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	<title>Christian LOCKA &#8211; The Museba Project</title>
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	<description>Corruption, Human Rights Violations, Illicit Finance Flows</description>
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	<title>Christian LOCKA &#8211; The Museba Project</title>
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		<title>« L&#8217;industrie nous tue » : des enfants vivant près des usines de recyclage des batteries au plomb souffrent d&#8217;infection pulmonaire, de retard de croissance et de troubles respiratoires</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Dec 2023 15:09:25 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&#8217;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>A chaque coucher de soleil, Agathe Ngo Nkot aime se detendre au lieu dit carrefour Bana, un coin ambiancé du quartier Oyack dans le 3e arrondissement de la capitale économique du Cameroun. Assise près d&rsquo;un baffle qui vomit de la musique urbaine, elle hausse la voix pour se faire entendre par deux femmes qui se font belles devant le géant miroir d&rsquo;un salon de coiffure.</p>
<p>Agathe, 41 ans, réside depuis deux ans à une centaine de mètres du carrefour Bana. Si elle se sent chaque fois heureuse de retourner à cet endroit bruyant, ce n&rsquo;est pas seulement pour se faire plaisir avec ses proches. Elle profite des échanges, dit-elle, pour oublier un instant les soucis de santé de Princesse et Jules Merlin, ses deux enfants en bas âge venus au monde quand elle vivait près des usines de recyclage de batteries au plomb usagées.</p>
<figure id="attachment_3609" aria-describedby="caption-attachment-3609" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3609" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-9-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3609" class="wp-caption-text">Des habitants font du commerce devant l »usine de recyclage des batteries au plomb de Kyzen Global Sarl, avec un toit bleu, au carrefour Bana. Douala Cameroun, 22 novembre 2023</figcaption></figure>
<p>Agathe a remarqué à sa naissance que Jules Merlin se portait bien, dit-elle. Plus tard, elle découvre que son petit garçon aujourd&rsquo;hui âgé de trois ans ne s&rsquo;exprime toujours pas. Alors que son entourage cherche encore à comprendre la cause de cette anomalie de croissance, Agathe a donné vie il y a six mois à sa dernière fille, Princesse, qui a contracté une infection pulmonaire. Avec ce second coup dur, Agathe a pris peur et a quitté le carrefour Bana. Elle suspecte les fumées des usines d&rsquo;être à l&rsquo;origine des malheurs de ses enfants.</p>
<p>« Je me dis que cela est arrivé à cause des odeurs de fumées qui provenaient de la zone industrielle et qui entraient dans la maison », dit Agathe en berçant Princesse dans ses bras. « Les odeurs venaient des gens qui fabriquent les batteries ».</p>
<p>Agathe a raison de se faire du souci. A son insu, des <a href="http://www.okinternational.org/docs/Soil%20contamination%20Lead%20Recycling%20Plants%20Cameroon%202023%20final_FR2.pdf">scientifiques</a> ont récemment prélevé des échantillons de sols à l’intérieur et aux environs des usines de Kyzen Global sarl, Metafrique Cameroun et Ganesha Cameroon, trois entreprises spécialisées dans le recyclage des batteries au plomb usagées dans la capitale économique. Après analyses, les experts ont révélé que les endroits où vivent les communautés riveraines des usines contiennent des niveaux de « contamination importante » au plomb qui ont des effets négatifs sur la santé humaine.</p>
