<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Investigation &#8211; The Museba Project</title>
	<atom:link href="https://www.themusebaproject.org/topic/investigation/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.themusebaproject.org</link>
	<description>Corruption, Human Rights Violations, Illicit Finance Flows</description>
	<lastBuildDate>Sun, 25 Feb 2024 13:56:26 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>
	hourly	</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>
	1	</sy:updateFrequency>
	<generator>https://wordpress.org/?v=5.4.10</generator>

<image>
	<url>https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/cropped-logo-museba-32x32.png</url>
	<title>Investigation &#8211; The Museba Project</title>
	<link>https://www.themusebaproject.org</link>
	<width>32</width>
	<height>32</height>
</image> 
	<item>
		<title>« L&#8217;industrie nous tue » : des enfants vivant près des usines de recyclage des batteries au plomb souffrent d&#8217;infection pulmonaire, de retard de croissance et de troubles respiratoires</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/special-reports/human-rights-violations-special-reports/lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/special-reports/human-rights-violations-special-reports/lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Dec 2023 15:09:25 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[batteries au plomb]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[contamination]]></category>
		<category><![CDATA[Ganesha Cameroon]]></category>
		<category><![CDATA[Kyzen global]]></category>
		<category><![CDATA[metafrique]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3603</guid>

					<description><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&#8217;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/special-reports/human-rights-violations-special-reports/lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires/">« L&rsquo;industrie nous tue » : des enfants vivant près des usines de recyclage des batteries au plomb souffrent d&rsquo;infection pulmonaire, de retard de croissance et de troubles respiratoires</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&rsquo;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se font belles devant le géant miroir d&rsquo;un salon de coiffure.</p>
<p>Agathe, 41 ans, réside depuis deux ans à une centaine de mètres du carrefour Bana. Si elle se sent chaque fois heureuse de retourner à cet endroit bruyant, ce n&rsquo;est pas seulement pour se faire plaisir avec ses proches. Elle profite des échanges, dit-elle, pour oublier un instant les soucis de santé de Princesse et Jules Merlin, ses deux enfants en bas âge venus au monde quand elle vivait près des usines de recyclage de batteries au plomb usagées.</p>
<figure id="attachment_3609" aria-describedby="caption-attachment-3609" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3609" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3609" class="wp-caption-text">Des habitants font du commerce devant l »usine de recyclage des batteries au plomb de Kyzen Global Sarl, avec un toit bleu, au carrefour Bana. Douala Cameroun, 22 novembre 2023</figcaption></figure>
<p>Agathe a remarqué à sa naissance que Jules Merlin se portait bien, dit-elle. Plus tard, elle découvre que son petit garçon aujourd&rsquo;hui âgé de trois ans ne s&rsquo;exprime toujours pas. Alors que son entourage cherche encore à comprendre la cause de cette anomalie de croissance, Agathe a donné vie il y a six mois à sa dernière fille, Princesse, qui a contracté une infection pulmonaire. Avec ce second coup dur, Agathe a pris peur et a quitté le carrefour Bana. Elle suspecte les fumées des usines d&rsquo;être à l&rsquo;origine des malheurs de ses enfants.</p>
<p>« Je me dis que cela est arrivé à cause des odeurs de fumées qui provenaient de la zone industrielle et qui entraient dans la maison », dit Agathe en berçant Princesse dans ses bras. « Les odeurs venaient des gens qui fabriquent les batteries ».</p>
<p>Agathe a raison de se faire du souci. A son insu, des <a href="http://www.okinternational.org/docs/Soil%20contamination%20Lead%20Recycling%20Plants%20Cameroon%202023%20final_FR2.pdf">scientifiques</a> ont récemment prélevé des échantillons de sols à l’intérieur et aux environs des usines de Kyzen Global sarl, Metafrique Cameroun et Ganesha Cameroon, trois entreprises spécialisées dans le recyclage des batteries au plomb usagées dans la capitale économique. Après analyses, les experts ont révélé que les endroits où vivent les communautés riveraines des usines contiennent des niveaux de « contamination importante » au plomb qui ont des effets négatifs sur la santé humaine.</p>
<p>« La fabrication et le recyclage des batteries au plomb sont des industries extrêmement dangereuses », a déclaré Perry Gottesfeld, le Directeur exécutif de Occupational Knowledge International (OK International), une ONG basée aux Etats-Unis ayant participé à l&rsquo;analyse des échantillons de sols et  qui utilise des stratégies innovantes pour réduire l&rsquo;exposition aux polluants industriels.  « Car, ces processus impliquent la fusion du plomb, ce qui libère des fumées de plomb en suspension dans l&rsquo;air qui sont facilement absorbées », a ajouté Gottesfeld.</p>
<p>Les experts déclarent en outre que les enfants exposés aux fumées de plomb sont plus vulnérables.</p>
<p>Pendant des mois, The Museba Project et le journal américain The Examination ont enquêté sur l&rsquo;état de santé des enfants qui naissent et grandissent  près des industries  de recyclage des batteries au plomb à Douala, et ont trouvé que plusieurs d&rsquo;entre eux souffrent de retards de croissance, d&rsquo;infections pulmonaires, d&rsquo;étourdissement, de vomissements, et de troubles de l&rsquo;humeur.</p>
<p>« L&rsquo;intoxication au plomb est peu recherchée dans notre contexte », a déclaré à The Museba Project Dr Wagou Nintcheu Irène, médecin biologiste à Yaoundé. « La raison la plus importante étant que la majorité des cas est asymptomatique pendant des semaines à plusieurs mois ».</p>
<h3><strong>Des Odeurs toxiques</strong></h3>
<p>A Oyack, la zone industrielle de Bassa (Ziba) a longtemps été une fierté. La ziba est gérée depuis sa création en 1984 par la Mission d&rsquo;Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles(Magzi), un organisme de l&rsquo;Etat chargé de promouvoir et de gérer les zones industrielles.</p>
<p>La Ziba qui s&rsquo;étale sur une superficie de 150 hectares encadre près de 150 entreprises opérant dans des secteurs d’activité comme le sciage industriel, la métallurgie, le recyclage, la production. Les patrons d’entreprises ont créé il ya 5 ans l’Association des entreprises de la zone industrielle MAGZI Douala/Bassa dénommée « EZIMAD’ ».</p>
<p>L’une des missions de l’Association est de «diminuer les impacts environnementaux des entreprises  en les aidant à se mettre en conformité » avec la règlementation environnementale. The Museba Project a demandé au secrétaire permanent de l&rsquo;Association si les effets du recyclage des batteries au plomb sur les communautés riveraines préoccupe Ezimad.</p>
<p>«Ezimad repose sur le concept de symbiose industrielle qui comprend une approche plus globale des différents types de coopération industrielle », a déclaré Marcel Dimitri Beat dans un message électronique. Difficile à comprendre tout de même. Et lorsqu’une entreprise ne respecte pas la réglementation environnementale ? « Vous êtes sans ignorer que la plus grande arme pour impacter les gens est la sensibilisation», a conclu le secrétaire permanent de Ezimad, également expert en développement durable.</p>
<p>Si Ezimad ne le fait pas, des scientifiques s’intéressent aux conséquences des activités de recyclage des batteries au plomb.</p>
<p>Le 6 juillet 2023, des experts de OK International et du Centre de Recherche et d’Education pour le Développement (CREPD), ont prélevé des échantillons de sols sur une profondeur maximale de 3 centimètres près des barrières, à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur des usines de Ganesha Cameroon sarl, Metafrique Cameroun S.A et Kyzen Global sarl. Cette étude commandée par The Examination était nécessaire pour avoir des donnés factuelles sur l&rsquo;impact de cette industrie sur l&rsquo;environnement et la santé des populations, selon Dr Gilbert Kuepouo, géochimiste et directeur exécutif de CREPD, une ONG camerounaise qui promeut le développement durable par la gestion rationnelle des produits chimiques et des produits dangereux.</p>
<p>Il y avait  » un souci de fixer le fond chimique du plomb dans le sol », a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<figure id="attachment_3607" aria-describedby="caption-attachment-3607" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3607" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3607" class="wp-caption-text">Gilbert Kuepouo, (54) (C), docteur en géochimie et coordinateur du CREPD, délimite la zone de prélèvement des échantillons de sol à l&rsquo;usine Metafrique. Douala, 5 juillet 2023, Cameroun</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le plomb est un métal hautement toxique qui produit une série d&rsquo;effets néfastes sur la santé, en particulier chez les jeunes enfants. Il est classé parmi les 10 substances chimiques les plus toxiques par l&rsquo;OMS qui ne lui reconnait aucun niveau d&rsquo;exposition qui ne soit sans danger sur la santé. Selon une étude récente, le plomb est responsable de plus de 5,5 millions de décès chaque année dans le monde.</p>
<p>Malgré sa nocivité, le plomb est présenté comme la clé de l&rsquo;avenir des énergies renouvelable, des transports, des télécommunications et même de l&rsquo;agriculture. Les batteries au plomb représentent plus de 90 % de la consommation mondiale de plomb et constituent l&rsquo;une des seules utilisations croissantes du plomb, disent les experts. Cela explique la chasse au plomb que mène l&rsquo;industries de recyclage des batteries usagées.</p>
<p>Temé Samba,  un citoyen malien âgé de 50 ans, est propriétaire d&rsquo;un point de collecte des batteries au plomb usagées situé au cœur de Bépanda, un quartier populeux de Douala. Il achète les batteries en fonction du voltage auprès de petits débrouillards, dit-il. Lorsque les stocks sont importants, Samba revend ces batteries par tonnage à des entreprises industrielles de recyclage parfois à plus de 60.000 FCFA($99) l&rsquo;unité.</p>
<p>« Ces entreprises nous délivrent des documents pour faciliter le transport des batteries jusqu&rsquo;à l&rsquo;usine », explique Samba debout devant une pile de batteries de divers marques. Il dit avoir gagné « un peu » d&rsquo;argent depuis 15 ans qu&rsquo;il est collecteur sans dévoiler les montants. Il est ce pendant conscient des conséquences de la manipulation des batteries au plomb sur la santé et a commencé à prendre des précautions longtemps à l&rsquo;avance .</p>
<p>« Quand je finis de travailler le soir, je me nettoie d’abord les mains avec de l’alcool avant de rentrer à la maison. Mes habits de travail, je les range dans un coin de mon magasin », dit Samba, père de 8 enfants. « Je me protège et je protège aussi ma femme et mes enfants parce que s’ils tombent malades,  personne ne va m’aider à les soigner ».</p>
<p>Les résultats de la recherche intitulée « Etude sur la contamination des sols dans les usines de recyclage des batteries au plomb à Douala au Cameroun » ont révélé que les niveaux de contamination de sol à l&rsquo;intérieur des trois usines montaient jusqu&rsquo;à 7,6 % , près des clôtures 15% et plus de 2% dans les usines.</p>
<p>L&rsquo;Agence de Protection de l&rsquo;Environnement des Etats-Unis, EPA en anglais, considère 0,08% comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels et 0, 04 % pour les sites résidentiels.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot avait plusieurs fois remarqué que le vent déposait des particules sur les feuilles de légumes et les meubles aux alentours. Mais, lorsque les fumées envahissaient les habitations, elle pensait faire du bien à ses enfants en les enfermant dans la maison.</p>
<p>« Je laissais les enfants dans la maison et je fermais la porte avant de partir parce que je ne supportais pas ces odeurs qui m&rsquo;intoxiquaient », dit Agathe. « Je me protège avec un cache-nez quand je vais acheter quelque chose ».</p>
<p>Les soucis d&rsquo;Agathe ont commencé quelques jours après la naissance de son fils Jules Merlin. « Il a un problème : il ne parle pas,  il a un retard de sortir les mots. Je me disais que peut être sa langue est collée mais on a dit qu’il n’y a rien », explique Agathe. « On m’a dit que s’il y avait de l’argent je devais l’inscrire à l’école et il pourra changer ».</p>
<p>L&rsquo;exposition à des niveaux excessifs de plomb peut provoquer des lésions cérébrales, affecter la croissance de l&rsquo;enfant, endommager les reins, nuire à l&rsquo;audition, provoquer des vomissements, des maux de tête et une perte d&rsquo;appétit, ainsi que des problèmes d&rsquo;apprentissage et de comportement, selon les experts. Les fœtus, les nourrissons et les enfants sont particulièrement vulnérables à l&rsquo;exposition au plomb par rapport aux adultes, car le plomb est plus facilement absorbé par les organismes en croissance. En outre, les tissus des jeunes enfants sont plus sensibles aux effets nocifs du plomb.</p>
<p>Agathe n&rsquo;est pas parvenue à envoyer l&rsquo;enfant à l&rsquo;école faute de moyens ; ses effets personnels sont entassés dans un coin de la salle de séjour d&rsquo;une bienfaitrice qui l&rsquo;héberge avec ses enfants. Agathe ne travaille pas, elle vit au dépends de son voisinage. « Les gens me viennent en aide. Ma voisine qui vend la nourriture me donne souvent à manger . La maman chez qui j’habite me nourrit également ».</p>
<h3><strong>« Il respire fortement »</strong></h3>
<p>Quelques semaines après sa naissance, sa fille Princesse était devenue une nouvelle source d&rsquo;inquiétude à cause de son état de santé. « Pour mon bébé Princesse, au lieu de prendre du poids, elle maigrit plutôt », raconte Agathe, en ajustant la casquette posée sur ses cheveux. « A l’hôpital, on a d&rsquo;abord dit que c’est la malnutrition. Plus tard, on a découvert à l’hôpital qu’elle avait l’infection pulmonaire ».</p>
<p>Après le traitement, Agathe dit avoir fait une radio qui a attesté que Princesse ne souffre plus d&rsquo;infection pulmonaire.</p>
<p>Kyzen Global sarl est une entreprise membre de Ezimad qui dispose d’une usine de recyclage des batteries au plomb située au carrefour Bana à proximité d’un bloc d’habitations clairsemées où vivent environ 2000 personnes.</p>
<p>Depuis juillet 2016, Kyzen a obtenu des autorités gouvernementales un permis environnemental qui donne la possibilité à cette entreprise contrôlée par des indiens d&rsquo;effectuer des opérations d&rsquo;import-export avec ses partenaires étrangers, en majorité d&rsquo;origine indienne. D’après les données de la douane camerounaise, une firme indienne a livré pour plusieurs dizaines de millions de FCFA des centaines de pièces du four rotatif et des sacs de filtration à Kyzen via le port de Kribi en 2021.</p>
<p>Sur le plan environnemental, les experts disent avoir trouvé des niveaux de plomb allant à 1,6 % à l&rsquo;usine, 15% au niveau de la clôture et ces experts parlent d&rsquo;une « contamination importante ».</p>
<p>« Christian souffre de problèmes respiratoires, quand ça commence, il respire fortement », explique Virginie en épluchant les pommes de terre près de son petit-fils de 9 mois profondément endormi.</p>
<figure id="attachment_3611" aria-describedby="caption-attachment-3611" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3611" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3611" class="wp-caption-text">Virginie Talom en compagnie de son petit fils et de son fils Christian( en blanc). Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Talom Virginie est tenante d&rsquo;un restaurant spécialisé dans la vente de mets locaux situé à une vingtaine de mètres de l&rsquo;usine de Kyzen. Deux des trois enfants de Virginie, Christian 14 ans et Stéphane 10 ans, ont régulièrement des problèmes de santé.</p>
<p>Virginie dit avoir fait des examens médicaux qui ont tous été négatifs. A l&rsquo;Hôpital, le personnel lui a expliqué que la voie respiratoire de Christian est « petite » mais devait s&rsquo;élargir au fur et à mesure que l&rsquo;enfant prendrait de l&rsquo;âge. Il n y a toujours pas de changement, dit-elle.</p>
<p>« Quand il tousse, il dit qu’il a mal aux côtes ».</p>
<p>Depuis deux mois, les narines de Stéphane coulent tous les matins, dit Virginie qui vit dans le bloc depuis 2008. « Quand c’est ainsi, je lui donne des médicaments et ça calme puis ça revient plus tard », explique Virginie. Elle dit qu&rsquo;elle nettoie plusieurs fois les ustensiles du restaurant souvent envahis par des particules provenant des fumées.</p>
<p>Les batteries au plomb contiennent de l&rsquo;acide sulfurique et de grandes quantités de plomb, fait savoir l&rsquo;EPA. L&rsquo;acide, est extrêmement corrosif, constitue un bon vecteur pour le plomb soluble et les particules de plomb. Si l&rsquo;acide s&rsquo;écoule sur le sol, il peut contaminer le sol, qui devient alors une source de particules de plomb à mesure que la solution se dessèche et que le plomb s&rsquo;incorpore aux particules de sol qui peuvent être soulevées par le passage des véhicules ou emportées par le vent.</p>
<p>Une autre riveraine, Liliane Judith, 33 ans, dit qu&rsquo;elle fait boire de temps à autre du lait non sucré à ses deux filles âgées de 4 et 7 ans qui souffrent de toux, de grippe et de vomissements.</p>
<h3><strong>L&rsquo;industrie qui apporte le développement nous tue</strong></h3>
<p>« Même la nuit, la fumée nous empêche d&rsquo;étudier à la maison et de dormir, ça me choque parce qu&rsquo;on doit avant tout préserver l&rsquo;environnement », se lamente Christian Tonang, élève en classe de terminale scientifique au Lycée d&rsquo;Oyack.</p>
<p>« La même industrie qui nous dit qu’elle apporte le développement et celle qui nous tue par la suite ».</p>
<p>Une partie de la population avait manifesté sa colère au moment où elle avait été déguerpie par les autorités pour que Kyzen s&rsquo;installe. Plus tard, plusieurs jeunes sans emploi avaient vu en l&rsquo;arrivée de Kyzen une occasion de sortir de la précarité mais ils ont changé d&rsquo;avis, dit Paul Siledjé, le chef du bloc 7.</p>
<p>« Ces jeunes gens ont abandonné à cause de la forte chaleur, la fumée toxique et les mauvaises conditions de travail », a dit Siledjé à The Museba Project au cours. « Ils travaillaient parfois pied-nu, sans masque de protection, sans casque ni gang, ils n’ont aucun équipement de protection individuelle, de sécurité et de suivi ».</p>
<p>Siledjé a dit qu&rsquo;il s&rsquo;est installé dans la localité il y a 30 ans et est devenu chef de bloc depuis 15 ans. Il dit que sa population se plaint de la fumée et d&rsquo;autres déchets en provenance de l&rsquo;usine de recyclage des batteries mais il leur dit qu&rsquo;il ne peut rien faire.</p>
<p>« Les eaux mélangées à de l’acide et du plomb qui sortent de l’usine coulent jusqu’au bas fond dans les marécages où jouent les petits enfants », a expliqué Siledjé.</p>
<p>Le chef du bloc dit avoir constitué une délégation de riverains qui a rencontré un responsable de Kyzen.</p>
<p>« Là-bas, le responsable nous a fait savoir qu’il a tous les papiers qui l’autorisent à s’installer dans cette zone », a déclaré Silédjé .  » Je n’ai aucun pouvoir pour leur dire de quitter ».</p>
<p>Kyzen Global sarl  n&rsquo;a pas repondu aux questions de The Museba Project malgré plusieurs relances.</p>
<p>Le Cameroun est connu comme étant l&rsquo;un des pays ayant un taux d&#8217;emploi faible en milieu urbain. Tous les jours, des chercheurs d&#8217;emploi sont prêts à faire les activités les plus incroyables dans les métropoles comme Douala pour gagner leur vie; mais quand il s&rsquo;agit de travailler dans une usine de recyclage de batteries  au plomb usagées, peu de monde est intéressé.</p>
<figure id="attachment_3605" aria-describedby="caption-attachment-3605" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3605" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3605" class="wp-caption-text">Liliane donne à manger à sa fillette qui souffre de troubles respiratoires. Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Metafrique Cameroun, une autre usine de recyclage des batteries au plomb se trouve à environ 5oo mètres des installations de Kyzen. Les experts disent avoir prélevé un échantillon de sols dans la zone résidentielle d&rsquo;Oyack à proximité d&rsquo;une école, d&rsquo;un hôpital, des magasins d&rsquo;alimentation et avoir trouvé des niveaux de plomb 20 fois supérieurs à ce que l&rsquo;EPA considère comme une menace pour la santé publique.</p>
<p>« L&rsquo;échantillon de sol doit avoir été prélevé dans la zone de stockage des déchets de batteries. Si tel était le cas, l&rsquo;échantillon prélevé contiendrait 100 %, sans quoi je ne peux pas justifier d&rsquo;autres raisons », a déclaré Ahmed Jaber, le directeur général de Metafrique Cameroun dans une interview avec The Examination.</p>
<p>Metafrique Cameroun, titulaire d&rsquo;un permis environnemental obtenu des autorités en avril 2014, sous traite son activité de recyclage à une Pme camerounaise qui embauche et paie des ouvriers.</p>
<p>Arun Goswami qui est présenté dans les documents de la justice et de la zone franche industrielle comme le PDG de Metafrique Cameroun a dans une interview accordée à The Examination, déclaré que « ni moi ni ma famille ne détenons d&rsquo;actions dans les sociétés du groupe Metafrique, que ce soit directement ou indirectement ».</p>
<p>Mirabelle et Minette vendent de la nourriture dans les gargotes à une dizaine de mètres de l&rsquo;usine de Metafrique. Quand les émissions de fumées de l&rsquo;usine se font menaçantes,  elles protègent les narines avec des mouchoirs ou des cache-nez, disent-elles.  Après le restaurant,  ces mères de famille  regagnent leur domicile, accueillies par de petits enfants qui touchent leurs vêtements et ustensiles couverts de particules nocives.</p>
<p>« C&rsquo;est Dieu qui nous protège », dit Mirabelle. « On ne m&rsquo;a jamais dit que l&rsquo;enfant a telle maladie à cause de la fumée que j&rsquo;avale », dit Minette.</p>
<p>En 2013, l&rsquo;Association des journalistes africains pour l&rsquo;environnement(Ajafe) avait publié un rapport accusant Metafrique Cameroun d&rsquo;avoir rendu malades les employés et les résidents proches de l&rsquo;usine, en signalant des cas de toux, de nausées et d&rsquo;éruptions cutanées.</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas connaissance d&rsquo;un tel rapport. S&rsquo;il existe, il doit être faux et considéré comme de la propagande », a dit Ahmed Jaber à The Examination.</p>
<p>En 2018, un <a href="http://www.okinternational.org/docs/Lead%20Soil%207%20Countries%202018.pdf">article</a> scientifique a examiné la présence de plomb dans le sol à l&rsquo;intérieur et autour des usines de recyclage de batteries plomb-acide en Afrique. Metafrique Cameroun était l&rsquo;une des entreprises concernées.</p>
<p>Le sol testé à l&rsquo;extérieur de l&rsquo;usine Metafrique a donné le résultat le plus élevé au Cameroun et le troisième plus élevé en Afrique : 19 000 milligrammes de plomb par kilogramme. Ce résultat est près de 50 fois supérieur à ce que l&rsquo;EPA considère comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels.</p>
<p>Ahmed Jaber dit n&rsquo;avoir « aucune idée » de ce rapport.</p>
<p>Goswami a déclaré que « nous avons toujours respecté les normes locales et les exigences légales du pays dans lequel nous opérons ».</p>
<p>Le maire de la commune de Douala 3eme joint au téléphone n&rsquo;a pas souhaité répondre à The Museba Project. Un cadre de la cette mairie, qui n&rsquo;était pas autorisé à parler à la presse a toutefois indiqué sous anonymat « on croyait que ces entreprises opèrent en symbiose avec les populations, on ne savait pas qu&rsquo;il y avait des plaintes ».</p>
<p>Un matin frais de novembre 2023, Henriette est vêtue d&rsquo;un vieux polo à col roulé, d&rsquo;un pantalon noir avec des chaussures en plastique aux pieds. A coups de houe, elle désherbe son champ de « ndolé » d’un demi-hectare situé près d’un mur défraichi de l’usine de Ganesha Cameroon sarl, en pleine zone franche d’entreprise de Bonaberi, à l&rsquo;Ouest de la ville de Douala.</p>
<p>Au Cameroun, le « ndolé » est aussi populaire que le football.</p>
<p>Ce plat local fait à base des feuilles vertes de vernonia fait saliver du monde pour son goût exquis. Auparavant, le vernonia était cultivé sur de petites portions près des habitations villageoises pour la consommation familiale. Avec le temps, la demande croissante du ndolé même au delà des frontières nationales a obligé des cultivateurs comme Henriette a acquérir des espaces plus vastes pour accroitre l&rsquo;offre.</p>
<p>Pendant les vacances, cette sexagénaire emmène ses petits fils au champ pour travailler mais elle se retrouve toujours seule quelques heures plus tard.</p>
<p>« Chaque fois, les enfants se grattent les yeux et sont intoxiquées par les odeurs fortes. Leur maman a insisté que les enfants continuent de travailler en se protégeant avec des cache-nez mais à un moment, c&rsquo;était devenu insupportable, elle a décidé que les enfants et elle ne mettront plus pied au champ », dit Henriette d&rsquo;un air abattu.</p>
<p>Au cours de leur visite en juillet dernier, les experts disent avoir recueilli un échantillon de sol à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;usine de Ganesha près du hangar principal et deux autres échantillons « composites » à environ 100 et 350 mètres de l&rsquo;usine, précisément dans les champs agricoles environnants comme celui de Henriette. Ils ont</p>
<p>Les champs agricoles situés jusqu&rsquo;à une distance de 100 mètres de l&rsquo;usine avaient une concentration de plomb plus de 70 fois plus élevés que la valeur de référence de l&rsquo;EPA pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les sites résidentiels.</p>
<p>Une mauvaise nouvelle pour les petits enfants de Henriette car les concentrations supérieures à 0,008% sont considérés comme dangereuses pour les enfants, disent les experts.</p>
<p>Les petits enfants de Henriette souffrent de toux, de grippe, dit-elle.  Ils devraient faire des tests pour dépister le plomb et connaitre l&rsquo;ampleur de la contamination, conseillent les scientifiques qui rappellent que le plomb est une substance chimique très toxique pour l&rsquo;organisme humain même lorsqu&rsquo;il est de faibles doses.</p>
<h3><strong>La réglementation manquante</strong></h3>
<p>« La population n&rsquo;est pas informée sur les facteurs de risque de contamination au plomb et encore moins des manifestations cliniques », a déclaré Dr Irène Wagou Nintcheu qui fait savoir qu&rsquo;il faut en moyenne 30.000 f CFA pour effectuer un test de plombémie.  » Sur un long terme, l&rsquo;intoxication peut entrainer un retard de croissance staturo-pondéral, un déficit intellectuel, une anémie réfractaire ».</p>
<p>The Museba project a adressé à sa demande un questionnaire à Ganesha Cameroon qui n&rsquo;a plus réagi.</p>
<p>Le Cameroun ne dispose pas d&rsquo;une réglementation spécifique qui encadre l&rsquo;industrie du recyclage des batteries au plomb usagées.  La loi sur les établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes dit que les établissements générateurs de pollution solides, liquides ou gazeuses comme les usines doivent procéder à l’auto surveillance de leurs rejets. Et sont assujettis au paiement de la taxe annuelle de la pollution lorsqu&rsquo;ils polluent l&rsquo;environnement.</p>
<p>« Ces industries profitent de la faiblesse ou absence du cadre juridique pour ne pas investir dans les technologies propres et équipements de contrôle de pollution appropriés » a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<p>Contacté dans le cadre de cet article,  le ministre de l&rsquo;environnement n&rsquo;a pas fait de commentaire.</p>
<p>Les experts ont également relevé d&rsquo;autres insuffisances à la charge des entreprises de recyclage: l&rsquo;absence d&rsquo;une station de traitement des effluents, le transport des batteries vers l&rsquo;usine dans des camions ordinaires, le démontage manuel des batteries par des travailleurs sans équipement de protection personnel adéquat, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de gestion des flux de déchets dangereux, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de ventilation ou de filtration de l&rsquo;air</p>
<p>« Il fautdrait qu&rsquo;on mette sur pied une commission chargée de faire du lobbying à l&rsquo;international pour contraindre ces entreprises à respecter les recommandations et rendre leur activité plus humaine », dit Alain Fréjus Ngompe, le directeur exécutif de Ajafe.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot a perdu le sommeil à cause de ses enfants malades. Elle a perdu de vue son conjoint qui a « fui » après sa dernière grossesse. Maintenant, elle n&rsquo;a qu&rsquo;un souhait:  » que les fumées ne nous dérangent plus » .</p>
<p>Images: The Museba project et The Examination</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/special-reports/human-rights-violations-special-reports/lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires/">« L&rsquo;industrie nous tue » : des enfants vivant près des usines de recyclage des batteries au plomb souffrent d&rsquo;infection pulmonaire, de retard de croissance et de troubles respiratoires</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/special-reports/human-rights-violations-special-reports/lindustrie-nous-tue-des-enfants-vivant-pres-des-usines-de-recyclage-des-batteries-au-plomb-souffrent-dinfection-pulmonaire-de-retard-de-croissance-et-de-troubles-respiratoires/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>La grande fraude aux réfugiés</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Dec 2022 16:39:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[corruption]]></category>
		<category><![CDATA[fraude]]></category>
		<category><![CDATA[HCR]]></category>
		<category><![CDATA[réfugiés]]></category>
		<category><![CDATA[reinstallation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3506</guid>

