;environ 45 % des cas de cancer par rapport à un précédent rapport de 2012 qui estimait respectivement 37 000 nouveaux cas de cancer et une mortalité de 28 500.</p>
<p>Le cancer du sein, du col de l&rsquo;utérus, de l&rsquo;œsophage, de la prostate et le cancer colorectal sont les nouveaux types de cancer chez les femmes et les hommes. Les cancers de l&rsquo;œsophage, du col de l&rsquo;utérus et du sein entraînent désormais des décès par cancer.</p>
<p>De même, les cancers du sein, du rein, de l&rsquo;ovaire, du pancréas et de l&rsquo;estomac font partie des cancers liés à l&rsquo;exposition aux pesticides.</p>
<p>En juin 2021, un rapport faisant autorité de l&rsquo;institut de recherche français INSERM, basé sur l&rsquo;examen de plus de 5 300 études scientifiques a confirmé un lien entre l&rsquo;exposition professionnelle aux pesticides et six pathologies, dont trois cancers : le <a href="https://www.inserm.fr/expertise-collective/pesticides-et-sante-nouvelles-donnees-2021/">lymphome</a> non hodgkinien (LNH), le myélome multiple et le cancer de la prostate.</p>
<p>Les 3 autres pathologies associées aux pesticides sont la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs et certains troubles du système respiratoire tels que la bronchopneumopathie chronique obstructive et la bronchite chronique.</p>
<h3>Études toxicologiques</h3>
<p>Laurence Huc, directrice de recherche INRAE, membre du projet PREHEAT (Interdisciplinary approaches to pesticide-related health effects in Africa/Tanzania) a mené une <a href="https://www.inrae.fr/en">étude toxicologique</a> des pesticides utilisés en Tanzanie avec Liana Arnaud en 2022. Ils ont découvert que la plupart des pesticides qu&rsquo;ils ont échantillonnés présentaient des risques pour la santé.</p>
<p>Certains des dangers pour la santé qu&rsquo;ils ont établis sont neurotoxiques, cancérigènes, génotoxiques, immunotoxiques, reprotoxiques, perturbateurs endocriniens, troubles rénaux et maladies digestives et pulmonaires.</p>
<p>Ils ont étudié plusieurs molécules de pesticides, dont le mancozèbe, le profenofos, le chlorpyrifos, la cyperméthrine et la deltaméthrine, entre autres.</p>
<p>Le mancozèbe était un fongicide courant, très utilisé, avec au moins 103 formulations.</p>
<p>Le Dr Huc a noté que le mancozèbe avait un effet de perturbateur endocrinien chez l&rsquo;homme, ce qui signifie qu&rsquo;il interfère avec le système hormonal du corps.</p>
<p>Parmi les autres dangers, citons les risques de reprotoxicité et de développement. Le mancozèbe a été interdit dans l&rsquo;UE en 2021 et son utilisation est autorisée en Tanzanie.</p>
<p>Le Dr Huc a également souligné qu&rsquo;il n&rsquo;existe pas d&rsquo;utilisation sûre des pesticides, que ce soit pour les professionnels, les personnes vivant à proximité des cultures ou les consommateurs.</p>
<p>« L&rsquo;utilisation des pesticides expose la population à des maladies graves et sévères : cancers, maladies neurologiques, maladies rénales chroniques, infertilité, malformations chez les enfants, entre autres. » Ajoutant que la contamination environnementale affecte également tous les écosystèmes, même à distance des cultures traitées.</p>
<p>Elle recommande que, tandis que les gouvernements promeuvent la santé environnementale et la durabilité de la production alimentaire, il convient d&rsquo;envisager de limiter l&rsquo;utilisation des pesticides et de mettre en œuvre des méthodes agro écologiques pour soutenir les agriculteurs dans le changement de leurs pratiques.</p>
<h3>Le Cameroun accepte les pesticides interdits</h3>
<p>Dans la capitale économique du Cameroun, le marché Sandaga est connu comme un lieu de vente de produits frais. Peu de gens savent cependant qu&rsquo;au milieu des étals disposés de manière anarchique se trouvent des magasins de pesticides. Chaque jour, Jacques, un vendeur de 46 ans, invite les passants à jeter un coup d&rsquo;œil à son étal d&rsquo;environ 9 mètres carrés. Certains produits sont posés sur un sol nu, d&rsquo;autres sont disposés sur des étagères en bois, les plus petits occupent une grande partie d&rsquo;une table en bois.</p>
<p>« Je vends plusieurs types de pesticides, mais le problème est que certains agriculteurs ne connaissent pas le nom des produits ; dans ce cas, nous leur demandons ce qu&rsquo;ils veulent faire et nous leur proposons un produit », explique Jacques, titulaire d&rsquo;un premier diplôme, avant d&rsquo;ajouter en souriant :</p>
<p>« C&rsquo;est vrai que nous ne sommes pas des experts, mais nous donnons quand même des conseils sur la façon de les utiliser ».</p>
<p>Jacques a raison de rappeler qu&rsquo;il n&rsquo;est pas un expert. S&rsquo;il l&rsquo;était, il aurait su que l&rsquo;un des produits qu&rsquo;il propose à ses clients est un pesticide interdit à la vente au Cameroun. Le Captafol, un fongicide utilisé contre les maladies qui attaquent les fruits et légumes, ne devrait pas se trouver sur les étagères de Jacques.</p>
<p>Comme Jacques, de nombreux vendeurs de pesticides sont plus soucieux de réaliser des ventes que de s&rsquo;assurer que leurs produits sont légaux et de bonne qualité. Depuis plusieurs années, le gouvernement met à la disposition du public des listes de pesticides homologués au Cameroun. La dernière liste, qui date de 2021, comprend également des ingrédients actifs et des produits interdits pour leur toxicité aiguë à long terme et leurs effets sur l&rsquo;environnement. Il s&rsquo;agit notamment de produits tels que le Captafol, le Dinosebe Acetate, le Dinosebe, le Binapacryl, le Cyhexatin, la Dieldrine, l&rsquo;Aldrine, l&rsquo;Heptachlor ou le Carta. Ces produits en provenance d&rsquo;Europe sont décrits comme « extrêmement » dangereux lorsqu&rsquo;ils entrent en contact avec la bouche ou la peau.</p>
<p>Cependant, ces avertissements sur le danger que peuvent représenter les pesticides ne découragent pas les agriculteurs comme Derik Kadji. Ce père de deux enfants, âgé de 30 ans, possède une plantation de plus de 20 hectares de bananes plantains dans la ville de Loum, à une centaine de kilomètres de Douala.</p>
<p><iframe title="Pesticide use in Cameroon" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/871rfZt8tl4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" allowfullscreen></iframe></p>
<p>« Nous ne pouvons plus nous passer des pesticides », a déclaré l&rsquo;agriculteur. « C&rsquo;est ce qui permet à nos plantes de tenir debout car nous ne savons même plus quand il va pleuvoir avec le changement de climat ». Derik, qui est né dans une famille d&rsquo;agriculteurs, a déclaré que lorsque ses parents travaillaient la terre, il ne les voyait pas utiliser des pesticides industriels. Mais, « le sol que nous utilisons aujourd&rsquo;hui est très contaminé par les insectes, nous devons donc nous tourner vers les pesticides ».</p>
<p>Derik a déclaré qu&rsquo;il ne suffit pas d&rsquo;utiliser des pesticides pour être satisfait de sa plantation. Selon lui, tout utilisateur de ces produits doit être conscient de leur dangerosité pour la santé et l&rsquo;environnement. « Le pesticide ne disparaît pas rapidement au sol, même après un an vous pouvez le retrouver », a déclaré Derik.</p>
<p>« Vous pouvez par exemple passer le matin, vous mettez le « Mocap » au fond du plantain, l&rsquo;enfant qui est ignorant passe avec son pain par là et dès que ce pain tombe là, il va le récupérer et le manger sans savoir ce qu&rsquo;il y a par terre parce que le « Mocap » a la même couleur que la terre. Donc si l&rsquo;enfant mange ce pain souillé, il peut mourir ».</p>
<p>Roger Toka est le directeur de la société de vente de pesticides appelée « La voix du paysan agricole » (LVDPA). Il est approvisionné par un homme d&rsquo;affaires qui importe des pesticides de l&rsquo;Union européenne. « Nous sensibilisons les paysans qui achètent nos produits en organisant des séances de formation sur le respect des mesures de précaution, les techniques d&rsquo;utilisation et les nouveaux produits disponibles », explique Roger Toka.</p>
<p>Dans un<a href="https://www.publiceye.ch/fr/thematiques/pesticides/exportations-pesticides-interdits-suisse"> rapport</a> intitulé « Exportations de pesticides interdits : Les lacunes de la réglementation suisse « , l&rsquo;ONG suisse Public Eye a confirmé que des pesticides interdits dans l&rsquo;Union européenne parce qu&rsquo;ils sont dangereux pour la santé et l&rsquo;environnement ont été exportés et enregistrés au Cameroun.</p>
<p>Une enquête journalistique a révélé que le chlorothalonil, une substance cancérigène interdite dans l&rsquo;Union européenne en raison de la pollution des eaux souterraines, figure parmi les pesticides homologués au Cameroun. Il en est de même pour le propiconazole, un fongicide classé comme toxique pour la reproduction, ou le Thiamethoxam, un insecticide impliqué dans l&rsquo;effondrement des insectes pollinisateurs.</p>
<p>« Si un produit est interdit, ce sont les autorités qui doivent l&#8217;empêcher d&rsquo;être sur le marché », a déclaré Jacques. « Nous, à notre niveau, nous voulons juste vendre et satisfaire les clients ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Par Mary Mwendwa et Christian Locka</p>
<p><em><b>Cet article, première partie d&rsquo;une série, a été élaboré avec le soutien de Journalismfund.eu.</b></em></p>
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		<title>Bois: sur la trace des ventes de coupe déclarées caduques qui n&#8217;existaient réellement pas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2022 19:55:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[bois]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[vente]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>C&#8217;était le 16 mars 2021. Le ministre camerounais des forêts a pris une décision constatant la caducité de cinquantaine sept ventes de coupe dans le domaine national, « en raison du dépassement de leur période de validité ». Une vente de coupe est une parcelle de terrain que l&#8217;Etat met à la disposition d&#8217;une société privée qui [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;était le 16 mars 2021. Le ministre camerounais des forêts a pris une décision constatant la caducité de cinquantaine sept ventes de coupe dans le domaine national, « en raison du dépassement de leur période de validité ».</p>
<p>Une vente de coupe est une parcelle de terrain que l&rsquo;Etat met à la disposition d&rsquo;une société privée qui dispose des capacités financières, administratives et techniques pour l&rsquo;exploitation pendant une durée de trois ans qui peut être renouvelée, a indiqué Ebenezer Ekwalla Dit Toube, ancien brigadier en chef de l&rsquo;unité centrale au ministère des forêts.</p>
<p>« Cette parcelle ne dépasse pas 2500 hectares », a précisé le fonctionnaire à la retraite.</p>
<p>Comme ces ventes de coupe étaient arrivées à expiration depuis plusieurs mois et que les trente huit sociétés forestières concernées n&rsquo;ont pas sollicité une extension de leurs activités, elles ont été déclarées caduques par l&rsquo;administration forestière.</p>
<p>«La caducité ainsi prononcée emporte la perte du titre d’exploitation forestière, l’arrêt définitif et immédiat des activités relatives, le règlement de tous les droits, taxes et redevances dus », a écrit Jules Doret Ndongo, le ministre des forêts. « Ces droits, taxes et redevances, peuvent, le cas échéant, faire l’objet d’un recouvrement forcé».</p>
<p>Ndongo est allé loin en donnant d&rsquo;autres détails importants: le numéro de la vente de coupe, le nom de l&rsquo;exploitant, la date d&rsquo;attribution et d&rsquo;expiration de la vente de coupe, et le motif du retrait.</p>
<p>Mais, la décision du ministre des forêts est contredite par certaines sociétés forestières citées qui ne se souviennent pas avoir obtenu les ventes de coupe qui leur sont attribuées. D&rsquo;autres disent avoir trouvé que les sites qui leur ont été octroyés par l&rsquo;administration forestière étaient déjà occupés par des exploitations frauduleuses, ou comme dans un cas, par une vaste plantation gardée par les militaires qui appartiendrait à une haute personnalité du pays.</p>
<h3><strong>Tromperie</strong></h3>
<p>Méssok est une commune du département du haut Nyong, à l&rsquo;Est Cameroun, où vivent environ 12 mille âmes. Mékoua, un des villages de l&rsquo;arrondissement, est  situé au bord d&rsquo;une piste poussiéreuse qui mène à la capitale de la région. Sa population vit dans des cases recouvertes de paille, de feuilles mortes et se nourrit des produits de la chasse. Pourtant, ce village dispose des richesses naturelles qui pouvaient accélérer son développement, à commencer par la foret communautaire qu&rsquo;il partage avec deux villages voisins.</p>
<p>« Nous sommes un grand fournisseur de bois mais nous ne bénéficions de rien depuis la création de la forêt communautaire », a déclaré jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua. « Les audiences ne sont pas réalisées, il y a toujours une tromperie ».</p>
<figure id="attachment_3483" aria-describedby="caption-attachment-3483" style="width: 1093px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3483" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg" alt="" width="1093" height="615" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg 1093w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-300x169.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-1024x576.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-768x432.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-600x338.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-750x422.jpg 750w" sizes="(max-width: 1093px) 100vw, 1093px" /><figcaption id="caption-attachment-3483" class="wp-caption-text">Jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua</figcaption></figure>
<p>Quand il parle de tromperie, Diouala Mkpala fait allusion aux petits exploitants qui entrent discrètement dans la forêt de son village, coupent le bois avec des tronçonneuses puis repartent sans donner quelque chose à la population.</p>
<p>En 2017, une opportunité à frapper à la porte de ce village. Cette année-là, l&rsquo;administration forestière a attribué la vente de coupe No 1002404 d&rsquo;une durée de trois ans à la société forestière « La Rosière ». Cette vente de coupe devait s&rsquo;effectuer dans les villages Mekoua, Mebem et Messea, et apporter du sourire aux riverains. Mais en 2021, cette vente de coupe a été déclarée obsolète à cause du dépassement de la période de validité; au grand étonnement des résidents locaux qui n&rsquo;étaient pas, disent-ils, au courant d&rsquo;une telle vente de coupe encore moins de la société adjudicataire.</p>
<p>« On ne connait pas La Rosière et  je n&rsquo;ai aucune idée de cette société », a déclaré Séraphin Nanga, le président de la forêt communautaire Beuk, Mekoua et Messea. »On n&rsquo;a pas d’entreprise sur le terrain qui exploite; avant on exploitait avec des tronçonneuses, c’est maintenant que nous cherchons des entreprises pour couper le bois en grume. »</p>
<p>Le représentant de la population, Diouala Mkpala, est lui aussi catégorique: « nous n’avons pas encore vu « La Rosière » sur place face à la population ».</p>
<p>Alors que les communautés locales se demandent pourquoi la société forestière n&rsquo;a pas pu exploiter la vente de coupe qui lui aurait été attribuée, The Museba Project a contacté La Rosière pour avoir sa version des faits. Là aussi, c&rsquo;est la surprise.</p>
<p>« Je ne connais par ça (cette vente de coupe) », a déclaré au téléphone un responsable de la société La Rosière, avant de hausser le ton. »Tu me demandes ça en tant que qui?(&#8230;) tu m&rsquo;appelles pourquoi?&#8230; »</p>
<p>Cette société forestière n&rsquo;est pas la seule à ne pas se reconnaitre dans la décision ministérielle. Basée à Douala, la société forestière équatoriale(Sfe)aurait obtenu la vente de coupe No 110223 correspondant à la localité de Nguti dans la région du sud Ouest. L&rsquo;exploitation devait avoir lieu entre septembre 2017 et septembre 2020, selon le ministère des forêts.</p>
<p>Approché dans les locaux de l&rsquo;entreprise, Evariste Nanga, un responsable de la Sfe, a souhaité faire des vérifications internes avant de donner la position de la Sfe. Un jour plus tard, il a déclaré:</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas retrouvé de traces qu&rsquo;on a eu une vente de coupe dans cette zone à cette date là ».</p>