<p>« La fabrication et le recyclage des batteries au plomb sont des industries extrêmement dangereuses », a déclaré Perry Gottesfeld, le Directeur exécutif de Occupational Knowledge International (OK International), une ONG basée aux Etats-Unis ayant participé à l&rsquo;analyse des échantillons de sols et  qui utilise des stratégies innovantes pour réduire l&rsquo;exposition aux polluants industriels.  « Car, ces processus impliquent la fusion du plomb, ce qui libère des fumées de plomb en suspension dans l&rsquo;air qui sont facilement absorbées », a ajouté Gottesfeld.</p>
<p>Les experts déclarent en outre que les enfants exposés aux fumées de plomb sont plus vulnérables.</p>
<p>Pendant des mois, The Museba Project et le journal américain The Examination ont enquêté sur l&rsquo;état de santé des enfants qui naissent et grandissent  près des industries  de recyclage des batteries au plomb à Douala, et ont trouvé que plusieurs d&rsquo;entre eux souffrent de retards de croissance, d&rsquo;infections pulmonaires, d&rsquo;étourdissement, de vomissements, et de troubles de l&rsquo;humeur.</p>
<p>« L&rsquo;intoxication au plomb est peu recherchée dans notre contexte », a déclaré à The Museba Project Dr Wagou Nintcheu Irène, médecin biologiste à Yaoundé. « La raison la plus importante étant que la majorité des cas est asymptomatique pendant des semaines à plusieurs mois ».</p>
<h3><strong>Des Odeurs toxiques</strong></h3>
<p>A Oyack, la zone industrielle de Bassa (Ziba) a longtemps été une fierté. La ziba est gérée depuis sa création en 1984 par la Mission d&rsquo;Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles(Magzi), un organisme de l&rsquo;Etat chargé de promouvoir et de gérer les zones industrielles.</p>
<p>La Ziba qui s&rsquo;étale sur une superficie de 150 hectares encadre près de 150 entreprises opérant dans des secteurs d’activité comme le sciage industriel, la métallurgie, le recyclage, la production. Les patrons d’entreprises ont créé il ya 5 ans l’Association des entreprises de la zone industrielle MAGZI Douala/Bassa dénommée « EZIMAD’ ».</p>
<p>L’une des missions de l’Association est de «diminuer les impacts environnementaux des entreprises  en les aidant à se mettre en conformité » avec la règlementation environnementale. The Museba Project a demandé au secrétaire permanent de l&rsquo;Association si les effets du recyclage des batteries au plomb sur les communautés riveraines préoccupe Ezimad.</p>
<p>«Ezimad repose sur le concept de symbiose industrielle qui comprend une approche plus globale des différents types de coopération industrielle », a déclaré Marcel Dimitri Beat dans un message électronique. Difficile à comprendre tout de même. Et lorsqu’une entreprise ne respecte pas la réglementation environnementale ? « Vous êtes sans ignorer que la plus grande arme pour impacter les gens est la sensibilisation», a conclu le secrétaire permanent de Ezimad, également expert en développement durable.</p>
<p>Si Ezimad ne le fait pas, des scientifiques s’intéressent aux conséquences des activités de recyclage des batteries au plomb.</p>
<p>Le 6 juillet 2023, des experts de OK International et du Centre de Recherche et d’Education pour le Développement (CREPD), ont prélevé des échantillons de sols sur une profondeur maximale de 3 centimètres près des barrières, à l&rsquo;intérieur et à l&rsquo;extérieur des usines de Ganesha Cameroon sarl, Metafrique Cameroun S.A et Kyzen Global sarl. Cette étude commandée par The Examination était nécessaire pour avoir des donnés factuelles sur l&rsquo;impact de cette industrie sur l&rsquo;environnement et la santé des populations, selon Dr Gilbert Kuepouo, géochimiste et directeur exécutif de CREPD, une ONG camerounaise qui promeut le développement durable par la gestion rationnelle des produits chimiques et des produits dangereux.</p>