					<description><![CDATA[<p>23 décembre 2022, 9 heures du matin. Une dizaine de personnes prennent part à la mise en bière de Sepamio Sylver à la morgue d&#8217;un hôpital de la capitale économique du Cameroun. La dépouille du réfugié centrafricain est revêtue d&#8217;un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon noir. Ses amis et connaissances, tous [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies/">La grande fraude aux réfugiés</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>23 décembre 2022, 9 heures du matin. Une dizaine de personnes prennent part à la mise en bière de Sepamio Sylver à la morgue d&rsquo;un hôpital de la capitale économique du Cameroun. La dépouille du réfugié centrafricain est revêtue d&rsquo;un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon noir. Ses amis et connaissances, tous en larmes, savaient que Silver vivait dans la précarité. Mais, s&rsquo;ils sont autant bouleversés, c&rsquo;est parce que le jeune homme de 31 ans n&rsquo;est pas mort des suites d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un accident. Il s&rsquo;est donné la mort après avoir longtemps attendu d&rsquo;être réinstallé dans un pays développé.</p>
<p>Dans la petite foule qui disait au revoir au défunt, il y avait Christophe, un homme qui sait pourtant transformer le rêve de voyager à l&rsquo;étranger en réalité. Christophe est membre d&rsquo;un gang qui recrute en toute discrétion des personnes de tous âges, leur établit des documents de voyage réservés aux réfugiés contre de fortes sommes d&rsquo;argent et leur trouve même un emploi décent dans un pays d&rsquo;Europe, d&rsquo;Amérique du Nord ou d&rsquo;Océanie.</p>
<p>Alors que cette pratique viole les principes directeurs du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés(HCR)concernant le service de réinstallation, un employé de la branche locale du HCR est présenté comme étant le cerveau de ce gang constitué également d&rsquo;éléments de la police camerounaise et de facilitateurs au ministère des relations extérieures, comme l&rsquo;a découvert un reporter du journal en ligne The Museba Project au cours d&rsquo;une enquête en immersion de plusieurs années.</p>
<p>Ce reporter de nationalité camerounaise s&rsquo;est fait passer pour un individu à la recherche d&rsquo;une opportunité de voyage. Le gang lui a indiqué qu&rsquo;il payera la somme de 2.500.000 FCFA($4000) pour toutes les prestations: changement de nationalité, choix du pays d&rsquo;accueil, délivrance d&rsquo;une carte de réfugié, d&rsquo;un passeport bleu, d&rsquo;un visa et offre d&rsquo;un emploi à Bratislava, la capitale de la Slovaquie en Europe de l&rsquo;Est, la destination finale du reporter. Le gang a d&rsquo;abord attribué la nationalité congolaise au reporter avant d&rsquo;évoquer la république centrafricaine parce que les réfugiés centrafricains ont plus de chance d&rsquo;entrer en Occident étant donné que leur pays est encore instable, selon le gang.</p>
<p>Le journaliste n&rsquo;était pas seul dans l&rsquo;aventure. Il a croisé un autre citoyen camerounais qui a changé de nom et de nationalité,  et que le gang s&rsquo;apprête à envoyer au Canada. Le reporter a également parlé à de faux réfugiés déjà installés en Occident après avoir utilisés le même réseau.</p>
<p>Plusieurs vrais réfugiés qui devraient bénéficier du service gratuit de réinstallation attendent désespérément. Pendant ce temps, le gang se fait jusqu&rsquo;à 10 millions de FCFA($16000) par famille et par voyage, au point qu&rsquo;un de ses membres a déclaré avec fierté:</p>
<p>« 80% de mes revenus proviennent de ce réseau ».</p>
<p>L&rsquo;Agence des Nations Unies pour les Réfugiés(Hcr) a été fondée en 1950 pour apporter de l&rsquo;aide humanitaire aux réfugiés européens de la deuxième guerre mondiale. En juillet 1951, une convention relative au statut de réfugié a été adoptée par l&rsquo;Assemblée générale dans le but de sceller cette décision. Mais, cette convention s&rsquo;est avérée limitée parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas tenu compte de l&rsquo;apparition de nouveaux groupes de réfugiés à travers le monde.</p>
<p>En 1967, les nations sont revenues autour de la table en adossant un protocole à la convention, et en donnant au HCR la charge de promouvoir les deux accords internationaux sur la protection des réfugiés et de s&rsquo;assurer de leur application par les signataires. Depuis ce temps, 148 pays dans le monde partagent une même définition du réfugié:</p>
<p>« Toute personne qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité; et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ».</p>
<p>Le HCR sauve des vies et protège les réfugiés, selon ses principes directeurs. Toutefois, lorsque le rapatriement volontaire et l&rsquo;intégration locale du réfugié dans le pays d&rsquo;asile sont impossibles, le HCR fait une demande de réinstallation du réfugié dans un pays tiers pouvant lui garantir la sécurité.</p>
<p>Hamma Hamadou est un ancien diplomate nigérien ayant travaillé de 1996 à 2001 à Bruxelles où il entretenait des relations avec les organisations onusiennes. Il pense qu&rsquo;une attention particulière devrait être accordée aux personnes qui ont des difficultés en raison de leur origine, leur race, leur orientation sexuelle, etc.</p>
<p>« Ces personnes ont besoin d&rsquo;une protection décente de la part de tous les Etats dans la limite de leurs moyens et en relation avec le système des Nations Unies « , a déclaré Hamma Hamadou. « L&rsquo;humanité devrait constituer une seule communauté ».</p>
<p>Le programme de réinstallation ne s&rsquo;adresse pas à tout le monde. Les personnes concernées doivent au préalable être reconnues comme réfugiés par le HCR, selon l&rsquo;Agence des Nations Unies qui dit donner la priorité à la réinstallation des réfugiés « particulièrement vulnérables ».</p>
<p><strong>Suicide </strong></p>
<p>Sepamio Sylver espérait à tout moment être appelé par le HCR. Le temps passait, il prenait de l&rsquo;âge et n&rsquo;avait pas un emploi. Son père, Augustin Torote et lui, vivaient dans une maison construite en planches dans un quartier populeux de Douala. Manger à sa faim, payer le loyer ou se soigner étaient des défis quotidiens pour les deux hommes. Malgré tout, le jeune Sylver n&rsquo;a pas baissé les bras. Il a commencé à emprunter de l&rsquo;argent pour s&rsquo;acheter des bijoux, des lampes rechargeables et des accessoires de téléphone qu&rsquo;il vendait plus tard à la sauvette, raconte son père.</p>
<figure id="attachment_3509" aria-describedby="caption-attachment-3509" style="width: 809px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3509" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok.jpg" alt="" width="809" height="607" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok.jpg 448w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px" /><figcaption id="caption-attachment-3509" class="wp-caption-text">Le corps sans vie de Sylver dans le cercueil</figcaption></figure>
<p>Sylver avait cependant l&rsquo;air inquiet. « Lorsque je lui ai demandé s&rsquo;il doit quelque chose à quelqu&rsquo;un, il m&rsquo;a répondu : « papa, c&rsquo;est trop tard, tu me pardonnes » », dit Augustin Torote. Le jeune homme venait de prononcer ses derniers mots. Le dimanche 11 décembre 2022, Sylver s&rsquo;est pendu dans la maison familiale. Torote venait de perdre un de ses six enfants. Il a su plus tard que Sylver devait 900.000 Fcfa ($1450) à son fournisseur.</p>
<p>Après une mise en bière à l&rsquo;hôpital Nylon de Douala,  le jeune réfugié a été inhumé en Centrafrique. Torote a dit au revoir à son fils à la frontière, son statut ne lui permettant pas de rentrer dans son pays natal.</p>
<p>Je rencontre Torote deux jours après le suicide de Sylver. Pendant notre entretien, il fond en larmes à maintes reprises et avoue que ce drame ne serait pas arrivé si le HCR avait réinstallé ses enfants et lui dans un autre pays.</p>
<p>« Je demande comme pardon au HCR de jeter un coup d&rsquo;œil sur moi et les autres enfants qui sont encore en vie pour qu&rsquo;on essaie de sortir d&rsquo;ici »,  dit Torote en essuyant le visage avec un t-shirt noir. « Qu&rsquo;on nous mette parmi les gens qui vont partir dans n&rsquo;importe quel pays, on va se battre là bas. Perdre un enfant de 31 ans et rester encore ici, quand je tourne je vois son image, ça ne fait pas du bien ».</p>
<p>The Museba Project a parcouru une note d&rsquo;informations du HCR Cameroun datant de mai 2014. Le document donne des précisions sur la réinstallation des réfugiés qui devrait se dérouler en sept étapes. Quand le HCR soumet un cas au voyage, apprend-t-on, le pays de réinstallation mène sa propre enquête sur le réfugié. Si le réfugié est approuvé, le pays de réinstallation lui fait une visite médicale et un contrôle de sécurité.</p>
<p>« Le pays de réinstallation, et non le HCR, prend la décision finale », dit le document sur lequel il est mentionné que la vulnérabilité ne garantit pas la réinstallation.</p>
<p>« L&rsquo;identification d&rsquo;un réfugié étant particulièrement vulnérable ne veut pas forcement dire que ce réfugié est éligible pour la réinstallation ou même en besoin de réinstallation », précise la note d&rsquo;informations du HCR Cameroun. En clair, le HCR utilise désormais son pouvoir discrétionnaire pour choisir les réfugiés à réinstaller.</p>
<p>Le représentant du HCR au Cameroun a été sollicité dans le cadre de cette investigation. Il n&rsquo;a pas souhaité réagir aux questions de The Museba project à propos des étapes, des quotas par pays tiers et de la fraude liés à la réinstallation des réfugiés.</p>
<p>Torote Sepamio Augustin, 59 ans, était un conducteur de taxi à Bangui, capitale de la république centrafricaine. Un de ses frères était lieutenant d&rsquo;armée. Chaque matin, Torote prenait du plaisir à déposer les enfants de son frère à l&rsquo;école. En 2005, il est interpellé par des gendarmes envoyés , dit-il, par un neveu de François Bozizé,  président de la Centrafrique à cette époque .</p>
<p>« On disait que je sais où le lieutenant est parti parce que nous sommes de la même famille », raconte Torote qui disait aux gendarmes ne rien savoir sur la fuite de son frère. Il est emmené à la brigade de recherche pour être entendu mais les choses ne vont pas se passer comme les gendarmes avaient prévu.</p>
<p>« Il y avait un gendarme de la même ethnie que moi; il a compris que cette affaire n&rsquo;est pas bonne. A 23 heures, il m&rsquo;a appelé et il m&rsquo;a dit: je vais te donner de l&rsquo;argent puis je vais te demander d&rsquo;aller m&rsquo;acheter quelque chose, ne revient plus. C&rsquo;est comme ça que j&rsquo;ai pris fuite », se souvient Torote qui est ensuite passé par Berberati pour entrer à Garoua Boulai au Cameroun. Il dit qu&rsquo;il a retrouvé dans les bureaux du HCR à Douala son frère militaire qui avait fui la Centrafrique.</p>
<p>« On s&rsquo;est rencontré dans le bureau, on s&rsquo;est embrassé et j&rsquo;ai commencé à pleurer », raconte Torote. Il dit que son frère a été réinstallé en France et qu&rsquo;un certain Manga, employé du HCR lui a demandé d&rsquo;attendre son tour. « Pour moi, Manga m&rsquo;a dit ton affaire va s&rsquo;arranger; chaque fois que je passe le voir, il me dit c&rsquo;est en cours », ajoute Torote.</p>
<p><strong>Deux personnes avec la même identité</strong></p>
<p>Pendant que le réfugié centrafricain attendait d&rsquo;être appelé par le HCR pour sa réinstallation, il apprend qu&rsquo;un individu portant son nom complet a été réinstallé aux Etats-Unis.</p>
<p>Tout commence un matin nuageux de février 2015. Torote vient de se réveiller. Il est soucieux parce qu&rsquo;il vit des moments difficiles. Le réfugié se souvient qu&rsquo;il  avait rendu de bons services à un de ses amis qui vit depuis un moment aux Etats-Unis d&rsquo;Amérique. Il décide de lui demander une aide financière.</p>
<p>« Ici au Cameroun, il était technicien comme moi. Il est parti aux Etats-Unis. Il m&rsquo;aidait. De temps en temps, il m&rsquo;envoyait 30.000 FCFA($48) ou 20.000 FCFA($32). Il envoyait les photos. Il disait qu&rsquo;il faut toujours prier »</p>
<p>Au bout d&rsquo;un moment d&rsquo;échange,  l&rsquo;ami accepte une fois encore de faire un transfert d&rsquo;argent à Torote. Le réfugié est tout excité. Il réfléchit déjà à l&rsquo;utilisation de sa future petite fortune et ne se doute de rien.</p>
<p>Pourtant, son ami vient d&rsquo;apprendre une mauvaise nouvelle. La société de transfert lui a fait savoir qu&rsquo;un individu portant le même nom, Augustin Torote, vit déjà sur le sol américain. Comment la même personne peut-elle être à la fois aux Etats-Unis et au Cameroun, s&rsquo;interroge tout confus l&rsquo;ami de Torote. Il réussit à percer le mystère quand, plus tard, il rencontre l&rsquo;individu vivant aux Etats-Unis.</p>
<p>« Il a effectivement rencontré cet individu et a constaté que c&rsquo;est une personne différente qu&rsquo;il a en face de lui », dit le réfugié. Torote conclut que son identité a été vendue à quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre et, sur le champ, il dirige ses soupçons vers Manga, l&#8217;employé du HCR avec qui il avait parlé de sa réinstallation.</p>
<p>« Quand il (l&rsquo;ami) m&rsquo;a fait part de cela, je lui ai dit que ce sont les manipulations de Manga », dit Torote. « C&rsquo;est lui qui gérait tous les dossiers, qui envoyait les gens(à l&rsquo;étranger, Ndlr) ».</p>
<p>Avec ce coup, Torote venait de perdre non seulement l&rsquo;argent qui devait lui permettre de résoudre ses problèmes ponctuels mais aussi son identité; ce qui réduisait ses chances d&rsquo;être réinstallé aux Etats-Unis d&rsquo;Amérique.</p>
<p>Mais, l&rsquo;affaire est allée plus loin. Les réfugiés ont adressé une lettre à Antonio Guterres, qui était au moment des faits le haut commissaire des nations unies en charge des réfugiés, pour dénoncer la vente des identités des réfugiés. La police suisse a ouvert une enquête sur le cas Augustin Torote.</p>
<p>« Un blanc et une dame m&rsquo;ont appelé; ils ont dit qu&rsquo;ils sont de la police de Genève »,  se souvient Torote. « Ils m&rsquo;ont demandé ce que je compte faire. J&rsquo;ai dit que tout ce que Dieu fait est bon; C&rsquo;est à eux là-bas de voir s&rsquo;ils peuvent rapatrier la personne qui a changé son nom ».</p>
<p>Mais, cette proposition a été classée par la police helvétique, dit Torote.</p>
<p>Plusieurs années après cet incident, Torote, encore sous le choc du décès de son fils, affirme que des camerounais ont l&rsquo;habitude de voyager avec des documents de réfugié.</p>
<p>« On a retrouvé 15 musulmans camerounais dans un voyage qui a eu lieu récemment », dit le réfugié.  » On a changé le système. Maintenant, quand vous arrivez il y a un comité qui vous accueille. On te demande en patois le nom de ton village en RCA. Si tu bégaies , on te met de côté. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on a retrouvé quinze camerounais ».</p>
<p>Avant que le scandale sur son identité éclate, Torote était déjà membre du collectif des communautés des réfugiés de Douala(CCRD), une association qui regroupait environ 10000 réfugiés urbains de diverses nationalités. Le rôle du collectif était de porter ses doléances auprès du HCR et ses partenaires et de défendre les intérêts de ses membres. En peu de temps, le CCRD a recensé d&rsquo;autres cas de fraude sur les identités de réfugiés.</p>
<p>The Museba Project a obtenu une copie de la lettre du CCRD adressée à l&rsquo;inspecteur général du HCR en Suisse. Kalema Ngongo Jean Louis, son président, y relate les mésaventures de Kussu Bienvenu, un réfugié originaire de la République Démocratique du Congo, RDC.</p>
<p>Kussu était un candidat à la réinstallation au Canada. Il a passé avec succès les examens médicaux préludes au voyage, d&rsquo;après la lettre. Mais, le HCR lui a appris plus tard qu&rsquo;il ne pourra plus effectuer le déplacement parce qu&rsquo;il ne remplit pas les critères du pays d&rsquo;accueil, raconte Kalema. Kussu, qui était un médecin de formation, a décidé de voyager avec sa famille par ses propres moyens, d&rsquo;après le président du CCRD.</p>
<p>A son arrivée au Canada, Kussu apprend des services d&rsquo;immigration du Canada  qu&rsquo;  » une famille(a été) réinstallée à leurs lieux et places par les responsables du HCR Cameroun », dit Kalema, « &#8230; avec les mêmes identités que lui ainsi que ses trois enfants ». Malgré plusieurs tentatives, The Museba Project n&rsquo;a pu entrer en contact avec Kussu Bienvenu pour en savoir davantage.</p>
<p>The Museba Project a également sollicité les commentaires du HCR à Ottawa au Canada et à Washington aux Etats-Unis mais aucune des deux organisations n&rsquo;a répondu à nos questions.</p>
<p>Le choix du Canada et des Etats-Unis par le réseau de fraude pour réinstaller les faux refugiés n&rsquo;est pas anodin. Ces deux pays hébergent sur leur sol le plus grand nombre de refugiés réinstallés dans le monde devant l&rsquo;Europe et les pays nordiques, selon le site internet du <a href="https://www.unhcr.org/fr/reinstallation.html#:~:text=Dans%20de%20telles%20circonstances%2C%20le,%C3%A0%20terme%20une%20r%C3%A9sidence%20permanente.">HCR</a>. Le président américain Joe Biden a promis de faire réinstaller jusqu&rsquo;à 125 000 <a href="https://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2021/9/6149c158a/hcr-salue-projet-gouvernement-americain-renforcer-reinstallation-refugies">nouveaux</a> réfugiés aux Etats-Unis en 2022.<strong> </strong></p>
<p>Au Cameroun, plusieurs personnes rêvent de s&rsquo;installer en Occident dans l&rsquo;espoir d&rsquo;améliorer leurs conditions de vie souvent déplorables. Certaines d&rsquo;entre elles, découragées par des échecs répétés d&rsquo;obtention de visa, abandonnent au bout de quelques essais. D&rsquo;autres, plus téméraires, finissent souvent leur aventure au fond de la méditerranée, un cimetière marin qui engloutit des centaines d&rsquo;êtres humains chaque année. Quand une opportunité d&rsquo;entrer légalement en Occident, comme celle du réseau de fraude, se présente, les personnes intéressées sont prêtes à dépenser sans compter pour que leur rêve devienne enfin une réalité.</p>
<p>Le président du CCRD dit avoir surpris à maintes reprises des camerounais, en possession des documents de réfugiés, qui s&rsquo;apprêtaient à voyager vers l&rsquo;Occident. Kalema a déclaré dans une lettre que les sommes d&rsquo;argent demandées aux nationaux pour voyager comme réfugiés varient entre 3 millions Cfa ($4900) et 10 millions de FCFA($16000) en fonction de la taille de la famille. Il avait alors commencé à donner de la voix.</p>
<p>« Nous demandons l&rsquo;envoi au Cameroun d&rsquo;une mission internationale pour enquêter sur la réinstallation de tous les réfugiés en provenance du Cameroun, de 2003 à 2015 pour les USA, le Canada, l&rsquo;Australie, les pays scandinaves&#8230; », a écrit Kalema. Le CCRD a envoyé ses plaintes aux autorités locales, au bureau de l&rsquo;inspecteur général du HCR à Genève et même à Antonio Guterres, actuel secrétaire général de l&rsquo;ONU, à l&rsquo;époque des faits haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Mais, rien n&rsquo;a changé, dit le CCRD.</p>
<p>Kalema a insisté à dire que « les faits sont réels et le réseau frauduleux de réinstallation des nationaux au détriment des réfugiés existe bel et bien ici au Cameroun ».</p>
<figure id="attachment_3512" aria-describedby="caption-attachment-3512" style="width: 809px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3512" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés.jpg" alt="" width="809" height="539" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés.jpg 500w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés-300x200.jpg 300w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px" /><figcaption id="caption-attachment-3512" class="wp-caption-text">Un camp de réfugiés</figcaption></figure>
<p><strong>Comment fonctionne la fraude</strong></p>
<p>Comme les cris des réfugiés devenaient perçants à travers des documents et leurs témoignages, j&rsquo;ai voulu savoir si les identités des réfugiés continuent d&rsquo;être vendues à des nationaux au Cameroun. Si c&rsquo;est le cas, comment fonctionne cette vaste fraude aux réfugiés, à qui profite-t-elle et pourquoi devrions-nous nous en soucier ?</p>
<p>D&rsquo;après mon observation et les témoignages des victimes, le  commerce lucratif des identités de réfugiés commence presque toujours par le même bout: un employé du HCR découvre une faille dans le système de réinstallation des réfugiés. Avec l&rsquo;aide de collègues consentants, il monte un réseau de recrutement de personnes voulant voyager en Occident comme réfugiés. Comme il doit éviter de se montrer, cet employé fait la passe à un réfugié de confiance chargé de contacter les personnes intéressées.</p>
<p>Puis, l&#8217;employé complète les instructions en indiquant au réfugié démarcheur les frais à payer par candidat, le pourcentage des commissions, les délais de traitement du dossier et si possible les soutiens cachés du réseau au sein de l&rsquo;administration publique locale.</p>
<p>A son tour, le réfugié fait équipe avec un ou plusieurs autres réfugiés. Le but est de ratisser large tout en évitant une fuite, le pire adversaire du réseau. Toutes précautions prises, l&rsquo;équipe enclenche le processus de recrutement qui s&rsquo;achève en général par une bonne nouvelle: la réinstallation d&rsquo;un faux réfugié en Europe, en Australie, aux Etats-Unis ou au Canada.</p>
<p>« Nous avons les vrais réfugiés qui vont être confrontés  à une difficulté étant entendu que les faux réfugiés vont faire un usage frauduleux des procédures et des mécanismes », a déclaré Hamma Hamadou.</p>
<p>« En fait,  le principal risque est que ça va mettre un doute dans la tête des pays qui accueillent ces réfugiés et qui sont en relation avec le haut commissariat aux réfugiés », a t-il ajouté.</p>
<p>L&rsquo;histoire sur la vente des identités des réfugiés étant d&rsquo;un intérêt public, la seule façon de me faire ma propre opinion sur ce qui se passe réellement était d&rsquo;infiltrer le réseau de  fraude comme candidat à l&rsquo;immigration. Sur le chemin qui mène à la vérité, il fallait financièrement motiver le réseau pour qu&rsquo;il explique le fonctionnement de la machine de fraude.</p>
<p>J&rsquo;ai soumis certains documents personnels au réseau. Ma profession était inscrite sur ma carte nationale d&rsquo;identité et j&rsquo;étais déjà détenteur d&rsquo;un passeport ordinaire. Mais, le réseau n&rsquo;a pas prêté attention à ces détails, peut-être parce que beaucoup de journalistes locaux cherchent aussi à fuir la précarité dans laquelle ils se trouvent.</p>
<p>La décision de mener une enquête en immersion ne suffisait pas pour arriver jusqu&rsquo;au cœur du réseau. Il me fallait trouver un réfugié qui avait une parfaite maîtrise de la situation. Par l&rsquo;entremise d&rsquo;une source de longue date, je fais la connaissance de Jean François Missengui, un réfugié congolais âgé d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années. Il venait d&rsquo;abandonner son poste de secrétaire général du CCRD parce que, dit-il, il a découvert que les réfugiés étaient victimes d&rsquo;abus graves y compris la vente de leurs identités.</p>
<p>« C&rsquo;est criminel ce qui se passe contre les réfugiés, je vais dénoncer ces individus », me dit jean François dès notre première rencontre.  » Avec cette fraude, il est possible qu&rsquo;un terroriste entre facilement en Occident ».</p>
<p>Jean François m&rsquo;avoue qu&rsquo;il ne connait pas les personnes qui constituent le réseau. Il accepte cependant de faire équipe avec moi pour trouver les réfugiés qui travaillent pour le réseau. C&rsquo;était le premier objectif à atteindre avant d&rsquo;espérer aller plus loin. Un jour, alors que nous sommes entrain de réfléchir sur la stratégie à retenir, Jean François me raconte, d&rsquo;une voix grave, l&rsquo;histoire de sa fuite du Congo, son pays natal.</p>
<p>Décembre 1998. Jean François habite Brazzaville lorsque la guerre éclate entre l&rsquo;armée congolaise et les rebelles « Ninja » du pasteur Ntumi. Jean François, originaire du même département que Ntumi, est soupçonné d&rsquo;être un Ninja. Il est traqué par les forces de sécurité congolaises. Il subit intimidations et menaces à répétition.</p>
<p>« Je ne pouvais plus supporter cette situation », dit Jean François. « j&rsquo;ai décidé de fuir vers le nord jusqu&rsquo;à Ouesso à la frontière avec le Cameroun ».</p>
<p>Mais, la fuite sera de courte durée. Jean François est interpellé en chemin par les troupes d&rsquo;un colonel de l&rsquo;armée.</p>
<p>« Ce colonel me dit que, selon ses informations, le Cameroun et la République Démocratique du Congo constituent des bases arrières utilisées par les Ninjas pour attaquer le Congo et il refuse de me laisser passer », raconte Jean François. Il dit que sa carte d&rsquo;identité lui ayant été retirée, il a été contraint de monnayer pour obtenir un laissez passer et continuer le voyage.</p>
<p>En février 1999, Jean François entre au Cameroun par Socambo, un village de la région de l&rsquo;Est, proche de la frontière. Il fait la connaissance d&rsquo;autres citoyens congolais en fuite. Le 20 mars de la même année, Jean François arrive à Douala à bord d&rsquo;un bus. Un an plus tard, il dépose une demande d&rsquo;asile au HCR.</p>
<p>A peine arrivé, le congolais fait déjà parler de lui. En 2001, il est le chef de file d&rsquo;un groupe de réfugiés qui écrit au secrétaire général des Nations Unies. La lettre dénonce les mauvais traitements de certains personnels du HCR vis à vis des réfugiés tels que le mépris, l&rsquo;opacité et la fraude. Un conseil juridique du HCR est dépêché pour rencontrer le groupe de réfugiés mécontents. Il promet d&rsquo;acheminer leurs doléances à sa hiérarchie puis  il dit :</p>
<p>« Quand vous écrivez, faites attention car certaines personnes ont perdu leurs vies à cause du stylo, en tout cas, une copie de votre lettre est envoyée aux autorités de votre pays d&rsquo;origine », se souvient Jean François.</p>
<p>Cette phrase fait son effet. Certains réfugiés abandonnent le projet de dénonciation. Jean François, lui, ne se décourage pas. Il devient plus tard le secrétaire du CCRD.</p>
<p>En décembre 2018, il reçoit un coup de fil du HCR qui lui demande de se faire enrôler pour une réinstallation aux Etats-Unis. Son épouse et lui passent les entretiens préliminaires.  Depuis ce temps, Jean François n&rsquo;a ni été réinstallé ni été informé d&rsquo;un quelconque rejet de son dossier, dit-il.</p>
<p>« Je veux voir ces réfugiés, qui ont tout perdu, qui ont fuit les conflits et les règlements de compte, refaire leurs vies dans la dignité », me dit jean François lorsque je lui demande ce qui motive son combat contre la fraude.</p>
<p>« Je suis sensible à ça. Voilà pourquoi j&rsquo;ai pris mon courage à deux mains pour dénoncer ces mauvaises pratiques ».</p>
<p>Mon premier contact avec le réseau se fait un début de soirée à Douala . Jean François et moi rencontrons Christophe, un réfugié centrafricain. (Celui qui a assisté à la mise en bière de Sepamio Sylver, Ndlr).</p>
<p>« Quand vous avez appelé, j&rsquo;avais peur que peut-être c&rsquo;est une enquête qui commence »,  dit avec un sourire gras Christophe en posant le doigt sur ses lunettes claires . »Comme je suis défenseur des Droits de l&rsquo;homme le réseau a peur que je retourne les preuves que je détiens contre lui ».</p>
<p>Quelques jours auparavant, Christophe, âgé d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;années, avait appris au téléphone que je suis un candidat potentiel au voyage. Il s&rsquo;est empressé de venir en personne m&rsquo;expliquer comment ça marche.</p>
<p>« Ce qu&rsquo;il faut savoir, c&rsquo;est que c&rsquo;est le réseau des réfugiés; c&rsquo;est un personnel du service juridique au HCR qui est à la tête de ce réseau », déclare Christophe qui ajoute que ce personnel ne veut pas se faire connaitre. « Le HCR est une organisation internationale et la moindre fuite, c&rsquo;est ta carrière, ta famille qui est en jeu. »</p>
<p>« Ce personnel a donc tissé des relations avec certains réfugiés qui font les affaires. Quand le visa arrive et qu&rsquo;il constate que le réfugié (bénéficiaire, ndlr) ne peut pas voyager ou n&rsquo;est pas prêt, il vend ce visa », dit Christophe.</p>
<p>Ce réfugié centrafricain me dit que le réseau a réussi à faire voyager trois camerounais pour les Etats-Unis d&rsquo;Amérique en vendant les visa des réfugiés. Mais,  ces  camerounais ont été interpellés sur le sol américain, dit-il.</p>
<p>« A leur arrivée, l&rsquo;ambassadeur de la Centrafrique les accueille et les conduit à l&rsquo;ambassade mais quand il leur parle le Sango (langue nationale en Centrafrique, Ndlr), personne ne répond », raconte Christophe. « Voilà comment il s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;on avait donné le visa à des personnes étrangères ».</p>
<p>La réinstallation se déroule en sept étapes, selon le HCR. Lorsque le cas du réfugié est soumis, les autorités du pays de réinstallation s&rsquo;entretiennent avec lui et font une évaluation du cas. La décision est remise au réfugié par les mêmes autorités. L&rsquo;Organisation Internationale pour les Migrations(OIM)organise l&rsquo;examen médical du réfugié après un contrôle de sécurité. Ensuite, l&rsquo;OIM ou le pays de réinstallation organise une orientation culturelle et le voyage.</p>
<p>Le réseau, lui, épargne ses candidats de ce long processus.</p>
<p>Christophe dit que cet échec a fait que le réseau change de stratégie. Il évoque pour la première fois depuis le début de notre conversation le nom du personnel du HCR en question.  » Il est au service juridique, monsieur Ateba;  il travaille avec une équipe pour ça. »Christophe dit qu&rsquo;il travaille pour Adèle, une réfugiée basée à Yaoundé, née d&rsquo;un père congolais et d&rsquo;une mère centrafricaine. Christophe déclare que Adèle à son tour travaille pour Jean Paul Ateba en service au HCR.</p>
<p> » Ce personnel a dit à notre sœur (Adele) si vous avez des gens qui ont leur argent on va leur donner un visa avec garantie d&rsquo;une association humanitaire qui vous prend en charge pendant un mois », raconte le réfugié. Christophe me dit qu&rsquo;il est chargé de convaincre les personnes qui veulent voyager comme réfugiés pour s&rsquo;installer en Occident. Ensuite, il met le candidat en contact avec Adèle et sa mission s&rsquo;arrête à ce niveau, dit-il. Le réseau, dit-il, demande à chaque candidat de payer la somme de 1.500.000 FCFA( $2400).</p>
<p>« La bonne nouvelle est que pour t&rsquo;engager tu paies la moitié de cette somme et quand on te remet tous tes documents de voyage, tu paies le reste d&rsquo;argent », se réjouit Christophe. Il dit que ATEBA n&rsquo;est pas seul dans le coup. Lorsque le candidat paie, déclare le réfugié, il distribue cet argent à des collègues qui l&rsquo;aident dans l&rsquo;opération.</p>
<p>« Le premier versement de 750.000 FCFA($1200) qu&rsquo;il prend, c&rsquo;est pour partager avec ses relations qui l&rsquo;aident: toi tu interviens ici, voici ta part, etc. Il donne à chacun sa part ».</p>
<p>Christophe me montre des documents officiels de nationaux camerounais qui auraient fraîchement voyagé comme des réfugiés centrafricains pour s&rsquo;installer au Canada, aux États-Unis, en Norvège, en Espagne et en France. Il déclare ensuite qu&rsquo;un candidat peut  voyager avec son nom lorsque celui-ci se rapproche d&rsquo;un nom centrafricain. Mais lorsque le nom fait référence à certaines localités du Cameroun, le réseau fait établir au candidat un certificat de nationalité centrafricaine puis lui attribue un nom de famille qui renvoie à la Centrafrique et la procédure de réinstallation peut commencer, dit Christophe.</p>
<p>Dans les deux cas, le candidat obtient une carte de réfugié et un passeport bleu (celui des réfugiés) avec visa. « C&rsquo;est un réseau très fermé, ça dépasse même mon entendement; moi, je joue mon rôle d&rsquo;intermédiaire et je m&rsquo;arrête là, je ne veux même pas savoir comment ça se passe là-bas devant », dit Christophe. Je prends son numéro de téléphone et promet de le contacter plus tard.</p>
<p><strong>Adèle, la plaque tournante du gang</strong></p>
<p>Les derniers propos de Christophe me donnent encore envie de découvrir  ce « réseau très fermé ». Je comprends qu&rsquo;il m&rsquo;a donné ce qu&rsquo;il détenait comme informations et je décide de ne plus le contacter.  Jean François et moi parvenons à avoir le numéro de téléphone de Adèle auprès d&rsquo;autres réfugiés. Coup de grâce, Adèle s&rsquo;exprime bien en lingala, la langue maternelle de Jean François. Au téléphone, à plusieurs reprises, Adèle est intarissable lorsqu&rsquo;elle parle du réseau et de ses avantages. Nous décidons d&rsquo;aller à Yaoundé pour rencontrer Adèle.</p>
<figure id="attachment_3510" aria-describedby="caption-attachment-3510" style="width: 783px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3510" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk.jpg" alt="" width="783" height="696" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk.jpg 378w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk-300x267.jpg 300w" sizes="(max-width: 783px) 100vw, 783px" /><figcaption id="caption-attachment-3510" class="wp-caption-text">Adele. La dame à tout faire du réseau</figcaption></figure>
<p>Adèle est une dame de courte taille et de teint chocolat. Vu de près, elle serait dans la cinquantaine. Elle était tirée à quatre épingles et a choisi de me recevoir dans une buvette de fortune loin des regards curieux. « C&rsquo;est un réseau sûr, il ne faut pas avoir peur », me rassure Adèle. « J&rsquo;ai  fait voyager deux de mes enfants avec ce réseau, le troisième vit avec moi il partira bientôt ». Adèle dit que le réseau est patronné par Ateba. Ce dernier est secondé par un certain Mvondo qui travaille aussi au HCR, dit-elle.</p>
<p>Après ce discours d&rsquo;accueil, il était temps de donner la première tranche de la somme totale, soit 750.000 FCFA($1200).</p>
<p>« Les temps sont durs, si on peut aider les jeunes comme toi à voyager pour aller se battre et que nous aussi on gagne quelque chose, ça fait plaisir », dit Adèle d&rsquo;une voix douce.</p>
<p>Plus tard, Adèle me fait voir la photo d&rsquo;un jeune homme qu&rsquo;elle dit être basé en Turquie après avoir voyagé du Cameroun grâce au réseau. Jean François et moi réussissons, grâce à nos recherches, à contacter un autre camerounais vivant en France. Il affirme avoir été aidé par Adèle et sa bande.</p>
<p>« J&rsquo;avais peur au départ mais je me suis dit que je n&rsquo;ai rien à perdre puisque c&rsquo;est difficile au pays », dit le jeune homme au téléphone. »J&rsquo;ai donné l&rsquo;argent à une dame, c&rsquo;est elle qui a tout fait ».</p>
<p>Quelques mois sont passés. Adèle me recontacte pour demander de fournir au réseau certains de mes documents officiels en vue de l&rsquo;établissement de mon passeport bleu. Elle dit que le réseau a choisi de m&rsquo;envoyer à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, avec un emploi en bonus. Mais, dit-elle, si je ne suis pas d&rsquo;accord, le réseau va me trouver un autre pays. Je maintiens le choix de la Slovaquie.</p>
<p>« On t&rsquo;a donné la nationalité du Congo Brazzaville mais tu ne vas pas te présenter au HCR pour les formalités, on saura que tu n&rsquo;as l&rsquo;accent congolais », me dit Adèle. Plus tard, Adèle m&rsquo;apprend que le réseau m&rsquo;a attribué une nouvelle nationalité. « C&rsquo;est mieux que tu portes la nationalité centrafricaine. C&rsquo;est ça qui passe facilement. Comme le pays là est encore en guerre, les blancs préfèrent les réfugiés qui viennent de là », dit Adèle.</p>
<p>Pendant des mois, j&rsquo;enregistre des conversations audio et vidéos avec le réseau. A chaque fois, Adèle me rend compte des avis de Ateba, de Mvondo et même d&rsquo;une certaine Gladys qui travaillerait aussi pour le HCR. The Museba Project n&rsquo;a pas été en mesure de confirmer que Mvondo et Gladys sont des employés du HCR.</p>
<p>Le réseau va changer de règles en cours de jeu. D&rsquo;après Adèle, Ateba a dit que je vais plutôt payer 2.500.000 FCFA($4000) pour obtenir  la carte de réfugié, le passeport, le visa et un emploi en Slovaquie.</p>
<p>« Si tu trouves ce montant élevé, on maintient la somme de 1.500.000 FCFA mais dès que le passeport est délivré, on te le donne et tu voyages à tes propres frais », me dit Adèle. A ce stade, impossible de reculer. J&rsquo;accepte la proposition.</p>
<p>Adèle appelle affectueusement Mvondo « monsieur le maire ». C&rsquo;est un homme rond de courte taille et de teint clair. Il s&rsquo;est illustré lorsque le réseau a réclamé une nouvelle somme d&rsquo;argent. S&rsquo;adressant à Jean François, Mvondo a déclaré: « Si tu as d&rsquo;autres personnes intéressées, il faut nous les amener, tu vas gagner quelque chose; moi, 80% de mes revenus proviennent de ce réseau ».</p>
<p><strong>Dieudonné ou l&rsquo;onction de la police</strong></p>
<p>Peu de temps après, Adèle me demande de venir à Yaoundé pour un rendez-vous au service des passeports. La veille du jour dit, je croise Adèle avec à ses cotés un homme. Elle fait les présentations: « C&rsquo;est la première fois que vous vous rencontrez? vous irez ensemble demain au service de passeports », dit Adèle en tournant le regard vers le bonhomme à la membrure puissante.</p>
<p>Kemayou est son nom camerounais. Mais, lorsqu&rsquo;il est entré en contact avec le réseau, tout a changé ou presque, me dit-il. Il a la nationalité centrafricaine et un nom centrafricain. Le Canada est sa destination finale.  » J&rsquo;avais déjà fait le passeport mais il y a eu une erreur c&rsquo;est pourquoi je vais repasser là-bas demain », m&rsquo;explique Kemayou.</p>
<p>La présence de Kemayou me rassure d&rsquo;une part que le réseau est vraiment à l&rsquo;œuvre et d&rsquo;autre part que je peux m&rsquo;arrêter à ce niveau pour suivre l&rsquo;évolution du dossier de ce dernier. Mais, il fallait d&rsquo;abord laisser passer l&rsquo;étape du passeport.</p>
<p>Le lendemain matin, Mvondo, Adèle, Jean François, Kemayou et moi, nous nous retrouvons dans un jardin public  à Yaoundé. Soudain, un homme de teint clair apparaît. C&rsquo;est Dieudonné, il est policier. Adèle lui dit que Kemayou et moi sommes les deux candidats pour le passeport. « Monsieur Ateba t&rsquo;a déjà donné quelque chose, non? donc, tu t&rsquo;occupes bien d&rsquo;eux », dit Adele à Dieudonné. Adèle dit que Dieudonné est l&rsquo;un des membres du réseau au sein de la police. Elle ajoute que le réseau a aussi des « facilitateurs » au ministère des relations extérieures.</p>
<figure id="attachment_3511" aria-describedby="caption-attachment-3511" style="width: 798px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3511" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk.jpg" alt="" width="798" height="358" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk.jpg 448w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk-300x135.jpg 300w" sizes="(max-width: 798px) 100vw, 798px" /><figcaption id="caption-attachment-3511" class="wp-caption-text">Dieudonné(à gauche) et Mvondo.</figcaption></figure>
<p>Après un moment d&rsquo;échange entre Mvondo, Adèle et Dieudonné, il a été décidé que je passe en premier. Kemayou va attendre.</p>
<p>Dieudonné et moi traversons la route. A l&rsquo;entrée du service des passeports, les policiers à la guérite reconnaissent Dieudonné et nous laissent continuer. A l&rsquo;intérieur, plusieurs usagers sont assis sur de longs bancs. Le ballet des policiers en uniforme et en civil est incessant. Mon cœur  commence à battre très fort. Le risque est élevé. Le moindre faux geste à ce niveau pourrait déboucher sur l&rsquo;irréparable. J&rsquo;ai envie, à un moment, de sortir de cette enceinte. Mais quand je pense aux victimes de cette fraude, je reprends mes forces.</p>
<p>Dieudonné me conduit auprès de Ambassa, un de ses collègues chargé d&rsquo;aider les candidats à remplir les formulaires de demande de passeport puis il disparaît. A la question de savoir si je suis déjà détenteur d&rsquo;un passeport, je ne sais quoi dire. Le réseau ne m&rsquo;a pas dit s&rsquo;il fallait répondre par oui ou par non. Ambassa est surpris de mon hésitation. « Tu connais Dieudonné? C&rsquo;est qui pour toi », me demande t-il. Je lui réponds que c&rsquo;est un ami de la famille. Je lui demande s&rsquo;il peut appeler Dieudonné. Ce qu&rsquo;il fait sans hésiter. Quelques instants plus loin, Dieudonné arrive tout anxieux comme s&rsquo;il redoutait quelque incident. Il me dit de cocher la case « non ».</p>
<p><strong>Ateba, Mvondo, Kemayou: le silence fait le bonheur</strong></p>
<p>Ambassa avait t-il  connaissance de l&rsquo;existence du réseau? Je n&rsquo;en sais rien. Dieudonné, lui, était au courant de Ateba. Adèle lui rappelle d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il a reçu une somme d&rsquo;argent de Ateba pour traiter mon cas. A maintes reprises, j&rsquo;ai demandé à rencontrer Ateba, mais Adèle s&rsquo;y est toujours opposée.</p>
<p>« Monsieur Ateba sera là à la fin pour te remettre les documents de voyage », disait-elle toujours.</p>
<p>Je décide d&rsquo;arrêter mon parcours avec le réseau à ce niveau. Et de suivre à distance l&rsquo;avancement du dossier de Kemayou.</p>
<p>A Douala,  Kemayou passe le gros de son temps dans sa petite boutique chichement achalandée en denrées alimentaires. Kemayou est marié et père de cinq enfants. Son premier contact avec le réseau remonte à quelques années . « Un jour, un grand ami qui savait que j&rsquo;avais envie de voyager m&rsquo;a présenté le réseau d&rsquo;Adèle. Il m&rsquo;a dit que son cousin est passé par là pour entrer en Europe. C&rsquo;est cet ami qui me met en contact avec Adèle », me raconte Kemayou.</p>
<p>Le bonhomme brûlait en effet d&rsquo;envie de quitter le Cameroun. Sa dernière tentative devait le conduire en Australie, mais il n&rsquo;a pu obtenir un visa, dit-il. « J&rsquo;avais payé cher pour qu&rsquo;on me fasse passer pour un défenseur des Droits de l&rsquo;Homme qui assistait à un séminaire mais à la fin, le visa m&rsquo;a été refusé ».</p>
<p>Les choses avancent vite avec Adèle. Le réseau a demandé à Kemayou de payer la somme de 2.500.000 FCFA($4000), il a déjà versé la moitié, dit-il. Kemayou me dit qu&rsquo;il est en possession d&rsquo;une carte de réfugié centrafricain et qu&rsquo;il n&rsquo;attend plus que la sortie de son passeport pour s&rsquo;installer au Canada avec sa petite famille.</p>
<p>« C&rsquo;est un réseau qui marche mais il est un peu lent, tu dois seulement être patient », dit Kemayou. Je lui demande s&rsquo;il a rencontré Ateba depuis qu&rsquo;il flirte avec le réseau. Il me dit qu&rsquo;à un moment il commençait à perdre patience et comme chaque fois Adèle lui disait que Ateba a demandé d&rsquo;attendre, il a décidé d&rsquo;aller rencontrer Ateba pour se rassurer, dit-il. Le faux réfugié s&rsquo;est rendu dans les locaux du HCR à Yaoundé à l&rsquo;insu d&rsquo;Adèle.</p>
<p>« On m&rsquo;a montré le bureau de Ateba. Je lui ai dit que je viens de la part d&rsquo;Adèle par rapport à mon dossier. Il m&rsquo;a expliqué que vraiment ça ne dépend pas d&rsquo;eux. Ils font juste une demande, tant que le Canada ne donne pas l&rsquo;accord ils ne peuvent rien, parce que quand vous partez là bas, vous entrez dans le centre des réfugiés », raconte Kemayou.</p>
<p>Kemayou dit avoir rencontré Mvondo dans le bureau de Ateba lors de sa visite.  » Il y avait deux tables dans cette salle, celle de Monsieur Ateba et celle d&rsquo;un autre monsieur qui était assis. Je ne le connaissais pas. C&rsquo;est quand je l&rsquo;ai vu un autre jour avec Adèle que j&rsquo;ai su que c&rsquo;est lui qu&rsquo;on appelle « monsieur le maire ».</p>
<p>Comme Mvondo et Ateba, Kemayou parle peu. Mais, tous ont deux choses en commun avec Adele: l&rsquo;amour de l&rsquo;argent facile et la peur d&rsquo;être dénoncés. Au détour d&rsquo;une conversation, Adèle me raconte la mésaventure de certains camerounais de la partie anglophone qui auraient été récemment interpellés en Australie avec des documents de réfugiés. Rapatriés au Cameroun, ils ont été mis en détention avec leur complice, une employée du HCR qui aurait fait d&rsquo;eux des réfugiés.</p>
<p>The Museba Project a contacté Jean Paul Ateba en service au HCR à Yaoundé pour solliciter son commentaire à propos des allégations de Kemayou et les accusations de complicité de fraude. Il n&rsquo;a pas réagi jusqu&rsquo;au moment de la publication de cette investigation.</p>
<p>« Si les gens s&rsquo;amusent à créer ce genre de trafic, ils mettent en danger l&rsquo;ensemble du processus de protection des personnes qui ont besoin d&rsquo;une véritable protection des Nations Unies, voilà le sujet »,  a déclaré Hamma Hamadou.  L&rsquo;ancien diplomate ajoute: « Ce n&rsquo;est ni bon pour les pays d&rsquo;où ils partent ni bon pour le système global d&rsquo;accueil des réfugiés « .</p>
<p>La vente des identités des réfugiés est une réalité. Torote, Jean François, Kalema et leurs familles ne seront peut-être jamais réinstallés . Mais, l&rsquo;histoire retiendra qu&rsquo;ils ont eu le courage de dénoncer une injustice grave, le courage d&rsquo;alerter leurs semblables.  A temps.</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies/">La grande fraude aux réfugiés</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/cameroun-la-grande-fraude-aux-refugies/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bois: sur la trace des ventes de coupe déclarées caduques qui n&#8217;existaient réellement pas</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2022 19:55:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[bois]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[vente]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3481</guid>