<p>Avec environ 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun, pays d&rsquo;Afrique centrale, est le second massif forestier du bassin du Congo derrière la République Démocratique du Congo. Le bois figure parmi les trois premiers produits d&rsquo;exportation du pays. Pour autant,  le secteur forestier contribue encore faiblement au budget de l&rsquo;Etat. Il tourne autour de 3%, d&rsquo;après les chiffres officiels.</p>
<h3><strong>Des militaires à la plantation</strong></h3>
<p>L&rsquo;attribution de ventes de coupe aux sociétés forestières contribue à augmenter les recettes financières, préserver l&rsquo;environnement et améliorer les conditions de vie des communautés locales. Pour ce faire, elle devrait se faire selon une procédure bien définie, a fait savoir Ebenezer Ekwalla. D&rsquo;après le fonctionnaire à la retraite, l&rsquo;administration effectue un travail sur le terrain et sur la carte forestière pour déterminer les sites qui abriteront des ventes de coupe. Après cela, elle fait une publication sur les ventes de coupe disponibles puis les sociétés intéressées se manifestent, dit-il.</p>
<p>« L&rsquo;administration des forêts est structurée pour assurer le contrôle de ces parcelles de terrain », a déclaré cet ancien contrôleur régional des forêts, avant de poursuivre: « le chef de poste forestier est au bas de cette architecture de contrôle, il doit suivre l&rsquo;évolution d&rsquo;une exploitation qui se déroule dans sa circonscription ».</p>
<p>Cela n&rsquo;a pas toujours été le cas sur le terrain. L&rsquo;administration a accordé la vente de coupe No 702101, située à Nkondjock dans le département du Nkam, à la Compagnie Forestière Assam(Cofa) pour une exploitation qui devait prendre fin en 2020. Quand Cofa a voulu lancer l&rsquo;exploitation, le site était déjà occupé.</p>
<p>« On n&rsquo;a pas exploité cette vente de coupe parce qu&rsquo;il y a eu des exploitations frauduleuses dedans », a déclaré au téléphone un responsable de la Cofa, une société liée à Bonaventure Mvondo, député et neveu du président Biya.</p>
<p>« On s&rsquo;est plaint qu&rsquo;il y avait une exploitation, il fallait pas mettre ça en vente ».</p>
<figure id="attachment_2903" aria-describedby="caption-attachment-2903" style="width: 1255px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2903" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png" alt="" width="1255" height="616" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png 1255w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-300x147.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-768x377.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1024x503.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-600x295.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-750x368.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1140x560.png 1140w" sizes="(max-width: 1255px) 100vw, 1255px" /><figcaption id="caption-attachment-2903" class="wp-caption-text">Une vue de la forêt dense.</figcaption></figure>
<p>Au cours de la même période, une autre entreprise a été contrainte d&rsquo;abandonner ses sites d&rsquo;exploitation. Il s&rsquo;agit de VERA Forestière, une société qui a acquis deux ventes de coupe, No 110221 et No 801238, à Nguti et Nkoteng, respectivement dans la région du sud ouest et la région du centre. Au moment de lancer les activités sur les sites, la société forestière a rencontré des obstacles.</p>
<p>« Nous avons obtenu ces ventes de coupe mais nous n&rsquo;avons pas pu les exploiter », a regretté au téléphone Nangue Jean Pierre, responsable d&rsquo;exploitation à VERA Forestière. « A Nguti, il y avait la guerre, on a arrêté l&rsquo;exploitation. A Nkoteng, la vente de coupe qu&rsquo;on nous a attribuée se trouvait sur les terres de [Ferdinand] Ngoh Ngoh (Secrétaire général de la Présidence de la République, ndlr), il y avait ses champs dessus sur à peu près 1000 hectares ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière était censée s&rsquo;assurer que ce site était inoccupé avant d&rsquo;en faire une vente de coupe. Face à la réalité, elle était sans voix. « On(l&rsquo;administration, ndlr) nous a dit de nous débrouiller, on était surpris », a dit Nangue.</p>
<p>« C&rsquo;était impossible d&rsquo;exploiter, le site était protégé par plusieurs militaires », a dit Nangue. VERA Forestière qui exportait abondamment le bois vers la Chine est en arrêt d&rsquo;activités depuis environ deux ans. D&rsquo;après son responsable d&rsquo;exploitation, cette société est à la recherche de partenaires pour relancer ses activités.</p>
<h3><strong>Ventes de coupe imaginaires</strong></h3>
<p>Plusieurs autres sociétés qui auraient obtenu des ventes de coupe déclarées désuètes ont dit leur déception parfois à visage couvert. « Nous n&rsquo;avons jamais eu une vente de coupe dans cette localité,  c&rsquo;est plutôt à Bertoua que nous avons par le passé acheté du bois mis aux enchères », a déclaré sous anonymat le propriétaire d&rsquo;une société qui s&rsquo;est vu attribuer une vente de coupe à Bélabo, dans la région de l&rsquo;Est.  » Ce sont des ventes de coupe imaginaires ».</p>
<p>The Museba Project a écrit au ministre des forêts et de la faune pour solliciter son commentaire sur les allégations autour des ventes de coupes déclarées caduques. Jules Doret Ndongo n&rsquo;a pas réagi à la demande d&rsquo;informations.</p>
<p>« Le ministre a été trompé par ses collaborateurs », a déclaré Ebenezer Ekwalla. « Comment peut-on mettre une vente de coupe sur un espace qui abrite une grande plantation depuis plusieurs années? Les collaborateurs doivent donner une information juste et vérifiée au ministre pour lui permettre de prendre la bonne décision, cela n&rsquo;a visiblement pas été le cas dans cette affaire ».</p>
<p>Henri Mevah est le coordonateur du Projet d’Appui à l’élevage et de Préservation de la biodiversité en périphérie des aires protégées au Cameroun (PAPEL), une association qui dénonce souvent les mauvaises pratiques des sociétés forestières. Il a indiqué que certaines sociétés ont, depuis quelques années, l&rsquo;habitude d&rsquo;acquérir des ventes de coupe auprès de l&rsquo;administration juste pour les vendre plus tard au plus offrant.</p>
<p>« Certains adjudicataires camerounais vendent leur ventes de coupe à des libanais ou à des chinois qui disposent d&rsquo;importantes ressources financières et qui sont à la recherche de ressources ligneuses, je ne connais pas les montants des transactions mais c&rsquo;est un phénomène récurrent » , a déclaré Henri Mevah.</p>
<p>Chaque année, l&rsquo;Etat perd environ 33 milliards de F CFA du fait de la corruption et de la mauvaise gouvernance dans le secteur forestier, rapportent des ONG. Et l&rsquo;opacité qui entoure l&rsquo;octroi, le contrôle et la gestion des ventes de coupe pourrait aggraver la situation. Si Rien n&rsquo;est fait.</p>
<p><strong><em>Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center.</em>      </strong></p>
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		<title>CAMVERT, l&#8217;agro-industrie opaque qui rase les forêts camerounaises sans être inquiétée</title>
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		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Feb 2022 09:11:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[agro industrie]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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		<category><![CDATA[environnement]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>“60 mille hectares à Camvert, une compagnie qui n’a pas d’expérience de plantation de palmier à huile? Est ce qu’on est prêt à risquer cela?”, déclare d’un air dubitatif Samuel Nguiffo, Secrétaire exécutif du Centre pour l’Environnement et le Développement(CED), une organisation environnementale basée au Cameroun. Il y a quelques années, Samuel et d’autres leaders [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>“60 mille hectares à Camvert, une compagnie qui n’a pas d’expérience de plantation de palmier à huile? Est ce qu’on est prêt à risquer cela?”, déclare d’un air dubitatif Samuel Nguiffo, Secrétaire exécutif du Centre pour l’Environnement et le Développement(<a href="http://www.cedcameroun.org/">CED</a>), une organisation environnementale basée au Cameroun.</p>
<p>Il y a quelques années, Samuel et d’autres leaders de la société civile ont défendu les <a href="https://infocongo.org/fr/cameroun-des-fermiers-traduisent-en-justice-une-plantation-de-palmiers-a-huile/">droits des communautés</a> face à l’octroi de 73 mille hectares de forêt du Sud-ouest du Cameroun, à <a href="http://www.cedcameroun.org/sgsoc-herakles-farms/">SG Sustainable Oils Cameroon PIC (SGSOC)</a>, filiale de l’américaine Heraklès Farms. Leur combat avait poussé le gouvernement Camerounais à diminuer la superficie octroyée à SGSOC, passant de 73 mille hectares à 20 mille hectares. Aujourd’hui, une histoire similaire se reproduit dans le Sud du Cameroun avec l’implantation de l’agro-industrie Cameroun Vert Sarl (Camvert), dans l’arrondissement de <a href="https://infocongo.org/en/ngos-reject-new-oil-palm-plantation-in-southern-cameroon/">Campo</a>. Et cette fois-çi, le combat de la société civile semble plus rude.</p>
<figure id="attachment_3374" aria-describedby="caption-attachment-3374" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3374" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3374" class="wp-caption-text">InfoCongo a analysé des images satellitaires PLANET avant et après l’attribution de Ventes aux Enchères des bois sur pied, signé par le ministre des forêts et de la faune du Cameroun relatif à un lot de 2500 hectares de la partie déclassée de l’UFA 09 025 au profit du projet Camvert. En Décembre 2019, des images satellitaires de PLANET montrent que cette parcelle de 2500 hectares était encore recouverte de forêt. En Décembre 2021, plus de la moitié de cette parcelle de forêt a été rasée pour la création de la palmeraie de Camvert.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
<p>Au moment où InfoCongo bouclait cette enquête, 1850 hectares de forêts avaient déjà été rasés à Campo pour la création de la plantation industrielle de palmier à huile de Camvert. D’après des données liées à la perte du couvert forestier de Global Forest Watch, analysées par InfoCongo, cette surface de forêt a été détruite de Mai 2020 à décembre 2021, avec la possibilité d’une plus grande déforestation à Campo.</p>
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<figure id="attachment_3375" aria-describedby="caption-attachment-3375" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3375" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3375" class="wp-caption-text">L’Unité Forestière d&rsquo;Aménagement 09 025 aujourd’hui convertie en zone de production agricole se trouve dans le Sud du Cameroun à Campo à proximité du parc national de Campo Ma’an. Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
<p>Cet arrondissement du Sud Cameroun se trouve sur la côte atlantique du pays, au nord de l’embouchure du fleuve Ntem qui marque la frontière avec la Guinée Equatoriale. Avec une superficie de 276 mille hectares, Campo est l&rsquo;une des rares communes du bassin du Congo, où cohabitent en harmonie des peuples de forêts et des peuples de la côte. La nouvelle agro-industrie y vise 60 mille hectares de forêt, environ 20% de la superficie totale de la commune de Campo. C’est énorme selon Sa Majesté Evina Ango, seule femme cheffe traditionnelle dans l’arrondissement de Campo. “Cette entreprise veut nous envahir pour que Campo devienne un vaste champ de palmiers à huile”, craint-elle.</p>
<p>La forêt que convoite Camvert fait partie de l’ancienne Unité Forestière d’Aménagement, <a href="https://wri-sites.s3.amazonaws.com/forest-atlas.org/cmr.forest-atlas.org/resources/posters/CMR_Poster%202018%20english.pdf">UFA 09 025</a>. Exploitée par la Société camerounaise d&rsquo;industrie et d’exploitation du bois (SCIEB), partenaire du groupe Nerlandais Wijma, cette forêt de production couvrait une superficie totale de 88 mille hectares et faisait partie des concessions forestières certifiées FSC au Cameroun jusqu’en <a href="https://swedwatch.org/wp-content/uploads/2019/02/Tropiskt-timmer_190221_93.pdf">2017</a>. Ce statut permettait d’y “assurer un minimum de garanties en termes de gestion durable”, d’après des organisations environnementales. De plus, les sept communautés autochtones Bagyeli de Campo et leurs voisins bantou pouvaient y faire de la chasse, de la pêche ou y prélever des écorces médicinales.</p>
<p>Cette forêt partage aussi une limite conjointe d’environ 50 kilomètres avec le <a href="https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/6312/">parc national de Campo Ma’an</a>. Une aire protégée riche en faune et flore, créée en 2000 par le gouvernement camerounais pour compenser les impacts environnementaux négatifs du projet d&rsquo;oléoduc Tchad-Cameroun. Le parc national de Campo Ma’an abrite plusieurs espèces en voie de disparition inscrites sur la liste rouge de l&rsquo;Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il s’agit entre autres du pangolin géant (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/12762/123584478#geographic-range">Smutsia gigantea</a>), l’éléphant d’Afrique (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/181007989/204404464">Loxodonta cyclotis</a>), le gorille (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/9404/136250858"><em>Gorilla gorilla</em></a>).</p>
<p>Dans ce riche écosystème forestier, la nouvelle agro-industrie Camvert a bénéficié de plusieurs facilités du gouvernement camerounais pour démarrer sa palmeraie.</p>
<h3><strong>Opportunisme </strong></h3>
<p>Tout commence en 2017, dans une discrétion totale. Les grands groupes européens, comme Rougier et Wijma, sont en train d’abandonner leurs concessions en Afrique centrale, arguant de difficultés financières et opérationnelles, écrivent Swedwatch et le CED dans un rapport publié en 2019.<strong> </strong></p>
<p>Dans la même lancée, l’entreprise SCIEB Sarl (gestionnaire de l’UFA 09 025 et deux autres UFA), <a href="https://swedwatch.org/wp-content/uploads/2019/10/93_Tropiskt-timmer_French.pdf">transfère</a> ses principales activités forestières à d’autres actionnaires. Dans un article de <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/804560/aboubakar-al-fatih-scieb-pousse-vers-plus-dindustrie-dans-le-bois/">Africa Business+</a>, on découvrira  plus tard qu’en 2018, Aboubakar Al-Fathi a “rachèté la Société camerounaise d&rsquo;industrie et d&rsquo;exploitation du bois (Scieb) à la société néerlandaise Wijma et récupéré une Unité d’Aménagement Forestière (FMU) et une scierie à Campo”.</p>
<p>Des documents obtenus par InfoCongo montrent que la même année, plus précisément en Août 2018, Aboubakar Al-Fathi et Mahmoud Mourtada se sont associés pour créer une Société à responsabilité limitée dénommée Cameroon Vert Sarl(Camvert). Selon Greenpeace Afrique et Green Advocate Development, Aboubakar Al-Fathi serait un leader politique proche du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais.</p>
<p>En Avril 2019, soit neuf mois seulement après la naissance de Camvert, le ministre des forêts et de la faune, Jules Doret Ndongo signe un avis public portant déclassement d’une partie de l’UFA 09 025 pour la production agricole. Dans la foulée, la société civile suspecte que cette forêt serait attribuée à Camvert pour son projet de plantation industrielle de palmier à huile. Mais, rien d’officiel ne le prouve.</p>
<h3><strong>Le décret à problème </strong></h3>
<p>Suite à l’annonce d’un potentiel déclassement de l’UFA 09 025, les défenseurs de l’environnement craignent la réduction du domaine forestier permanent du Cameroun. Dans sa loi forestière datant de 1994, le pays s’est engagé à maintenir le domaine forestier permanent sur 30% de son territoire national pour conserver les ressources forestières et produire de façon durable la matière ligneuse.</p>
<p>Par conséquent, «le déclassement total ou partiel d’une forêt ne peut intervenir qu’après classement d’une forêt de même catégorie et d’une superficie équivalente dans la même zone écologique », indique la loi. Or, le processus de déclassement de l’UFA 09 025 entamé par le ministre des forêts ne donnait “aucune garantie que cette disposition de la loi forestière serait respectée”, a précisé l’ONG Forêts et Développement Rural (FODER).</p>