<p>Il y avait  » un souci de fixer le fond chimique du plomb dans le sol », a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<figure id="attachment_3607" aria-describedby="caption-attachment-3607" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3607" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1707" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1536x1024.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-2048x1365.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-600x400.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-750x500.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb8-1140x760.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3607" class="wp-caption-text">Gilbert Kuepouo, (54) (C), docteur en géochimie et coordinateur du CREPD, délimite la zone de prélèvement des échantillons de sol à l&rsquo;usine Metafrique. Douala, 5 juillet 2023, Cameroun</figcaption></figure>
<p>&nbsp;</p>
<p>Le plomb est un métal hautement toxique qui produit une série d&rsquo;effets néfastes sur la santé, en particulier chez les jeunes enfants. Il est classé parmi les 10 substances chimiques les plus toxiques par l&rsquo;OMS qui ne lui reconnait aucun niveau d&rsquo;exposition qui ne soit sans danger sur la santé. Selon une étude récente, le plomb est responsable de plus de 5,5 millions de décès chaque année dans le monde.</p>
<p>Malgré sa nocivité, le plomb est présenté comme la clé de l&rsquo;avenir des énergies renouvelable, des transports, des télécommunications et même de l&rsquo;agriculture. Les batteries au plomb représentent plus de 90 % de la consommation mondiale de plomb et constituent l&rsquo;une des seules utilisations croissantes du plomb, disent les experts. Cela explique la chasse au plomb que mène l&rsquo;industries de recyclage des batteries usagées.</p>
<p>Temé Samba,  un citoyen malien âgé de 50 ans, est propriétaire d&rsquo;un point de collecte des batteries au plomb usagées situé au cœur de Bépanda, un quartier populeux de Douala. Il achète les batteries en fonction du voltage auprès de petits débrouillards, dit-il. Lorsque les stocks sont importants, Samba revend ces batteries par tonnage à des entreprises industrielles de recyclage parfois à plus de 60.000 FCFA($99) l&rsquo;unité.</p>
<p>« Ces entreprises nous délivrent des documents pour faciliter le transport des batteries jusqu&rsquo;à l&rsquo;usine », explique Samba debout devant une pile de batteries de divers marques. Il dit avoir gagné « un peu » d&rsquo;argent depuis 15 ans qu&rsquo;il est collecteur sans dévoiler les montants. Il est ce pendant conscient des conséquences de la manipulation des batteries au plomb sur la santé et a commencé à prendre des précautions longtemps à l&rsquo;avance .</p>
<p>« Quand je finis de travailler le soir, je me nettoie d’abord les mains avec de l’alcool avant de rentrer à la maison. Mes habits de travail, je les range dans un coin de mon magasin », dit Samba, père de 8 enfants. « Je me protège et je protège aussi ma femme et mes enfants parce que s’ils tombent malades,  personne ne va m’aider à les soigner ».</p>
<p>Les résultats de la recherche intitulée « Etude sur la contamination des sols dans les usines de recyclage des batteries au plomb à Douala au Cameroun » ont révélé que les niveaux de contamination de sol à l&rsquo;intérieur des trois usines montaient jusqu&rsquo;à 7,6 % , près des clôtures 15% et plus de 2% dans les usines.</p>
<p>L&rsquo;Agence de Protection de l&rsquo;Environnement des Etats-Unis, EPA en anglais, considère 0,08% comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels et 0, 04 % pour les sites résidentiels.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot avait plusieurs fois remarqué que le vent déposait des particules sur les feuilles de légumes et les meubles aux alentours. Mais, lorsque les fumées envahissaient les habitations, elle pensait faire du bien à ses enfants en les enfermant dans la maison.</p>
<p>« Je laissais les enfants dans la maison et je fermais la porte avant de partir parce que je ne supportais pas ces odeurs qui m&rsquo;intoxiquaient », dit Agathe. « Je me protège avec un cache-nez quand je vais acheter quelque chose ».</p>