					<description><![CDATA[<p>C&#8217;était le 16 mars 2021. Le ministre camerounais des forêts a pris une décision constatant la caducité de cinquantaine sept ventes de coupe dans le domaine national, « en raison du dépassement de leur période de validité ». Une vente de coupe est une parcelle de terrain que l&#8217;Etat met à la disposition d&#8217;une société privée qui [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement/">Bois: sur la trace des ventes de coupe déclarées caduques qui n&rsquo;existaient réellement pas</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;était le 16 mars 2021. Le ministre camerounais des forêts a pris une décision constatant la caducité de cinquantaine sept ventes de coupe dans le domaine national, « en raison du dépassement de leur période de validité ».</p>
<p>Une vente de coupe est une parcelle de terrain que l&rsquo;Etat met à la disposition d&rsquo;une société privée qui dispose des capacités financières, administratives et techniques pour l&rsquo;exploitation pendant une durée de trois ans qui peut être renouvelée, a indiqué Ebenezer Ekwalla Dit Toube, ancien brigadier en chef de l&rsquo;unité centrale au ministère des forêts.</p>
<p>« Cette parcelle ne dépasse pas 2500 hectares », a précisé le fonctionnaire à la retraite.</p>
<p>Comme ces ventes de coupe étaient arrivées à expiration depuis plusieurs mois et que les trente huit sociétés forestières concernées n&rsquo;ont pas sollicité une extension de leurs activités, elles ont été déclarées caduques par l&rsquo;administration forestière.</p>
<p>«La caducité ainsi prononcée emporte la perte du titre d’exploitation forestière, l’arrêt définitif et immédiat des activités relatives, le règlement de tous les droits, taxes et redevances dus », a écrit Jules Doret Ndongo, le ministre des forêts. « Ces droits, taxes et redevances, peuvent, le cas échéant, faire l’objet d’un recouvrement forcé».</p>
<p>Ndongo est allé loin en donnant d&rsquo;autres détails importants: le numéro de la vente de coupe, le nom de l&rsquo;exploitant, la date d&rsquo;attribution et d&rsquo;expiration de la vente de coupe, et le motif du retrait.</p>
<p>Mais, la décision du ministre des forêts est contredite par certaines sociétés forestières citées qui ne se souviennent pas avoir obtenu les ventes de coupe qui leur sont attribuées. D&rsquo;autres disent avoir trouvé que les sites qui leur ont été octroyés par l&rsquo;administration forestière étaient déjà occupés par des exploitations frauduleuses, ou comme dans un cas, par une vaste plantation gardée par les militaires qui appartiendrait à une haute personnalité du pays.</p>
<h3><strong>Tromperie</strong></h3>
<p>Méssok est une commune du département du haut Nyong, à l&rsquo;Est Cameroun, où vivent environ 12 mille âmes. Mékoua, un des villages de l&rsquo;arrondissement, est  situé au bord d&rsquo;une piste poussiéreuse qui mène à la capitale de la région. Sa population vit dans des cases recouvertes de paille, de feuilles mortes et se nourrit des produits de la chasse. Pourtant, ce village dispose des richesses naturelles qui pouvaient accélérer son développement, à commencer par la foret communautaire qu&rsquo;il partage avec deux villages voisins.</p>
<p>« Nous sommes un grand fournisseur de bois mais nous ne bénéficions de rien depuis la création de la forêt communautaire », a déclaré jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua. « Les audiences ne sont pas réalisées, il y a toujours une tromperie ».</p>
<figure id="attachment_3483" aria-describedby="caption-attachment-3483" style="width: 1093px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3483" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg" alt="" width="1093" height="615" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg 1093w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-300x169.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-1024x576.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-768x432.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-600x338.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-750x422.jpg 750w" sizes="(max-width: 1093px) 100vw, 1093px" /><figcaption id="caption-attachment-3483" class="wp-caption-text">Jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua</figcaption></figure>
<p>Quand il parle de tromperie, Diouala Mkpala fait allusion aux petits exploitants qui entrent discrètement dans la forêt de son village, coupent le bois avec des tronçonneuses puis repartent sans donner quelque chose à la population.</p>
<p>En 2017, une opportunité à frapper à la porte de ce village. Cette année-là, l&rsquo;administration forestière a attribué la vente de coupe No 1002404 d&rsquo;une durée de trois ans à la société forestière « La Rosière ». Cette vente de coupe devait s&rsquo;effectuer dans les villages Mekoua, Mebem et Messea, et apporter du sourire aux riverains. Mais en 2021, cette vente de coupe a été déclarée obsolète à cause du dépassement de la période de validité; au grand étonnement des résidents locaux qui n&rsquo;étaient pas, disent-ils, au courant d&rsquo;une telle vente de coupe encore moins de la société adjudicataire.</p>
<p>« On ne connait pas La Rosière et  je n&rsquo;ai aucune idée de cette société », a déclaré Séraphin Nanga, le président de la forêt communautaire Beuk, Mekoua et Messea. »On n&rsquo;a pas d’entreprise sur le terrain qui exploite; avant on exploitait avec des tronçonneuses, c’est maintenant que nous cherchons des entreprises pour couper le bois en grume. »</p>
<p>Le représentant de la population, Diouala Mkpala, est lui aussi catégorique: « nous n’avons pas encore vu « La Rosière » sur place face à la population ».</p>
<p>Alors que les communautés locales se demandent pourquoi la société forestière n&rsquo;a pas pu exploiter la vente de coupe qui lui aurait été attribuée, The Museba Project a contacté La Rosière pour avoir sa version des faits. Là aussi, c&rsquo;est la surprise.</p>
<p>« Je ne connais par ça (cette vente de coupe) », a déclaré au téléphone un responsable de la société La Rosière, avant de hausser le ton. »Tu me demandes ça en tant que qui?(&#8230;) tu m&rsquo;appelles pourquoi?&#8230; »</p>
<p>Cette société forestière n&rsquo;est pas la seule à ne pas se reconnaitre dans la décision ministérielle. Basée à Douala, la société forestière équatoriale(Sfe)aurait obtenu la vente de coupe No 110223 correspondant à la localité de Nguti dans la région du sud Ouest. L&rsquo;exploitation devait avoir lieu entre septembre 2017 et septembre 2020, selon le ministère des forêts.</p>
<p>Approché dans les locaux de l&rsquo;entreprise, Evariste Nanga, un responsable de la Sfe, a souhaité faire des vérifications internes avant de donner la position de la Sfe. Un jour plus tard, il a déclaré:</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas retrouvé de traces qu&rsquo;on a eu une vente de coupe dans cette zone à cette date là ».</p>
<p>Avec environ 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun, pays d&rsquo;Afrique centrale, est le second massif forestier du bassin du Congo derrière la République Démocratique du Congo. Le bois figure parmi les trois premiers produits d&rsquo;exportation du pays. Pour autant,  le secteur forestier contribue encore faiblement au budget de l&rsquo;Etat. Il tourne autour de 3%, d&rsquo;après les chiffres officiels.</p>
<h3><strong>Des militaires à la plantation</strong></h3>
<p>L&rsquo;attribution de ventes de coupe aux sociétés forestières contribue à augmenter les recettes financières, préserver l&rsquo;environnement et améliorer les conditions de vie des communautés locales. Pour ce faire, elle devrait se faire selon une procédure bien définie, a fait savoir Ebenezer Ekwalla. D&rsquo;après le fonctionnaire à la retraite, l&rsquo;administration effectue un travail sur le terrain et sur la carte forestière pour déterminer les sites qui abriteront des ventes de coupe. Après cela, elle fait une publication sur les ventes de coupe disponibles puis les sociétés intéressées se manifestent, dit-il.</p>
<p>« L&rsquo;administration des forêts est structurée pour assurer le contrôle de ces parcelles de terrain », a déclaré cet ancien contrôleur régional des forêts, avant de poursuivre: « le chef de poste forestier est au bas de cette architecture de contrôle, il doit suivre l&rsquo;évolution d&rsquo;une exploitation qui se déroule dans sa circonscription ».</p>
<p>Cela n&rsquo;a pas toujours été le cas sur le terrain. L&rsquo;administration a accordé la vente de coupe No 702101, située à Nkondjock dans le département du Nkam, à la Compagnie Forestière Assam(Cofa) pour une exploitation qui devait prendre fin en 2020. Quand Cofa a voulu lancer l&rsquo;exploitation, le site était déjà occupé.</p>
<p>« On n&rsquo;a pas exploité cette vente de coupe parce qu&rsquo;il y a eu des exploitations frauduleuses dedans », a déclaré au téléphone un responsable de la Cofa, une société liée à Bonaventure Mvondo, député et neveu du président Biya.</p>
<p>« On s&rsquo;est plaint qu&rsquo;il y avait une exploitation, il fallait pas mettre ça en vente ».</p>
<figure id="attachment_2903" aria-describedby="caption-attachment-2903" style="width: 1255px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2903" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png" alt="" width="1255" height="616" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png 1255w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-300x147.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-768x377.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1024x503.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-600x295.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-750x368.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1140x560.png 1140w" sizes="(max-width: 1255px) 100vw, 1255px" /><figcaption id="caption-attachment-2903" class="wp-caption-text">Une vue de la forêt dense.</figcaption></figure>
<p>Au cours de la même période, une autre entreprise a été contrainte d&rsquo;abandonner ses sites d&rsquo;exploitation. Il s&rsquo;agit de VERA Forestière, une société qui a acquis deux ventes de coupe, No 110221 et No 801238, à Nguti et Nkoteng, respectivement dans la région du sud ouest et la région du centre. Au moment de lancer les activités sur les sites, la société forestière a rencontré des obstacles.</p>
<p>« Nous avons obtenu ces ventes de coupe mais nous n&rsquo;avons pas pu les exploiter », a regretté au téléphone Nangue Jean Pierre, responsable d&rsquo;exploitation à VERA Forestière. « A Nguti, il y avait la guerre, on a arrêté l&rsquo;exploitation. A Nkoteng, la vente de coupe qu&rsquo;on nous a attribuée se trouvait sur les terres de [Ferdinand] Ngoh Ngoh (Secrétaire général de la Présidence de la République, ndlr), il y avait ses champs dessus sur à peu près 1000 hectares ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière était censée s&rsquo;assurer que ce site était inoccupé avant d&rsquo;en faire une vente de coupe. Face à la réalité, elle était sans voix. « On(l&rsquo;administration, ndlr) nous a dit de nous débrouiller, on était surpris », a dit Nangue.</p>
<p>« C&rsquo;était impossible d&rsquo;exploiter, le site était protégé par plusieurs militaires », a dit Nangue. VERA Forestière qui exportait abondamment le bois vers la Chine est en arrêt d&rsquo;activités depuis environ deux ans. D&rsquo;après son responsable d&rsquo;exploitation, cette société est à la recherche de partenaires pour relancer ses activités.</p>
<h3><strong>Ventes de coupe imaginaires</strong></h3>
<p>Plusieurs autres sociétés qui auraient obtenu des ventes de coupe déclarées désuètes ont dit leur déception parfois à visage couvert. « Nous n&rsquo;avons jamais eu une vente de coupe dans cette localité,  c&rsquo;est plutôt à Bertoua que nous avons par le passé acheté du bois mis aux enchères », a déclaré sous anonymat le propriétaire d&rsquo;une société qui s&rsquo;est vu attribuer une vente de coupe à Bélabo, dans la région de l&rsquo;Est.  » Ce sont des ventes de coupe imaginaires ».</p>
<p>The Museba Project a écrit au ministre des forêts et de la faune pour solliciter son commentaire sur les allégations autour des ventes de coupes déclarées caduques. Jules Doret Ndongo n&rsquo;a pas réagi à la demande d&rsquo;informations.</p>
<p>« Le ministre a été trompé par ses collaborateurs », a déclaré Ebenezer Ekwalla. « Comment peut-on mettre une vente de coupe sur un espace qui abrite une grande plantation depuis plusieurs années? Les collaborateurs doivent donner une information juste et vérifiée au ministre pour lui permettre de prendre la bonne décision, cela n&rsquo;a visiblement pas été le cas dans cette affaire ».</p>
<p>Henri Mevah est le coordonateur du Projet d’Appui à l’élevage et de Préservation de la biodiversité en périphérie des aires protégées au Cameroun (PAPEL), une association qui dénonce souvent les mauvaises pratiques des sociétés forestières. Il a indiqué que certaines sociétés ont, depuis quelques années, l&rsquo;habitude d&rsquo;acquérir des ventes de coupe auprès de l&rsquo;administration juste pour les vendre plus tard au plus offrant.</p>
<p>« Certains adjudicataires camerounais vendent leur ventes de coupe à des libanais ou à des chinois qui disposent d&rsquo;importantes ressources financières et qui sont à la recherche de ressources ligneuses, je ne connais pas les montants des transactions mais c&rsquo;est un phénomène récurrent » , a déclaré Henri Mevah.</p>
<p>Chaque année, l&rsquo;Etat perd environ 33 milliards de F CFA du fait de la corruption et de la mauvaise gouvernance dans le secteur forestier, rapportent des ONG. Et l&rsquo;opacité qui entoure l&rsquo;octroi, le contrôle et la gestion des ventes de coupe pourrait aggraver la situation. Si Rien n&rsquo;est fait.</p>
<p><strong><em>Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center.</em>      </strong></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement/">Bois: sur la trace des ventes de coupe déclarées caduques qui n&rsquo;existaient réellement pas</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/vente-coupe-caduques-cameroun-existaient-pas-reellement/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>CITES suspends Cameroon after The Museba Project&#8217;s revelations on rosewood trafficking</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 19 Jun 2022 13:20:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3453</guid>