<figure id="attachment_3376" aria-describedby="caption-attachment-3376" style="width: 1920px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3376" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-scaled.jpg" alt="" width="1920" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-scaled.jpg 1920w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-225x300.jpg 225w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-768x1024.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1152x1536.jpg 1152w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1536x2048.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-600x800.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-750x1000.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1140x1520.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" /><figcaption id="caption-attachment-3376" class="wp-caption-text">Parc national de Campo Ma&rsquo;an.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>La société civile environnementale plaide aussi pour la sauvegarde de la riche biodiversité du parc national de Campo Ma’an. Le Cameroun y met en œuvre un <a href="https://documents1.worldbank.org/curated/en/364731468233038110/pdf/E23260REVISED01AFR1EA1P1129751Final.pdf">projet d’habituation des gorilles</a> dans l’île de Dipikar en partenariat avec la Banque Mondiale et la Coopération Allemande. Transformer une partie de l’UFA 09 025 en plantation industrielle mettrait en péril cette initiative de conservation et la sécurité foncière des communautés de Campo. Ici, les communautés locales sont “déjà privées de leurs terres par les projets tels que le port en eau profonde de Kribi, le projet Pipeline Tchad &#8211; Cameroun et les différentes activités agro industrielles autour de la zone”, relève un groupe d’ONG dans une note de position publiée en Août 2019. Malgré ces réserves, le gouvernement passe en force.</p>
<p>En Novembre 2019, le Premier ministre camerounais, Dion Ngute valide le déclassement d’une parcelle couvrant environ 70% de l&rsquo;UFA 09 025. Les 60 mille hectares de forêt peuvent désormais être utilisés à des fins de production agricole à grande échelle.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à la publication de cette investigation, InfoCongo a constaté qu’aucune forêt équivalant aux 60 mille hectares de l’UFA 09 025, n’a été classée comme le prévoit la loi forestière camerounaise. Les demandes d’interview d’InfoCongo adressées au Ministre des forêts sont restées sans réponse.</p>
<p>InfoCongo a voulu comprendre pourquoi Aboubakar Al-Fathi a récupéré l’UFA 09 025. L’homme d’affaires aurait-il racheté une forêt de production pour la déforester et la transformer en vaste palmeraie?</p>
<h3><strong>Complicités administratives </strong></h3>
<p>Le lien entre la jeune agro-industrie Camvert et l’UFA 09 025 est officiellement connu le 02 Mars 2020, à travers un appel d’offres de Ventes aux Enchères des bois sur pied, signé par le ministre des forêts et de la faune du Cameroun. Jules Doret Ndongo y précisait clairement qu’il s&rsquo;agit d&rsquo;un lot de “2500 hectares de la partie déclassée de l’UFA 09 025 au profit du projet Camvert”. Bien que président en exercice de la Commission des forêts d’Afrique Centrale (<a href="https://comifac.org/a-propos/equipe-dirigeante/equipe-sec">COMIFAC</a>), instance régionale de protection des forêts du bassin du Congo, Jules Doret Ndongo a autorisé que soit rasé 2500 hectares de forêt à Campo.</p>
<p>Les résultats de l’appel d’offres relatif à l’exploitation du bois issus des 2500 hectares n’ont été pas rendus publics. Ce qui a créé davantage d’opacité sur le nom de l’entreprise autorisée à exploiter le bois issu des 2500 hectares de forêt et la durée de validité des activités de coupe du bois.</p>
<p>Pendant ce moment, Camvert déploie sa stratégie de séduction sur le terrain, comme le montrent des copies de cahier de charge signées entre Camvert et les communautés de Campo. Ces documents ont été signés le 27 Mars 2020, alors que tout le monde attend les résultats de l’avis d’appel d&rsquo;offres.</p>
<p>InfoCongo a obtenu une copie du Certificat d’attribution de cette Vente aux Enchères, signé le 02 Avril 2020 par le ministre des forêts et de la faune Ministre. Le document montre que Jules Doret Ngongo a attribué cette vente aux Enchères à l’entreprise SextransBois.</p>
<p>Le 09 Avril 2020, le Ministre des Domaines, du cadastre et des Affaires foncières entre en scène. Henri Eyebe Ayissi autorise Camvert à exploiter 2500 hectares, “sous réserve d’un engagement de délimiter les 60000 hectares”.</p>
<p>Seulement, ces deux actes du gouvernement sont pris dans un contexte de crise sanitaire mondiale qui paralyse le monde entier.</p>
<p>Au Cameroun, le gouvernement vient de prendre une série de mesures de <a href="https://www.spm.gov.cm/site/?q=fr/content/strategie-gouvernementale-de-riposte-face-la-pandemie-de-coronavirus-covid-19">restriction</a> des déplacements pour limiter la propagation de Coronavirus. Plusieurs organisations de la société civile ont suspendu leurs activités de veille dans les zones forestières. La commune de Campo, comme d’autres zones forestières du pays, est enclavée et peu couverte par le réseau de télécommunication. Il devient difficile pour ces acteurs de la société civile d&rsquo;effectuer un monitoring efficace. Camvert en a profité pour se déployer rapidement à Campo.</p>
<p>En Février 2022 au moment où InfoCongo publie cette enquête, la jeune agro-industrie vient de bénéficier de nouvelles facilités administratives pour accélérer ses activités. Une convention signée avec l’Agence de promotion des investissements (API) permet à Camvert “de bénéficier des dispositions de la loi de 2013 (révisée en 2017) portant incitations à l’investissement privé au Cameroun”, a indiqué <a href="https://www.investiraucameroun.com/agriculture/0802-17482-camvert-obtient-des-exonerations-fiscales-pour-son-projet-de-complexe-agro-industriel-de-237-milliards-de-fcfa-a-campo">Investir au Cameroun</a> dans un article paru le 08 Février 2022. Grâce à cette convention, Camvert obtiendra ainsi des exonérations fiscalo-douanières allant de 5 à 10 ans, aussi bien pendant la phase de construction que de production de son projet.</p>
<p>Pour Greenpeace Afrique, cette décision est un coup de massue contre l&rsquo;économie camerounaise. “<em>Comment se fait-il qu’une entreprise qui veut raser 60 000 hectares de forêt et détruire par la même occasion les moyens de subsistance des communautés locales peut bénéficier d’exonérations fiscales ?</em>” s’interroge Ranece Jovial Ndjeudja, responsable de Campagne forêt Bassin du Congo à Greenpeace Afrique. “<em>Cette décision apparaît comme une prime accordée à l’entreprise pour continuer à violer la loi et porter atteinte aux engagements du Cameroun”</em>, ajoute-il.</p>
<h3><strong>Opacité</strong></h3>
<p>Selon des sources concordantes, depuis Septembre 2019, avant même d’avoir obtenu l’autorisation d’exploiter 2500 hectares, Camvert avait posé ses marques à Campo. L’agro-industrie avait recruté son personnel et entamé une pépinière de palmiers à huile. Avec l’arrivée du décret du ministre du cadastre, il fallait juste convaincre les chefs de la pertinence du projet pour démarrer la plantation. D’une chefferie à l’autre, les représentants de Camvert martèlent le même discours: “le projet Camvert a déjà été validé par la présidence de la république du Cameroun”, comme relatent sous anonymat, des leaders traditionnels approchés par des dirigeants de Camvert en Mars 2020.</p>
<p>Cette nouvelle déstabilise les communautés de Campo. “Lorsque nous avons entendu parler du projet Camvert, c’était comme une bombe atomique”, affirme Denis Gnamaloma, leader communautaire basé à Ebodje. Mais, comment s’opposer à une décision présidentielle? Les communautés se sentent impuissantes.</p>
<p>Camvert fait signer des cahiers de charges aux chefs des principaux  groupement des communautés Bantou de Campo. Les chefs de village bien que approchés par l’entreprise, n’ont aucune dudit copie du cahier de charge.</p>
<figure id="attachment_3377" aria-describedby="caption-attachment-3377" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3377" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3377" class="wp-caption-text">Henry Nlema</figcaption></figure>
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<p>La situation est plus inquiétante chez les peuples autochtones Bagyeli. Le cinquantenaire Henry Nlema, plus connu sous le nom de Cent ans, a été choisi comme représentant des peuples autochtones Bagyeli de Campo à la signature du cahier de charge de Camvert. Pour la circonstance, les documents sont rédigés en français et en Anglais. Or, Henry Nlema ne sait ni lire ni écrire car il a passé toute sa vie à faire la chasse, la cueillette et la pêche. “Vous savez, moi je ne sais pas lire et écrire. Ils marchaient avec des documents comme ça et demandaient: toi ton nom c’est quoi? Signes ici, sans même rien m’expliquer”, raconte Cent ans, d’un air désabusé.</p>
<p>Henry Nlema affirme avoir signé le cahier de charge sans savoir de quoi il s’agissait. Aujourd’hui, il regrette de l’avoir fait. « Ça m&rsquo;énerve d’avoir signé ça. Je regrette beaucoup!” ajoute-t-il.</p>
<p>En Octobre 2020, BACUDA, une organisation des peuples autochtone Bagyeli, en collaboration avec APED, une OSC camerounaise, et Forest Peoples Programme ont <a href="https://www.forestpeoples.org/fr/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles">soumis une requête</a> au Comité pour l&rsquo;élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD) pour dénoncer “l&#8217;emprise du projet de plantation d’huile de palme de la société CamVert SARL sur les terres coutumières de sept communautés Bagyeli”.</p>
<p>En Avril 2019, FPP et Okani avaient soumis une précédente requête au CERD concernant l’affaire Biopalm. Dans sa réponse en Mai 2019, la CERD avait indiqué que “l&rsquo;État a l&rsquo;obligation de reconnaître et d&rsquo;enregistrer les territoires forestiers collectifs des Bagyelis et d&rsquo;autres groupes autochtones, y compris les Baka, et de mener un processus de consentement libre, préalable et éclairé avant toute utilisation qui les affecte”. En outre, le CERD soulignait la nécessité pour le Cameroun, d’entreprendre des réformes sur ses lois foncières actuelles.</p>
<p>Pour le cas camvert, la réponse du CERD tarde à venir. Des sources bien introduites ont fait savoir à InfoCongo que “toutes les procédures légales entreprises par les Bagyeeli de Campo vis-à-vis du projet Camvert n’ont jusqu’ici obtenu aucune réponse”.</p>
<p>Maintenant que Camvert a l’accord écrit des chefs pour démarrer sa palmeraie, rien ne freine plus l’agro-industrie aux origines complexes.</p>
<h3><strong>Trois en un</strong></h3>
<p>Vite, la forêt de Campo est rasée au bulldozer par deux  sociétés “ayant les mêmes dirigeants que Camvert”, d’après des témoignages concordants de plusieurs chefs.</p>
<figure id="attachment_3378" aria-describedby="caption-attachment-3378" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3378" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3378" class="wp-caption-text">Une forêt rasée à Campo 2.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il s’agit de SextransBois et BoisCam, deux entreprises forestières aux activités controversées. “Ces gens sont entrés par le biais de la forêt communautaire d’Akak, avec la dénomination de BoisCam. Mais au fond c’était SextransBois. Ils sont venus semer la zizanie au sein de la communauté, saboter pour mieux se servir”, raconte la cheffe traditionnelle d’Akak.</p>
<p>Elle avait défié le sous préfet de Campo, exigeant que soient reversées aux communautés les revenus issus de la gestion de la forêt communautaire d’Akak, à l’époque exploitée par SextransBois. Pour l’autorité traditionnelle, BoisCam, SextransBois et Camvert forment une même entité. “Qui dit SextransBois, dit BoisCam, dit Camvert car les mêmes responsables de BoisCam sont les mêmes responsables de SextransBois et de Camvert”, affirme sans hésiter Sa Majesté Evina Ango.</p>
<p>D’après le journal <a href="http://decouverte-regionale.info/index.php/economie/173-economie/467-aboubakar-al-fatih-le-prodige-du-mayo-banyo">Découvertes régionales</a> et <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/804560/aboubakar-al-fatih-scieb-pousse-vers-plus-dindustrie-dans-le-bois/">Africa Business+</a>, le propriétaire de Camvert est aussi le Président Directeur Général de la Société de foresterie du Cameroun (BoisCam). En 2018, les activités de Ventes de Coupe de SextransBois et BoisCam ont été suspendues pour trois mois par le Minfof, pour non-respect de la procédure d’attribution. Du côté de Camvert, les responsables jurent n’avoir aucun lien avec l’exploitation forestière.</p>
<p><em><iframe style="width: 100%; height: 440px;" src="https://kuangkeng.github.io/people-heatmap/heatmap-fr.html" frameborder="0" scrolling="no"></iframe><br />
Au cours de ses recherches, InfoCongo a constaté que plusieurs responsables actuellement en service à Camvert, ont auparavant travaillé soit pour SCIEB, soit BoisCam ou alors SextransBois. Aucun responsable de Camvert n’a daigné répondre à la demande d’interview d’InfoCongo déposée au siège de Camvert à Yaoundé.</em></p>
<p>Comment un même groupe d’entreprise pourrait récupérer le bois d’une forêt et y entamer une palmeraie? Même si la loi ne l’interdit pas, Samuel Nguiffo estime que “c’est totalement immoral”. Le doute plane aussi sur la source de financement des activités Camvert, dont le coût global du projet est estimé à 237 milliards de Francs CFA (environ 413 millions de dollars).</p>
<p>“En réalité, ce qui se cache derrière cette opération c’est que le bois exploité va servir à financer l’opération, c’est pas acceptable. L’argent de ce bois devait aller dans les caisses de l’Etat”, poursuit le juriste.</p>
<p>Loin des débats juridiques de la capitale politique du Cameroun, la déforestation avance à grands pas à Campo. Les gardiens de la forêt et les grands mammifères de Campo subissent déjà de plein fouet les impacts de cette destruction de la forêt.</p>
<h3><strong>Sans forêt, comment allons-nous vivre? </strong></h3>
<p>A Onze kilomètres du campement des peuples autochtones Bagyéli du village Nazareth, des petits palmiers à huile se développent peu à peu sur la parcelle jadis recouverte de forêt dense. Elle est aujourd’hui exploitée par Camvert.</p>
<figure id="attachment_3379" aria-describedby="caption-attachment-3379" style="width: 990px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3379" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-scaled.jpeg" alt="" width="990" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-scaled.jpeg 990w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-116x300.jpeg 116w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-396x1024.jpeg 396w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-768x1985.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-594x1536.jpeg 594w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-792x2048.jpeg 792w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-600x1551.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-750x1939.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-1140x2947.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 990px) 100vw, 990px" /><figcaption id="caption-attachment-3379" class="wp-caption-text">InfoCongo a analysé sur trois principales périodes des images satellitaires de la zone attribuée à Camvert provenant de PLANET.<br />A: Forêt non perturbée: Sur l’image A, nous sommes en Décembre 2019, aucune perturbation n’est encore visible sur cette parcelle de forêt.<br />B: Forêt rasée: Dès Décembre 2020, on constate une importante perte de couvert forestier. A l’époque, cela faisait juste 3 mois que Camvert avait mis ses premiers plants de palmier à huile en terre, après que la forêt ait été détruite.<br />C: Emergence de la plantation de palmier à huile: Plus d’un an après le démarrage de la palmeraie de Camvert, on peut déjà voir l’émergence de parcelles de plantation de palmier à huile bien tracées.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center</figcaption></figure>