<p>Les soucis d&rsquo;Agathe ont commencé quelques jours après la naissance de son fils Jules Merlin. « Il a un problème : il ne parle pas,  il a un retard de sortir les mots. Je me disais que peut être sa langue est collée mais on a dit qu’il n’y a rien », explique Agathe. « On m’a dit que s’il y avait de l’argent je devais l’inscrire à l’école et il pourra changer ».</p>
<p>L&rsquo;exposition à des niveaux excessifs de plomb peut provoquer des lésions cérébrales, affecter la croissance de l&rsquo;enfant, endommager les reins, nuire à l&rsquo;audition, provoquer des vomissements, des maux de tête et une perte d&rsquo;appétit, ainsi que des problèmes d&rsquo;apprentissage et de comportement, selon les experts. Les fœtus, les nourrissons et les enfants sont particulièrement vulnérables à l&rsquo;exposition au plomb par rapport aux adultes, car le plomb est plus facilement absorbé par les organismes en croissance. En outre, les tissus des jeunes enfants sont plus sensibles aux effets nocifs du plomb.</p>
<p>Agathe n&rsquo;est pas parvenue à envoyer l&rsquo;enfant à l&rsquo;école faute de moyens ; ses effets personnels sont entassés dans un coin de la salle de séjour d&rsquo;une bienfaitrice qui l&rsquo;héberge avec ses enfants. Agathe ne travaille pas, elle vit au dépends de son voisinage. « Les gens me viennent en aide. Ma voisine qui vend la nourriture me donne souvent à manger . La maman chez qui j’habite me nourrit également ».</p>
<h3><strong>« Il respire fortement »</strong></h3>
<p>Quelques semaines après sa naissance, sa fille Princesse était devenue une nouvelle source d&rsquo;inquiétude à cause de son état de santé. « Pour mon bébé Princesse, au lieu de prendre du poids, elle maigrit plutôt », raconte Agathe, en ajustant la casquette posée sur ses cheveux. « A l’hôpital, on a d&rsquo;abord dit que c’est la malnutrition. Plus tard, on a découvert à l’hôpital qu’elle avait l’infection pulmonaire ».</p>
<p>Après le traitement, Agathe dit avoir fait une radio qui a attesté que Princesse ne souffre plus d&rsquo;infection pulmonaire.</p>
<p>Kyzen Global sarl est une entreprise membre de Ezimad qui dispose d’une usine de recyclage des batteries au plomb située au carrefour Bana à proximité d’un bloc d’habitations clairsemées où vivent environ 2000 personnes.</p>
<p>Depuis juillet 2016, Kyzen a obtenu des autorités gouvernementales un permis environnemental qui donne la possibilité à cette entreprise contrôlée par des indiens d&rsquo;effectuer des opérations d&rsquo;import-export avec ses partenaires étrangers, en majorité d&rsquo;origine indienne. D’après les données de la douane camerounaise, une firme indienne a livré pour plusieurs dizaines de millions de FCFA des centaines de pièces du four rotatif et des sacs de filtration à Kyzen via le port de Kribi en 2021.</p>
<p>Sur le plan environnemental, les experts disent avoir trouvé des niveaux de plomb allant à 1,6 % à l&rsquo;usine, 15% au niveau de la clôture et ces experts parlent d&rsquo;une « contamination importante ».</p>
<p>« Christian souffre de problèmes respiratoires, quand ça commence, il respire fortement », explique Virginie en épluchant les pommes de terre près de son petit-fils de 9 mois profondément endormi.</p>
<figure id="attachment_3611" aria-describedby="caption-attachment-3611" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3611" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-2-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3611" class="wp-caption-text">Virginie Talom en compagnie de son petit fils et de son fils Christian( en blanc). Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Talom Virginie est tenante d&rsquo;un restaurant spécialisé dans la vente de mets locaux situé à une vingtaine de mètres de l&rsquo;usine de Kyzen. Deux des trois enfants de Virginie, Christian 14 ans et Stéphane 10 ans, ont régulièrement des problèmes de santé.</p>