					<description><![CDATA[<p>On June 8, the Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora (CITES) suspended trade in rosewood in Cameroon. The sanction comes months after a groundbreaking investigation by the online newspaper The Museba Project that revealed how traffickers are laundering illegally cut rosewood from Cameroon in Nigeria before shipping it to [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking/">CITES suspends Cameroon after The Museba Project&rsquo;s revelations on rosewood trafficking</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>On June 8, the Convention on International Trade in Endangered Species of Wild Fauna and Flora (CITES) <a href="https://cites.org/sites/default/files/notifications/E-Notif-2022-045.pdf">suspended</a> trade in rosewood in Cameroon.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-3454" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/06/capture-Kosso.jpg" alt="" width="736" height="176" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/06/capture-Kosso.jpg 736w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/06/capture-Kosso-300x72.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/06/capture-Kosso-600x143.jpg 600w" sizes="(max-width: 736px) 100vw, 736px" /><br />
The sanction comes months after a groundbreaking <a href="https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/">investigation</a> by the online newspaper The Museba Project that revealed how traffickers are laundering illegally cut rosewood from Cameroon in Nigeria before shipping it to China.<br />
The Cameroonian government was supposed to provide CITES with evidence of the legal acquisition of rosewood. But the country submitted evidence that « did not comply with the guidelines, practical steps and quick guide for verifying legal acquisition, » CITES wrote in its report.<br />
Nigeria, a transit country for rosewood stolen from Cameroon, saw its suspension extended by CITES after The Museba Project article.</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking/">CITES suspends Cameroon after The Museba Project&rsquo;s revelations on rosewood trafficking</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/cites-suspends-cameroon-rosewood-trafficking/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>CAMVERT, l&#8217;agro-industrie opaque qui rase les forêts camerounaises sans être inquiétée</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[The Newsroom]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Feb 2022 09:11:38 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[agro industrie]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[camvert]]></category>
		<category><![CDATA[environnement]]></category>
		<category><![CDATA[exploitation]]></category>
		<category><![CDATA[palmier à huile]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3373</guid>

					<description><![CDATA[<p>“60 mille hectares à Camvert, une compagnie qui n’a pas d’expérience de plantation de palmier à huile? Est ce qu’on est prêt à risquer cela?”, déclare d’un air dubitatif Samuel Nguiffo, Secrétaire exécutif du Centre pour l’Environnement et le Développement(CED), une organisation environnementale basée au Cameroun. Il y a quelques années, Samuel et d’autres leaders [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/">CAMVERT, l&rsquo;agro-industrie opaque qui rase les forêts camerounaises sans être inquiétée</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>“60 mille hectares à Camvert, une compagnie qui n’a pas d’expérience de plantation de palmier à huile? Est ce qu’on est prêt à risquer cela?”, déclare d’un air dubitatif Samuel Nguiffo, Secrétaire exécutif du Centre pour l’Environnement et le Développement(<a href="http://www.cedcameroun.org/">CED</a>), une organisation environnementale basée au Cameroun.</p>
<p>Il y a quelques années, Samuel et d’autres leaders de la société civile ont défendu les <a href="https://infocongo.org/fr/cameroun-des-fermiers-traduisent-en-justice-une-plantation-de-palmiers-a-huile/">droits des communautés</a> face à l’octroi de 73 mille hectares de forêt du Sud-ouest du Cameroun, à <a href="http://www.cedcameroun.org/sgsoc-herakles-farms/">SG Sustainable Oils Cameroon PIC (SGSOC)</a>, filiale de l’américaine Heraklès Farms. Leur combat avait poussé le gouvernement Camerounais à diminuer la superficie octroyée à SGSOC, passant de 73 mille hectares à 20 mille hectares. Aujourd’hui, une histoire similaire se reproduit dans le Sud du Cameroun avec l’implantation de l’agro-industrie Cameroun Vert Sarl (Camvert), dans l’arrondissement de <a href="https://infocongo.org/en/ngos-reject-new-oil-palm-plantation-in-southern-cameroon/">Campo</a>. Et cette fois-çi, le combat de la société civile semble plus rude.</p>
<figure id="attachment_3374" aria-describedby="caption-attachment-3374" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3374" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte1-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3374" class="wp-caption-text">InfoCongo a analysé des images satellitaires PLANET avant et après l’attribution de Ventes aux Enchères des bois sur pied, signé par le ministre des forêts et de la faune du Cameroun relatif à un lot de 2500 hectares de la partie déclassée de l’UFA 09 025 au profit du projet Camvert. En Décembre 2019, des images satellitaires de PLANET montrent que cette parcelle de 2500 hectares était encore recouverte de forêt. En Décembre 2021, plus de la moitié de cette parcelle de forêt a été rasée pour la création de la palmeraie de Camvert.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
<p>Au moment où InfoCongo bouclait cette enquête, 1850 hectares de forêts avaient déjà été rasés à Campo pour la création de la plantation industrielle de palmier à huile de Camvert. D’après des données liées à la perte du couvert forestier de Global Forest Watch, analysées par InfoCongo, cette surface de forêt a été détruite de Mai 2020 à décembre 2021, avec la possibilité d’une plus grande déforestation à Campo.</p>
<p>&nbsp;</p>
<figure id="attachment_3375" aria-describedby="caption-attachment-3375" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3375" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte2-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3375" class="wp-caption-text">L’Unité Forestière d&rsquo;Aménagement 09 025 aujourd’hui convertie en zone de production agricole se trouve dans le Sud du Cameroun à Campo à proximité du parc national de Campo Ma’an. Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
<p>Cet arrondissement du Sud Cameroun se trouve sur la côte atlantique du pays, au nord de l’embouchure du fleuve Ntem qui marque la frontière avec la Guinée Equatoriale. Avec une superficie de 276 mille hectares, Campo est l&rsquo;une des rares communes du bassin du Congo, où cohabitent en harmonie des peuples de forêts et des peuples de la côte. La nouvelle agro-industrie y vise 60 mille hectares de forêt, environ 20% de la superficie totale de la commune de Campo. C’est énorme selon Sa Majesté Evina Ango, seule femme cheffe traditionnelle dans l’arrondissement de Campo. “Cette entreprise veut nous envahir pour que Campo devienne un vaste champ de palmiers à huile”, craint-elle.</p>
<p>La forêt que convoite Camvert fait partie de l’ancienne Unité Forestière d’Aménagement, <a href="https://wri-sites.s3.amazonaws.com/forest-atlas.org/cmr.forest-atlas.org/resources/posters/CMR_Poster%202018%20english.pdf">UFA 09 025</a>. Exploitée par la Société camerounaise d&rsquo;industrie et d’exploitation du bois (SCIEB), partenaire du groupe Nerlandais Wijma, cette forêt de production couvrait une superficie totale de 88 mille hectares et faisait partie des concessions forestières certifiées FSC au Cameroun jusqu’en <a href="https://swedwatch.org/wp-content/uploads/2019/02/Tropiskt-timmer_190221_93.pdf">2017</a>. Ce statut permettait d’y “assurer un minimum de garanties en termes de gestion durable”, d’après des organisations environnementales. De plus, les sept communautés autochtones Bagyeli de Campo et leurs voisins bantou pouvaient y faire de la chasse, de la pêche ou y prélever des écorces médicinales.</p>
<p>Cette forêt partage aussi une limite conjointe d’environ 50 kilomètres avec le <a href="https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/6312/">parc national de Campo Ma’an</a>. Une aire protégée riche en faune et flore, créée en 2000 par le gouvernement camerounais pour compenser les impacts environnementaux négatifs du projet d&rsquo;oléoduc Tchad-Cameroun. Le parc national de Campo Ma’an abrite plusieurs espèces en voie de disparition inscrites sur la liste rouge de l&rsquo;Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Il s’agit entre autres du pangolin géant (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/12762/123584478#geographic-range">Smutsia gigantea</a>), l’éléphant d’Afrique (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/181007989/204404464">Loxodonta cyclotis</a>), le gorille (<a href="https://www.iucnredlist.org/fr/species/9404/136250858"><em>Gorilla gorilla</em></a>).</p>
<p>Dans ce riche écosystème forestier, la nouvelle agro-industrie Camvert a bénéficié de plusieurs facilités du gouvernement camerounais pour démarrer sa palmeraie.</p>
<h3><strong>Opportunisme </strong></h3>
<p>Tout commence en 2017, dans une discrétion totale. Les grands groupes européens, comme Rougier et Wijma, sont en train d’abandonner leurs concessions en Afrique centrale, arguant de difficultés financières et opérationnelles, écrivent Swedwatch et le CED dans un rapport publié en 2019.<strong> </strong></p>
<p>Dans la même lancée, l’entreprise SCIEB Sarl (gestionnaire de l’UFA 09 025 et deux autres UFA), <a href="https://swedwatch.org/wp-content/uploads/2019/10/93_Tropiskt-timmer_French.pdf">transfère</a> ses principales activités forestières à d’autres actionnaires. Dans un article de <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/804560/aboubakar-al-fatih-scieb-pousse-vers-plus-dindustrie-dans-le-bois/">Africa Business+</a>, on découvrira  plus tard qu’en 2018, Aboubakar Al-Fathi a “rachèté la Société camerounaise d&rsquo;industrie et d&rsquo;exploitation du bois (Scieb) à la société néerlandaise Wijma et récupéré une Unité d’Aménagement Forestière (FMU) et une scierie à Campo”.</p>
<p>Des documents obtenus par InfoCongo montrent que la même année, plus précisément en Août 2018, Aboubakar Al-Fathi et Mahmoud Mourtada se sont associés pour créer une Société à responsabilité limitée dénommée Cameroon Vert Sarl(Camvert). Selon Greenpeace Afrique et Green Advocate Development, Aboubakar Al-Fathi serait un leader politique proche du parti au pouvoir, le Rassemblement démocratique du Peuple Camerounais.</p>
<p>En Avril 2019, soit neuf mois seulement après la naissance de Camvert, le ministre des forêts et de la faune, Jules Doret Ndongo signe un avis public portant déclassement d’une partie de l’UFA 09 025 pour la production agricole. Dans la foulée, la société civile suspecte que cette forêt serait attribuée à Camvert pour son projet de plantation industrielle de palmier à huile. Mais, rien d’officiel ne le prouve.</p>
<h3><strong>Le décret à problème </strong></h3>
<p>Suite à l’annonce d’un potentiel déclassement de l’UFA 09 025, les défenseurs de l’environnement craignent la réduction du domaine forestier permanent du Cameroun. Dans sa loi forestière datant de 1994, le pays s’est engagé à maintenir le domaine forestier permanent sur 30% de son territoire national pour conserver les ressources forestières et produire de façon durable la matière ligneuse.</p>
<p>Par conséquent, «le déclassement total ou partiel d’une forêt ne peut intervenir qu’après classement d’une forêt de même catégorie et d’une superficie équivalente dans la même zone écologique », indique la loi. Or, le processus de déclassement de l’UFA 09 025 entamé par le ministre des forêts ne donnait “aucune garantie que cette disposition de la loi forestière serait respectée”, a précisé l’ONG Forêts et Développement Rural (FODER).</p>
<figure id="attachment_3376" aria-describedby="caption-attachment-3376" style="width: 1920px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3376" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-scaled.jpg" alt="" width="1920" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-scaled.jpg 1920w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-225x300.jpg 225w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-768x1024.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1152x1536.jpg 1152w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1536x2048.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-600x800.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-750x1000.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Parc-national-de-Campo-Maan-1140x1520.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" /><figcaption id="caption-attachment-3376" class="wp-caption-text">Parc national de Campo Ma&rsquo;an.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>La société civile environnementale plaide aussi pour la sauvegarde de la riche biodiversité du parc national de Campo Ma’an. Le Cameroun y met en œuvre un <a href="https://documents1.worldbank.org/curated/en/364731468233038110/pdf/E23260REVISED01AFR1EA1P1129751Final.pdf">projet d’habituation des gorilles</a> dans l’île de Dipikar en partenariat avec la Banque Mondiale et la Coopération Allemande. Transformer une partie de l’UFA 09 025 en plantation industrielle mettrait en péril cette initiative de conservation et la sécurité foncière des communautés de Campo. Ici, les communautés locales sont “déjà privées de leurs terres par les projets tels que le port en eau profonde de Kribi, le projet Pipeline Tchad &#8211; Cameroun et les différentes activités agro industrielles autour de la zone”, relève un groupe d’ONG dans une note de position publiée en Août 2019. Malgré ces réserves, le gouvernement passe en force.</p>
<p>En Novembre 2019, le Premier ministre camerounais, Dion Ngute valide le déclassement d’une parcelle couvrant environ 70% de l&rsquo;UFA 09 025. Les 60 mille hectares de forêt peuvent désormais être utilisés à des fins de production agricole à grande échelle.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à la publication de cette investigation, InfoCongo a constaté qu’aucune forêt équivalant aux 60 mille hectares de l’UFA 09 025, n’a été classée comme le prévoit la loi forestière camerounaise. Les demandes d’interview d’InfoCongo adressées au Ministre des forêts sont restées sans réponse.</p>
<p>InfoCongo a voulu comprendre pourquoi Aboubakar Al-Fathi a récupéré l’UFA 09 025. L’homme d’affaires aurait-il racheté une forêt de production pour la déforester et la transformer en vaste palmeraie?</p>
<h3><strong>Complicités administratives </strong></h3>
<p>Le lien entre la jeune agro-industrie Camvert et l’UFA 09 025 est officiellement connu le 02 Mars 2020, à travers un appel d’offres de Ventes aux Enchères des bois sur pied, signé par le ministre des forêts et de la faune du Cameroun. Jules Doret Ndongo y précisait clairement qu’il s&rsquo;agit d&rsquo;un lot de “2500 hectares de la partie déclassée de l’UFA 09 025 au profit du projet Camvert”. Bien que président en exercice de la Commission des forêts d’Afrique Centrale (<a href="https://comifac.org/a-propos/equipe-dirigeante/equipe-sec">COMIFAC</a>), instance régionale de protection des forêts du bassin du Congo, Jules Doret Ndongo a autorisé que soit rasé 2500 hectares de forêt à Campo.</p>
<p>Les résultats de l’appel d’offres relatif à l’exploitation du bois issus des 2500 hectares n’ont été pas rendus publics. Ce qui a créé davantage d’opacité sur le nom de l’entreprise autorisée à exploiter le bois issu des 2500 hectares de forêt et la durée de validité des activités de coupe du bois.</p>
<p>Pendant ce moment, Camvert déploie sa stratégie de séduction sur le terrain, comme le montrent des copies de cahier de charge signées entre Camvert et les communautés de Campo. Ces documents ont été signés le 27 Mars 2020, alors que tout le monde attend les résultats de l’avis d’appel d&rsquo;offres.</p>
<p>InfoCongo a obtenu une copie du Certificat d’attribution de cette Vente aux Enchères, signé le 02 Avril 2020 par le ministre des forêts et de la faune Ministre. Le document montre que Jules Doret Ngongo a attribué cette vente aux Enchères à l’entreprise SextransBois.</p>
<p>Le 09 Avril 2020, le Ministre des Domaines, du cadastre et des Affaires foncières entre en scène. Henri Eyebe Ayissi autorise Camvert à exploiter 2500 hectares, “sous réserve d’un engagement de délimiter les 60000 hectares”.</p>
<p>Seulement, ces deux actes du gouvernement sont pris dans un contexte de crise sanitaire mondiale qui paralyse le monde entier.</p>
<p>Au Cameroun, le gouvernement vient de prendre une série de mesures de <a href="https://www.spm.gov.cm/site/?q=fr/content/strategie-gouvernementale-de-riposte-face-la-pandemie-de-coronavirus-covid-19">restriction</a> des déplacements pour limiter la propagation de Coronavirus. Plusieurs organisations de la société civile ont suspendu leurs activités de veille dans les zones forestières. La commune de Campo, comme d’autres zones forestières du pays, est enclavée et peu couverte par le réseau de télécommunication. Il devient difficile pour ces acteurs de la société civile d&rsquo;effectuer un monitoring efficace. Camvert en a profité pour se déployer rapidement à Campo.</p>
<p>En Février 2022 au moment où InfoCongo publie cette enquête, la jeune agro-industrie vient de bénéficier de nouvelles facilités administratives pour accélérer ses activités. Une convention signée avec l’Agence de promotion des investissements (API) permet à Camvert “de bénéficier des dispositions de la loi de 2013 (révisée en 2017) portant incitations à l’investissement privé au Cameroun”, a indiqué <a href="https://www.investiraucameroun.com/agriculture/0802-17482-camvert-obtient-des-exonerations-fiscales-pour-son-projet-de-complexe-agro-industriel-de-237-milliards-de-fcfa-a-campo">Investir au Cameroun</a> dans un article paru le 08 Février 2022. Grâce à cette convention, Camvert obtiendra ainsi des exonérations fiscalo-douanières allant de 5 à 10 ans, aussi bien pendant la phase de construction que de production de son projet.</p>
<p>Pour Greenpeace Afrique, cette décision est un coup de massue contre l&rsquo;économie camerounaise. “<em>Comment se fait-il qu’une entreprise qui veut raser 60 000 hectares de forêt et détruire par la même occasion les moyens de subsistance des communautés locales peut bénéficier d’exonérations fiscales ?</em>” s’interroge Ranece Jovial Ndjeudja, responsable de Campagne forêt Bassin du Congo à Greenpeace Afrique. “<em>Cette décision apparaît comme une prime accordée à l’entreprise pour continuer à violer la loi et porter atteinte aux engagements du Cameroun”</em>, ajoute-il.</p>
<h3><strong>Opacité</strong></h3>
<p>Selon des sources concordantes, depuis Septembre 2019, avant même d’avoir obtenu l’autorisation d’exploiter 2500 hectares, Camvert avait posé ses marques à Campo. L’agro-industrie avait recruté son personnel et entamé une pépinière de palmiers à huile. Avec l’arrivée du décret du ministre du cadastre, il fallait juste convaincre les chefs de la pertinence du projet pour démarrer la plantation. D’une chefferie à l’autre, les représentants de Camvert martèlent le même discours: “le projet Camvert a déjà été validé par la présidence de la république du Cameroun”, comme relatent sous anonymat, des leaders traditionnels approchés par des dirigeants de Camvert en Mars 2020.</p>
<p>Cette nouvelle déstabilise les communautés de Campo. “Lorsque nous avons entendu parler du projet Camvert, c’était comme une bombe atomique”, affirme Denis Gnamaloma, leader communautaire basé à Ebodje. Mais, comment s’opposer à une décision présidentielle? Les communautés se sentent impuissantes.</p>
<p>Camvert fait signer des cahiers de charges aux chefs des principaux  groupement des communautés Bantou de Campo. Les chefs de village bien que approchés par l’entreprise, n’ont aucune dudit copie du cahier de charge.</p>
<figure id="attachment_3377" aria-describedby="caption-attachment-3377" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3377" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Henry-Nlema-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3377" class="wp-caption-text">Henry Nlema</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>La situation est plus inquiétante chez les peuples autochtones Bagyeli. Le cinquantenaire Henry Nlema, plus connu sous le nom de Cent ans, a été choisi comme représentant des peuples autochtones Bagyeli de Campo à la signature du cahier de charge de Camvert. Pour la circonstance, les documents sont rédigés en français et en Anglais. Or, Henry Nlema ne sait ni lire ni écrire car il a passé toute sa vie à faire la chasse, la cueillette et la pêche. “Vous savez, moi je ne sais pas lire et écrire. Ils marchaient avec des documents comme ça et demandaient: toi ton nom c’est quoi? Signes ici, sans même rien m’expliquer”, raconte Cent ans, d’un air désabusé.</p>
<p>Henry Nlema affirme avoir signé le cahier de charge sans savoir de quoi il s’agissait. Aujourd’hui, il regrette de l’avoir fait. « Ça m&rsquo;énerve d’avoir signé ça. Je regrette beaucoup!” ajoute-t-il.</p>
<p>En Octobre 2020, BACUDA, une organisation des peuples autochtone Bagyeli, en collaboration avec APED, une OSC camerounaise, et Forest Peoples Programme ont <a href="https://www.forestpeoples.org/fr/Cameroun-Bagyeli-UNCERD-CamVert-terres-traditionnelles">soumis une requête</a> au Comité pour l&rsquo;élimination de toutes les formes de discrimination raciale (CERD) pour dénoncer “l&#8217;emprise du projet de plantation d’huile de palme de la société CamVert SARL sur les terres coutumières de sept communautés Bagyeli”.</p>
<p>En Avril 2019, FPP et Okani avaient soumis une précédente requête au CERD concernant l’affaire Biopalm. Dans sa réponse en Mai 2019, la CERD avait indiqué que “l&rsquo;État a l&rsquo;obligation de reconnaître et d&rsquo;enregistrer les territoires forestiers collectifs des Bagyelis et d&rsquo;autres groupes autochtones, y compris les Baka, et de mener un processus de consentement libre, préalable et éclairé avant toute utilisation qui les affecte”. En outre, le CERD soulignait la nécessité pour le Cameroun, d’entreprendre des réformes sur ses lois foncières actuelles.</p>
<p>Pour le cas camvert, la réponse du CERD tarde à venir. Des sources bien introduites ont fait savoir à InfoCongo que “toutes les procédures légales entreprises par les Bagyeeli de Campo vis-à-vis du projet Camvert n’ont jusqu’ici obtenu aucune réponse”.</p>
<p>Maintenant que Camvert a l’accord écrit des chefs pour démarrer sa palmeraie, rien ne freine plus l’agro-industrie aux origines complexes.</p>
<h3><strong>Trois en un</strong></h3>
<p>Vite, la forêt de Campo est rasée au bulldozer par deux  sociétés “ayant les mêmes dirigeants que Camvert”, d’après des témoignages concordants de plusieurs chefs.</p>
<figure id="attachment_3378" aria-describedby="caption-attachment-3378" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3378" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Forêt-rasée-à-Campo-2-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3378" class="wp-caption-text">Une forêt rasée à Campo 2.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Il s’agit de SextransBois et BoisCam, deux entreprises forestières aux activités controversées. “Ces gens sont entrés par le biais de la forêt communautaire d’Akak, avec la dénomination de BoisCam. Mais au fond c’était SextransBois. Ils sont venus semer la zizanie au sein de la communauté, saboter pour mieux se servir”, raconte la cheffe traditionnelle d’Akak.</p>
<p>Elle avait défié le sous préfet de Campo, exigeant que soient reversées aux communautés les revenus issus de la gestion de la forêt communautaire d’Akak, à l’époque exploitée par SextransBois. Pour l’autorité traditionnelle, BoisCam, SextransBois et Camvert forment une même entité. “Qui dit SextransBois, dit BoisCam, dit Camvert car les mêmes responsables de BoisCam sont les mêmes responsables de SextransBois et de Camvert”, affirme sans hésiter Sa Majesté Evina Ango.</p>
<p>D’après le journal <a href="http://decouverte-regionale.info/index.php/economie/173-economie/467-aboubakar-al-fatih-le-prodige-du-mayo-banyo">Découvertes régionales</a> et <a href="https://www.africabusinessplus.com/en/804560/aboubakar-al-fatih-scieb-pousse-vers-plus-dindustrie-dans-le-bois/">Africa Business+</a>, le propriétaire de Camvert est aussi le Président Directeur Général de la Société de foresterie du Cameroun (BoisCam). En 2018, les activités de Ventes de Coupe de SextransBois et BoisCam ont été suspendues pour trois mois par le Minfof, pour non-respect de la procédure d’attribution. Du côté de Camvert, les responsables jurent n’avoir aucun lien avec l’exploitation forestière.</p>
<p><em><iframe style="width: 100%; height: 440px;" src="https://kuangkeng.github.io/people-heatmap/heatmap-fr.html" frameborder="0" scrolling="no"></iframe><br />
Au cours de ses recherches, InfoCongo a constaté que plusieurs responsables actuellement en service à Camvert, ont auparavant travaillé soit pour SCIEB, soit BoisCam ou alors SextransBois. Aucun responsable de Camvert n’a daigné répondre à la demande d’interview d’InfoCongo déposée au siège de Camvert à Yaoundé.</em></p>
<p>Comment un même groupe d’entreprise pourrait récupérer le bois d’une forêt et y entamer une palmeraie? Même si la loi ne l’interdit pas, Samuel Nguiffo estime que “c’est totalement immoral”. Le doute plane aussi sur la source de financement des activités Camvert, dont le coût global du projet est estimé à 237 milliards de Francs CFA (environ 413 millions de dollars).</p>
<p>“En réalité, ce qui se cache derrière cette opération c’est que le bois exploité va servir à financer l’opération, c’est pas acceptable. L’argent de ce bois devait aller dans les caisses de l’Etat”, poursuit le juriste.</p>
<p>Loin des débats juridiques de la capitale politique du Cameroun, la déforestation avance à grands pas à Campo. Les gardiens de la forêt et les grands mammifères de Campo subissent déjà de plein fouet les impacts de cette destruction de la forêt.</p>
<h3><strong>Sans forêt, comment allons-nous vivre? </strong></h3>
<p>A Onze kilomètres du campement des peuples autochtones Bagyéli du village Nazareth, des petits palmiers à huile se développent peu à peu sur la parcelle jadis recouverte de forêt dense. Elle est aujourd’hui exploitée par Camvert.</p>
<figure id="attachment_3379" aria-describedby="caption-attachment-3379" style="width: 990px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3379" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-scaled.jpeg" alt="" width="990" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-scaled.jpeg 990w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-116x300.jpeg 116w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-396x1024.jpeg 396w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-768x1985.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-594x1536.jpeg 594w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-792x2048.jpeg 792w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-600x1551.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-750x1939.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte3-1140x2947.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 990px) 100vw, 990px" /><figcaption id="caption-attachment-3379" class="wp-caption-text">InfoCongo a analysé sur trois principales périodes des images satellitaires de la zone attribuée à Camvert provenant de PLANET.<br />A: Forêt non perturbée: Sur l’image A, nous sommes en Décembre 2019, aucune perturbation n’est encore visible sur cette parcelle de forêt.<br />B: Forêt rasée: Dès Décembre 2020, on constate une importante perte de couvert forestier. A l’époque, cela faisait juste 3 mois que Camvert avait mis ses premiers plants de palmier à huile en terre, après que la forêt ait été détruite.<br />C: Emergence de la plantation de palmier à huile: Plus d’un an après le démarrage de la palmeraie de Camvert, on peut déjà voir l’émergence de parcelles de plantation de palmier à huile bien tracées.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Selon des riverains, c’est ici que se nourrissaient et se reproduisaient les animaux du parc national de Campo Ma’an. A cause de leur proximité avec le parc, ces populations étaient déjà victimes des ravages des éléphants. Aujourd’hui, “ça devient une double souffrance parce que les animaux se retrouvent partout et c’est très dangereux”, précise Sa Majesté Evina Ango.</p>
<p>Depuis le démarrage des activités de Camvert, la forêt a été détruite et les conflits hommes-animaux sont de plus en plus nombreux.“Lorsqu’on dévaste la forêt ainsi, toutes les bêtes sont en débandade. Elles ne se retrouvent plus et elles se dirigent vers les villages”, explique la cheffe.</p>
<p>“ Il y a quelques semaines, un curé résidant à Ebodjé a vu des gorilles manger des bananes dans sa palmeraie. Il était obligé de fuir et rentrer au village, de peur de se faire attaquer par l’animal”, raconte Denis Ngamaloma.</p>
<p>La communauté Bagyeli de Nazareth a perdu le sommeil. “Les arbres qu’ils abattent partout sont en train de faire fuir les animaux. Attendez je vous montre comment les éléphants ont détruit mon champ, nos avocatiers et nos bananiers”, dénonce Henry, désormais obligé de chasser les éléphants de sa concession presque toutes les nuits.</p>
<figure id="attachment_3380" aria-describedby="caption-attachment-3380" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3380" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-scaled.jpeg" alt="" width="2560" height="1810" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-scaled.jpeg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-300x212.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1024x724.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-768x543.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1536x1086.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-2048x1448.jpeg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-600x424.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-120x86.jpeg 120w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-750x530.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/carte4-1140x806.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3380" class="wp-caption-text">En Juillet 2021, InfoCongo s’est rendu dans les villages des peuples autochtones Bagyeli vivant autour de la parcelle attribuée à Camvert à Campo. Au village Nazareth, à 11 kilomètres de la parcelle déforestée, les dégâts causés par les éléphants sont encore visibles derrière la concession du leader Bagyeli nommé Cent ans. Après avoir comparé les coordonnées géographiques des sites détruits par les éléphants et les zones d’habitat des éléphants du parc national de Campo Ma’an, InfoCongo constate que ces grands mammifères du parc sont désorientés suite à la destruction de la forêt dans laquelle ils avaient l’habitude de circuler.<br />Carte produite par Kevin Nfor Ntani/ InfoCongo avec l’appui de Kuang Keng Kuek Ser, Rainforest Investigations Network/Pulitzer Center.</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>En effet, comme le montre le plan d’Aménagement du parc national de Campo Ma’an, dont InfoCongo a obtenu la copie, Camvert a débuté ses activités sur le corridor de circulation des grands mammifères. Au village Nazareth, l’équipe d’InfoCongo a vu des traces fraîches d’excréments et des pas d’éléphants à quelques pas du campement Bagyeli.</p>
<p>A Mvini, village limitrophe au parc national de Campo Ma’a, les communautés n’envisagent pas une vie sans forêt. “Dieu nous a créé avec la forêt, ça va partir où ?”, s’interroge une maman Bagyeli âgée d’environ 70 ans.</p>
<p>Assise dans la case familiale en cette matinée de Juillet 2021, elle tisse des nasses et rassemble des morceaux de bois, outils indispensables pour ses activités de pêche et la chasse en forêt. “On ne peut pas rester ici sans pièges! La forêt là, c’est pour les gibiers non”, explique t-elle à InfoCongo.</p>
<figure id="attachment_3381" aria-describedby="caption-attachment-3381" style="width: 1707px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3381" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-scaled.jpg" alt="" width="1707" height="2560" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-scaled.jpg 1707w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-200x300.jpg 200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-683x1024.jpg 683w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-768x1152.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1024x1536.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1365x2048.jpg 1365w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-600x900.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-750x1125.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Luc-Mbio-Bilende-1140x1710.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1707px) 100vw, 1707px" /><figcaption id="caption-attachment-3381" class="wp-caption-text">Luc Mbio Bilende</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Dans la même pièce, se trouve l’un des patriarches Bagyeli de Mvini, Luc Mbio Bilende. Né dans les années 40 Luc Mbio est le principal guérisseur du Campo, connu au délà des frontières de Campo pour sa maîtrise de l’utilisation des plantes médicinales. “Les écorces qu’on soigne les gens avec là viennent de la forêt”, soutient le vieillard.</p>
<p>Même son de cloche pour les Bagyeli de Nyeté. “Camvert nous donne du fil à retordre parce que si nous donnons l’accès à Camvert, nous allons mal vivre”, affirme Paul Njemba, jeune chef Bagyeli du village Nyamalandé à Nyeté. Selon des matriarches de la communauté, les Bagyeli sont établis ici depuis 1983, chassés de leur ancien campement en pleine forêt par des exploitants forestiers. Ils vivent dans un petit campement entouré de la vaste plantation d’Hévéa de l’entreprise Hévécam, filiale du groupe Halcyon Agri.</p>
<figure id="attachment_3382" aria-describedby="caption-attachment-3382" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3382" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/02/Antoinette-Avomo-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3382" class="wp-caption-text">Antoinette Avomo</figcaption></figure>
<p>Aujourd’hui, Camvert convoite les petites parcelles de forêt qui leur restent, mettant en péril leurs traditions ancestrales. “Lorsque l’enfant atteint un certain âge, nous le conduisons en forêt. Nous nous rendons au pied de l’arbre avec lui et nous lui disons voici l’arbre qui soigne telle maladie”.</p>
<p>A présent, les Bagyeli de Nyeté craignent pour leur survie. “Si nous ouvrons la porte à Camvert, nous ne mangerons plus le rat palmiste. Nous n’aurons même plus de feuilles pour attacher le bâton de manioc. Nous allons vivre comment ?”, dit Antoinette Avomo. “Nous nous n’acceptons pas Camvert sauf s’ils entrent par force”, soutient le chef des Bagyeli de Nyamalandè.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Madeleine NGEUNGA</strong></p>
<p><em>Cette enquête est le premier volet d&rsquo;une série Co-publiée par <a href="https://infocongo.org/en/">InfoCongo</a>, <a href="https://oxpeckers.org/">Oxpeckers</a> and <a href="https://www.themusebaproject.org/">The Museba Project</a>, avec le soutien du Pulitzer Center <a href="https://pulitzercenter.org/grants-fellowships/opportunities-journalists-and-campus-consortium-members/apply-join">Rainforest Investigations Network</a> (RIN). </em></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/">CAMVERT, l&rsquo;agro-industrie opaque qui rase les forêts camerounaises sans être inquiétée</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/agro-industrie-opaque-rase-forets-camerounaises-sans-inquietude/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Bois de rose : volé au Cameroun, blanchi au Nigeria, expédié en Chine</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jan 2022 14:35:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[bois de rose]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[Chine]]></category>
		<category><![CDATA[contrebande]]></category>
		<category><![CDATA[corruption]]></category>
		<category><![CDATA[crime organisé]]></category>
		<category><![CDATA[exploitation forestière]]></category>
		<category><![CDATA[Nigeria]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3320</guid>