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<p>Selon des riverains, c’est ici que se nourrissaient et se reproduisaient les animaux du parc national de Campo Ma’an. A cause de leur proximité avec le parc, ces populations étaient déjà victimes des ravages des éléphants. Aujourd’hui, “ça devient une double souffrance parce que les animaux se retrouvent partout et c’est très dangereux”, précise Sa Majesté Evina Ango.</p>
<p>Depuis le démarrage des activités de Camvert, la forêt a été détruite et les conflits hommes-animaux sont de plus en plus nombreux.“Lorsqu’on dévaste la forêt ainsi, toutes les bêtes sont en débandade. Elles ne se retrouvent plus et elles se dirigent vers les villages”, explique la cheffe.</p>
<p>“ Il y a quelques semaines, un curé résidant à Ebodjé a vu des gorilles manger des bananes dans sa palmeraie. Il était obligé de fuir et rentrer au village, de peur de se faire attaquer par l’animal”, raconte Denis Ngamaloma.</p>
<p>La communauté Bagyeli de Nazareth a perdu le sommeil. “Les arbres qu’ils abattent partout sont en train de faire fuir les animaux. Attendez je vous montre comment les éléphants ont détruit mon champ, nos avocatiers et nos bananiers”, dénonce Henry, désormais obligé de chasser les éléphants de sa concession presque toutes les nuits.</p>
<figure id="attachment_3380" aria-describedby="caption-attachment-3380" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3380" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3380" class="wp-caption-text">En Juillet 2021, InfoCongo s’est rendu dans les villages des peuples autochtones Bagyeli vivant autour de la parcelle attribuée à Camvert à Campo. Au village Nazareth, à 11 kilomètres de la parcelle déforestée, les dégâts causés par les éléphants sont encore visibles derrière la concession du leader Bagyeli nommé Cent ans. Après avoir comparé les coordonnées géographiques des sites détruits par les éléphants et les zones d’habitat des éléphants du parc national de Campo Ma’an, InfoCongo constate que ces grands mammifères du parc sont désorientés suite à la destruction de la forêt dans laquelle ils avaient l’habitude de circuler.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
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<p>En effet, comme le montre le plan d’Aménagement du parc national de Campo Ma’an, dont InfoCongo a obtenu la copie, Camvert a débuté ses activités sur le corridor de circulation des grands mammifères. Au village Nazareth, l’équipe d’InfoCongo a vu des traces fraîches d’excréments et des pas d’éléphants à quelques pas du campement Bagyeli.</p>
<p>A Mvini, village limitrophe au parc national de Campo Ma’a, les communautés n’envisagent pas une vie sans forêt. “Dieu nous a créé avec la forêt, ça va partir où ?”, s’interroge une maman Bagyeli âgée d’environ 70 ans.</p>
<p>Assise dans la case familiale en cette matinée de Juillet 2021, elle tisse des nasses et rassemble des morceaux de bois, outils indispensables pour ses activités de pêche et la chasse en forêt. “On ne peut pas rester ici sans pièges! La forêt là, c’est pour les gibiers non”, explique t-elle à InfoCongo.</p>
<figure id="attachment_3381" aria-describedby="caption-attachment-3381" style="width: 1707px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3381" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-scaled.jpg" alt="" width="1707" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-scaled.jpg 1707w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-200x300.jpg 200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-683x1024.jpg 683w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-768x1152.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1024x1536.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1365x2048.jpg 1365w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-600x900.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-750x1125.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1140x1710.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1707px) 100vw, 1707px" /><figcaption id="caption-attachment-3381" class="wp-caption-text">Luc Mbio Bilende</figcaption></figure>
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<p>Dans la même pièce, se trouve l’un des patriarches Bagyeli de Mvini, Luc Mbio Bilende. Né dans les années 40 Luc Mbio est le principal guérisseur du Campo, connu au délà des frontières de Campo pour sa maîtrise de l’utilisation des plantes médicinales. “Les écorces qu’on soigne les gens avec là viennent de la forêt”, soutient le vieillard.</p>
<p>Même son de cloche pour les Bagyeli de Nyeté. “Camvert nous donne du fil à retordre parce que si nous donnons l’accès à Camvert, nous allons mal vivre”, affirme Paul Njemba, jeune chef Bagyeli du village Nyamalandé à Nyeté. Selon des matriarches de la communauté, les Bagyeli sont établis ici depuis 1983, chassés de leur ancien campement en pleine forêt par des exploitants forestiers. Ils vivent dans un petit campement entouré de la vaste plantation d’Hévéa de l’entreprise Hévécam, filiale du groupe Halcyon Agri.</p>
<figure id="attachment_3382" aria-describedby="caption-attachment-3382" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3382" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3382" class="wp-caption-text">Antoinette Avomo</figcaption></figure>
<p>Aujourd’hui, Camvert convoite les petites parcelles de forêt qui leur restent, mettant en péril leurs traditions ancestrales. “Lorsque l’enfant atteint un certain âge, nous le conduisons en forêt. Nous nous rendons au pied de l’arbre avec lui et nous lui disons voici l’arbre qui soigne telle maladie”.</p>
<p>A présent, les Bagyeli de Nyeté craignent pour leur survie. “Si nous ouvrons la porte à Camvert, nous ne mangerons plus le rat palmiste. Nous n’aurons même plus de feuilles pour attacher le bâton de manioc. Nous allons vivre comment ?”, dit Antoinette Avomo. “Nous nous n’acceptons pas Camvert sauf s’ils entrent par force”, soutient le chef des Bagyeli de Nyamalandè.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Madeleine NGEUNGA</strong></p>
<p><em>Cette enquête est le premier volet d&rsquo;une série Co-publiée par <a href="https://infocongo.org/en/">InfoCongo</a>, <a href="https://oxpeckers.org/">Oxpeckers</a> and <a href="https://www.themusebaproject.org/">The Museba Project</a>, avec le soutien du Pulitzer Center <a href="https://pulitzercenter.org/grants-fellowships/opportunities-journalists-and-campus-consortium-members/apply-join">Rainforest Investigations Network</a> (RIN). </em></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/">CAMVERT, l&rsquo;agro-industrie opaque qui rase les forêts camerounaises sans être inquiétée</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
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		<title>Bois de rose : volé au Cameroun, blanchi au Nigeria, expédié en Chine</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jan 2022 14:35:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[bois de rose]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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		<category><![CDATA[crime organisé]]></category>
		<category><![CDATA[exploitation forestière]]></category>
		<category><![CDATA[Nigeria]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Abdou Yadji veut dire au revoir à la misère. Alors, le bûcheron quarantenaire noue son t-shirt noir trempé de sueur autour de la taille. Chaussures en plastique aux pieds, il donne des coups de hache à un tronc d&#8217;arbre couché au sol. Abdou est sous pression. Il doit faire des morceaux de bois de même [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Abdou Yadji veut dire au revoir à la misère. Alors, le bûcheron quarantenaire noue son t-shirt noir trempé de sueur autour de la taille. Chaussures en plastique aux pieds, il donne des coups de hache à un tronc d&rsquo;arbre couché au sol. Abdou est sous pression. Il doit faire des morceaux de bois de même taille avant de quitter la forêt de Bamanga, un village du nord Cameroun situé à la frontière avec le Nigeria.</p>
<p>Le bûcheron n&rsquo;est pas seul dans la forêt. Ce matin chaud de janvier 2020, son compagnon, un homme au visage épanoui, est assis sur une motte de terre ocre, les yeux fixés sur une montre en argent au poignet gauche.</p>
<p>Trois jours auparavant, il s&rsquo;est présenté à Abdou comme un commerçant musulman qui achète souvent des pagnes au Nigeria pour étoffer sa boutique dans la capitale du Nord. Puis, d&rsquo;un accent calme,  il a admiré le travail du bûcheron et lui a fait une proposition.  Il a dit être en contact avec un homme d&rsquo;affaires nigérian qui veut acheter de grandes quantités de bois Kosso et qui paie 5000 nairas($12) par morceau de deux mètres de long, raconte Abdou.</p>
<p>« Si je lui vend le bois, dit-il, je pourrais devenir riche en peu de temps ».</p>
<p>Le Cameroun et le Nigeria ne partagent pas seulement une frontière de 2000 km. une enquête de The Museba Project révèle que des individus originaires des deux pays entrent discrètement dans les forêts camerounaises, coupent sans autorisation des bûches de bois de rose qu&rsquo;ils transportent jusqu&rsquo;au Nigeria.</p>
<p>Alors que cette activité lucrative est à l&rsquo;origine de la destruction des forêts, la fuite des finances publiques et la perte des emplois, le média en ligne a découvert que certaines autorités nigérianes, liées au principal parti d&rsquo;opposition, blanchissent ce bois localement appelé Kosso ou Madrics en délivrant aux trafiquants des documents officiels qui attestent que l&rsquo;exploitation a plutôt été faite au Nigeria et qui facilitent l&rsquo;exportation des conteneurs de Kosso vers la Chine, la destination finale.</p>
<p>Bien plus, The Museba Project est entré en contact avec un célèbre trafiquant de bois de rose de contrebande qui dévoile le schéma de corruption partant de la forêt camerounaise au port de Lagos, avec des pots-de-vin versés à des agents forestiers camerounais, chefs traditionnels et agents de sécurité nigérians, les prix des bûches de bois de rose dans le marché noir, le profil des clients asiatiques et même comment le trafiquant et son équipe ont coupé avec succès le Kosso dans les forêts dangereuses de l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boko_Haram">Boko Haram</a>.</p>
<figure id="attachment_3338" aria-describedby="caption-attachment-3338" style="width: 1285px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3338" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg" alt="" width="1285" height="630" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg 1285w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-300x147.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1024x502.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-768x377.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-600x294.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-750x368.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1140x559.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1285px) 100vw, 1285px" /><figcaption id="caption-attachment-3338" class="wp-caption-text">Abdou Yadji cherche de l&rsquo;ombre près d&rsquo;un kosso.</figcaption></figure>
<p>Abdou vivait dans une case en terre cuite couverte de paille. Sans enfants ni femme. Quand il gagnait un peu d&rsquo;argent dans la coupe du bois de chauffe, le bûcheron édenté fumait des cigarettes à répétition. Il buvait la bière locale, fredonnait des chansons populaires et mangeait à peine. Puis, lorsque l&rsquo;argent était fini, il tuait le temps allongé sous le grand arbre du village.</p>
<p>Bamanga est peuplé d&rsquo;environ cinq mille âmes qui vivent de cultures vivrières, d&rsquo;élevage et de vente du Bil-Bil, une bière locale. De jour comme de nuit, des engins à deux roues traversent à vive allure ce petit village. Ils transportent des marchandises de contrebande en provenance de l&rsquo;Etat de l&rsquo;Adamawa au Nigeria: ciment, carburant, huile raffinée, farine, sucre. Les conducteurs se créent chaque fois de nouvelles pistes pour échapper au contrôle de l&rsquo;unique poste de douanes de la localité.</p>
<p>Le bûcheron a accueilli l&rsquo;offre du commerçant musulman comme une manne. Il tenait enfin une occasion de sortie de misère. Mais, alors qu&rsquo;il entaillait une pièce de Kosso sous le soleil brulant, Abdou a entendu un bruit léger au loin. Son compagnon a aussitôt saisi sa main gauche et lui a demandé de prendre la fuite. C&rsquo;était trop tard. Les deux individus ont été stoppés dans leur brève course par des agents des eaux et forêts en service dans la région du Nord.</p>
<p>« Vous êtes en état d&rsquo;arrestation », a déclaré l&rsquo;un des agents en uniforme vert en menottant les deux complices.</p>
<p>« Vous n&rsquo;êtes pas autorisé à exploiter ce bois », a déclaré l&rsquo;officier.</p>
<figure id="attachment_3349" aria-describedby="caption-attachment-3349" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3349" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3349" class="wp-caption-text">Un tronc de Kosso abandonné dans la forêt de Bamanga au nord Cameroun.</figcaption></figure>
<h2><strong>Pillage organisé</strong></h2>
<p>Une essence forestière a rarement été autant convoitée. Le bois de rose, scientifiquement connu sous le nom de Pterocarpus erinaceus, est un arbre rare qui se trouve dans les zones sahéliennes et les forêts claires. Il est prisé pour son fourrage et ses vertus thérapeutiques. Ses feuilles servent d&rsquo;aliment aux animaux domestiques. Dans certaines contrées en Afrique de l&rsquo;Ouest, les écorces du Kosso sont activement recherchées pour leurs vertus en médecine traditionnelle. Mais, si ce bois est devenu l&rsquo;une des essences les plus adulées dans le monde, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est abondamment utilisé dans la fabrication des meubles de luxe en Chine.</p>
<p>L&#8217;empire du milieu, près d&rsquo;un milliard et demi d&rsquo;habitants, mise sur une nouvelle classe moyenne qui investit dans la décoration intérieure.</p>
<p>En 2017, le <a href="https://marketing-chine.com/marche-meuble-chine">marché</a> des meubles de luxe dans le pays a représenté un chiffre d&rsquo;affaires d&rsquo;environ 35 milliards de Dollars américains, selon des experts. Pour réaliser ces performances en augmentation, la Chine, un grand exportateur de meubles, a besoin de matières premières comme le Kosso.</p>
<p>En 2016 seulement, plus de 1,4 million de grumes de Kosso, d&rsquo;une valeur de 300 millions de dollars américains, ont été recensés dans les ports chinois, dévoile une <a href="https://eia-global.org/reports/the-rosewood-racket">étude</a> de Environmental Investigation Agency (EIA), une Ong qui enquête sur la criminalité et les abus environnementaux.</p>
<p>Tout n&rsquo;est pas rose dans cette chasse au bois de rose. D&rsquo;après EIA, la forte demande chinoise a fait naitre une industrie parallèle de commerce de bois de rose illégal qui se nourrit du pillage organisé des forêts claires à travers le monde y compris celles de certains pays au sud du Sahara.</p>
<p>Après la Gambie, le Ghana, le Benin, le Burkina Faso, la Sierra Leone,  le Nigeria, pays de plus de 150 millions d&rsquo;habitants, a vu son espace forestier se réduire au fil du temps.</p>
<p>Entre 1990 et 2010, la première économie du continent africain a perdu environ 409,650 de ses 9 millions d&rsquo;hectares de forêts, soit 2.38% par an, selon l&rsquo;Organisation des Nations Unies pour l&rsquo;Alimentation et l&rsquo;Agriculture, <a href="https://rainforests.mongabay.com/deforestation/2000/Nigeria.htm">FAO</a> . La razzia n&rsquo;a pas épargné le Kosso un matériau utilisé dans le mobilier de luxe en Asie.</p>
<p>Le nouveau business d&rsquo;alors a pris son essor dans le pays en 2013. Profitant des lacunes dans les lois existantes, un cadre réglementaire laxiste et la corruption des officiels et des leaders communautaires, certains operateurs économiques nigérians et leurs partenaires chinois ont illégalement entrepris de financer la coupe, le stockage et l&rsquo;exportation du Kosso.</p>