<p>Virginie dit avoir fait des examens médicaux qui ont tous été négatifs. A l&rsquo;Hôpital, le personnel lui a expliqué que la voie respiratoire de Christian est « petite » mais devait s&rsquo;élargir au fur et à mesure que l&rsquo;enfant prendrait de l&rsquo;âge. Il n y a toujours pas de changement, dit-elle.</p>
<p>« Quand il tousse, il dit qu’il a mal aux côtes ».</p>
<p>Depuis deux mois, les narines de Stéphane coulent tous les matins, dit Virginie qui vit dans le bloc depuis 2008. « Quand c’est ainsi, je lui donne des médicaments et ça calme puis ça revient plus tard », explique Virginie. Elle dit qu&rsquo;elle nettoie plusieurs fois les ustensiles du restaurant souvent envahis par des particules provenant des fumées.</p>
<p>Les batteries au plomb contiennent de l&rsquo;acide sulfurique et de grandes quantités de plomb, fait savoir l&rsquo;EPA. L&rsquo;acide, est extrêmement corrosif, constitue un bon vecteur pour le plomb soluble et les particules de plomb. Si l&rsquo;acide s&rsquo;écoule sur le sol, il peut contaminer le sol, qui devient alors une source de particules de plomb à mesure que la solution se dessèche et que le plomb s&rsquo;incorpore aux particules de sol qui peuvent être soulevées par le passage des véhicules ou emportées par le vent.</p>
<p>Une autre riveraine, Liliane Judith, 33 ans, dit qu&rsquo;elle fait boire de temps à autre du lait non sucré à ses deux filles âgées de 4 et 7 ans qui souffrent de toux, de grippe et de vomissements.</p>
<h3><strong>L&rsquo;industrie qui apporte le développement nous tue</strong></h3>
<p>« Même la nuit, la fumée nous empêche d&rsquo;étudier à la maison et de dormir, ça me choque parce qu&rsquo;on doit avant tout préserver l&rsquo;environnement », se lamente Christian Tonang, élève en classe de terminale scientifique au Lycée d&rsquo;Oyack.</p>
<p>« La même industrie qui nous dit qu’elle apporte le développement et celle qui nous tue par la suite ».</p>
<p>Une partie de la population avait manifesté sa colère au moment où elle avait été déguerpie par les autorités pour que Kyzen s&rsquo;installe. Plus tard, plusieurs jeunes sans emploi avaient vu en l&rsquo;arrivée de Kyzen une occasion de sortir de la précarité mais ils ont changé d&rsquo;avis, dit Paul Siledjé, le chef du bloc 7.</p>
<p>« Ces jeunes gens ont abandonné à cause de la forte chaleur, la fumée toxique et les mauvaises conditions de travail », a dit Siledjé à The Museba Project au cours. « Ils travaillaient parfois pied-nu, sans masque de protection, sans casque ni gang, ils n’ont aucun équipement de protection individuelle, de sécurité et de suivi ».</p>
<p>Siledjé a dit qu&rsquo;il s&rsquo;est installé dans la localité il y a 30 ans et est devenu chef de bloc depuis 15 ans. Il dit que sa population se plaint de la fumée et d&rsquo;autres déchets en provenance de l&rsquo;usine de recyclage des batteries mais il leur dit qu&rsquo;il ne peut rien faire.</p>
<p>« Les eaux mélangées à de l’acide et du plomb qui sortent de l’usine coulent jusqu’au bas fond dans les marécages où jouent les petits enfants », a expliqué Siledjé.</p>
<p>Le chef du bloc dit avoir constitué une délégation de riverains qui a rencontré un responsable de Kyzen.</p>
<p>« Là-bas, le responsable nous a fait savoir qu’il a tous les papiers qui l’autorisent à s’installer dans cette zone », a déclaré Silédjé .  » Je n’ai aucun pouvoir pour leur dire de quitter ».</p>
<p>Kyzen Global sarl  n&rsquo;a pas repondu aux questions de The Museba Project malgré plusieurs relances.</p>
<p>Le Cameroun est connu comme étant l&rsquo;un des pays ayant un taux d&#8217;emploi faible en milieu urbain. Tous les jours, des chercheurs d&#8217;emploi sont prêts à faire les activités les plus incroyables dans les métropoles comme Douala pour gagner leur vie; mais quand il s&rsquo;agit de travailler dans une usine de recyclage de batteries  au plomb usagées, peu de monde est intéressé.</p>