					<description><![CDATA[<p>Abdou Yadji veut dire au revoir à la misère. Alors, le bûcheron quarantenaire noue son t-shirt noir trempé de sueur autour de la taille. Chaussures en plastique aux pieds, il donne des coups de hache à un tronc d&#8217;arbre couché au sol. Abdou est sous pression. Il doit faire des morceaux de bois de même [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/">Bois de rose : volé au Cameroun, blanchi au Nigeria, expédié en Chine</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Abdou Yadji veut dire au revoir à la misère. Alors, le bûcheron quarantenaire noue son t-shirt noir trempé de sueur autour de la taille. Chaussures en plastique aux pieds, il donne des coups de hache à un tronc d&rsquo;arbre couché au sol. Abdou est sous pression. Il doit faire des morceaux de bois de même taille avant de quitter la forêt de Bamanga, un village du nord Cameroun situé à la frontière avec le Nigeria.</p>
<p>Le bûcheron n&rsquo;est pas seul dans la forêt. Ce matin chaud de janvier 2020, son compagnon, un homme au visage épanoui, est assis sur une motte de terre ocre, les yeux fixés sur une montre en argent au poignet gauche.</p>
<p>Trois jours auparavant, il s&rsquo;est présenté à Abdou comme un commerçant musulman qui achète souvent des pagnes au Nigeria pour étoffer sa boutique dans la capitale du Nord. Puis, d&rsquo;un accent calme,  il a admiré le travail du bûcheron et lui a fait une proposition.  Il a dit être en contact avec un homme d&rsquo;affaires nigérian qui veut acheter de grandes quantités de bois Kosso et qui paie 5000 nairas($12) par morceau de deux mètres de long, raconte Abdou.</p>
<p>« Si je lui vend le bois, dit-il, je pourrais devenir riche en peu de temps ».</p>
<p>Le Cameroun et le Nigeria ne partagent pas seulement une frontière de 2000 km. une enquête de The Museba Project révèle que des individus originaires des deux pays entrent discrètement dans les forêts camerounaises, coupent sans autorisation des bûches de bois de rose qu&rsquo;ils transportent jusqu&rsquo;au Nigeria.</p>
<p>Alors que cette activité lucrative est à l&rsquo;origine de la destruction des forêts, la fuite des finances publiques et la perte des emplois, le média en ligne a découvert que certaines autorités nigérianes, liées au principal parti d&rsquo;opposition, blanchissent ce bois localement appelé Kosso ou Madrics en délivrant aux trafiquants des documents officiels qui attestent que l&rsquo;exploitation a plutôt été faite au Nigeria et qui facilitent l&rsquo;exportation des conteneurs de Kosso vers la Chine, la destination finale.</p>
<p>Bien plus, The Museba Project est entré en contact avec un célèbre trafiquant de bois de rose de contrebande qui dévoile le schéma de corruption partant de la forêt camerounaise au port de Lagos, avec des pots-de-vin versés à des agents forestiers camerounais, chefs traditionnels et agents de sécurité nigérians, les prix des bûches de bois de rose dans le marché noir, le profil des clients asiatiques et même comment le trafiquant et son équipe ont coupé avec succès le Kosso dans les forêts dangereuses de l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boko_Haram">Boko Haram</a>.</p>
<figure id="attachment_3338" aria-describedby="caption-attachment-3338" style="width: 1285px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3338" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg" alt="" width="1285" height="630" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg 1285w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-300x147.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1024x502.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-768x377.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-600x294.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-750x368.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1140x559.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1285px) 100vw, 1285px" /><figcaption id="caption-attachment-3338" class="wp-caption-text">Abdou Yadji cherche de l&rsquo;ombre près d&rsquo;un kosso.</figcaption></figure>
<p>Abdou vivait dans une case en terre cuite couverte de paille. Sans enfants ni femme. Quand il gagnait un peu d&rsquo;argent dans la coupe du bois de chauffe, le bûcheron édenté fumait des cigarettes à répétition. Il buvait la bière locale, fredonnait des chansons populaires et mangeait à peine. Puis, lorsque l&rsquo;argent était fini, il tuait le temps allongé sous le grand arbre du village.</p>
<p>Bamanga est peuplé d&rsquo;environ cinq mille âmes qui vivent de cultures vivrières, d&rsquo;élevage et de vente du Bil-Bil, une bière locale. De jour comme de nuit, des engins à deux roues traversent à vive allure ce petit village. Ils transportent des marchandises de contrebande en provenance de l&rsquo;Etat de l&rsquo;Adamawa au Nigeria: ciment, carburant, huile raffinée, farine, sucre. Les conducteurs se créent chaque fois de nouvelles pistes pour échapper au contrôle de l&rsquo;unique poste de douanes de la localité.</p>
<p>Le bûcheron a accueilli l&rsquo;offre du commerçant musulman comme une manne. Il tenait enfin une occasion de sortie de misère. Mais, alors qu&rsquo;il entaillait une pièce de Kosso sous le soleil brulant, Abdou a entendu un bruit léger au loin. Son compagnon a aussitôt saisi sa main gauche et lui a demandé de prendre la fuite. C&rsquo;était trop tard. Les deux individus ont été stoppés dans leur brève course par des agents des eaux et forêts en service dans la région du Nord.</p>
<p>« Vous êtes en état d&rsquo;arrestation », a déclaré l&rsquo;un des agents en uniforme vert en menottant les deux complices.</p>
<p>« Vous n&rsquo;êtes pas autorisé à exploiter ce bois », a déclaré l&rsquo;officier.</p>
<figure id="attachment_3349" aria-describedby="caption-attachment-3349" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3349" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3349" class="wp-caption-text">Un tronc de Kosso abandonné dans la forêt de Bamanga au nord Cameroun.</figcaption></figure>
<h2><strong>Pillage organisé</strong></h2>
<p>Une essence forestière a rarement été autant convoitée. Le bois de rose, scientifiquement connu sous le nom de Pterocarpus erinaceus, est un arbre rare qui se trouve dans les zones sahéliennes et les forêts claires. Il est prisé pour son fourrage et ses vertus thérapeutiques. Ses feuilles servent d&rsquo;aliment aux animaux domestiques. Dans certaines contrées en Afrique de l&rsquo;Ouest, les écorces du Kosso sont activement recherchées pour leurs vertus en médecine traditionnelle. Mais, si ce bois est devenu l&rsquo;une des essences les plus adulées dans le monde, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est abondamment utilisé dans la fabrication des meubles de luxe en Chine.</p>
<p>L&#8217;empire du milieu, près d&rsquo;un milliard et demi d&rsquo;habitants, mise sur une nouvelle classe moyenne qui investit dans la décoration intérieure.</p>
<p>En 2017, le <a href="https://marketing-chine.com/marche-meuble-chine">marché</a> des meubles de luxe dans le pays a représenté un chiffre d&rsquo;affaires d&rsquo;environ 35 milliards de Dollars américains, selon des experts. Pour réaliser ces performances en augmentation, la Chine, un grand exportateur de meubles, a besoin de matières premières comme le Kosso.</p>
<p>En 2016 seulement, plus de 1,4 million de grumes de Kosso, d&rsquo;une valeur de 300 millions de dollars américains, ont été recensés dans les ports chinois, dévoile une <a href="https://eia-global.org/reports/the-rosewood-racket">étude</a> de Environmental Investigation Agency (EIA), une Ong qui enquête sur la criminalité et les abus environnementaux.</p>
<p>Tout n&rsquo;est pas rose dans cette chasse au bois de rose. D&rsquo;après EIA, la forte demande chinoise a fait naitre une industrie parallèle de commerce de bois de rose illégal qui se nourrit du pillage organisé des forêts claires à travers le monde y compris celles de certains pays au sud du Sahara.</p>
<p>Après la Gambie, le Ghana, le Benin, le Burkina Faso, la Sierra Leone,  le Nigeria, pays de plus de 150 millions d&rsquo;habitants, a vu son espace forestier se réduire au fil du temps.</p>
<p>Entre 1990 et 2010, la première économie du continent africain a perdu environ 409,650 de ses 9 millions d&rsquo;hectares de forêts, soit 2.38% par an, selon l&rsquo;Organisation des Nations Unies pour l&rsquo;Alimentation et l&rsquo;Agriculture, <a href="https://rainforests.mongabay.com/deforestation/2000/Nigeria.htm">FAO</a> . La razzia n&rsquo;a pas épargné le Kosso un matériau utilisé dans le mobilier de luxe en Asie.</p>
<p>Le nouveau business d&rsquo;alors a pris son essor dans le pays en 2013. Profitant des lacunes dans les lois existantes, un cadre réglementaire laxiste et la corruption des officiels et des leaders communautaires, certains operateurs économiques nigérians et leurs partenaires chinois ont illégalement entrepris de financer la coupe, le stockage et l&rsquo;exportation du Kosso.</p>
<p>EIA <a href="https://content.eia-global.org/assets/2017/rosewood-racket/PDF/Rosewood+Racket+Report+(High+Res).pdf">révèle</a> qu&rsquo;entre janvier 2014 et juin 2017, plus de quarante conteneurs maritimes de 20 pieds remplis des grumes de bois de rose étaient exportées en moyenne chaque jour du Nigeria vers la Chine.</p>
<p>Comme le Cameroun, le Nigeria est un Etat partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d&rsquo;extinction, CITES.</p>
<p>Depuis 2017, le Pterocarpus erinaceus ou Kosso est listé dans l&rsquo;annexe II de cette convention qui demande aux pays exportateurs de s&rsquo;assurer que l&rsquo;origine du Kosso est légale et que sa survie est garantie.</p>
<p>En 2018, le comité du CITES, préoccupé par l&rsquo;exportation incontrôlée du Kosso du Nigeria, a <a href="https://cites.org/esp/CITES_SC69_worlds_wildlife_trade_regulator_focused_front-line_action_04122017">décidé</a> que « les Parties ne devraient accepter aucun permis ou certificat CITES pour Pterocarpus erinaceus délivré par le Nigéria à moins que le Secrétariat CITES n&rsquo;ait confirmé son authenticité ».</p>
<p>Les assauts répétés des trafiquants de Kosso avaient déjà causé la déforestation, le réchauffement climatique et des dégâts économiques dans les Etats comme Cross River, Adamawa, Taraba, Kaduna, Ondo. Quand les trafiquants nigérians ont constaté que les ressources forestières étaient épuisées alors qu&rsquo;ils devaient continuer à satisfaire la demande chinoise, ils ont commencé à traverser la frontière pour couper illégalement le Kosso au Cameroun voisin.</p>
<p><img class="wp-image-3325 alignnone" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png" alt="" width="744" height="903" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 744px) 100vw, 744px" /></p>
<p>Abdou n&rsquo;avait pas connaissance de cette information quand il a accepté la proposition du commerçant musulman.</p>
<p>« Je veux gagner de l&rsquo;argent pour changer de vie et épouser une femme, mais je vois que c&rsquo;est dangereux », a déclaré Abdou.</p>
<p>En quelques années, la forêt de Bamanga a perdu des dizaines de grumes de Kosso, d&rsquo;après les riverains. Le bois est coupé en morceaux puis transporté clandestinement sur des motos ou des camionnettes jusqu&rsquo;au Nigeria. Les trafiquants proposent des sommes d&rsquo;argent séduisantes à des bûcherons démunis comme Abdou pour faire la coupe sans leur expliquer les risques de l&rsquo;activité illicite.</p>
<p>Assis à l&rsquo;arrière de la pick-up de couleur blanche des agents forestiers, Abdou ne pensait ni à l&rsquo;argent qu&rsquo;il devait empocher après son effort ni à sa hache abandonnée sur les feuilles mortes. Le bûcheron était anxieux de connaitre le sort qui lui serait réservé entre les mains des autorités administratives locales.</p>
<p>Avec ses 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun est un géant forestier dans le bassin du Congo. Le bois de rose fait partie des essences rares qui se trouvent dans certaines forêts des régions septentrionales. Son exploitation est encore non-industrielle.</p>
<p>Coupé en infimes parties, le Kosso, un arbre d&rsquo;âge avancé, a toujours été utilisé comme bois de chauffe par des populations en zones rurales. Mais, les choses ont changé depuis quelques années. Les autorités interdisent désormais toute exploitation de ce bois. Et pour cause, des centaines  de grumes de Kosso tronçonnés ou coupés à la hache près des villages de la région du Nord, sortent illégalement du pays.</p>
<p>« Le trafic transfrontalier est généralement enraciné dans des réseaux criminels bien organisés qui relient certains dirigeants communautaires, des commerçants de bois (locaux, régionaux et nationaux) et des hommes d&rsquo;affaires étrangers en charge des exportations », dit Raphael Edou, responsable du programme Afrique, des campagnes forestières à EIA-Etats-Unis; ajoutant que ce trafic « contribue à l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;Etat de droit au Cameroun ».</p>
<p>Ousmanou Moussa, 80 ans, est accroupi au fond d&rsquo;une case en planches. Il tient entre les mains une barre de fer qu&rsquo;il passe délicatement sur une flamme bleue. Malgré son âge avancé, le forgeron arrive à fabriquer des ustensiles de cuisine et des bijoux prisés par les habitants du village Ouro Dalang, près de la frontière avec le Nigeria. Ousmanou a été chef de Ouro Dalang pendant treize ans avant de laisser son siège à un successeur pour se concentrer sur sa passion.</p>
<p>L&rsquo;homme garde le souvenir des moments où il avait le sommeil difficile parce que des inconnus rentraient dans la forêt sans son autorisation, coupaient des billes de Kosso et prenaient la fuite sans laisser de traces.</p>
<p>« Nous avions longtemps sacrifié notre sommeil pour rester éveillés et surveiller le village », dit Ousmanou, les pieds croisés sur une natte. « Ces gens venaient vers la fin de la saison pluvieuse pour couper le bois mais nous les avons faits obstacle dernièrement ».</p>
<p>Lorsque Ousmanou parle de « dernièrement », il fait allusion à septembre 2019. Ce jour-là, ses notables et lui ont attrapé un homme qui tronçonnait du Kosso dans la forêt à une heure avancée de la nuit. Le bois a été confisqué. Le trafiquant et son matériel ont été donnés aux forces du maintien de l&rsquo;ordre.</p>
<h2><strong>Les trafiquants utilisent des armes à feu</strong></h2>
<p>L&rsquo;octogénaire regrette que cet arbre qui procure de l&rsquo;ombre et dont les feuilles servent de pâturages aux animaux domestiques devienne rare dans le village. Et il n&rsquo;est pas le seul à chercher à comprendre ce qui se passe.</p>
<p>« Certains villageois pensaient que ces bandits usaient de la magie pour opérer mais moi, je n’ai jamais rien vu de mystique en eux », dit Ousmanou, ajoutant que « Quelqu’un ne peut pas venir te voler et user de la magie ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière a été approchée par The Museba Project dans le cadre de cette enquête mais elle a refusé de se prononcer. Toutefois, un responsable impliqué dans la lutte contre la contrebande du Kosso a accepté de parler sous anonymat parce que n&rsquo;ayant pas été autorisé à parler à la presse.</p>
<p>Selon lui, il n&rsquo;existe pas de chiffres officiels sur le pillage du Kosso. Ce pendant, dit-il,  l&rsquo;administration connait le mode opératoire des trafiquants.</p>
<p>« Les trafiquants arrivent avec des armes à feu, des machettes, des tronçonneuses et des haches », indique l&rsquo;agent de l&rsquo;Etat. « Comme les tronçonneuses font du bruit et attirent l&rsquo;attention, ils coupent désormais avec des haches, ça les prend trois à quatre jours pour abattre un arbre mais ils préfèrent ainsi pour passer inaperçu ».</p>
<p>A Lougga Horré, un autre village de la région du nord, les habitants sortent en masse dès qu&rsquo;ils entendent les bruits des tronçonneuses dans la forêt, dit Mamoudou. Ce paysan sexagénaire à la barbe cadenas est à la tête d&rsquo;un comité de vigilance monté uniquement pour traquer les coupeurs de Kosso.</p>
<p>Trois fois par semaine, Mamoudou ne se rend pas dans sa plantation de mil. Il sensibilise les villageois sur l&rsquo;importance de protéger l&rsquo;environnement.</p>
<figure id="attachment_3339" aria-describedby="caption-attachment-3339" style="width: 814px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3339" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg" alt="" width="814" height="421" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg 1228w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-300x155.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1024x530.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-768x397.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-600x310.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-750x388.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1140x589.jpg 1140w" sizes="(max-width: 814px) 100vw, 814px" /><figcaption id="caption-attachment-3339" class="wp-caption-text">Mamoudou demande à la population de garder un oeil sur les trafiquants.</figcaption></figure>
<p>« Si nous laissons ces gens abattre ce bois, nous risquons d&rsquo;être rattrapés par le désert, car il y’aura moins de pluie et les terres ne conserverons plus de l’eau », déclare Mamoudou.</p>
<p>L&rsquo;exploitation forestière illégale ne constitue pas encore une grave menace au nord Cameroun, selon des experts. En 2010, la région avait une couverture forestière estimée à 866000 hectares étalés sur 13% de sa superficie, selon Global Forest Watch. Dix ans plus tard, elle a perdu 769 hectares, d&rsquo;après cette plateforme spécialisée dans le suivi des forêts. La réduction de la couverture forestière n&rsquo;est pas toujours causée par la déforestation, indique Global Forest Watch, elle peut également provenir des incendies ou de l&rsquo;exploitation commerciale.</p>
<p>Les trafiquants n&rsquo;approchent pas seulement les bûcherons locaux pour obtenir le bois. Dans certains cas, ils offrent de l&rsquo;argent et des présents à des chefs traditionnels qui en contrepartie leur donnent accès aux forêts sous leur contrôle.</p>
<p>Après plusieurs semaines de négociations, le reporter de The Museba Project a pu rencontrer à son domicile un chef traditionnel accusé de corruption. Il a accepté de dire sa vérité à condition qu&rsquo;il ne soit pas identifié. Il dit avoir été approché, il y a huit mois, par un trafiquant nigérian, porteur d&rsquo;une proposition alléchante.</p>
<p>« Ce monsieur m&rsquo;a donné une somme de 200.000 F CFA($345) pour faire couper quatre(04) arbres de Kosso dans la forêt », raconte le chef.</p>
<p>Plus tard,  l&rsquo;accord conclu secrètement est devenu public.</p>
<p>« J&rsquo;ai donné un peu de cet argent à certains notables, mais l&rsquo;un d&rsquo;eux a été ridicule et a donc commencé à dire aux gens que j&rsquo;avais pris beaucoup d&rsquo;argent », a déclaré le chef, ajoutant qu&rsquo;il était tellement inquiet d&rsquo;avoir accepté l&rsquo;argent.</p>
<p>« Mon image a été ternie et les gens n&rsquo;ont plus confiance en moi », a-t-il dit à voix basse.</p>
<p>Les dénonciations des populations ont commencé à porter des fruits. Grâce à elles, l&rsquo;administration a saisi plusieurs stocks de bois de Kosso et du matériel de coupe lors de contrôles sur le terrain et des trafiquants d&rsquo;origine étrangère ont été traduits en justice.</p>
<p>« Des bûcherons nigérians ont été arrêtés, ils ont payé des amendes pour mettre fin à l&rsquo;action en justice et ils ont finalement été relâchés », raconte un agent de l&rsquo;Etat; « mais ils peuvent être poursuivis pour immigration clandestine ».</p>
<p>Les bois saisis au cours des interpellations comme celle de Abdou et son compagnon sont parqués aux entours des bureaux de la délégation des forêts du Nord. Ils devaient être vendus aux enchères plus tard comme le prévoit la réglementation mais les autorités appliquent une mesure d&rsquo;exception.</p>
<p>« Nous brûlons le bois de Kosso que nous saisissons pour éviter qu&rsquo;en le vendant aux enchères il ne retombe entre les mains de trafiquants », explique un agent local des forêts et des eaux.</p>
<p>Abdou et son complice ont passé huit semaines dans les cellules de la police judiciaire du Nord. Pendant leur audition, le compagnon a révélé aux enquêteurs que son contact nigérian s&rsquo;appelle Abdul Karim, un homme d&rsquo;affaires musulman qui a bâti sa richesse dans le trafic du bois de rose. Les deux individus risquaient jusqu&rsquo;à trois ans de prison pour <a href="http://www.droit-afrique.com/upload/doc/cameroun/Cameroun-Loi-1994-01-regime-forets-faune-peche.pdf">exploitation forestière non autorisée</a> mais l&rsquo;administration a accepté un règlement négocié.</p>
<p>«Une femme proche de l&rsquo;homme d&rsquo;affaires s&rsquo;est présentée à la police avec une somme de 900000 nairas (2 200 $) pour négocier avec les autorités et après, nous avons été libérés », révèle Abdou Yadji.</p>
<p>Après avoir été libéré, Abdou est retourné à Bamanga, le village où il vit depuis qu&rsquo;il a terminé ses études secondaires dans la région voisine de l&rsquo;Adamaoua.</p>
<p>Immédiatement après son arrivée au village, il a rejoint le comité de vigilance. Il dit avoir été choqué d&rsquo;être impliqué dans une activité criminelle et a commencé à réfléchir à la manière de chasser les trafiquants.</p>
<p>« Ce que ces individus font à notre village n&rsquo;est pas bon », dit le bûcheron.</p>
<p>Comme les activités de contrebande de Kosso se poursuivaient entre les deux pays, The Museba Project a voulu savoir comment les trafiquants opèrent de la forêt camerounaise jusqu&rsquo;à l&rsquo;exportation.</p>
<p>Les personnes abordées le long de la frontière ont presque toutes un nom sur les lèvres : Abdul Karim. Nous nous sommes associés à Abdou pour partir à la recherche du célèbre trafiquant qui semble en savoir beaucoup.</p>
<p>Mi-juillet 2021. Les pluies sont rares. Trois petits enfants nus marchent sur le sable poussiéreux du lit de l&rsquo;eau qui sert de frontière entre Bamanga et Jamtari, le village nigérian le plus proche. Des agents d&rsquo;immigration nigérians debout de l&rsquo;autre côté du fleuve s&rsquo;approchent de notre moto. Le conducteur est habitué à de telles scènes. Il murmure quelques mots en haoussa au policier et lui remet un billet de 50 nairas. La barrière est levée.</p>
<p>La moto va zigzaguer entre les maisons tantôt en briques de terre cuite tantôt en blocs de ciment. Des troncs d&rsquo;arbre de diverses essences sont abandonnés ici et là. Au bout d&rsquo;une dizaine de kilomètres, Konkul, une localité mi-rurale mi-urbaine se dessine avec ses belles bâtisses et son climat sec. Ses routes non goudronnées mènent vers la place du marché qui grouille de commerçants ce matin.</p>
<p>Quand Abdou descend de la moto, il se dirige vers un groupe d&rsquo;individus aux visages souriants. Après un moment d&rsquo;échange, l&rsquo;un d&rsquo;eux muni d&rsquo;un téléphone portable, se retire de la foule. Il revient plus tard et passe l&rsquo;appareil au bûcheron. Abdul Karim est au bout du fil. Une aubaine. Les deux hommes ne se connaissent pas. Abdou se présente à l&rsquo;homme d&rsquo;affaires comme étant un bûcheron qui dispose environ quatre vingt bûches de Kosso à vendre près de Kolléré, un autre village camerounais situé à proximité de la frontière.</p>
<figure id="attachment_3327" aria-describedby="caption-attachment-3327" style="width: 1200px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3327" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png" alt="" width="1200" height="1456" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption id="caption-attachment-3327" class="wp-caption-text">Le tracé favori des contrebandiers.</figcaption></figure>
<p>Sans laisser le bûcheron terminer sa phrase, Abdul Karim, réagit:  » Je vais tout acheter, ne te gêne pas pour le transport, je m&rsquo;en occupe ».</p>
<p>A Konkul, Abdul Karim est propriétaire d&rsquo;une villa protégée par une barrière haute. Seul le toit en forme conique est visible de l&rsquo;extérieur. L&rsquo;homme est bien connu dans la localité comme étant le plus puissant commerçant de bois. Après la brève conversation avec Abdou, Abdoul Karim a donné son numéro de téléphone personnel au bûcheron via son homme de main, un certain Inusa Zamfara Belel. Il a promis de venir au Cameroun la semaine d&rsquo;après pour la transaction. Plus tard, Abdou a appelé plusieurs fois mais l&rsquo;homme d&rsquo;affaires était toujours injoignable. Le suspens a duré à peine quatre mois.</p>
<p>Fin octobre, sous une fine pluie, le reporter, sur les traces du trafiquant, se rend à Mubi, la seconde plus importante ville de l&rsquo;Etat d&rsquo;Adamawa au Nigeria. Accompagné d&rsquo;un journaliste nigérian, il croise Inusa Zamfara Belel. Vêtu d&rsquo;un polo rouge vif, l&rsquo;homme de main a dit que depuis environ sept ans, il travaille dans le trafic de bois. Il a affirmé que si Abdul Karim est célèbre, c&rsquo;est au moins pour trois raisons: Il est riche, il est le président des  marchands de bois de la localité de Maiha au Nigeria, il verse des pots-de-vin aux autorités de Maiha pour blanchir le bois en provenance du Cameroun.</p>
<h2><strong>« C&rsquo;est notre affaire » de corrompre les gardes forestiers camerounais<br />
</strong></h2>
<p>« Quand il ramène le bois du Cameroun, il paie le gouvernement local de Maiha qui lui fait les documents pour montrer que le bois est légal », a dit Inusa Zamfara qui vend la viande de bœuf et des ignames à ses heures libres.</p>
<p>Le jeune homme a déclaré qu&rsquo;ils utilisent des tronçonneuses pour couper le bois au nord Cameroun où ils paient environ 9000 nairas ($21) pour une bûche de sept pieds. Mais, la même bûche coûte 15000 nairas ($36) au Nigeria en raison dit-il, du paiement des pots-de-vin et des taxes.</p>
<p>« Si le bois est disponible, nous achèterons, c&rsquo;est notre affaire », dit Inusa</p>
<p>Et lorsque le Kosso est coupé au Cameroun, il est transporté par des tricycles, camionnettes ou motos jusqu&rsquo;à la frontière, a-t-il ajouté. Puis, les grumes sont embarquées dans des camions de dix roues qui prennent la direction soit de Mubi Sud soit celle de Maiha.</p>
<p>Inusa a déclaré qu&rsquo;ensuite, les convois passent par Pella et Hong avant de prendre la direction de Lagos, d&rsquo;où des opérateurs économiques nigérians et chinois rachètent la cargaison destinée à l&rsquo;exportation.</p>
<figure id="attachment_3328" aria-describedby="caption-attachment-3328" style="width: 799px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3328" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande.gif" alt="" width="799" height="675" /><figcaption id="caption-attachment-3328" class="wp-caption-text">Le parcours du bois frauduleux du nord Cameroun au sud du Nigeria.</figcaption></figure>
<p>Inusa semblait à l&rsquo;aise. Son patron, Abdul Karim, était toujours injoignable. Selon l&rsquo;homme de main, le trafiquant est aidé par le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>Depuis les dernières élections régionales, ce gouvernement local a Idi Amin à sa tête. Il est membre du Peoples Democratic Party (PDP), un parti d&rsquo;opposition très fort qui a élu à la présidence du pays, des gens comme Umaru Yar&rsquo;Adua ou Goodluck Jonathan. Idi Amin est censé lutter entre autres contre la contrebande.</p>
<p>Joint au téléphone par ce reporter le 10 décembre, il dit connaître Abdul Karim et ses activités. L&rsquo;avait-il aidé (Abdul Karim) à obtenir des documents pour la coupe du Kosso au Cameroun ?</p>
<p>« Sans problème », a répondu Idi Amin qui s&rsquo;est empressé d&rsquo;ajouter : « Je veux d&rsquo;abord appeler Abdul Karim, lui et moi parlons, puis je vous appellerai ».</p>
<p>Depuis cet échange bref, le chairman du gouvernement local de Maiha n&rsquo;a pas rappelé et n&rsquo;a plus décroché nos appels téléphoniques. Mais, ce même jour, une surprise nous attendait. Abdul Karim qui ne décrochait pas son téléphone depuis la conversation avec le bûcheron Abdou a appelé le reporter. Le trafiquant a dit être toujours intéressé par le Kosso, même s&rsquo;il préfère un autre type de bois, Appawoood, qui crée moins d&rsquo;ennuis d&rsquo;après lui.</p>
<p>Il exerce l&rsquo;activité depuis cinq ans mais il se concentre sur la culture du maïs depuis un moment parce que, dit-il, le business du bois tourne au ralenti. Il a affirmé qu&rsquo;il coupe l&rsquo;essentiel de son Kosso au Cameroun où il verse des pots-de-vin à des agents des eaux et forêts.</p>
<p>« Au Cameroun, nous négocions avec les gardes forestiers pour couper les bois et ils nous autorisent ensuite l&rsquo;entrée dans la forêt pour une durée déterminée et un montant convenu à leur payer », a déclaré Abdul Karim sans dévoiler les montants des transactions.</p>
<p>« Ils [les gardes forestiers]vous avertissent que ce qu&rsquo;ils vous donnent c&rsquo;est pour vous permettre de vous débrouiller par vous-même, car ce n&rsquo;est pas autorisé », a dit Abdul Karim, ajoutant que « Ils vous disent que si vous êtes pris, vous êtes seul, ne les mentionnez même pas ».</p>
<p>Chaque année, l’État du <a href="https://www.afrik21.africa/cameroun-guerre-ouverte-contre-lexploitation-illegale-des-forets-et-de-la-faune/">Cameroun perd environ 33 milliards</a> de CFA($57 million) à cause de la corruption dans le secteur forestier. Les fonctionnaires soupçonnés d&rsquo;être impliqués dans le trafic de Kosso sont traduits en justice pour dissuader les personnels qui s&rsquo;aventureraient dans la même voie.</p>
<p>En août dernier, quatre gardes forestiers et un douanier ont été traduits devant la cour d&rsquo;appel régionale du Nord dans une affaire les opposant à l&rsquo;État. Ils ont été condamnés à trois ans de prison pour corruption et complicité d&rsquo;exploitation forestière illégale du Kosso avec des trafiquants nigérians.</p>
<p>Haodam David, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, trouve la vie très difficile depuis sa sortie de prison et continue de clamer son innocence.</p>
<p>«Si nous réussissons à manger aujourd&rsquo;hui, nous disons merci à Dieu ; s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de nourriture, nous prenons les choses telles qu&rsquo;elles sont », a déclaré Haodam David dans une interview.</p>
<p>« Jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui, je ne sais pas pourquoi on nous a condamné », a dit Haodam.</p>