<p>EIA <a href="https://content.eia-global.org/assets/2017/rosewood-racket/PDF/Rosewood+Racket+Report+(High+Res).pdf">révèle</a> qu&rsquo;entre janvier 2014 et juin 2017, plus de quarante conteneurs maritimes de 20 pieds remplis des grumes de bois de rose étaient exportées en moyenne chaque jour du Nigeria vers la Chine.</p>
<p>Comme le Cameroun, le Nigeria est un Etat partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d&rsquo;extinction, CITES.</p>
<p>Depuis 2017, le Pterocarpus erinaceus ou Kosso est listé dans l&rsquo;annexe II de cette convention qui demande aux pays exportateurs de s&rsquo;assurer que l&rsquo;origine du Kosso est légale et que sa survie est garantie.</p>
<p>En 2018, le comité du CITES, préoccupé par l&rsquo;exportation incontrôlée du Kosso du Nigeria, a <a href="https://cites.org/esp/CITES_SC69_worlds_wildlife_trade_regulator_focused_front-line_action_04122017">décidé</a> que « les Parties ne devraient accepter aucun permis ou certificat CITES pour Pterocarpus erinaceus délivré par le Nigéria à moins que le Secrétariat CITES n&rsquo;ait confirmé son authenticité ».</p>
<p>Les assauts répétés des trafiquants de Kosso avaient déjà causé la déforestation, le réchauffement climatique et des dégâts économiques dans les Etats comme Cross River, Adamawa, Taraba, Kaduna, Ondo. Quand les trafiquants nigérians ont constaté que les ressources forestières étaient épuisées alors qu&rsquo;ils devaient continuer à satisfaire la demande chinoise, ils ont commencé à traverser la frontière pour couper illégalement le Kosso au Cameroun voisin.</p>
<p><img class="wp-image-3325 alignnone" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png" alt="" width="744" height="903" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 744px) 100vw, 744px" /></p>
<p>Abdou n&rsquo;avait pas connaissance de cette information quand il a accepté la proposition du commerçant musulman.</p>
<p>« Je veux gagner de l&rsquo;argent pour changer de vie et épouser une femme, mais je vois que c&rsquo;est dangereux », a déclaré Abdou.</p>
<p>En quelques années, la forêt de Bamanga a perdu des dizaines de grumes de Kosso, d&rsquo;après les riverains. Le bois est coupé en morceaux puis transporté clandestinement sur des motos ou des camionnettes jusqu&rsquo;au Nigeria. Les trafiquants proposent des sommes d&rsquo;argent séduisantes à des bûcherons démunis comme Abdou pour faire la coupe sans leur expliquer les risques de l&rsquo;activité illicite.</p>
<p>Assis à l&rsquo;arrière de la pick-up de couleur blanche des agents forestiers, Abdou ne pensait ni à l&rsquo;argent qu&rsquo;il devait empocher après son effort ni à sa hache abandonnée sur les feuilles mortes. Le bûcheron était anxieux de connaitre le sort qui lui serait réservé entre les mains des autorités administratives locales.</p>
<p>Avec ses 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun est un géant forestier dans le bassin du Congo. Le bois de rose fait partie des essences rares qui se trouvent dans certaines forêts des régions septentrionales. Son exploitation est encore non-industrielle.</p>
<p>Coupé en infimes parties, le Kosso, un arbre d&rsquo;âge avancé, a toujours été utilisé comme bois de chauffe par des populations en zones rurales. Mais, les choses ont changé depuis quelques années. Les autorités interdisent désormais toute exploitation de ce bois. Et pour cause, des centaines  de grumes de Kosso tronçonnés ou coupés à la hache près des villages de la région du Nord, sortent illégalement du pays.</p>
<p>« Le trafic transfrontalier est généralement enraciné dans des réseaux criminels bien organisés qui relient certains dirigeants communautaires, des commerçants de bois (locaux, régionaux et nationaux) et des hommes d&rsquo;affaires étrangers en charge des exportations », dit Raphael Edou, responsable du programme Afrique, des campagnes forestières à EIA-Etats-Unis; ajoutant que ce trafic « contribue à l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;Etat de droit au Cameroun ».</p>
<p>Ousmanou Moussa, 80 ans, est accroupi au fond d&rsquo;une case en planches. Il tient entre les mains une barre de fer qu&rsquo;il passe délicatement sur une flamme bleue. Malgré son âge avancé, le forgeron arrive à fabriquer des ustensiles de cuisine et des bijoux prisés par les habitants du village Ouro Dalang, près de la frontière avec le Nigeria. Ousmanou a été chef de Ouro Dalang pendant treize ans avant de laisser son siège à un successeur pour se concentrer sur sa passion.</p>
<p>L&rsquo;homme garde le souvenir des moments où il avait le sommeil difficile parce que des inconnus rentraient dans la forêt sans son autorisation, coupaient des billes de Kosso et prenaient la fuite sans laisser de traces.</p>
<p>« Nous avions longtemps sacrifié notre sommeil pour rester éveillés et surveiller le village », dit Ousmanou, les pieds croisés sur une natte. « Ces gens venaient vers la fin de la saison pluvieuse pour couper le bois mais nous les avons faits obstacle dernièrement ».</p>
<p>Lorsque Ousmanou parle de « dernièrement », il fait allusion à septembre 2019. Ce jour-là, ses notables et lui ont attrapé un homme qui tronçonnait du Kosso dans la forêt à une heure avancée de la nuit. Le bois a été confisqué. Le trafiquant et son matériel ont été donnés aux forces du maintien de l&rsquo;ordre.</p>
<h2><strong>Les trafiquants utilisent des armes à feu</strong></h2>
<p>L&rsquo;octogénaire regrette que cet arbre qui procure de l&rsquo;ombre et dont les feuilles servent de pâturages aux animaux domestiques devienne rare dans le village. Et il n&rsquo;est pas le seul à chercher à comprendre ce qui se passe.</p>
<p>« Certains villageois pensaient que ces bandits usaient de la magie pour opérer mais moi, je n’ai jamais rien vu de mystique en eux », dit Ousmanou, ajoutant que « Quelqu’un ne peut pas venir te voler et user de la magie ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière a été approchée par The Museba Project dans le cadre de cette enquête mais elle a refusé de se prononcer. Toutefois, un responsable impliqué dans la lutte contre la contrebande du Kosso a accepté de parler sous anonymat parce que n&rsquo;ayant pas été autorisé à parler à la presse.</p>
<p>Selon lui, il n&rsquo;existe pas de chiffres officiels sur le pillage du Kosso. Ce pendant, dit-il,  l&rsquo;administration connait le mode opératoire des trafiquants.</p>
<p>« Les trafiquants arrivent avec des armes à feu, des machettes, des tronçonneuses et des haches », indique l&rsquo;agent de l&rsquo;Etat. « Comme les tronçonneuses font du bruit et attirent l&rsquo;attention, ils coupent désormais avec des haches, ça les prend trois à quatre jours pour abattre un arbre mais ils préfèrent ainsi pour passer inaperçu ».</p>
<p>A Lougga Horré, un autre village de la région du nord, les habitants sortent en masse dès qu&rsquo;ils entendent les bruits des tronçonneuses dans la forêt, dit Mamoudou. Ce paysan sexagénaire à la barbe cadenas est à la tête d&rsquo;un comité de vigilance monté uniquement pour traquer les coupeurs de Kosso.</p>
<p>Trois fois par semaine, Mamoudou ne se rend pas dans sa plantation de mil. Il sensibilise les villageois sur l&rsquo;importance de protéger l&rsquo;environnement.</p>
<figure id="attachment_3339" aria-describedby="caption-attachment-3339" style="width: 814px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3339" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg" alt="" width="814" height="421" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg 1228w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-300x155.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1024x530.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-768x397.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-600x310.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-750x388.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1140x589.jpg 1140w" sizes="(max-width: 814px) 100vw, 814px" /><figcaption id="caption-attachment-3339" class="wp-caption-text">Mamoudou demande à la population de garder un oeil sur les trafiquants.</figcaption></figure>
<p>« Si nous laissons ces gens abattre ce bois, nous risquons d&rsquo;être rattrapés par le désert, car il y’aura moins de pluie et les terres ne conserverons plus de l’eau », déclare Mamoudou.</p>
<p>L&rsquo;exploitation forestière illégale ne constitue pas encore une grave menace au nord Cameroun, selon des experts. En 2010, la région avait une couverture forestière estimée à 866000 hectares étalés sur 13% de sa superficie, selon Global Forest Watch. Dix ans plus tard, elle a perdu 769 hectares, d&rsquo;après cette plateforme spécialisée dans le suivi des forêts. La réduction de la couverture forestière n&rsquo;est pas toujours causée par la déforestation, indique Global Forest Watch, elle peut également provenir des incendies ou de l&rsquo;exploitation commerciale.</p>
<p>Les trafiquants n&rsquo;approchent pas seulement les bûcherons locaux pour obtenir le bois. Dans certains cas, ils offrent de l&rsquo;argent et des présents à des chefs traditionnels qui en contrepartie leur donnent accès aux forêts sous leur contrôle.</p>
<p>Après plusieurs semaines de négociations, le reporter de The Museba Project a pu rencontrer à son domicile un chef traditionnel accusé de corruption. Il a accepté de dire sa vérité à condition qu&rsquo;il ne soit pas identifié. Il dit avoir été approché, il y a huit mois, par un trafiquant nigérian, porteur d&rsquo;une proposition alléchante.</p>
<p>« Ce monsieur m&rsquo;a donné une somme de 200.000 F CFA($345) pour faire couper quatre(04) arbres de Kosso dans la forêt », raconte le chef.</p>
<p>Plus tard,  l&rsquo;accord conclu secrètement est devenu public.</p>
<p>« J&rsquo;ai donné un peu de cet argent à certains notables, mais l&rsquo;un d&rsquo;eux a été ridicule et a donc commencé à dire aux gens que j&rsquo;avais pris beaucoup d&rsquo;argent », a déclaré le chef, ajoutant qu&rsquo;il était tellement inquiet d&rsquo;avoir accepté l&rsquo;argent.</p>
<p>« Mon image a été ternie et les gens n&rsquo;ont plus confiance en moi », a-t-il dit à voix basse.</p>
<p>Les dénonciations des populations ont commencé à porter des fruits. Grâce à elles, l&rsquo;administration a saisi plusieurs stocks de bois de Kosso et du matériel de coupe lors de contrôles sur le terrain et des trafiquants d&rsquo;origine étrangère ont été traduits en justice.</p>
<p>« Des bûcherons nigérians ont été arrêtés, ils ont payé des amendes pour mettre fin à l&rsquo;action en justice et ils ont finalement été relâchés », raconte un agent de l&rsquo;Etat; « mais ils peuvent être poursuivis pour immigration clandestine ».</p>
<p>Les bois saisis au cours des interpellations comme celle de Abdou et son compagnon sont parqués aux entours des bureaux de la délégation des forêts du Nord. Ils devaient être vendus aux enchères plus tard comme le prévoit la réglementation mais les autorités appliquent une mesure d&rsquo;exception.</p>
<p>« Nous brûlons le bois de Kosso que nous saisissons pour éviter qu&rsquo;en le vendant aux enchères il ne retombe entre les mains de trafiquants », explique un agent local des forêts et des eaux.</p>
<p>Abdou et son complice ont passé huit semaines dans les cellules de la police judiciaire du Nord. Pendant leur audition, le compagnon a révélé aux enquêteurs que son contact nigérian s&rsquo;appelle Abdul Karim, un homme d&rsquo;affaires musulman qui a bâti sa richesse dans le trafic du bois de rose. Les deux individus risquaient jusqu&rsquo;à trois ans de prison pour <a href="http://www.droit-afrique.com/upload/doc/cameroun/Cameroun-Loi-1994-01-regime-forets-faune-peche.pdf">exploitation forestière non autorisée</a> mais l&rsquo;administration a accepté un règlement négocié.</p>
<p>«Une femme proche de l&rsquo;homme d&rsquo;affaires s&rsquo;est présentée à la police avec une somme de 900000 nairas (2 200 $) pour négocier avec les autorités et après, nous avons été libérés », révèle Abdou Yadji.</p>
<p>Après avoir été libéré, Abdou est retourné à Bamanga, le village où il vit depuis qu&rsquo;il a terminé ses études secondaires dans la région voisine de l&rsquo;Adamaoua.</p>
<p>Immédiatement après son arrivée au village, il a rejoint le comité de vigilance. Il dit avoir été choqué d&rsquo;être impliqué dans une activité criminelle et a commencé à réfléchir à la manière de chasser les trafiquants.</p>
<p>« Ce que ces individus font à notre village n&rsquo;est pas bon », dit le bûcheron.</p>
<p>Comme les activités de contrebande de Kosso se poursuivaient entre les deux pays, The Museba Project a voulu savoir comment les trafiquants opèrent de la forêt camerounaise jusqu&rsquo;à l&rsquo;exportation.</p>
<p>Les personnes abordées le long de la frontière ont presque toutes un nom sur les lèvres : Abdul Karim. Nous nous sommes associés à Abdou pour partir à la recherche du célèbre trafiquant qui semble en savoir beaucoup.</p>
<p>Mi-juillet 2021. Les pluies sont rares. Trois petits enfants nus marchent sur le sable poussiéreux du lit de l&rsquo;eau qui sert de frontière entre Bamanga et Jamtari, le village nigérian le plus proche. Des agents d&rsquo;immigration nigérians debout de l&rsquo;autre côté du fleuve s&rsquo;approchent de notre moto. Le conducteur est habitué à de telles scènes. Il murmure quelques mots en haoussa au policier et lui remet un billet de 50 nairas. La barrière est levée.</p>
<p>La moto va zigzaguer entre les maisons tantôt en briques de terre cuite tantôt en blocs de ciment. Des troncs d&rsquo;arbre de diverses essences sont abandonnés ici et là. Au bout d&rsquo;une dizaine de kilomètres, Konkul, une localité mi-rurale mi-urbaine se dessine avec ses belles bâtisses et son climat sec. Ses routes non goudronnées mènent vers la place du marché qui grouille de commerçants ce matin.</p>
<p>Quand Abdou descend de la moto, il se dirige vers un groupe d&rsquo;individus aux visages souriants. Après un moment d&rsquo;échange, l&rsquo;un d&rsquo;eux muni d&rsquo;un téléphone portable, se retire de la foule. Il revient plus tard et passe l&rsquo;appareil au bûcheron. Abdul Karim est au bout du fil. Une aubaine. Les deux hommes ne se connaissent pas. Abdou se présente à l&rsquo;homme d&rsquo;affaires comme étant un bûcheron qui dispose environ quatre vingt bûches de Kosso à vendre près de Kolléré, un autre village camerounais situé à proximité de la frontière.</p>
<figure id="attachment_3327" aria-describedby="caption-attachment-3327" style="width: 1200px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3327" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png" alt="" width="1200" height="1456" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption id="caption-attachment-3327" class="wp-caption-text">Le tracé favori des contrebandiers.</figcaption></figure>
<p>Sans laisser le bûcheron terminer sa phrase, Abdul Karim, réagit:  » Je vais tout acheter, ne te gêne pas pour le transport, je m&rsquo;en occupe ».</p>
<p>A Konkul, Abdul Karim est propriétaire d&rsquo;une villa protégée par une barrière haute. Seul le toit en forme conique est visible de l&rsquo;extérieur. L&rsquo;homme est bien connu dans la localité comme étant le plus puissant commerçant de bois. Après la brève conversation avec Abdou, Abdoul Karim a donné son numéro de téléphone personnel au bûcheron via son homme de main, un certain Inusa Zamfara Belel. Il a promis de venir au Cameroun la semaine d&rsquo;après pour la transaction. Plus tard, Abdou a appelé plusieurs fois mais l&rsquo;homme d&rsquo;affaires était toujours injoignable. Le suspens a duré à peine quatre mois.</p>
<p>Fin octobre, sous une fine pluie, le reporter, sur les traces du trafiquant, se rend à Mubi, la seconde plus importante ville de l&rsquo;Etat d&rsquo;Adamawa au Nigeria. Accompagné d&rsquo;un journaliste nigérian, il croise Inusa Zamfara Belel. Vêtu d&rsquo;un polo rouge vif, l&rsquo;homme de main a dit que depuis environ sept ans, il travaille dans le trafic de bois. Il a affirmé que si Abdul Karim est célèbre, c&rsquo;est au moins pour trois raisons: Il est riche, il est le président des  marchands de bois de la localité de Maiha au Nigeria, il verse des pots-de-vin aux autorités de Maiha pour blanchir le bois en provenance du Cameroun.</p>
<h2><strong>« C&rsquo;est notre affaire » de corrompre les gardes forestiers camerounais<br />
</strong></h2>