<figure id="attachment_3605" aria-describedby="caption-attachment-3605" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3605" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1700" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1536x1020.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-2048x1360.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-600x399.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-750x498.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2023/12/plomb-1-1140x757.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3605" class="wp-caption-text">Liliane donne à manger à sa fillette qui souffre de troubles respiratoires. Douala, 22 novembre 2023.</figcaption></figure>
<p>Metafrique Cameroun, une autre usine de recyclage des batteries au plomb se trouve à environ 5oo mètres des installations de Kyzen. Les experts disent avoir prélevé un échantillon de sols dans la zone résidentielle d&rsquo;Oyack à proximité d&rsquo;une école, d&rsquo;un hôpital, des magasins d&rsquo;alimentation et avoir trouvé des niveaux de plomb 20 fois supérieurs à ce que l&rsquo;EPA considère comme une menace pour la santé publique.</p>
<p>« L&rsquo;échantillon de sol doit avoir été prélevé dans la zone de stockage des déchets de batteries. Si tel était le cas, l&rsquo;échantillon prélevé contiendrait 100 %, sans quoi je ne peux pas justifier d&rsquo;autres raisons », a déclaré Ahmed Jaber, le directeur général de Metafrique Cameroun dans une interview avec The Examination.</p>
<p>Metafrique Cameroun, titulaire d&rsquo;un permis environnemental obtenu des autorités en avril 2014, sous traite son activité de recyclage à une Pme camerounaise qui embauche et paie des ouvriers.</p>
<p>Arun Goswami qui est présenté dans les documents de la justice et de la zone franche industrielle comme le PDG de Metafrique Cameroun a dans une interview accordée à The Examination, déclaré que « ni moi ni ma famille ne détenons d&rsquo;actions dans les sociétés du groupe Metafrique, que ce soit directement ou indirectement ».</p>
<p>Mirabelle et Minette vendent de la nourriture dans les gargotes à une dizaine de mètres de l&rsquo;usine de Metafrique. Quand les émissions de fumées de l&rsquo;usine se font menaçantes,  elles protègent les narines avec des mouchoirs ou des cache-nez, disent-elles.  Après le restaurant,  ces mères de famille  regagnent leur domicile, accueillies par de petits enfants qui touchent leurs vêtements et ustensiles couverts de particules nocives.</p>
<p>« C&rsquo;est Dieu qui nous protège », dit Mirabelle. « On ne m&rsquo;a jamais dit que l&rsquo;enfant a telle maladie à cause de la fumée que j&rsquo;avale », dit Minette.</p>
<p>En 2013, l&rsquo;Association des journalistes africains pour l&rsquo;environnement(Ajafe) avait publié un rapport accusant Metafrique Cameroun d&rsquo;avoir rendu malades les employés et les résidents proches de l&rsquo;usine, en signalant des cas de toux, de nausées et d&rsquo;éruptions cutanées.</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas connaissance d&rsquo;un tel rapport. S&rsquo;il existe, il doit être faux et considéré comme de la propagande », a dit Ahmed Jaber à The Examination.</p>
<p>En 2018, un <a href="http://www.okinternational.org/docs/Lead%20Soil%207%20Countries%202018.pdf">article</a> scientifique a examiné la présence de plomb dans le sol à l&rsquo;intérieur et autour des usines de recyclage de batteries plomb-acide en Afrique. Metafrique Cameroun était l&rsquo;une des entreprises concernées.</p>
<p>Le sol testé à l&rsquo;extérieur de l&rsquo;usine Metafrique a donné le résultat le plus élevé au Cameroun et le troisième plus élevé en Afrique : 19 000 milligrammes de plomb par kilogramme. Ce résultat est près de 50 fois supérieur à ce que l&rsquo;EPA considère comme une valeur de référence pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les quartiers résidentiels.</p>
<p>Ahmed Jaber dit n&rsquo;avoir « aucune idée » de ce rapport.</p>