<a href='https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/2-haodam-david.aac'>2 haodam david</a>

<p>Les faits remontent à juin 2016. Après avoir corrompu le chef traditionnel, quatre trafiquants nigérians qui sciaient le Kosso ont été interpellés par des agents des eaux et forêts à Balkossa, un village de la région du nord. Haodam était le chef section forêts dans la localité. Il raconte  que par la suite, les nigérians ont voulu négocier leur libération en versant la somme de 687000 Nairas ($1672) à l&rsquo;administration forestière locale. Mais, la hiérarchie de Haodam qui s&rsquo;attendait à empocher au moins quatre millions de CFA($6899) dans cette opération a fait arrêter les nigérians ainsi que les fonctionnaires suspects y compris Haodam.</p>
<p>Avant cette affaire, le Cameroun et le Nigeria trainaient déjà une mauvaise réputation. Les deux pays ont été plusieurs fois classés au premier rang des <a href="https://images.transparencycdn.org/images/CPI-2021-Press-Regional-Release-SSA-Embargo.pdf">nations les plus corrompues</a> au monde par l&rsquo;ONG Transparency international. Malgré tout, ce fléau est plus que présent dans les transactions quotidiennes.</p>
<h2><strong>Le Chairman et l&rsquo;argent sale</strong></h2>
<p>Abdul Karim n&rsquo;est pas seulement généreux envers les agents forestiers camerounais. Une fois la coupe terminée, les bûches de Kosso franchissent la frontière nigériane. Les autorités locales demandent des dessous-de-table pouvant atteindre jusqu&rsquo;à 70000 nairas($140) par camion de Kosso, dit-il, pour délivrer les documents attestant que le bois est d&rsquo;origine nigériane.</p>
<p>Comme l&rsquo;a indiqué Inusa, Abdul Karim a dit qu&rsquo;il travaille avec le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>« Au Nigeria, c&rsquo;est la liberté », a dit le trafiquant, tout excité . « Ce sont des fonctionnaires du gouvernement local [de Maiha] qui nous donnent les papiers certifiant notre paiement des taxes avant de nous rendre à Lagos, parce que sans vos papiers, vous pouvez parfois vous faire prendre et on vous  demande de produire l&rsquo;approbation que vous avez obtenue pour ce que vous faites. C&rsquo;est donc très dangereux d&rsquo;opérer sans la documentation appropriée ».</p>
<p>Idi Amin et Abdul Karim sont liés à tel point qu&rsquo;ils s&rsquo;échangent même de téléphone. Le trafiquant a appelé le reporter avec le téléphone du chairman du gouvernement de Maiha. Ce n&rsquo;est pas tout. Abdul Karim est un intermédiaire. Il travaille pour un patron dont il n&rsquo;a souhaité donner ni l&rsquo;identité ni le nom de l&rsquo;entreprise. Mais, son homme de main et d&rsquo;autres personnes contactées soupçonnent le chairman d&rsquo;être ce patron dans l&rsquo;ombre.</p>
<p>« Je demande à mon boss le nom de l&rsquo;entreprise et vous le communique », a dit Abdul Karim qui n&rsquo;a plus décroché nos appels.</p>
<figure id="attachment_3329" aria-describedby="caption-attachment-3329" style="width: 827px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3329" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png" alt="" width="827" height="673" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-300x244.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1024x833.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-768x625.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-600x488.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-750x610.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1140x927.png 1140w" sizes="(max-width: 827px) 100vw, 827px" /><figcaption id="caption-attachment-3329" class="wp-caption-text">Le bois de ros parti du Cameroun passe par le port de Lagos au Nigeria pour la Chine.</figcaption></figure>
<p>Les cargaisons de Kosso illégal qui quittent le port de Lagos entrent en Chine, selon plusieurs trafiquants. La Chine dispose pourtant des instruments juridiques lui permettant de sévir contre le bois d&rsquo;origine douteuse.</p>
<p>Dans son <a href="https://www.atibt.org/wp-content/uploads/2020/01/China-Forest-Law-Amendment-2020-20191228.pdf">article 63</a> (11), la récente loi forestière autorise le gouvernement à soutenir le développement de l&rsquo;assurance forestière. Par ailleurs, la Chine s&rsquo;est engagée aux côtés des États-Unis à <a href="https://www.state.gov/u-s-china-joint-glasgow-declaration-on-enhancing-climate-action-in-the-2020s/">éliminer</a> (12)la déforestation illégale dans le monde en appliquant les lois sur l&rsquo;interdiction des importations illégales. Mais, elle peine à respecter ces engagements malgré l&rsquo;implication de ses concitoyens dans les activités illégales.</p>
<p>Le trafiquant nigérian a dévoilé que, pour satisfaire la demande chinoise, ses équipes ont exploité le Kosso à Taraba, Adamawa, Kaduna et même dans l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste Boko Haram.</p>
<p>« Certains de nos gens travaillaient dans l&rsquo;État de Borno, mais on leur a demandé de partir », dit Abdul Karim.</p>
<p>Au Cameroun, les autorités ont accru ces dernières années la surveillance des forêts du nord en donnant des moyens financiers et matériels à des comités de vigilance. En plus, des forêts communautaires ont été créées dans des localités affectées par la contrebande pour pousser les populations à les regarder comme un bien commun à protéger.</p>
<p>« Il est important d&rsquo;aborder le problème comme une question d&rsquo;offre et de demande, plutôt que simplement comme un problème dont les camerounais et nigérians sont les responsables », a expliqué Raphael Edou.</p>
<p>« Les autorités doivent réprimer les réseaux de passeurs et les trafics associés, en utilisant par exemple la télédétection qui pourrait aider à recueillir des renseignements, tout en réduisant le risque pour les agents ».</p>
<p>En attendant, les bûcherons démunis comme Abdou restent vulnérables. Les trafiquants fortunés comme Abdul Karim, quant à eux, restent aux aguets.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette enquête a été produite avec le soutien de Rainforest Investigations Network du <strong>Centre Pulitzer</strong>.  <strong>Photographie</strong>: Christian Locka . <strong>Cartes et animation</strong>: Kuang Keng Kuek Ser (Centre Pulitzer))</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/">Bois de rose : volé au Cameroun, blanchi au Nigeria, expédié en Chine</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/exploitation-forestiere-crime-corruption-bois-de-rose-vole-cameroun-blanchi-nigeria-expedie-chine/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>4</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Le moyen le plus rapide d&#8217;envoyer de l&#8217;argent criminel: les émetteurs d&#8217;argent</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/organized-crime/moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/organized-crime/moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 15:21:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Bemba]]></category>
		<category><![CDATA[Blanchiment d'argent]]></category>
		<category><![CDATA[western Union]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3101</guid>