<p>« Quand il ramène le bois du Cameroun, il paie le gouvernement local de Maiha qui lui fait les documents pour montrer que le bois est légal », a dit Inusa Zamfara qui vend la viande de bœuf et des ignames à ses heures libres.</p>
<p>Le jeune homme a déclaré qu&rsquo;ils utilisent des tronçonneuses pour couper le bois au nord Cameroun où ils paient environ 9000 nairas ($21) pour une bûche de sept pieds. Mais, la même bûche coûte 15000 nairas ($36) au Nigeria en raison dit-il, du paiement des pots-de-vin et des taxes.</p>
<p>« Si le bois est disponible, nous achèterons, c&rsquo;est notre affaire », dit Inusa</p>
<p>Et lorsque le Kosso est coupé au Cameroun, il est transporté par des tricycles, camionnettes ou motos jusqu&rsquo;à la frontière, a-t-il ajouté. Puis, les grumes sont embarquées dans des camions de dix roues qui prennent la direction soit de Mubi Sud soit celle de Maiha.</p>
<p>Inusa a déclaré qu&rsquo;ensuite, les convois passent par Pella et Hong avant de prendre la direction de Lagos, d&rsquo;où des opérateurs économiques nigérians et chinois rachètent la cargaison destinée à l&rsquo;exportation.</p>
<figure id="attachment_3328" aria-describedby="caption-attachment-3328" style="width: 799px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3328" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande.gif" alt="" width="799" height="675" /><figcaption id="caption-attachment-3328" class="wp-caption-text">Le parcours du bois frauduleux du nord Cameroun au sud du Nigeria.</figcaption></figure>
<p>Inusa semblait à l&rsquo;aise. Son patron, Abdul Karim, était toujours injoignable. Selon l&rsquo;homme de main, le trafiquant est aidé par le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>Depuis les dernières élections régionales, ce gouvernement local a Idi Amin à sa tête. Il est membre du Peoples Democratic Party (PDP), un parti d&rsquo;opposition très fort qui a élu à la présidence du pays, des gens comme Umaru Yar&rsquo;Adua ou Goodluck Jonathan. Idi Amin est censé lutter entre autres contre la contrebande.</p>
<p>Joint au téléphone par ce reporter le 10 décembre, il dit connaître Abdul Karim et ses activités. L&rsquo;avait-il aidé (Abdul Karim) à obtenir des documents pour la coupe du Kosso au Cameroun ?</p>
<p>« Sans problème », a répondu Idi Amin qui s&rsquo;est empressé d&rsquo;ajouter : « Je veux d&rsquo;abord appeler Abdul Karim, lui et moi parlons, puis je vous appellerai ».</p>
<p>Depuis cet échange bref, le chairman du gouvernement local de Maiha n&rsquo;a pas rappelé et n&rsquo;a plus décroché nos appels téléphoniques. Mais, ce même jour, une surprise nous attendait. Abdul Karim qui ne décrochait pas son téléphone depuis la conversation avec le bûcheron Abdou a appelé le reporter. Le trafiquant a dit être toujours intéressé par le Kosso, même s&rsquo;il préfère un autre type de bois, Appawoood, qui crée moins d&rsquo;ennuis d&rsquo;après lui.</p>
<p>Il exerce l&rsquo;activité depuis cinq ans mais il se concentre sur la culture du maïs depuis un moment parce que, dit-il, le business du bois tourne au ralenti. Il a affirmé qu&rsquo;il coupe l&rsquo;essentiel de son Kosso au Cameroun où il verse des pots-de-vin à des agents des eaux et forêts.</p>
<p>« Au Cameroun, nous négocions avec les gardes forestiers pour couper les bois et ils nous autorisent ensuite l&rsquo;entrée dans la forêt pour une durée déterminée et un montant convenu à leur payer », a déclaré Abdul Karim sans dévoiler les montants des transactions.</p>
<p>« Ils [les gardes forestiers]vous avertissent que ce qu&rsquo;ils vous donnent c&rsquo;est pour vous permettre de vous débrouiller par vous-même, car ce n&rsquo;est pas autorisé », a dit Abdul Karim, ajoutant que « Ils vous disent que si vous êtes pris, vous êtes seul, ne les mentionnez même pas ».</p>
<p>Chaque année, l’État du <a href="https://www.afrik21.africa/cameroun-guerre-ouverte-contre-lexploitation-illegale-des-forets-et-de-la-faune/">Cameroun perd environ 33 milliards</a> de CFA($57 million) à cause de la corruption dans le secteur forestier. Les fonctionnaires soupçonnés d&rsquo;être impliqués dans le trafic de Kosso sont traduits en justice pour dissuader les personnels qui s&rsquo;aventureraient dans la même voie.</p>
<p>En août dernier, quatre gardes forestiers et un douanier ont été traduits devant la cour d&rsquo;appel régionale du Nord dans une affaire les opposant à l&rsquo;État. Ils ont été condamnés à trois ans de prison pour corruption et complicité d&rsquo;exploitation forestière illégale du Kosso avec des trafiquants nigérians.</p>
<p>Haodam David, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, trouve la vie très difficile depuis sa sortie de prison et continue de clamer son innocence.</p>
<p>«Si nous réussissons à manger aujourd&rsquo;hui, nous disons merci à Dieu ; s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de nourriture, nous prenons les choses telles qu&rsquo;elles sont », a déclaré Haodam David dans une interview.</p>
<p>« Jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui, je ne sais pas pourquoi on nous a condamné », a dit Haodam.</p>

<a href='https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/2-haodam-david.aac'>2 haodam david</a>

<p>Les faits remontent à juin 2016. Après avoir corrompu le chef traditionnel, quatre trafiquants nigérians qui sciaient le Kosso ont été interpellés par des agents des eaux et forêts à Balkossa, un village de la région du nord. Haodam était le chef section forêts dans la localité. Il raconte  que par la suite, les nigérians ont voulu négocier leur libération en versant la somme de 687000 Nairas ($1672) à l&rsquo;administration forestière locale. Mais, la hiérarchie de Haodam qui s&rsquo;attendait à empocher au moins quatre millions de CFA($6899) dans cette opération a fait arrêter les nigérians ainsi que les fonctionnaires suspects y compris Haodam.</p>
<p>Avant cette affaire, le Cameroun et le Nigeria trainaient déjà une mauvaise réputation. Les deux pays ont été plusieurs fois classés au premier rang des <a href="https://images.transparencycdn.org/images/CPI-2021-Press-Regional-Release-SSA-Embargo.pdf">nations les plus corrompues</a> au monde par l&rsquo;ONG Transparency international. Malgré tout, ce fléau est plus que présent dans les transactions quotidiennes.</p>
<h2><strong>Le Chairman et l&rsquo;argent sale</strong></h2>
<p>Abdul Karim n&rsquo;est pas seulement généreux envers les agents forestiers camerounais. Une fois la coupe terminée, les bûches de Kosso franchissent la frontière nigériane. Les autorités locales demandent des dessous-de-table pouvant atteindre jusqu&rsquo;à 70000 nairas($140) par camion de Kosso, dit-il, pour délivrer les documents attestant que le bois est d&rsquo;origine nigériane.</p>
<p>Comme l&rsquo;a indiqué Inusa, Abdul Karim a dit qu&rsquo;il travaille avec le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>« Au Nigeria, c&rsquo;est la liberté », a dit le trafiquant, tout excité . « Ce sont des fonctionnaires du gouvernement local [de Maiha] qui nous donnent les papiers certifiant notre paiement des taxes avant de nous rendre à Lagos, parce que sans vos papiers, vous pouvez parfois vous faire prendre et on vous  demande de produire l&rsquo;approbation que vous avez obtenue pour ce que vous faites. C&rsquo;est donc très dangereux d&rsquo;opérer sans la documentation appropriée ».</p>
<p>Idi Amin et Abdul Karim sont liés à tel point qu&rsquo;ils s&rsquo;échangent même de téléphone. Le trafiquant a appelé le reporter avec le téléphone du chairman du gouvernement de Maiha. Ce n&rsquo;est pas tout. Abdul Karim est un intermédiaire. Il travaille pour un patron dont il n&rsquo;a souhaité donner ni l&rsquo;identité ni le nom de l&rsquo;entreprise. Mais, son homme de main et d&rsquo;autres personnes contactées soupçonnent le chairman d&rsquo;être ce patron dans l&rsquo;ombre.</p>
<p>« Je demande à mon boss le nom de l&rsquo;entreprise et vous le communique », a dit Abdul Karim qui n&rsquo;a plus décroché nos appels.</p>
<figure id="attachment_3329" aria-describedby="caption-attachment-3329" style="width: 827px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3329" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png" alt="" width="827" height="673" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-300x244.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1024x833.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-768x625.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-600x488.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-750x610.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1140x927.png 1140w" sizes="(max-width: 827px) 100vw, 827px" /><figcaption id="caption-attachment-3329" class="wp-caption-text">Le bois de ros parti du Cameroun passe par le port de Lagos au Nigeria pour la Chine.</figcaption></figure>
<p>Les cargaisons de Kosso illégal qui quittent le port de Lagos entrent en Chine, selon plusieurs trafiquants. La Chine dispose pourtant des instruments juridiques lui permettant de sévir contre le bois d&rsquo;origine douteuse.</p>
<p>Dans son <a href="https://www.atibt.org/wp-content/uploads/2020/01/China-Forest-Law-Amendment-2020-20191228.pdf">article 63</a> (11), la récente loi forestière autorise le gouvernement à soutenir le développement de l&rsquo;assurance forestière. Par ailleurs, la Chine s&rsquo;est engagée aux côtés des États-Unis à <a href="https://www.state.gov/u-s-china-joint-glasgow-declaration-on-enhancing-climate-action-in-the-2020s/">éliminer</a> (12)la déforestation illégale dans le monde en appliquant les lois sur l&rsquo;interdiction des importations illégales. Mais, elle peine à respecter ces engagements malgré l&rsquo;implication de ses concitoyens dans les activités illégales.</p>
<p>Le trafiquant nigérian a dévoilé que, pour satisfaire la demande chinoise, ses équipes ont exploité le Kosso à Taraba, Adamawa, Kaduna et même dans l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste Boko Haram.</p>
<p>« Certains de nos gens travaillaient dans l&rsquo;État de Borno, mais on leur a demandé de partir », dit Abdul Karim.</p>
<p>Au Cameroun, les autorités ont accru ces dernières années la surveillance des forêts du nord en donnant des moyens financiers et matériels à des comités de vigilance. En plus, des forêts communautaires ont été créées dans des localités affectées par la contrebande pour pousser les populations à les regarder comme un bien commun à protéger.</p>
<p>« Il est important d&rsquo;aborder le problème comme une question d&rsquo;offre et de demande, plutôt que simplement comme un problème dont les camerounais et nigérians sont les responsables », a expliqué Raphael Edou.</p>
<p>« Les autorités doivent réprimer les réseaux de passeurs et les trafics associés, en utilisant par exemple la télédétection qui pourrait aider à recueillir des renseignements, tout en réduisant le risque pour les agents ».</p>
<p>En attendant, les bûcherons démunis comme Abdou restent vulnérables. Les trafiquants fortunés comme Abdul Karim, quant à eux, restent aux aguets.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette enquête a été produite avec le soutien de Rainforest Investigations Network du <strong>Centre Pulitzer</strong>.  <strong>Photographie</strong>: Christian Locka . <strong>Cartes et animation</strong>: Kuang Keng Kuek Ser (Centre Pulitzer))</p>
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		<title>Les déchets médicaux déversés dans la nature causent des infections, des meurtres à Douala</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Theodore Tchopa, Josiane Kouagheu, Cedric Kengne, Audrey Talom, Marie Louise Mamgue]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Nov 2020 11:30:57 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[Dechets médicaux]]></category>
		<category><![CDATA[infections]]></category>
		<category><![CDATA[meurtres]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Sandra* a des frémissements chaque fois qu&#8217;on évoque le nom Jean Germain Mékan. Comme cet après-midi du 25 juillet 2020 où la jeune femme de 25 ans, résidant à Boko-Plage II dans le 3ème arrondissement de Douala, a failli laisser tomber son bébé pendant qu&#8217;elle se ravitaillait en vivres dans la boutique la plus achalandée [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Sandra*</strong> a des frémissements chaque fois qu&rsquo;on évoque le nom Jean Germain Mékan. Comme cet après-midi du 25 juillet 2020 où la jeune femme de 25 ans, résidant à Boko-Plage II dans le 3ème arrondissement de Douala, a failli laisser tomber son bébé pendant qu&rsquo;elle se ravitaillait en vivres dans la boutique la plus achalandée du quartier.</p>
<p>Assise ce jour-là sur un tabouret plus haut que ses jambes, les pieds balançant dans le vide – à défaut de les poser sur une traverse horizontale assurant la stabilité de la chaise en bois – <strong>Sandra*</strong> tend les oreilles pour capter un curieux échange entre la tenancière de la boutique et deux reporters du journal en ligne The Museba Project qui se sont faits passer pour des étudiants.</p>
<p>Du 1<sup>er</sup> février au 30 septembre 2020, cinq journalistes camerounais ont enquêté auprès de 125 centres de santé privés sélectionnés au hasard dans la capitale économique. Pendant neuf mois, ils ont effectué plus de soixante descentes sur le terrain, une quinzaine de réunions de mise au point, deux cents enregistrements et environ deux cent-cinquante photographies, et ont découvert qu&rsquo;à cause de la corruption qui gangrène le système national de santé, la majorité des centres de soins privés comme celui de Jean Germain Mékan violent impunément la réglementation sur la gestion des déchets médicaux et pharmaceutiques, détruisent l&rsquo;environnement, les ressources naturelles, et que certains de leurs déchets tranchants comme les seringues usées sont utilisés par des populations pour donner la mort aux bandits.</p>
<figure id="attachment_3150" aria-describedby="caption-attachment-3150" style="width: 464px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3150" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets3.jpg" alt="" width="464" height="619" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets3.jpg 576w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets3-225x300.jpg 225w" sizes="(max-width: 464px) 100vw, 464px" /><figcaption id="caption-attachment-3150" class="wp-caption-text">Déchets médicaux et ménagers abandonnés à l&rsquo;air libre</figcaption></figure>
<p>Plus connu sous le sobriquet de «Docta Kotto», Jean Germain Mékan, infirmier diplômé d&rsquo;Etat, est propriétaire d&rsquo;un centre de santé situé à proximité du domicile de <strong>Sandra*</strong>, une mère de deux enfants. Avec des cheveux formant quatre nœuds cernés de pousses dues à la vieillesse des nattes, <strong>Sandra*</strong>, tête baissée, suit la conversation entre la tenancière de la boutique et les journalistes sans dire un mot. Tout à coup, elle serre plus fort le bébé qu&rsquo;elle tient dans ses bras posés sur les cuisses, sans doute pour l&rsquo;épargner du froid mordant qu&rsquo;il fait en ce jour pluvieux.</p>
<p>Ensuite, elle ajuste la couette dans laquelle est emballé le nourrisson pour le protéger des grosses gouttes, puis commence l’achat du charbon, du riz, des arachides, de l&rsquo;huile de palme semi raffinée servie dans un contenant plastique noir, et du poisson fumé appelé «bounga» dans le jargon local. « Docta Kotto » rappelle à <strong>Sandra*</strong> de mauvais souvenirs, notamment cet autre après-midi de février où, de retour du marché, elle a surpris sa fille <strong>Angela*</strong>, l&rsquo;aînée du bébé de deux mois que la ménagère à la petite robe blanche porte dans les bras, en train de sucer une seringue souillée.</p>
<p>Agée d&rsquo;à peine deux ans à l&rsquo;époque, <strong>Angela*</strong>, assise à la véranda de la maison familiale avait, par innocence, pris le déchet médical souillé pour un objet à sucer. «Q<em>uand j&rsquo;ai commencé à fouetter <strong>Angela*</strong>, elle m&rsquo;a dit qu&rsquo;elle a ramassé cette seringue derrière le centre de santé de « Docta »</em>», se souvient <strong>Sandra*</strong>, encore sous le choc.</p>