<p>Goswami a déclaré que « nous avons toujours respecté les normes locales et les exigences légales du pays dans lequel nous opérons ».</p>
<p>Le maire de la commune de Douala 3eme joint au téléphone n&rsquo;a pas souhaité répondre à The Museba Project. Un cadre de la cette mairie, qui n&rsquo;était pas autorisé à parler à la presse a toutefois indiqué sous anonymat « on croyait que ces entreprises opèrent en symbiose avec les populations, on ne savait pas qu&rsquo;il y avait des plaintes ».</p>
<p>Un matin frais de novembre 2023, Henriette est vêtue d&rsquo;un vieux polo à col roulé, d&rsquo;un pantalon noir avec des chaussures en plastique aux pieds. A coups de houe, elle désherbe son champ de « ndolé » d’un demi-hectare situé près d’un mur défraichi de l’usine de Ganesha Cameroon sarl, en pleine zone franche d’entreprise de Bonaberi, à l&rsquo;Ouest de la ville de Douala.</p>
<p>Au Cameroun, le « ndolé » est aussi populaire que le football.</p>
<p>Ce plat local fait à base des feuilles vertes de vernonia fait saliver du monde pour son goût exquis. Auparavant, le vernonia était cultivé sur de petites portions près des habitations villageoises pour la consommation familiale. Avec le temps, la demande croissante du ndolé même au delà des frontières nationales a obligé des cultivateurs comme Henriette a acquérir des espaces plus vastes pour accroitre l&rsquo;offre.</p>
<p>Pendant les vacances, cette sexagénaire emmène ses petits fils au champ pour travailler mais elle se retrouve toujours seule quelques heures plus tard.</p>
<p>« Chaque fois, les enfants se grattent les yeux et sont intoxiquées par les odeurs fortes. Leur maman a insisté que les enfants continuent de travailler en se protégeant avec des cache-nez mais à un moment, c&rsquo;était devenu insupportable, elle a décidé que les enfants et elle ne mettront plus pied au champ », dit Henriette d&rsquo;un air abattu.</p>
<p>Au cours de leur visite en juillet dernier, les experts disent avoir recueilli un échantillon de sol à l&rsquo;intérieur de l&rsquo;usine de Ganesha près du hangar principal et deux autres échantillons « composites » à environ 100 et 350 mètres de l&rsquo;usine, précisément dans les champs agricoles environnants comme celui de Henriette. Ils ont</p>
<p>Les champs agricoles situés jusqu&rsquo;à une distance de 100 mètres de l&rsquo;usine avaient une concentration de plomb plus de 70 fois plus élevés que la valeur de référence de l&rsquo;EPA pour l&rsquo;élimination des sols contaminés dans les sites résidentiels.</p>
<p>Une mauvaise nouvelle pour les petits enfants de Henriette car les concentrations supérieures à 0,008% sont considérés comme dangereuses pour les enfants, disent les experts.</p>
<p>Les petits enfants de Henriette souffrent de toux, de grippe, dit-elle.  Ils devraient faire des tests pour dépister le plomb et connaitre l&rsquo;ampleur de la contamination, conseillent les scientifiques qui rappellent que le plomb est une substance chimique très toxique pour l&rsquo;organisme humain même lorsqu&rsquo;il est de faibles doses.</p>
<h3><strong>La réglementation manquante</strong></h3>
<p>« La population n&rsquo;est pas informée sur les facteurs de risque de contamination au plomb et encore moins des manifestations cliniques », a déclaré Dr Irène Wagou Nintcheu qui fait savoir qu&rsquo;il faut en moyenne 30.000 f CFA pour effectuer un test de plombémie.  » Sur un long terme, l&rsquo;intoxication peut entrainer un retard de croissance staturo-pondéral, un déficit intellectuel, une anémie réfractaire ».</p>
<p>The Museba project a adressé à sa demande un questionnaire à Ganesha Cameroon qui n&rsquo;a plus réagi.</p>
<p>Le Cameroun ne dispose pas d&rsquo;une réglementation spécifique qui encadre l&rsquo;industrie du recyclage des batteries au plomb usagées.  La loi sur les établissements classés dangereux, insalubres ou incommodes dit que les établissements générateurs de pollution solides, liquides ou gazeuses comme les usines doivent procéder à l’auto surveillance de leurs rejets. Et sont assujettis au paiement de la taxe annuelle de la pollution lorsqu&rsquo;ils polluent l&rsquo;environnement.</p>