					<description><![CDATA[<p>Non, cet ancien vice-président ne peut pas récupérer ses sept avions. En mai, la Cour pénale internationale a statué que Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, ne serait pas indemnisé pour avoir passé plus d&#8217;une décennie en détention pour crimes de guerre et autres chefs d&#8217;accusation pour la plupart annulés [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/organized-crime/moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent/">Le moyen le plus rapide d&rsquo;envoyer de l&rsquo;argent criminel: les émetteurs d&rsquo;argent</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Non, cet ancien vice-président ne peut pas récupérer ses sept avions.</p>
<p>En mai, la Cour pénale internationale a statué que Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, ne serait pas indemnisé pour avoir passé plus d&rsquo;une décennie en détention pour crimes de guerre et autres chefs d&rsquo;accusation pour la plupart annulés en appel. Il ne retrouvera pas ses avions, ses villas et son croiseur fluvial, et il ne recevra pas non plus les 77 millions de dollars qu&rsquo;il a réclamés en compensation.</p>
<p>Après 12 ans et plus de 100 témoins, l&rsquo;histoire enregistre désormais un seul jugement de culpabilité: que Bemba a soudoyé des témoins en utilisant Western Union et MoneyGram International, les plus grands émetteurs de fonds au monde.</p>
<p>Bemba et ses alliés, a conclu le tribunal, ont offert aux soldats et aux civils 100 dollars ou plus &#8211; et dans certains cas à la réinstallation en Europe &#8211; pour mentir dans le procès de Bemba.</p>
<figure id="attachment_3083" aria-describedby="caption-attachment-3083" style="width: 1600px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3083" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba.jpeg" alt="" width="1600" height="1100" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba.jpeg 1600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-300x206.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1024x704.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-768x528.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1536x1056.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-600x413.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-750x516.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1140x784.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /><figcaption id="caption-attachment-3083" class="wp-caption-text">Jean Pierre Bemba. Crédit: ICIJ/ BuzzFeed News; Getty Images; Alamy</figcaption></figure>
<p>En 2002 et 2003, Bemba a commandé 1 500 soldats congolais qui sont intervenus dans un conflit en République centrafricaine voisine. Ses forces ont tué de nombreuses femmes et violé des femmes et des filles dès l&rsquo;âge de 10 ans, ont affirmé plus tard des victimes et d&rsquo;autres témoins. La CPI a déclaré Bemba coupable de crimes de guerre, de crimes contre l&rsquo;humanité et de falsification de témoins en 2016. Les deux premières accusations ont été annulées en appel en 2018.</p>
<p>La condamnation pour corruption a tenu bon. Une fuite des dossiers bancaires du gouvernement américain révèle de nouveaux détails sur les prétendus gains &#8211; et le rôle que Western Union y a joué.</p>
<p>Bemba et quatre collaborateurs, également reconnus coupables de corruption de témoins, ont envoyé plus de 429000 dollars par Western Union de 2005 à 2015, selon un rapport d&rsquo;activité suspect soumis par Western Union au Financial Crimes Enforcement Network, une division du département du Trésor américain. On ne sait pas combien de cet argent a été utilisé pour des pots-de-vin.</p>
<p>Le rapport d&rsquo;activités suspectes cite des centaines de destinataires dans 23 pays et nomme trois personnes qui n&rsquo;avaient pas encore été identifiées. L&rsquo;un des principaux alliés de Bemba, Narcisse Arido, a reçu près de 30000 dollars via Western Union, selon le rapport.</p>
<p>Le rapport Western Union est également remarquable pour son timing. Les institutions financières sont tenues d&rsquo;examiner régulièrement les transactions et les comptes pour déceler des signes de blanchiment d&rsquo;argent et d&rsquo;autres types de délits financiers. Western Union n&rsquo;a pas déposé le rapport d&rsquo;activité suspect, ou SAR, décrivant les paiements jusqu&rsquo;en 2015 ou plus tard &#8211; au moins sept ans après l&rsquo;arrestation de Bemba.</p>
<p>Le document non daté de Western Union est l&rsquo;un des plus de 2 600 documents obtenus par BuzzFeed News et partagés avec le Consortium international des journalistes d&rsquo;investigation dans le cadre de l&rsquo;enquête FinCEN Files. L&rsquo;équipe de reporting a constaté que les banques, les entreprises de services monétaires comme Western Union et d&rsquo;autres institutions financières ont transféré d&rsquo;énormes sommes d&rsquo;argent pour des personnes accusées de corruption et d&rsquo;autres crimes, souvent longtemps après que les allégations ont été rendues publiques pour la première fois.</p>
<p>Les flux d&rsquo;argent de Bemba font partie des transferts suspects d&rsquo;une valeur d&rsquo;au moins 150 millions de dollars qui sont passés par Western Union et MoneyGram entre 2005 et 2017, selon une analyse ICIJ des transactions des fichiers FinCEN. Les deux sociétés ont déposé &#8211; ou ont été citées par d&rsquo;autres institutions financières dans 236 rapports d&rsquo;activités suspectes, selon l&rsquo;analyse de l&rsquo;ICIJ. Les rapports d&rsquo;activités suspectes reflètent les opinions des professionnels de la banque et ne constituent pas en eux-mêmes des preuves de criminalité.</p>
<p>Les paiements effectués par les entreprises de services monétaires, bien que souvent de petite taille, sont au cœur de la criminalité moderne. Le FBI considère ces paiements comme la troisième méthode la plus courante pour blanchir de l&rsquo;argent, après les transactions bancaires et les paiements en espèces. Les cas récents dans lesquels les expéditeurs de fonds auraient joué un rôle central comprennent plusieurs cas impliquant des réseaux de trafic d&rsquo;opioïdes et le déchaînement criminel d&rsquo;un gangster eurasien violent.</p>
<p>«Certaines sociétés de transfert d&rsquo;argent ont démontré à plusieurs reprises qu&rsquo;elles étaient prêtes à apporter un soutien essentiel aux criminels et aux terroristes», a déclaré David Pressman, un avocat poursuivant Western Union, MoneyGram et deux banques russes au nom des familles des victimes tuées par les séparatistes ukrainiens qui ont abattu Malaysian Airlines. vol MH17 en 2014. «Le modèle commercial est basé sur le transfert rapide de liquidités, à l&rsquo;échelle mondiale, même lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de transférer des liquidités à ceux qui ont l&rsquo;intention de commettre des actes meurtriers.»</p>
<h3><strong>Grands gars et petits gars</strong></h3>
<p>Le montant d&rsquo;argent que Western Union, MoneyGram et d&rsquo;autres expéditeurs d&rsquo;argent envoient dans le monde en un an dépasse le produit intérieur brut de la Suisse ou de l&rsquo;Arabie saoudite. Plus de 689 milliards de dollars ont été envoyés en 2018, dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles.</p>
<p>Alors que les envois de fonds &#8211; en particulier les transferts aux proches &#8211; sont une source de revenus cruciale pour de nombreuses personnes, en particulier dans les pays les plus pauvres, les agences criminelles affirment que les trafiquants de drogue et d&rsquo;êtres humains, les fraudeurs et les trafiquants d&rsquo;armes abusent du système.</p>
<p>Le Groupe d&rsquo;action financière, un réseau international d&rsquo;agences gouvernementales de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent, a constaté que de nombreux criminels évitent les banques car ils considèrent les sociétés de services monétaires «comme offrant moins de risque de détection».</p>
<p>Les entreprises de services monétaires sont difficiles à surveiller; il y en a 23 968 aux États-Unis seulement. Ils sont basés dans les bureaux de poste, les banques, les magasins d&rsquo;alcool, les Walmarts et les stations-service. Ils vont de mastodontes comme Western Union à une tenue pour trois personnes à Pago Pago, aux Samoa américaines.</p>
<p>Les entreprises de services monétaires américaines, comme les banques, doivent signaler les activités suspectes au FinCEN, l&rsquo;agence américaine qui supervise la lutte contre la criminalité financière. Pourtant, les fonctionnaires reconnaissent qu&rsquo;ils attrapent peu d&rsquo;argent illicite qui passe par les expéditeurs de fonds.</p>
<p>L&rsquo;exploitation criminelle des entreprises de services monétaires est l&rsquo;une des «vulnérabilités les plus importantes» aux États-Unis, selon le rapport 2020 du Département du Trésor sur la stratégie nationale de lutte contre le financement illicite. Il n&rsquo;y a tout simplement pas assez d&rsquo;auditeurs pour surveiller l&rsquo;industrie, indique le document de stratégie.</p>
<p>Dans le vaste secteur des services monétaires, le FBI appelle MoneyGram et Western Union les «Big Guys».</p>
<p>Les grands ont une grosse feuille de rap.</p>
<p>En 2012, le ministère américain de la Justice a accepté de ne pas poursuivre MoneyGram, la deuxième plus grande entreprise de services monétaires du monde, basée à Dallas, après que ses agents aient conspiré avec des fraudeurs pour inciter les victimes à envoyer de l&rsquo;argent avec de fausses promesses de gains de loterie et de bonnes affaires.</p>
<p>«Les agents MoneyGram ont sciemment saisi de fausses adresses, des numéros de téléphone et des pièces d&rsquo;identité» et ont pris des frais pour le traitement des fraudes, a admis la société dans un exposé des faits déposé devant la Cour fédérale.</p>
<p>Pour échapper aux poursuites, MoneyGram a accepté de créer un système permettant de détecter et d&rsquo;arrêter les fraudes potentielles, de lier les primes des dirigeants au respect de la loi et d&rsquo;exiger de chaque bureau MoneyGram dans le monde entier de suivre les règles américaines de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent, entre autres conditions. MoneyGram a rompu l&rsquo;accord lorsque son nouveau système anti-fraude n&rsquo;a pas réussi à empêcher un nombre substantiel de transactions criminelles, selon le ministère de la Justice. MoneyGram a payé une amende de 125 millions de dollars.</p>
<p>Citant «l&rsquo;environnement de fraude» de MoneyGram, le ministère de la Justice a pris en 2014 la décision inhabituelle de poursuivre un cadre supérieur. Il a accusé le chef de la conformité de la société, Thomas Haider, d&rsquo;avoir autorisé des criminels à utiliser MoneyGram «pour frauder des consommateurs innocents, puis blanchir le produit». Haider a réglé et payé 250 000 $.</p>
<p>Western Union, dont le siège est dans le Colorado, opère dans plus d&rsquo;un demi-million de sites dans le monde, contre plus de 350 000 points de vente MoneyGram.</p>
<p>En 2010, la société a accepté de mettre à niveau ses systèmes de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent et a payé 94 millions de dollars pour régler les accusations selon lesquelles des trafiquants de drogue, d&rsquo;êtres humains et d&rsquo;armes avaient abusé de l&rsquo;entreprise pour déplacer de vastes sommes d&rsquo;argent à travers la frontière américano-mexicaine.</p>
<p>Sept ans plus tard, Western Union a accepté de payer 586 millions de dollars après qu&rsquo;une enquête américaine a révélé que la société avait permis à des escrocs de frauder des centaines de milliers d&rsquo;Américains qui avaient payé pour réclamer des prix ou des offres d&#8217;emploi qui n&rsquo;existaient pas. «Divers agents de Western Union ont été complices de ces stratagèmes de fraude, traitant souvent les paiements de fraude en échange d&rsquo;une réduction du produit de la fraude», a déclaré le ministère de la Justice dans un communiqué de presse.</p>
<p>Un an plus tard, l&rsquo;État de New York a infligé une amende de 60 millions de dollars à la société, entre autres, pour avoir distribué de l&rsquo;argent à des criminels en Chine. Et en 2019, les responsables français ont infligé une amende à l&rsquo;entreprise pour ne pas avoir alerté les régulateurs des clients suspects en Afghanistan, en Iran et en Turquie.</p>
<p>Western Union a déclaré à l&rsquo;ICIJ qu&rsquo;elle répondrait aux questions. Cela ne l&rsquo;a jamais fait; la responsable des communications de l&rsquo;entreprise, Clairey Treacy, n&rsquo;a pas retourné de courriels ou d&rsquo;appels téléphoniques ultérieurs.</p>
<p>MoneyGram a proposé une conversation téléphonique avec l&rsquo;ICIJ pour «potentiellement aider» dans la recherche. MoneyGram a annulé l&rsquo;appel et a envoyé une réponse écrite dans laquelle la société déclarait qu&rsquo;elle avait trouvé «plusieurs déclarations totalement sans fondement». L&rsquo;entreprise n&rsquo;a pas expliqué ce qu&rsquo;elle considérait comme «sans fondement».</p>
<p>«MoneyGram prend très au sérieux la criminalité financière et ne tolère aucune conduite contraire à l&rsquo;éthique ou illégale», a déclaré la société dans un communiqué. MoneyGram «a investi des dizaines de millions de dollars dans notre programme de conformité de pointe» et «a l&rsquo;un des taux de fraude les plus bas du secteur», a-t-il déclaré.</p>
<h3><strong>« Exploitation »</strong></h3>
<p>La détention de Jean-Pierre Bemba en 2008 a fait la une des journaux du monde entier après que la police à Bruxelles l&rsquo;ait arrêté et que la CPI ait demandé aux capitales africaines et européennes de saisir des villas, des voitures, des comptes bancaires et un Boeing 727-100.</p>
<p>La CPI, qui a été créée pour traduire en justice les pires criminels de guerre du monde, a conduit Bemba à La Haye, où son procès s&rsquo;est ouvert en novembre 2010. Il a été accusé de falsification de témoins trois ans plus tard.</p>
<p>«Whisky» était le nom de code de Bemba pour Western Union et «Mike» pour MoneyGram, selon les écoutes téléphoniques obtenues par les procureurs de la CPI. «Jamais, jamais, jamais» les paiements devraient passer par un compte bancaire, a déclaré Bemba à un assistant.</p>
<p>Bemba a conspiré avec des assistants &#8211; qui ont tous également été condamnés, y compris son avocat de la défense et un membre du parlement de la RDC &#8211; pour entraîner des témoins à faire semblant d&rsquo;être des soldats et à témoigner en faveur de Bemba. Au cours de son procès, les procureurs ont allégué que Narcisse Arido, un témoin expert de la défense de Bemba, avait attiré des témoins centrafricains dans l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir l&rsquo;asile en Europe et «exploitait la situation personnelle précaire de ces témoins, leur vendant l&rsquo;illusion qu&rsquo;en témoignant faussement pour Bemba, ils aurait un meilleur avenir.</p>
<p>Quelque temps après le 12 octobre 2015, Western Union a déposé un rapport d&rsquo;activité suspecte au FinCEN disant qu&rsquo;un employé avait «identifié» des nouvelles de Bemba sur le site Web de la CPI. Western Union a signalé près de 2000 transferts de 2005 au 12 octobre 2015, impliquant Bemba et ses complices. Arido, par exemple, a reçu 28 732 dollars de 30 succursales Western Union dans sept pays, selon le rapport d&rsquo;activité suspect. La CPI avait émis un mandat d&rsquo;arrêt contre Arido au moins un an et 10 mois avant que Western Union ne soumette son rapport au FinCEN.</p>
<figure id="attachment_3103" aria-describedby="caption-attachment-3103" style="width: 1920px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3103" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen.jpg" alt="" width="1920" height="1080" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen.jpg 1920w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-300x169.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1024x576.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-768x432.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1536x864.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-600x338.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-750x422.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1140x641.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" /><figcaption id="caption-attachment-3103" class="wp-caption-text">Extraits des articles sur les FinCen Files en Afrique. Crédit: ICIJ/ BuzzFeed News; Getty Images; Alamy</figcaption></figure>
<p>Le rapport de Western Union indique qu&rsquo;Arido a envoyé des paiements à trois personnes au Cameroun et en France: Arlette Josiane Tongui Bengue, Louis Kotys et Sylvie Ngo Manding. La transaction moyenne valait moins de 300 $. On ne sait pas si les paiements faisaient partie du système de corruption.</p>
<p>Kotys et Ngo Manding n&rsquo;ont pas pu être joints. Tongui Bengue, qui vit maintenant au Québec, a refusé de répondre aux questions lorsqu&rsquo;il a été contacté.</p>
<p>Vous n&rsquo;avez pas besoin de Western Union ou des banques pour «faire le tour et menacer un témoin avec une clé à molette», a déclaré Robert Cryer, professeur de droit à l&rsquo;Université de Birmingham en Angleterre. «Mais l&rsquo;argent est au cœur des autres formes d&rsquo;intimidation des témoins.»</p>
<p>Lors d&rsquo;un appel WhatsApp avec ICIJ, Bemba a nié avoir corrompu des témoins. «Non, c&rsquo;est absolument faux», a déclaré Bemba. « Je n&rsquo;étais pas en mesure de le faire. » Il a fait appel du rejet de sa demande d&rsquo;indemnisation.</p>
<h3><strong>De</strong><strong> trafiquants de drogue au parrain</strong></h3>
<p>Des métropoles animées comme Tokyo à la plus petite capitale du monde, Ngerulmud à Palau, le logo noir et jaune de Western Union ou la flèche blanche de MoneyGram se trouvent presque partout. Moyennant des frais, les entreprises offrent un moyen facile de transférer de l&rsquo;argent à un être cher en panique ou de conclure une entente commerciale à une date limite. Ils jouent un rôle essentiel dans la vie de dizaines de millions de personnes qui utilisent leurs services, des vice-présidents aux journalistes.</p>
<p>Si un virement bancaire peut prendre plusieurs jours, les deux sociétés affirment que les espèces sont disponibles «en quelques minutes».</p>
<p>Il est impossible d&rsquo;arrêter tous les transferts d&rsquo;argent illicites, en particulier ceux qui impliquent de petits montants et des personnes inconnues des forces de l&rsquo;ordre. Mais les institutions financières sont censées être à l&rsquo;affût de personnes comme Anthony Gomes et ses copains.</p>
<p>Gomes et d&rsquo;autres ont aidé à introduire le puissant fentanyl opioïde aux États-Unis, acheminant le médicament des laboratoires chinois aux revendeurs et utilisateurs américains via le système postal. Plus de 36 000 Américains sont morts l&rsquo;année dernière d&rsquo;une overdose de fentanyl et de drogues synthétiques similaires.</p>
<p>Son réseau de trafiquants a caché des transactions via des comptes offshore et a viré de l&rsquo;argent via Western Union, selon des documents judiciaires. Les dossiers montrent que lui et d&rsquo;autres ont envoyé 17 600 dollars en Chine en un seul mois par l&rsquo;intermédiaire de l&rsquo;expéditeur.</p>
<p>« J&rsquo;ai le gars sur le chemin de wu [Western Union] maintenant, donnez-moi quelques-uns », a envoyé Gomes à un autre concessionnaire, selon les archives judiciaires. «Ok, bonne chose», a répondu le marchand de fentanyl. «Le nouveau lot est encore plus fort que [le] dernier.»</p>
<p>Au moins quatre Américains, dont Daniel Latjerman, 19 ans, dans le Dakota du Nord, ont été tués par du fentanyl importé par le ring de Gomes, ont indiqué les procureurs. Gomes a plaidé coupable en 2018 à des accusations de complot liées au trafic de drogue et au blanchiment d&rsquo;argent.</p>
<p>Gomes et huit autres personnes apparaissent dans une feuille de calcul incluse avec un rapport d&rsquo;activité suspecte en rapport avec plus de 403 000 $ de paiements effectués via MoneyGram de 2012 à 2017. Également nommé dans le rapport non daté de MoneyGram était Darius Ghahary, un homme du nord du New Jersey accusé en 2014 d&rsquo;homicide involontaire coupable. après la mort de Latjerman. Ghahary est mort en détention. On ne sait pas pourquoi MoneyGram a déposé le rapport alors qu&rsquo;il l&rsquo;a fait.</p>
<p>MoneyGram a aidé à transférer de l&rsquo;argent pour Ghahary malgré sa condamnation bien médiatisée pour fraude sur Internet plus d&rsquo;une décennie plus tôt.</p>
<p>Les entreprises de services monétaires sont l&rsquo;un des «deux principaux systèmes de paiement qui soutiennent l&rsquo;achat illicite d&rsquo;opioïdes», a déclaré au Congrès les services d&rsquo;immigration et de douane américains en 2018. Quelques mois plus tôt, un agent d&rsquo;infiltration de la Drug Enforcement Administration des États-Unis a déclaré à un tribunal fédéral qu&rsquo;il reçu du fentanyl dans une boîte marquée «arachides» après avoir transféré 80 $ à la Chine via MoneyGram.</p>
<p>L&rsquo;année dernière, le Département du Trésor a alerté les institutions financières sur les abus potentiels des entreprises de services monétaires dans le trafic de fentanyl et d&rsquo;opioïdes synthétiques.</p>
<p>Les fichiers FinCEN montrent que l&rsquo;un des mafieux eurasiens les plus dangereux d&rsquo;Amérique a construit son empire avec l&rsquo;aide d&rsquo;entreprises de services monétaires.</p>
<p>En 2018, Razhden Shulaya, directeur d&rsquo;une société de location de dépanneuses à Brooklyn, a été condamné à New York pour avoir orchestré «une vaste et violente entreprise criminelle» impliquant des jeux de hasard, des fraudes par carte de crédit, des cigarettes de contrebande et des chocolats volés. Les autorités ont déclaré qu&rsquo;il avait également l&rsquo;intention de frauder les casinos avec des machines à sous truquées.</p>
<p>Shulaya était un «beau-voleur» l&rsquo;équivalent russe d&rsquo;un parrain, selon les procureurs américains. « Il a utilisé son pouvoir pour voler, frauder, extorquer et défigurer », ont déclaré les procureurs. Ils ont cité des occasions où Shulaya avait fouetté son neveu au pistolet et frappé le visage d&rsquo;un lieutenant après une insulte perçue. Les membres de son gang battent les ennemis avec des queues de billard. D&rsquo;autres, pour faire plaisir, ont donné à Shulaya une Mercedes et une arbalète en cadeau.</p>
<p>Il purge une peine de 45 ans de prison en Virginie-Occidentale, mais a fait appel de sa condamnation.</p>
<p>Deux ans avant la condamnation de Shulaya, le FinCEN a rapporté qu&rsquo;un «associé» nommé George Meskhishvili avait envoyé 12 600 $ depuis les sites de Western Union à New York à huit personnes, dont Shulaya. Le rapport de l&rsquo;agence qualifie Meskhishvili de l&rsquo;un des «facilitateurs centraux» possibles des réseaux financiers des gangs du crime eurasien. Meskhishvili n&rsquo;a pas été inculpé au pénal.</p>
<p>Le FinCEN a déclaré que les transactions étaient suspectes car de nombreux montants étaient inférieurs au seuil de 10 000 $ que les banques doivent déclarer dans les transactions en devises ou ont été envoyés le même jour ou des jours consécutifs.</p>
<p>En mai 2014, Meskhishvili a viré 1 200 $ de Brooklyn à Shulaya à l&rsquo;hôtel et casino Bellagio à Las Vegas quelques semaines avant que les États-Unis ne lancent leur enquête. Au moment où Western Union a approuvé le paiement de Meskhishvili à Shulaya, le beau-voleur avait déjà été arrêté en Europe lors d&rsquo;une répression anti-mafia très médiatisée. Shulaya était également recherchée en Russie pour des accusations non précisées, selon les procureurs américains.</p>
<p>ICIJ n&rsquo;a pas pu joindre Meskhishvili pour commenter via les médias sociaux ou sa dernière adresse répertoriée à Brooklyn.</p>
<p>Interrogé cinq fois sur la raison pour laquelle il approuvait les paiements à Shulaya, Western Union n&rsquo;a jamais répondu.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Par Will Fitzgibbon &amp; Mago Torres</em></p>
<p><em>Contributeurs: Agustin Armendariz, Christian Locka, Scott Pham, Frédéric Zalac</em></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/organized-crime/moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent/">Le moyen le plus rapide d&rsquo;envoyer de l&rsquo;argent criminel: les émetteurs d&rsquo;argent</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/organized-crime/moyen-le-plus-rapide-envoyer-argent-criminel-emetteurs-argent/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Sur le front du dépistage du coronavirus au Cameroun</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/depistage-coronavirus-cameroun/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=depistage-coronavirus-cameroun</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/depistage-coronavirus-cameroun/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mido Warra]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 02 Oct 2020 16:18:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[covid19]]></category>
		<category><![CDATA[dépistage]]></category>
		<category><![CDATA[Douala]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3093</guid>

					<description><![CDATA[<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/depistage-coronavirus-cameroun/">Sur le front du dépistage du coronavirus au Cameroun</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<div class="jeg_video_container jeg_video_content"><iframe title="Sur le front du dépistage du covid19 au Cameroun. Reportage." width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/ZbEvnOK_xAE?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></div>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/depistage-coronavirus-cameroun/">Sur le front du dépistage du coronavirus au Cameroun</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/depistage-coronavirus-cameroun/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>0</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>#FinCEN Files: Deux femmes au Cameroun auraient pris de l&#8217;argent pour témoigner en faveur de Jean-Pierre Bemba à la CPI</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Sep 2020 17:39:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Arido]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[corruption des temoins]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Pierre Bemba]]></category>
		<category><![CDATA[Tongui Bengue]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3086</guid>