<p>Depuis ce jour, <strong>Sandra*</strong> en veut à « Docta Kotto » qu&rsquo;elle accuse de négligence et d&rsquo;insouciance dans la gestion des déchets produits quotidiennement dans le centre de santé aménagé dans un compartiment du domicile de l&rsquo;infirmier. Faute d&rsquo;argent, elle dit n&rsquo;avoir pu faire des examens médicaux à <strong>Angela*</strong> pour savoir si l&rsquo;enfant a été contaminée en manipulant la seringue usée.</p>
<p>L&rsquo;infirmier stocke ses déchets hospitaliers, tous genres confondus, dans des sacs de polyéthylène inappropriés, entreposés derrière la clôture de son domicile, dans une broussaille traversée par un sentier fréquenté par ses voisins. Il les brûle ensuite, parfois après plusieurs mois de stockage, dans un champ qui sépare sa résidence aux murs carrelés et peinte en jaune, du domicile de la tenancière de la boutique où <strong>Sandra*</strong> a acheté des provisions. Le brûlage génère une fumée noire qui pollue l&rsquo;environnement et nuit au voisinage, d&rsquo;après la tenancière de la boutique.</p>
<p>Pendant longtemps, « Docta Kotto », a été présenté par des habitants de ce quartier populeux comme un « dieu » parce qu&rsquo;il était en situation de monopole dans son activité. Désormais, le centre de santé de l&rsquo;infirmier est au centre des critiques même de ses supporters d&rsquo;hier à cause de la mauvaise gestion de ses déchets médicaux.</p>
<p>«<em>Cela fait six ans qu&rsquo;il ne m&rsquo;adresse plus la parole, simplement parce que, chaque fois que je demandais aux enfants du quartier de défricher la broussaille séparant nos deux maisons, et dans laquelle il stocke et brûle ses déchets, il s&rsquo;énervait </em>»<em>, </em>raconte toute furieuse la tenancière de la boutique.</p>
<p>« <em>Parfois, il arrachait même la houe entre les mains des enfants </em>», dit-elle.</p>
<h3> <strong>Des seringues souillées pour « se faire la guerre » entre enfants&#8230;</strong></h3>
<p>A Douala, les quartiers grouillants comme Village, Bonabéri ou Bépanda, respectivement du 3è, 4è et 5e arrondissement, ne sont pas que de grands pôles démographiques ; ils concentrent aussi le plus grand nombre de centres de santé privés de la ville dont la plupart sont clandestins. Il est difficile de circuler dans le périmètre d&rsquo;une formation sanitaire dans ces quartiers sans trouver un déchet médical abandonné en bordure de la route, dans un dépotoir ou un bac à ordures en violation de la réglementation.</p>
<p>En son article 6 en effet, l&rsquo;Arrêté N° 003/ MINEPDED du 15 octobre 2012 fixant les conditions spécifiques de gestion des déchets médicaux et pharmaceutiques, stipule que dès leur génération, ces déchets doivent être triés selon leurs catégories et mis dans des contenants de couleurs différentes à usage unique répondant aux normes de fabrication en vigueur.</p>
<p>En outre, la collecte et le transport des déchets médicaux et pharmaceutiques par toute personne physique ou morale sont soumis à un permis environnemental délivré par l&rsquo;administration en charge de l&rsquo;environnement, selon le Décret N°20 12/2809/PM du 26 Sept 2012 fixant les conditions de tri, de collecte, de stockage, de transport, de récupération, de recyclage, de traitement et d&rsquo;élimination finale des déchets.</p>
<p>Pourtant, dans les quartiers visités par les reporters et dans plusieurs autres, les centres de santé privés naissent comme des champignons, à une fréquence indéfinie, mais seul un petit nombre est équipé pour fournir des soins de qualité et éviter de mettre la vie des populations en danger.</p>
<p>Sur la rue non bitumée qui traverse le quartier de <strong>Sandra*</strong> en provenance de Boko-Plateau, et qui mène au lieu-dit Port Gentil, des seringues, des aiguilles, des perfuseurs et souvent des gants d&rsquo;hôpitaux flottent sur des flaques d&rsquo;eau en cette saison pluvieuse.</p>
<p>Jovis Prince <strong>K</strong>ene, 10 ans, élève et habitant de Boko-Plage II, a déclaré que la présence de ces déchets sur les eaux constitue une aubaine pour les enfants du coin et ceux du quartier voisin. Le gamin a raconté comment, les week-end, à leurs heures perdues, ses camarades du quartier voisin, associés aux autres enfants, se ruent vers ces eaux de ruissellement ou dans la petite broussaille transformée en dépotoir où « Docta Kotto » déverse les déchets produits dans son centre de santé. Ils collectent ensuite des seringues, les remplissent d&rsquo;eau et les réutilisent pour « se faire la guerre ».</p>
<p>Russel Nana, une adolescente de 15 ans vivant dans le coin, a souvent été témoin de ces jeux au cours desquels les plus jeunes « <em>remplissent les seringues avec de l&rsquo;eau et se pulvérisent le corps », </em>a dit Russel Nana.</p>
<h3><strong>&#8230;Et injecter du pétrole aux voleurs  </strong></h3>
<p>Mais, les habitants du quartier y compris Jovis et Russel n&rsquo;ont pas connaissance des cas de piqûres ou d&rsquo;infections causées par la manipulation des aiguilles et seringues répandues dans la nature après leur utilisation. En revanche, ils se souviennent des traitements inhumains infligés, au moyen des aiguilles, à des bandits présumés pris en flagrant délit par la population.  <em>« Lorsque nous arrêtons un voleur dans ce quartier, nous ramassons une seringue déjà utilisée, nous la remplissons de pétrole et nous injectons le voleur », </em>racontent sous anonymat deux parents abrités sous un arbre, pendant qu’il pleut des cordes.</p>
<p>Dans certains quartiers de la ville, les populations préfèrent torturer parfois jusqu&rsquo;au dernier soupir des présumés malfaiteurs pris en flagrant délit au lieu de les remettre aux forces du maintien de l&rsquo;ordre qu&rsquo;elles accusent d&rsquo;être corrompues. « <em>On s&rsquo;en fout de savoir s&rsquo;il </em><em>[le malfrat]</em><em> va vivre ou pas </em>», dit un parent, sans remords. Il n&rsquo;existe cependant pas de statistiques officielles sur les personnes tuées après l&#8217;emploi des déchets médicaux usagées. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 15% des déchets liés aux soins de santé sont considérés comme dangereux et peuvent être infectieux, chimiques ou radioactifs.</p>
<p>Le 09 mai dernier derrière le domicile de « Docta Kotto » à Boko-Plage II, sept sacs de 50 kg chacun contenant des déchets hospitaliers étaient abandonnés dans une broussaille qu&rsquo;il a transformée en dépotoir. Un liquide noirâtre et nauséabond dégoulinant des sacs s&rsquo;écoulait en direction d&rsquo;un champ semé de maïs et d&rsquo;arachides appartenant à certains de ses voisins en colère contre lui.</p>
<p>Dans une interview au téléphone le 9 novembre dernier, Jean Germain Mekan, encore appelé « Docta Kotto », a déclaré à un reporter qu&rsquo;il trie les déchets médicaux de son centre de santé selon leur nature. « <em>Les déchets tranchants comme les seringues, il y a une boite réserv<strong>ée</strong> pour ça ; dès que nous injectons, nous jetons la seringue dans une boite de sécurité qui est scellée, les autres déchets sont brulés</em> », a dit l&rsquo;infirmier.</p>
<p>Il a ajouté : « <em>On met les déchets dans un carton et dès que le carton est plein, on passe à l&rsquo;incinération</em> ».</p>
<p>A propos des déchets médicaux retrouvés dans les eaux aux alentours de son centre de santé<strong> :</strong> «<em>peut-être que c&rsquo;est ailleurs, chez moi, il y a une boite de sécurité </em>», a dit « Docta Kotto ».</p>
<p>Sur la question du reporter relative aux allégations de <strong>Sandra*</strong>, l&rsquo;infirmier a dit qu&rsquo;il existe une multitude de centres aux environs. « <em>Après 200 mètres, vous trouvez un centre</em> », a-t-il conclu. Des propos qui tranchent avec le constat des reporters.</p>
<p>Une enquête faite par le groupe de journalistes sur la gestion du matériel de stockage des déchets tranchants pré-collectés (aiguilles de seringues, lames de scalpel, <strong>etc.</strong>) par zones sanitaires révèle par exemple que seuls 14 centres de santé sur un échantillon de 27 dans les aires de santé de Bépanda, Bonamoussadi et le district de De<strong>ï</strong>do utilisent des boites à sécurité conventionnelle pour conserver leurs déchets solides. En plus, 11 autres formations sanitaires sur 23 conservent leurs déchets solides dans des matériels non sécurisés, affirment les reporters après des descentes sur le terrain. (Voir tableaux ci-dessous).</p>
<figure id="attachment_3161" aria-describedby="caption-attachment-3161" style="width: 1190px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3161" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1.jpg" alt="" width="1190" height="1390" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1.jpg 1190w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-257x300.jpg 257w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-877x1024.jpg 877w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-768x897.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-600x701.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-750x876.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg1-1140x1332.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1190px) 100vw, 1190px" /><figcaption id="caption-attachment-3161" class="wp-caption-text">Tableau 1 : Gestion des déchets.</figcaption></figure>
<h3><strong>Monnayer la collecte des déchets</strong></h3>
<p>Certains centres de santé sous-traitent le transport et l&rsquo;évacuation de leurs déchets d&rsquo;activité de soins à risques infectieux (DASRI) à des tiers n&rsquo;ayant parfois aucune qualification requise. Ces intermédiaires, qui opèrent de manière informelle, en privé, sont payés par semaine ou par mois dans certains cas. Le coût de la prestation varie entre 1000F et 5000F.</p>
<p>D&rsquo;autres centres trouvent cette dépense onéreuse, inutile, et préfèrent dissimuler leurs déchets dans des sacs plastiques qu&rsquo;ils abandonnent, souvent nuitamment, dans le dépotoir d&rsquo;ordures le plus proche, les grands seaux-poubelles verts ou dans des bacs à ordures de l&rsquo;Hygiène et Salubrité du Cameroun (Hysacam), une société privée chargée de la collecte des déchets ménagers dans les grandes villes du pays en partenariat négocié avec l&rsquo;Etat à travers les communautés urbaines.</p>
<p>Au cours de la collecte des ordures, des agents Hysacam ont affirmé qu&rsquo;ils retrouvent régulièrement des déchets médicaux dans les bacs à ordures entreposés dans les quartiers de la ville de Douala. La collecte des déchets hospitaliers spécifiques ne fait pas partie du cahier de charges de Hysacam. Mais, certains de ses agents véreux ont eu à demander de l&rsquo;argent à certains centres de santé pour collecter ou transporter leurs déchets, selon des témoignages.</p>
<p>Responsable de la communication à l&rsquo;agence Hysacam à Douala, Josiane Tientcheu ne se souvient pas, dit-elle, d&rsquo;un cas d&rsquo;agent ayant pris de l&rsquo;argent à un centre de santé qui ait été remonté jusqu&rsquo;à la hiérarchie de la société. Elle parle cependant de « cas isolés » et rappelle que de tels agents &#8211; des brebis galeuses, selon elle, &#8211; savent à quelles sanctions ils s&rsquo;exposent au cas où ils sont pris en flagrant délit de corruption.</p>
<p>Des personnes vivant ou exerçant une activité économique à proximité des bacs à ordures, elles aussi, ont dit avoir plusieurs fois été témoins de la présence des perfuseurs, des aiguilles et des poches de sang dans les décharges.</p>
<figure id="attachment_3162" aria-describedby="caption-attachment-3162" style="width: 1022px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3162" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2.jpg" alt="" width="1022" height="1333" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2.jpg 1022w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2-230x300.jpg 230w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2-785x1024.jpg 785w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2-768x1002.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2-600x783.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg2-750x978.jpg 750w" sizes="(max-width: 1022px) 100vw, 1022px" /><figcaption id="caption-attachment-3162" class="wp-caption-text">Tableau 2 : Gestion des déchets(suite).</figcaption></figure>
<h3><strong>Mises en garde aux hôpitaux</strong></h3>
<p>« <em>Mon chef est descendu sur le terrain afin de sensibiliser les différents centres hospitaliers qui se trouvaient aux alentours [des bacs à ordures] </em>»<em>,</em> déplore un superviseur de bac à ordures Hysacam rencontré un jour d&rsquo;avril au marché du quartier Makèpè Missokè. «<em>Quand ils ont été sensibilisés, ils ont cessé pour un moment et, après, ils ont repris </em>».</p>
<p>Avec son ancienne tutelle, la Communauté urbaine de Douala en abrégé CUD (appelée depuis quelques mois la Mairie de Douala), Hysacam dit avoir mis en place une stratégie consistant en des sensibilisations ciblées. Quand la société retrouve des déchets d&rsquo;activité de soins à risques infectieux dans un de ses bacs à ordures, elle procède à l&rsquo;identification des centres de santé environnants et sensibilise leur personnel sur les bonnes pratiques.</p>
<p>En 2015, Hysacam est allé plus loin en saisissant à maintes reprises le délégué régional de la Santé publique du Littoral pour se plaindre de la situation sur le terrain. A son tour, Dr Martin Yamba Beas, le délégué de l&rsquo;époque, a adressé le 18 novembre 2016 des mises en garde aux hôpitaux de district de santé de De<strong>ï</strong>do, de Nylon, au Centre médical d&rsquo;arrondissement de Soboum, tous des hôpitaux publics, et aux formations sanitaires privées suivantes : Polyclinique IDIMED, clinique Solidarité, clinique Sainte Georgette, Hôpital Ad Lucem de Bali et de Bonamoussadi, hôpital d&rsquo;assistance, centre de santé « La Bienveillance ».</p>
<p><strong> </strong>Sur le terrain, certains individus impliqués dans la manipulation des déchets usagés font feu de tout bois pour faire prospérer la confusion. Chaque jour, recycleurs et récupérateurs de déchets médicaux font le tour des bacs à ordure et dépotoirs, à la recherche des objets réutilisables ou recyclables, pour en faire leur gagne-pain. A leurs risques et périls.</p>
<figure id="attachment_3163" aria-describedby="caption-attachment-3163" style="width: 1114px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3163" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3.jpg" alt="" width="1114" height="1289" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3.jpg 1114w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3-259x300.jpg 259w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3-885x1024.jpg 885w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3-768x889.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3-600x694.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg3-750x868.jpg 750w" sizes="(max-width: 1114px) 100vw, 1114px" /><figcaption id="caption-attachment-3163" class="wp-caption-text">Tableau 3 : Gestion des déchets(suite)</figcaption></figure>
<h3><strong>La pénicilline périmée vendue au marché noir</strong></h3>
<p>Au milieu des bouteilles plastiques et les déchets solides des ménages, Grâce, une quinquagénaire, par ailleurs pasteure d&rsquo;une église, recueille depuis des bacs à ordures des flacons vides et même ceux contenant de la pénicilline périmée. Elle les revend à la Gare de New-Bell, à proximité du lieu-dit « Gazon » réputé être le rayon de la vente en gros des médicaments « de rue » au marché central de Douala. Elle revend à 10 FCFA le flacon vide de pénicilline.</p>
<figure id="attachment_3149" aria-describedby="caption-attachment-3149" style="width: 1080px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3149" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4.jpg" alt="" width="1080" height="810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4.jpg 1080w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/dechets4-750x563.jpg 750w" sizes="(max-width: 1080px) 100vw, 1080px" /><figcaption id="caption-attachment-3149" class="wp-caption-text">Une vendeuse de flacons vides de pénicilline au marché à Douala.</figcaption></figure>
<p>Le 27 mai, un jeune homme en chemise, assis sur un tabouret, est témoin d’une scène d’achat des flacons par des reporters déguisés en clients. Lors de leur collecte, certains de ces flacons contiennent du sang ou des restes de selles et d’urines prélevés et utilisés notamment dans les travaux en laboratoires<strong>.</strong></p>
<p><strong> </strong>«<em>Tout ce que vous désirez, ici, on peut vous le fourni </em><strong>»</strong>, dit-il.</p>
<p>Certains collecteurs se ravitaillent dans des centres de santé, où ces flacons leur sont offerts gratuitement ou moyennant une petite motivation, parfois sur commande, disent les vendeurs des déchets médicaux. Les acheteurs de la Gare de New-Bell ont dit qu&rsquo;ils nettoient les flacons avec de l&rsquo;eau de javel ou de l&rsquo;alcool de 90 degrés puis les revendent à des vendeuses de parfums ou à des tradipraticiens. Un flacon est revendu à 25 FCFA aux r<strong>é</strong>utilisateurs, un tube de prélèvement à 50FCfa ou 60FCfa au cas où le revendeur se charge du nettoyage.</p>
<p>Pendant les opérations de fouille des poubelles ou des drains à la quête des déchets médicaux usagés, certains récupérateurs se font piquer par des aiguilles souillées. « <em>Il y a environ quatre mois, un de nos agents a été piqué par une aiguille </em><strong>»,</strong> dit Gabriel Kemo Pane, responsable Qualité, hygiène, sécurité et environnement (QHSE) et des études à Cameroon Alert System (CAS), une société privée de sous-traitance dédiée à la pré collecte des ordures ménagères sur les sites non accessibles dans trois des six arrondissements du département du Wouri. L&rsquo;agent de la pré collecte a bénéficié d&rsquo;examens médicaux, à l&rsquo;issue desquels il a été déclaré non infecté, a dit Gabriel Kemo.</p>
<figure id="attachment_3164" aria-describedby="caption-attachment-3164" style="width: 1093px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3164" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4.jpg" alt="" width="1093" height="1441" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4.jpg 1093w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4-228x300.jpg 228w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4-777x1024.jpg 777w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4-768x1013.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4-600x791.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/jpeg4-750x989.jpg 750w" sizes="(max-width: 1093px) 100vw, 1093px" /><figcaption id="caption-attachment-3164" class="wp-caption-text">Tableau 4 : Gestion des déchets(fin).</figcaption></figure>
<p>Même dans les hôpitaux publics, la manipulation des déchets dangereux fait parfois des victimes. Il y a quelques mois, un agent d&rsquo;entretien en service dans un hôpital public de Douala, s&rsquo;est fait piquer par des aiguilles pendant qu&rsquo;il transportait les boîtes de sécurité vers le site de l&rsquo;incinération. Après l&rsquo;incident, la hiérarchie de l&rsquo;hôpital lui a remis des combinaisons, des gants et autres accessoires de travail pour que cet agent formé sur le tas cesse de manipuler les déchets d&rsquo;activité de soins à risques infectieux avec les mains nues.</p>
<p>Les cas d&rsquo;infections dans les décharges sont légion malgré les précautions prises par certains récupérateurs comme le port des gants et des bottes. « <em>Les aiguilles piquent les fouilleurs chaque jour </em>»<em>, </em>dit une revendeuse de vêtements récupérés dans les poubelles. «<em> Quand l&rsquo;un d&rsquo;eux est affecté, il va à l&rsquo;hôpital se faire injecter l&rsquo;antitétanique et l&rsquo;anti-inflammatoire </em>». La précaution ne garantit toutefois pas le risque zéro dans cet univers de désordre.</p>
<p><strong>*Nom changé pour la sécurité de la source.</strong></p>
<p><img class="alignleft wp-image-3156" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page.jpg" alt="" width="5" height="7" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page.jpg 1241w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-212x300.jpg 212w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-724x1024.jpg 724w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-768x1086.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-1086x1536.jpg 1086w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-600x849.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-360x504.jpg 360w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-750x1061.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/2-page-1140x1612.jpg 1140w" sizes="(max-width: 5px) 100vw, 5px" /></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/douala-dechets-medicaux-deverses-dans-la-nature-causent-des-infections-des-meurtres/">Les déchets médicaux déversés dans la nature causent des infections, des meurtres à Douala</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
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		<title>Comment des hôpitaux publics volent de l&#8217;argent aux femmes enceintes au Cameroun</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marie Louise Mamgue]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 27 Nov 2020 11:23:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[accouchement]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[corruption]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Edwige se tord de douleurs dans la salle d&#8217;attente de la maternité. Enceinte et à terme, elle a hâte de passer à la salle d&#8217;accouchement. La jeune femme âgée d&#8217;une vingtaine d&#8217;années ne pourra toutefois pas donner la vie par voie basse. Le personnel médical vient de lui apprendre que le bébé est en détresse [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Edwige se tord de douleurs dans la salle d&rsquo;attente de la maternité. Enceinte et à terme, elle a hâte de passer à la salle d&rsquo;accouchement. La jeune femme âgée d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;années ne pourra toutefois pas donner la vie par voie basse. Le personnel médical vient de lui apprendre que le bébé est en détresse respiratoire et que la seule façon de l&rsquo;extraire vivant est de procéder par une césarienne. Ce 15 mai 2020, il est 22 heures 40 minutes à l&rsquo;hôpital de district de Deido, au cœur de la capitale économique du Cameroun.</p>
<p>Edwige pousse des cris stridents à cette heure avancée de la nuit. L&rsquo;hôpital exige le versement d&rsquo;une caution de 200.000 FCFA avant toute intervention chirurgicale sur la jeune femme enceinte. La famille dit ne pouvoir réunir ce montant sur le champ. Imperturbable, le personnel prend en charge d&rsquo;autres patientes, arrivées pour certaines après Edwige, qui sont prêtes à régler leur facture.</p>
<p>Les difficultés d&rsquo;accès aux soins de santé en milieu urbain touchent 65 % de femmes pendant la grossesse et l&rsquo;accouchement, révèle la cinquième Enquête Démographique et de Santé du Cameroun (EDSC-V) publiée en février 2020; Le problème majeur qui affecte 67 % de ces femmes est le manque d&rsquo;argent pour se soigner, à côté d&rsquo;autres obstacles comme la distance entre le domicile et l&rsquo;établissement de santé(40%), l&rsquo;obtention de la permission du partenaire pour se rendre à l&rsquo;hôpital dont se plaignent 35% de femmes interrogées, affirme l&rsquo;EDSC-V.</p>
<p>La mère d&rsquo;Edwige ne pouvait plus supporter la souffrance de sa fille. Elle a lancé par téléphone une levée de fonds inopinée en contactant des proches et, en quelques minutes, elle est parvenue à collecter la somme exigée. Vers minuit, Edwige, animée par la peur de perdre son bébé, a été admise au bloc opératoire. Elle en est ressortie plus tard avec du sourire aux lèvres et un nouveau-né de sexe masculin entre les bras.</p>
<p>Mais, après la césarienne, les facturent ont commencé à tomber. Edwige, qui pensait que la caution allait prendre tout en charge, devait entre autres payer de sa poche 6.000 FCFA pour une injection qu&rsquo;elle dit n&rsquo;avoir par reçue et régler une ordonnance de 30.000 FCFA de soins postopératoires.</p>
<h3><strong>Accouchements coûteux et inefficaces</strong></h3>
<p>« <em>Les dépenses augmentaient sans explication logique », a déclaré Edwige. « J’ai dépensé près de 500.000 F Cfa pour nos soins</em>[Le bébé et elle]. »</p>
<p>La direction de l&rsquo;hôpital de district de Deido approchée par le reporter de The Museba project n&rsquo;a pas fait de commentaire.</p>
<p>Au Cameroun, 15 femmes sur 100 qui vont accoucher présentent des complications, même si elles ont toutes effectué leur consultation prénatale, selon les données du Ministère de la santé publique ; les mêmes statistiques révèlent qu&rsquo;au fil des années, le pourcentage de naissance par césarienne a grimpé dans le pays, allant de 2,3 % en 1991, à 2,0 % en 2004 puis 3,8 % en 2011. La plupart de ces femmes qui ne peuvent pas accoucher par voie vaginale vivent pratiquement le même calvaire de la prise en charge onéreuse.</p>
<p>Courant mai 2020, Stéphanie donne naissance à un enfant par césarienne à Douala dans un autre hôpital public qui enregistre en moyenne 250 accouchements par mois. Vêtue d’une robe berge et d’un pullover marron, E. Kengne, sa mère, laisse tomber  l&rsquo;euphorie de l&rsquo;enfantement pendant un moment pour passer en revue une dizaine d&rsquo;ordonnances classées dans son sac en bandoulière.</p>
<p>«<em>Je suis déjà à près de 250.000 F Cfa de dépenses, mais je ne saurais dire avec précision pour quel soin en particulier puisque ce n’est pas clairement spécifié sur l’ordonnance »</em>, a dit d&rsquo;un air abattu Madame Kengne, âgée d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années.</p>
<p>La corruption dans les hôpitaux publics rend les accouchements coûteux et inefficaces.Pourtant, le ministère de la santé met des kits obstétricaux à la disposition des centres de santé et hôpitaux de district pour permettre aux femmes enceintes d&rsquo;avoir accès à des soins de santé de qualité et à moindre coût.</p>
<p>Officiellement, le kit d’accouchement par voie basse coûte 6000 F Cfa alors que celui de l&rsquo;accouchement par césarienne vaut 40.000 F Cfa.  Mais, cette mesure n&rsquo;est pas respectée sur le terrain, d&rsquo;après les témoignages de femmes enceintes et du corps médical. Plusieurs hôpitaux publics dans la capitale économique fixent les coûts des prestations obstétricales au delà de la prescription ministérielle, a découvert The Museba project.</p>
<h2>« &#8230;<strong>Les complications allongent les factures</strong>« </h2>
<p>« <em>Bien que le coût du kit soit homologué, certaines patientes connaissent des complications qui allongent les factures</em>« , a déclaré Dr Fogang Dupleix, Gynécologue obstétricien à l’hôpital de district de Bonassama à l’ouest de Douala. « <em>Ce qui expliquerait certains coûts exorbitants lors de l’accouchement ».</em></p>
<p>En outre, les hôpitaux ne dévoilent pas aux femmes enceintes le contenu des kits obstétricaux. Ce qui en rajoute à l&rsquo;angoisse et au stress des parturientes lors des accouchements.</p>
<p>D&rsquo;après la coordinatrice du service gynéco-obstétrique d’un hôpital de 2<sup>e </sup>catégorie, le déficit en matériel dans la plupart des établissements publics expliquerait en partie les coûts exorbitants des accouchements. »<em>Le personnel ne peut pas travailler sans matériel », </em>a-t-elle déclaré sous anonymat parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas été autorisée à parler à la presse. « <em>L’Etat a certes fixé les prix, mais les hôpitaux sont régulièrement en rupture</em>« . Ainsi, pour « <em>gérer efficacement »</em>un accouchement, la patiente « <em>supporte certaines charges »</em>.</p>
<p>Les kits obstétricaux sont rarement en rupture de stock, a fait savoir une source bien introduite au Fonds Régional pour la Promotion de la Santé pour le Littoral, un Groupement d’intérêt public qui appuie le Ministère de la Santé notamment dans la gestion et la distribution des médicaments et des produits pharmaceutiques aux formations sanitaires. Ce Fonds approvisionne en kits les hôpitaux qui, d&rsquo;après la même source, doivent veiller en interne au restockage des dits consommables.</p>
<p>Les hôpitaux dépensent 29.900 FCFA par kit césarienne et 3.800 FCFA pour un kit d&rsquo;accouchement normal. Mais, « <em>les prix peuvent changer d’une année à l’autre</em>», a précisé la source du Fonds quia suggéré la mise en place d&rsquo;un mécanisme de contrôle de kits dans les hôpitaux pour s’assurer qu’ils sont disponibles et vendus aux prix homologués.</p>
<p><em>« En rendant la gestion des hôpitaux autonome, avec le programme de Financement Basé sur la Performance (PBF), le système d’approvisionnement a changé », </em>a révélé cette source<em>. « Les hôpitaux font les achats en fonction de leur ressource ».</em></p>
<p>Initié en 2012,  le PBF est une stratégie de financement et de renforcement du système national de santé qui vise  à améliorer la disponibilité, l’accessibilité et la qualité des services de santé. Mais, avec son arrivée, les choses ont changé et l&rsquo;approvisionnement régulier des hôpitaux n&rsquo;est plus garanti.</p>
<p>Hortense Atchoumi est la présidente de l’Association des sages-femmes du Cameroun (Asfac). Depuis de nombreuses années, elle a parcouru les couloirs des maternités et a constaté que les kits d&rsquo;accouchement sont uniquement disponibles dans «<em>quelques hôpitaux et pas accessibles à tout le monde</em> » dans le pays. Plus grave, les plateaux techniques de certains hôpitaux sont pauvres  et la main d’œuvre en qualité et en quantité manque.</p>
<p>« <em>Beaucoup d&rsquo;actions sont faites par le gouvernement, »</em>a déclaré Madame Atchoumi<em>. « Cependant, le coût des soins reste élevé</em> ».</p>
<figure id="attachment_3181" aria-describedby="caption-attachment-3181" style="width: 484px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3181" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-scaled.jpg" alt="" width="484" height="363" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/11/IMG_20200706_103550_643-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 484px) 100vw, 484px" /><figcaption id="caption-attachment-3181" class="wp-caption-text">Un public public dans un quartier populeux de Douala.</figcaption></figure>
<p>Les médias ont souvent relayé les cas de <a href="https://actucameroun.com/2019/03/08/cameroun-des-femmes-sequestrees-depuis-des-mois-a-lhopital-gyneco-de-yaounde-pour-factures-impayees/">femmes enfermées</a> dans les hôpitaux publics pour factures impayées après l&rsquo;accouchement. Le 13 mai 2020, une jeune fille dont le nom de famille est Ntsama a perdu ses quatre bébés quelques minutes après leur naissance parce qu&rsquo;il manquait des couveuses à l&rsquo;hôpital Central de Yaoundé, établissement de 2<sup>e</sup>catégorie, pour leur prise en charge. La mauvaise nouvelle avait ému l&rsquo;opinion nationale.</p>
<p>« <em>Seule une formation privée disposait des couveuses libres », </em>a expliqué à la presse après le scandale, le Dr Félix Essiben, chef adjoint du service de maternité de cet hôpital.<em> « Mais la caution exigée (100.000 FCFA) n’était pas à la portée de la famille de la jeune Ntsama ».</em></p>
<p><em>« Pendant les recherches</em>[de couveuses]<em>, les quadruplés vont décéder l&rsquo;un après l&rsquo;autre</em>« , a dit Dr Essiben.</p>
<p>Dans cette affaire, le personnel de cette formation hospitalière était par ailleurs accusé d’avoir séquestré la jeune maman éplorée pour une facture impayée évaluée à 54 000 F Cfa.</p>
<h2><strong>467 femmes perdent leurs vies en voulant donner la vie</strong></h2>
<p>Sur un total de 100 000 naissances au Cameroun, 467 femmes perdent leurs vies en voulant donner la vie, selon les chiffres du ministère de la santé. Pour 1000 naissances enregistrées dans chaque catégorie, on compte 28 décès de nouveau-nés,  48 décès d&rsquo;enfants et 79 autres décès dans la tranche infanto-juvénile.</p>
<p>Malgré les stratégies adoptées avec l’appui des partenaires au développement pour améliorer la santé de la mère et de l’enfant, la mortalité maternelle reste inquiétante. Même si elle a connu une réduction de 40% en 2018, selon le Ministère de la santé publique.</p>
<p>Les surfacturations des kits obstétricaux comme la vente illicite des médicaments ou les consultations à domicile seraient, à en croire Hortense Atchoumi, une conséquence des mauvaises conditions de travail du personnel soignant dont les salaires sont parmi les plus bas du pays.</p>
<p>«<em>On exerce certes dans des conditions difficiles mais c&rsquo;est un métier passionnant</em>« , a dit Alain, sage femme.</p>
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