					<description><![CDATA[<p>Un jeune homme venu de Centrafrique est discrètement entré dans la capitale économique camerounaise. Il a rencontré au plus quatre individus à qui il a expliqué que son ami,  un chef de guerre, est traduit devant la justice internationale pour des accusations de crimes. Il a dit vouloir faire d&#8217;eux des témoins de son ami. [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/">#FinCEN Files: Deux femmes au Cameroun auraient pris de l&rsquo;argent pour témoigner en faveur de Jean-Pierre Bemba à la CPI</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Un jeune homme venu de Centrafrique est discrètement entré dans la capitale économique camerounaise. Il a rencontré au plus quatre individus à qui il a expliqué que son ami,  un chef de guerre, est traduit devant la justice internationale pour des accusations de crimes. Il a dit vouloir faire d&rsquo;eux des témoins de son ami.</p>
<p>Ils se présenteraient au tribunal comme des soldats de l&rsquo;armée centrafricaine, il a ajouté. Pendant deux jours, l&rsquo;homme de 35 ans a construit un récit et adapté les témoignages que ces individus auront à répéter plus tard devant les juges.</p>
<p>Puis, il leur a attribué des grades de l&rsquo;armée, leur a remis des insignes militaires, leur a promis de l&rsquo;argent et une installation en Europe.</p>
<p>L&rsquo;homme en question s&rsquo;appelle Narcisse Arido, ex-soldat de l&rsquo;armée centrafricaine qui, selon un <a href="https://www.icc-cpi.int/CourtRecords/CR2018_02968.PDF">jugement</a> de la chambre de première instance de la Cour pénale internationale(CPI) rendu le 19 octobre 2016, a été reconnu coupable d&rsquo;avoir « personnellement » corrompu quatre témoins pour apporter un coup de main à son ami Jean Pierre Bemba Gombo, chef de guerre congolais, accusé d&rsquo;avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l&rsquo;humanité en Centrafrique.</p>
<p>La juridiction basée à la Haye en Hollande a fait savoir qu&rsquo;entre 2011 et 2014, Monsieur Arido a donné des instructions à quatre témoins en leur expliquant ou faisant expliquer qu&rsquo;ils devaient faire croire au tribunal qu&rsquo;ils sont des militaires « alors même qu’il pensait qu’ils n’avaient pas de tels<br />
antécédents ».</p>
<h3>Faux témoignages</h3>
<p>Par la suite, Arido a non seulement donné des grades et insignes militaires à ces gens, dit le jugement de première instance de la CPI, mais il leur a également promis des récompenses financières consistantes et une installation en Europe en guise d&rsquo;encouragement afin qu&rsquo;ils fournissent à l&rsquo;audience de faux témoignages et faux éléments de preuve profitables à Bemba.</p>
<p>« C’est de sa propre initiative et avec ténacité que Narcisse Arido a commis ces infractions sur deux jours à Douala », dit le jugement de première instance de la CPI.</p>
<p>Corrompre un témoin, dit la cour, rend impossible d&rsquo;apprécier ce que le témoin a personnellement vécu et empêche la cour de s&rsquo;acquitter de son mandat.</p>
<p>«La CPI s&rsquo;occupe de la criminalité systémique », a déclaré Robert Cryer, professeur international de droit à l&rsquo;Université de Birmingham en Angleterre.</p>
<p>« Si vous en poursuivez un, vous en avez d&rsquo;autres qui ont un très grand intérêt à faire en sorte qu&rsquo;il y ait un acquittement », a dit Cryer.</p>
<p>Toutefois, la CPI dans son jugement n&rsquo;a mentionné ni les noms des témoins manipulés ni les détails des transactions d&rsquo;argent entre Arido et eux.</p>
<p>Mais, grâce à des documents confidentiels du Trésor américain obtenus par The Museba Project en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), The Museba Project a découvert que sur une période de dix ans, Arido aurait effectué une dizaine de transferts d&rsquo;argent, évalués à plus de 5000$, à trois bénéficiaires parmi lesquels figureraient Arlette Josiane Tongui Bengue et Sylvie Ngo Manding, deux femmes basées au Cameroun au moment des faits.</p>
<p>L’information sur les transferts se trouve dans un document qui fait partie du FinCEN Files, la nouvelle enquête internationale de l’ICIJ et ses partenaires, dont The Museba Project. Les documents viennent du FINCEN, l’agence au sein du trésor américain chargé d&#8217;empêcher le blanchiment d’argent. Les transferts impliquant Arido, Bemba et d’autres associés se trouvent dans un document préparé par Western Union qui aurait facilité les transferts.</p>
<p>Les documents des FinCEN Files ont été reçus d’abord par BuzzFeed News qui les a ensuite partagés avec ICIJ qui a crée une collaboration mondiale.</p>
<p>The Museba Project n&rsquo;a pu joindre Narcisse Arido pour avoir sa version des faits. Le centre d&rsquo;accueil des demandeurs d&rsquo;asile de Lyon en France où il a résidé pendant un moment dit avoir perdu ses traces.</p>
<p>« Après enquête, nous n&rsquo;avons aucune information sur l&rsquo;endroit où vit actuellement Narcisse Arido et comment le joindre », a dit dans un mail le 21 juillet dernier Madame Capucine Brochier, chef de mission communication du centre Forum Refugiés.</p>
<p>« Il a en effet été hébergé dans notre centre d&rsquo;hébergement pour demandeurs d&rsquo;asile pendant un certain temps, mais l&rsquo;a quitté en janvier 2019 », a ajouté Madame Brochier.</p>
<p>Le premier jour d&rsquo;Août 2019, des milliers de supporters étaient massés à l&rsquo;aéroport international de Kinshasa pour vivre le retour au bercail de Jean Pierre Bemba Gombo à bord d&rsquo;un jet privé. L&rsquo;ancien vice président en charge de l&rsquo;économie dans le gouvernement de transition en République Démocratique du Congo(RDC), avait annoncé depuis l&rsquo;étranger sa candidature à l&rsquo;élection présidentielle. La commission électorale a plus tard invalidé cette candidature et la place que Bemba convoitait est occupée par Felix Tshisekedi, l&rsquo;actuel président de la RDC.</p>
<p>Mais, la foule bigarrée venait surtout s&rsquo;assurer que leur leader respire bien un air de liberté après une longue absence. Bemba n&rsquo;avait pas mis pied en RDC depuis dix ans. Il était détenu à la CPI pour répondre des accusations de crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité commis en République centrafricaine.</p>
<p>Né le 4 novembre 1962 à Bokada, dans la Province de l&rsquo;Equateur, Jean pierre Bemba Gombo a fondé en 1998 le Mouvement de Libération du Congo(MLC), un parti politique dont la branche armée a, entre 2002 et 2003, volé au secours du président centrafricain Ange Félix Patassé qui combattait militairement la rébellion menée par le général François Bozizé. Le violent conflit armé qui s&rsquo;en est suivi aux entours du fleuve Oubangui a fait plusieurs <a href="https://www.fidh.org/IMG/pdf/cf355f.pdf">victimes</a> civiles et militaires.</p>
<p>En juin 2005, l&rsquo;Etat centrafricain avec à sa tête Bozizé a adressé au procureur de la CPI une plainte contre Jean Pierre Bemba et ses troupes pour meurtres, viols et pillages, des infractions classées parmi les crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité.</p>
<p>Au camp d&rsquo;en face, Bemba et certains de ses lieutenants ont commencé à préparer la bataille judiciaire sans exclure la possibilité de recruter et de corrompre des témoins à décharge. La CPI a indiqué, dans un <a href="https://web.archive.org/web/20180927113253/http://www.icc-cpi.int/iccdocs/PIDS/publications/Bemba-et-alEng.pdf">article</a> paru sur son site internet, qu&rsquo;entre 2011 et 2014, Bemba et certains de ses proches ont corrompu des témoins « <em>en leur donnant de l&rsquo;argent et des instructions pour fournir de faux témoignages</em> » dans la salle d&rsquo;audience.</p>
<p>« La falsification de témoins est probablement répandue dans les affaires portées devant la CPI », a déclaré Dr Rossella Pulvirenti, enseignant de droit à l&rsquo;Université John Moores de Liverpool, même si Bemba et ses associés restent les seules personnes condamnées.</p>
<p>La CPI s&rsquo;appuie fortement sur les témoignages pour se prononcer sur les affaires enrôlées, a indiqué Dr Pulvirenti.</p>
<p>« Si vous réussissez à corrompre un témoin, vous avez très probablement résolu votre problème », a déclaré Dr Pulvirenti.</p>
<h3>« Je veux arrêter cette conversation maintenant&#8230; »</h3>
<p>Lors d&rsquo;un bref appel WhatsApp avec un journaliste de l&rsquo;ICIJ, Bemba a nié la falsification de témoins et a nié avoir payé des pots-de-vin via Western Union ou Moneygram.</p>
<p>«Non, c&rsquo;est absolument faux», a déclaré Bemba. « Je n&rsquo;étais pas en mesure de le faire. »</p>
<p>Bemba a suggéré que l&rsquo;affaire de falsification de témoins était en cours, mais a refusé de s&rsquo;étendre. La CPI a déclaré à l&rsquo;ICIJ que l&rsquo;affaire était [en attente].</p>
<p>« Je veux arrêter cette conversation maintenant car elle est toujours en suspens », a déclaré Bemba. « Bye Bye. »</p>
<p>On ne sait si Bemba était au courant de tout ce que faisaient ses proches pour manipuler les témoignages en sa faveur. Mais, la chambre de première instance de la CPI a condamné Narcisse Arido, un de ses hommes de main, pour avoir suborné quatre des quatorze témoins de l&rsquo;affaire principale.</p>
<p>Né le 15 mai 1978 à Bangui en RCA, Arido a fait ses études de droit et de<br />
«Défense, sécurité et gestion des conflits et des catastrophes» à l&rsquo;université de Yaoundé au Cameroun avant d&rsquo;intégrer les forces armées centrafricaines jusqu’en 2001. Il a fait appel et a demandé l&rsquo;annulation de sa condamnation et son acquittement.</p>
<p>Mais, de nouveaux détails pourraient changer le cours des choses. D&rsquo;après des documents confidentiels des FinCEN Files, Arido aurait effectué entre le 28/12/2005 et le 09/04/2015, dix-neuf transactions d&rsquo;un montant total de $5,491 auprès de sept agences Western Union basées en France et au Cameroun au profit, entre autres, de Arlette Josiane Tongui Bengue et de Sylvie Ngo Manding, deux femmes présentes au Cameroun.</p>
<p>Vous n’avez pas besoin du système financier international pour «faire le tour et menacer un témoin avec une clé à molette», a déclaré Cryer; mais les banques, les entreprises de services monétaires et autres paiements électroniques sont au cœur des autres formes d’intimidation des témoins d&rsquo;aujourd’hui, a dit Cryer.</p>
<p>The Museba Project et ICIJ ont voulu savoir si les deux femmes savaient que Arido manipulait les témoignages et si les transferts qu&rsquo;elles auraient reçus de lui avaient un lien avec cette activité.</p>
<p>Sylvie Ngo Manding n&rsquo;a pu être jointe pour commenter.</p>
<p>En revanche, au cours d&rsquo;un court échange téléphonique le 5 Août dernier, une dame qui serait Arlette Josiane Tongui Bengue, et qui réside actuellement à Sherbrooke au Canada, a d&rsquo;abord dit que c&rsquo;est illégal de chercher à la contacter.</p>
<p>« C&rsquo;est illégal de me chercher jusqu&rsquo;ici », a-t-elle déclaré au reporter de The Museba Project. « Je ne peux pas quitter le Cameroun jusqu&rsquo;au canada et on cherche mon numéro ».</p>
<p>Elle a ensuite haussé le ton en citant le nom de Arido.</p>
<p>« Monsieur, tu ne dois pas me chercher jusqu&rsquo;au canada pour dire que Arido a fait quoi, quoi », a-t-elle dit.</p>
<p>« Je suis entrain de t&rsquo;enregistrer et ne m&rsquo;appelle plus jamais ».(Elle a raccroché).</p>
<p>Plus tard, The Museba Project et ICIJ ont fait déposer un questionnaire à l&rsquo;adresse canadienne de Arlette Josiane Tongui Bengue. Aucune réaction n&rsquo;a été faite avant la publication de cet article.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em><a class="_58cn" href="https://web.facebook.com/hashtag/fincenfiles?__eep__=6&amp;source=feed_text&amp;epa=HASHTAG" data-ft="{&quot;type&quot;:104,&quot;tn&quot;:&quot;*N&quot;}"><span class="_5afx"><span class="_58cl _5afz" aria-label="hashtag">#</span><span class="_58cm">FinCEN Files</span></span></a> est la nouvelle enquête internationale du Consortium International des Journalistes d&rsquo;Investigation(ICIJ) en collaboration avec @BuzzFeedNews, The Museba Project &#8211; et plus de 400 reporters, 108 médias dans 88 pays.</em></p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/">#FinCEN Files: Deux femmes au Cameroun auraient pris de l&rsquo;argent pour témoigner en faveur de Jean-Pierre Bemba à la CPI</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>9</slash:comments>
		
		
			</item>
		<item>
		<title>Couloir de mise à mort: révélations sur les assassinats de transporteurs camerounais en Centrafrique</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/investigation/couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique</link>
					<comments>https://www.themusebaproject.org/investigation/couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Mido Warra]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 08 Jun 2020 15:33:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[antibalaka]]></category>
		<category><![CDATA[Bangui]]></category>
		<category><![CDATA[corridor]]></category>
		<category><![CDATA[Douala]]></category>
		<category><![CDATA[escorte]]></category>
		<category><![CDATA[seleka]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://www.themusebaproject.org/?p=3034</guid>

					<description><![CDATA[<p>C&#8217;était le premier jour de septembre 2015. Comme à son habitude, Pierre Tchouachoua a dit aurevoir à ses proches puis a quitté Bangui. Quelques jours plutôt, le conducteur de camion de nationalité camerounaise était entré dans la capitale centrafricaine avec une centaine de cartons de produits de première nécessité appartenant à une multinationale. Il était [&#8230;]</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique/">Couloir de mise à mort: révélations sur les assassinats de transporteurs camerounais en Centrafrique</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;était le premier jour de septembre 2015.</p>
<p>Comme à son habitude, Pierre Tchouachoua a dit aurevoir à ses proches puis a quitté Bangui. Quelques jours plutôt, le conducteur de camion de nationalité camerounaise était entré dans la capitale centrafricaine avec une centaine de cartons de produits de première nécessité appartenant à une multinationale. Il était sur le chemin retour.</p>
<p>Accompagné d&rsquo;un apprenti chauffeur, il roulait à bonne vitesse sur une piste où la poussière empêchait de contempler le paysage verdoyant aux alentours. A soixante et un kilomètres de la frontière, le véhicule est tombé en panne. Il était 21 heures 30 minutes.</p>
<p>A cet instant, Tchouachoua pourtant habitué au tronçon a commencé à paniquer pour une raison simple. Il savait que le camion, l&rsquo;apprenti-chauffeur et lui se trouvaient au mauvais endroit. La zone était contrôlée par des bandes armées qui n&rsquo;hésitaient pas à s&rsquo;en prendre physiquement aux transporteurs en difficulté, aux marchandises et même aux engins à leur portée.</p>
<p>Mais, Tchouachoua n&rsquo;a pas baissé les bras. Il a emprunté une mototaxi de passage pour se rendre à la frontière et pouvoir rencontrer un mécanicien malgré l&rsquo;heure avancée de la nuit. A bord de l&rsquo;engin à deux roues, le conducteur et lui ont aussitôt quitté les lieux où étaient restés l&rsquo;apprenti-chauffeur et le camion en panne. Environ un kilomètre plus loin, la mototaxi était en allure,  lorsqu&rsquo;une balle tirée dans le noir a fini sa course dans la tête de Tchouachoua qui a rendu l&rsquo;âme sur le champ.</p>
<p>Assis sur une natte bigarrée, Yacoubou, 53 ans, avale précipitamment une gorgée de thé au citron. Il évoque les derniers instants passés avec son ami Pierre Tchouachoua avec une voix presque inaudible.</p>
<p>« Pierre était gentil, il craignait Dieu et respectait ses collègues », raconte  Yacoubou, qui dit avoir été bouleversé par l&rsquo;annonce de la mauvaise nouvelle. « J&rsquo;ai passé plusieurs jours à me convaincre qu&rsquo;il n&rsquo;était pas décédé parce que je n&rsquo;y croyais pas; il pouvait rarement terminer une journée sans me passer un coup de fil ».</p>
<p>Le lendemain au petit matin, le corps sans vie de Tchouachoua, tacheté de sang et de poussière, a été découvert par les habitants de Fambélé, un village centrafricain. Alerté, le chef de ce village a autorisé l&rsquo;inhumation immédiate du cadavre du conducteur camerounais sur le sol centrafricain.</p>
<figure id="attachment_2952" aria-describedby="caption-attachment-2952" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2952" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1718" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-300x201.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-1024x687.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-768x516.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-1536x1031.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-2048x1375.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-600x403.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-750x503.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/DSC_1653-1140x765.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-2952" class="wp-caption-text">Une patrouille de soldats onusiens en Centrafrique. Crédit: Eric Ngaba.</figcaption></figure>
<h2><strong>Larmes et sang                      </strong></h2>
<p>Pays pauvre d&rsquo;Afrique centrale, la République centrafricaine ne dispose pas de façade maritime internationale. La plupart de ses importations transitent par le port autonome de Douala, la capitale économique du Cameroun; les marchandises_ constituées majoritairement de produits de première nécessité_ sont ensuite acheminées jusqu&rsquo;à la capitale Bangui à travers un corridor communautaire d&rsquo;environ 1 500 km.</p>
<p>Pendant plusieurs années, ces voyages étaient principalement perturbés par le mauvais état des routes qui retardait les expéditions, sans affecter les vies humaines et les affaires.</p>
<p>Mais, après la chute du président François Bozizé en mars 2013, les choses ont changé. Les rebelles musulmans de la Seleka ont pris le contrôle de la partie centrafricaine du corridor _ environ 580 km _; et à mesure que les semaines passaient, de nouvelles menaces sont apparues sur le chemin emprunté par les camions, à commencer par les assassinats répétés de transporteurs camerounais, les vols de marchandises et la destruction des véhicules, révèle un rapport interne du Bureau de Gestion du Fret Terrestre (Bgft), un organe chargé de la coordination et du suivi des transports terrestres au Cameroun.</p>
<p>Sur trois pages, le document parcouru par The Museba Project, relate dans les détails une série d&rsquo;assauts violents des bandes armées en territoire centrafricain.</p>
<p>Quatre jours après le décès de Tchouachoua, l&rsquo;Etat du Cameroun a saisi la Centrafrique pour solliciter que les restes du conducteur soient rapatriés à son village natal.</p>
<p>« On ne pouvait pas accepter qu&rsquo;il soit enterré en Centrafrique; la moindre des choses était que sa famille et ses amis fassent le deuil », dit Yacoubou en haussant le ton.</p>
<p>Comme Tchouachoua, d&rsquo;autres transporteurs routiers camerounais ont perdu leurs vies en voulant nourrir la Centrafrique.</p>
<p>Le 18 juillet 2015, un convoi de camions parti de Beloko, à la frontière camerounaise, est tombé dans une embuscade tendue par des hommes armés vers 17 heures et demi. Iya Hamadama, conducteur de camion de nationalité camerounaise, est mort après avoir été grièvement blessé au cours de cette attaque menée avec des armes blanches et à feu.</p>
<p>Abdoulaye Bello, apprenti-chauffeur à l&rsquo;époque, était coutumier des scènes tragiques et avait commencé à s&rsquo;inquiéter pour sa propre vie.</p>
<p>« J&rsquo;avais vraiment peur en voyant ces meurtres qui se déroulaient avec la complicité des villageois; on ne comprenait pas ce que nos frères de la Centrafrique voulaient à la fin. Comment pouvez-vous tuer les gens qui viennent vous aider, vous apporter à manger? », s&rsquo;interroge l&rsquo;homme svelte de 47 ans, aujourd&rsquo;hui actionnaire dans une société de transport interurbain, après une quinzaine d&rsquo;années d&rsquo;activités sur le corridor.</p>
<p>Quand les rebelles de la Seleka ont quitté le pouvoir, les Anti-Balaka _ miliciens chrétiens _ ont pris la relève des atrocités sur cette route qui avait déjà vu couler beaucoup de larmes et de sang.</p>
<p>Adamou Aladji, également transporteur camerounais, a été brulé vif par un groupe armé d&rsquo;Anti-Balaka le 5 juin 2014 alors qu&rsquo;il se trouvait à quelques kilomètres du camp militaire de Bouar, en Centrafrique, où les camions font escale avant de poursuivre le trajet le jour d&rsquo;après.</p>
<p>Entre juillet et septembre 2015, la Centrafrique a été un enfer pour des dizaines de transporteurs routiers camerounais, révèle le rapport de la Bgft en dressant un bilan des actes de crime et de vandalisme perpétrés à cette période par les groupes armés contre les nationaux camerounais: sept conducteurs tués, deux portés disparus et trois blessés, deux apprenti-chauffeurs tués et deux autres blessés, neuf camions pillés et deux camions incendiés avec des marchandises.</p>
<p>A tous les coups, le mode opératoire des groupes armés était presque le même, d&rsquo;après les transporteurs. Ils plaçaient des obstacles sur la chaussée à la sortie des virages pour obliger leurs victimes à s&rsquo;arrêter.  » Le camion tombe nez-à-nez avec la barrière, il n&rsquo;est plus possible de rebrousser chemin. Les rebelles sortent avec des armes et font de vous ce qu&rsquo;ils veulent », explique Paul Wangreo, un apprenti-chauffeur.</p>
<p>Le 12 juin 2015, deux camions abandonnés par le convoi ont été attaqués à l&rsquo;arme lourde par un groupe armé non identifié. L&rsquo;un des conducteurs et son apprenti ont réussi à s&rsquo;enfuir jusqu&rsquo;à un village, près de Bossemptélé, à 300 km de Bangui. Plus tard, ils ont fait au poste Bgft de Bangui une déposition sur les dégâts subis lors de l&rsquo;agression: deux tracteurs, deux dossiers de véhicules, deux bordereaux, des peaux de bœufs, des sacs de voyage et une somme de huit millions 200.000 FCFA, tous brûlés.</p>
<p>Créé il y a vingt ans par la Communauté Economique et Monétaire de l&rsquo;Afrique Centrale (Cemac) afin de  faciliter les échanges entre le Cameroun et la Centrafrique, ce corridor communautaire est fréquenté à plus de 60% par des camions conduits par des ressortissants camerounais . Il n&rsquo;existe pas de statistiques officielles sur le nombre de camions qui traversent cette route.</p>
<p>Toutefois, une étude menée en 2019 par la Banque Africaine de Développement(BAD) sur l&rsquo;état de la corruption sur le corridor révèle que 4995 camions escortés trois fois par semaine ont régulièrement effectué des voyages entre les deux pays.</p>
<p>En 2018, les camions ont fait treize mille 560 voyages _ 1113 par mois _ en aller retour de Douala à Bangui, selon une source au Bgft. Malgré le mauvais état des routes, ce trafic intense a permis la même année de transporter vers la capitale centrafricaine les marchandises d&rsquo;une valeur de 55 milliards de F CFA, selon la douane camerounaise.</p>
<p>Mais, ces données statistiques montrant la fluidité des échanges commerciaux, occultent à peine le règne sanglant des groupes armés en Centrafrique. Selon les Nations Unies, le conflit religieux opposant les musulmans de la Seleka aux miliciens Anti-Balaka a fait six mille morts entre 2013 et 2014.</p>
<h2><strong>L&rsquo;argent des rebelles</strong></h2>
<p>Avec le défi sécuritaire, il est né entre les groupes armés présents le long du corridor et certaines personnalités centrafricaines de transport une proximité facilitée par l&rsquo;appartenance à la même patrie. Un officiel du Bureau d&rsquo;affrètement terrestre centrafricain (Barc), a indiqué dans un entretien avec The Museba project que des sommes d&rsquo;argent collectées auprès des transporteurs étaient reversées plus tard aux groupes armés. En contrepartie, les groupes armés qui sont passés à la caisse étaient chargés d&rsquo;escorter et assurer la sécurité des transporteurs, des marchandises et à cesser les tracasseries sur la route, a-t-il ajouté.</p>
<p>« On travaillait avec les chefs de groupes armés qu&rsquo;on avait identifié », a dit sous anonymat l&rsquo;officiel du Barc en faisant défiler sur son téléphone portable certaines images atroces prises sur le corridor. Il a refusé sans explication de dévoiler les montants des transactions financières et même les noms des groupes armés concernés.</p>
<p>Plus tard,  l&rsquo;information de l&rsquo;officiel du Barc a été confirmée avec amples détails par le président de l&rsquo;Union Syndicale des Conducteurs de Centrafrique (Uscc), dans une <a href="https://www.youtube.com/watch?v=PK9dhcJYG_0">interview</a> avec The Museba Project.</p>
<figure id="attachment_2953" aria-describedby="caption-attachment-2953" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2953" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_3804-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-2953" class="wp-caption-text">Wilfried D. Nguissimale au siège de l&rsquo;Uscc à Bangui. Crédit: Eric Ngaba.</figcaption></figure>
<p>« Nous avons commencé l&rsquo;escorte par les Seleka [rebelles] eux-mêmes afin de réduire nos dépenses et les agressions; il fallait qu&rsquo;on donne quelque chose pour préserver la vie de nos conducteurs; on leur donnait 2.000 FCFA  [par camion] », a dit Wilfried Nguissimale, en précisant que les contributions des transporteurs n&rsquo;étaient pas obligatoires.</p>
<p>« Je disais aux chauffeurs: je ne peux pas vous dire de ne pas donner et je ne peux pas vous dire de donner ».</p>
<p>Selon nos calculs, faits sur la base des déclarations du président de l&rsquo;Uscc, les 4995 camions auraient versé aux rebelles la somme de neuf millions 990.000 F CFA par voyage. Les versements ont duré plusieurs mois et ont permis aux rebelles de renforcer leur arsenal de guerre contre les groupes ennemis.</p>
<p>« On a dit à la Seleka: on vous donne un frais d&rsquo;escorte et on diminue l&rsquo;argent des formalités », a indiqué Wilfried Nguissimale. Avant l&rsquo;escorte assurée par les rebelles Seleka, les transporteurs pouvaient débourser  environ 300.000 Fcfa par voyage entre Bangui et Garoua-Boulai à la frontière camerounaise, a-t-il dit.</p>
<p>Mais, les rebelles centrafricains auraient empoché plus d&rsquo;argent sur le corridor. L&rsquo;étude de la Banque Africaine de Développement révèle qu&rsquo;ils exigeaient « le versement de 10 $ (5.000Cfa) par conducteur », soit un montant total de 27,47 millions FCFA par voyage pour l&rsquo;ensemble des camions, et ce, malgré la présence des casques bleus des Nations Unies.</p>
<p>Depuis Avril 2014 en effet, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca), constituée d&rsquo;environ onze mille Hommes, dont le mandat a été prorogé jusqu&rsquo;en novembre 2020, dirige l&rsquo;escorte des camions de la frontière camerounaise jusqu&rsquo;à Bangui. Elle succède respectivement à la force multinationale de l&rsquo;Afrique centrale (Fomac) et la Mission internationale pour la sécurisation de la Centrafrique (Misca), deux forces déployées pendant les moments chauds du conflit armé interne.</p>
<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;escorte des camions par les soldats étrangers en Centrafrique commence en début d&rsquo;année 2014, le 24 janvier précisément à la suite d&rsquo;un énième mouvement d&rsquo;humeur des transporteurs qui réclamaient plus de sécurité sur le corridor. Au cours d&rsquo;une réunion de concertation présidée ce jour-là par le sous-préfet de Garoua-Boulai, un officier congolais, alors commandant des opérations de la Misca, a pris l&rsquo;engagement d&rsquo;assurer la sécurité des camions de la frontière camerounaise jusqu&rsquo;à Bangui.</p>
<p>« Les barrières des Anti-Balaka n&rsquo;existent plus et ne doivent pas inquiéter en route les chauffeurs; le cas échéant, la Misca doit intervenir pour intercéder », a souligné l&rsquo;officier congolais comme première modalité dans une lettre d&rsquo;engagement écrite à la main.</p>
<p>Cet engagement a été réaffirmé le 06 février de la même année, puis approuvé par le ministère camerounais des transports après avoir obtenu le consentement de la Présidence de la République, comme l&rsquo;attestent les documents consultés par The Museba Project.</p>
<p>Le président de l&rsquo;Uscc a indiqué que la Misca n&rsquo;est pas parvenue à chasser les rebelles malgré la bonne volonté du commandant congolais. Plus tard, la Minusca a pris la relève de l&rsquo;escorte.</p>
<p>« La Minusca n&rsquo;a pas bien fait son travail », a dit Wilfried Dimanche Nguissimale. »Nous avons eu beaucoup de véhicules brulés et des conducteurs tués . La plupart étaient des Camerounais. Avec les Bangladais, dès qu&rsquo;on arrête le convoi et on commence à agresser les chauffeurs même pour rien, ils [les soldats bangladais]   rentrent dans leur char, se blottissent jusqu&rsquo;à ce que tout soit fini ».</p>
<p>Dans le même temps, l&rsquo;Etat centrafricain, presque inexistant pendant la guerre, avait besoin d&rsquo;argent pour renflouer les caisses asséchées. Et le corridor constituait déjà une source de revenus certaine pour les rebelles qui devaient être chassés tôt ou tard.</p>
<h2><strong>25.000 FCFA de frais d&rsquo;escorte</strong></h2>
<p>En 2015, l&rsquo;USCC a écrit à la Minusca pour solliciter que des éléments de l&rsquo;armée centrafricaine fassent désormais partie de l&rsquo;escorte sous l&rsquo;appellation « Brigade économique ». Quelques semaines plus tard, cette brigade constituée du contingent centrafricain de l&rsquo;escorte a changé de nom pour devenir le Bureau de Gestion des Opérations de Convoyage du Corridor(Bgocc); en gardant le même objectif, celui de renforcer la sécurité du corridor en échange du paiement de frais d&rsquo;escorte par les transporteurs.</p>
<p>« Nous avons demandé aux conducteurs de payer une petite somme de 25.000 Fcfa qui permet de répondre aux besoins des forces de sécurité, leur carburant et l&rsquo;entretien de leurs véhicules pour escorter le convoi », a dit Wilfried Nguissimale, par ailleurs un des coordonateurs de Bgocc à Bangui.</p>
<p>Les frais d&rsquo;escorte de la Bgocc sont obligatoires et s&rsquo;élèvent à 50.000 FCFA en aller et retour par camion. Plusieurs transporteurs camerounais estiment que les frais d&rsquo;escorte sont élevés mais leur plaidoyer ne porte pas encore de fruits.</p>
<p>« C&rsquo;est exagéré si c&rsquo;est seulement pour entretenir les soldats centrafricains comme on nous le fait croire », dit Yacoubou. « Malgré que nous payons, il existe des barrières informelles où il faut donner un peu d&rsquo;argent pour continuer la route, c&rsquo;est simplement une arnaque organisée ».</p>
<p>Depuis l&rsquo;arrivée de la Bgocc, le corridor est calme, selon l&rsquo;Uscc qui se félicite de voir que les frais d&rsquo;escorte permettent à l&rsquo;Etat centrafricain d&#8217;empocher près de 125 millions de FCFA par voyage de camions. Pour Wilfried Nguissimale, les frais d&rsquo;escorte vont disparaître lorsque la Centrafrique sera en sécurité.</p>
<p>En attendant, les transporteurs camerounais craignent de perdre d&rsquo;autres vies chaque fois qu&rsquo;ils effectuent les voyages à hauts risques en terre centrafricaine.</p>
<p>Le corps de leur ancien collègue, Pierre Tchouachoua, a été exhumé puis rapatrié sous escorte jusqu&rsquo;à son village natal à l&rsquo;Ouest du Cameroun.</p>
<p>The post <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org/investigation/couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique/">Couloir de mise à mort: révélations sur les assassinats de transporteurs camerounais en Centrafrique</a> appeared first on <a rel="nofollow" href="https://www.themusebaproject.org">The Museba Project</a>.</p>
]]></content:encoded>
					
					<wfw:commentRss>https://www.themusebaproject.org/investigation/couloir-de-mise-a-mort-revelations-sur-les-assassinats-de-transporteurs-camerounais-en-centrafrique/feed/</wfw:commentRss>
			<slash:comments>1</slash:comments>
		
		
			</item>
	</channel>
</rss>