<p>« Ces industries profitent de la faiblesse ou absence du cadre juridique pour ne pas investir dans les technologies propres et équipements de contrôle de pollution appropriés » a déclaré Dr Kuepouo.</p>
<p>Contacté dans le cadre de cet article,  le ministre de l&rsquo;environnement n&rsquo;a pas fait de commentaire.</p>
<p>Les experts ont également relevé d&rsquo;autres insuffisances à la charge des entreprises de recyclage: l&rsquo;absence d&rsquo;une station de traitement des effluents, le transport des batteries vers l&rsquo;usine dans des camions ordinaires, le démontage manuel des batteries par des travailleurs sans équipement de protection personnel adéquat, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de gestion des flux de déchets dangereux, l&rsquo;absence d&rsquo;un système de ventilation ou de filtration de l&rsquo;air</p>
<p>« Il fautdrait qu&rsquo;on mette sur pied une commission chargée de faire du lobbying à l&rsquo;international pour contraindre ces entreprises à respecter les recommandations et rendre leur activité plus humaine », dit Alain Fréjus Ngompe, le directeur exécutif de Ajafe.</p>
<p>Agathe Ngo Nkot a perdu le sommeil à cause de ses enfants malades. Elle a perdu de vue son conjoint qui a « fui » après sa dernière grossesse. Maintenant, elle n&rsquo;a qu&rsquo;un souhait:  » que les fumées ne nous dérangent plus » .</p>
<p>Images: The Museba project et The Examination</p>
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		<title>La grande fraude aux réfugiés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 31 Dec 2022 16:39:41 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[corruption]]></category>
		<category><![CDATA[fraude]]></category>
		<category><![CDATA[HCR]]></category>
		<category><![CDATA[réfugiés]]></category>
		<category><![CDATA[reinstallation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>23 décembre 2022, 9 heures du matin. Une dizaine de personnes prennent part à la mise en bière de Sepamio Sylver à la morgue d&#8217;un hôpital de la capitale économique du Cameroun. La dépouille du réfugié centrafricain est revêtue d&#8217;un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon noir. Ses amis et connaissances, tous [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>23 décembre 2022, 9 heures du matin. Une dizaine de personnes prennent part à la mise en bière de Sepamio Sylver à la morgue d&rsquo;un hôpital de la capitale économique du Cameroun. La dépouille du réfugié centrafricain est revêtue d&rsquo;un costume noir, une chemise blanche et un nœud papillon noir. Ses amis et connaissances, tous en larmes, savaient que Silver vivait dans la précarité. Mais, s&rsquo;ils sont autant bouleversés, c&rsquo;est parce que le jeune homme de 31 ans n&rsquo;est pas mort des suites d&rsquo;une maladie ou d&rsquo;un accident. Il s&rsquo;est donné la mort après avoir longtemps attendu d&rsquo;être réinstallé dans un pays développé.</p>
<p>Dans la petite foule qui disait au revoir au défunt, il y avait Christophe, un homme qui sait pourtant transformer le rêve de voyager à l&rsquo;étranger en réalité. Christophe est membre d&rsquo;un gang qui recrute en toute discrétion des personnes de tous âges, leur établit des documents de voyage réservés aux réfugiés contre de fortes sommes d&rsquo;argent et leur trouve même un emploi décent dans un pays d&rsquo;Europe, d&rsquo;Amérique du Nord ou d&rsquo;Océanie.</p>
<p>Alors que cette pratique viole les principes directeurs du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés(HCR)concernant le service de réinstallation, un employé de la branche locale du HCR est présenté comme étant le cerveau de ce gang constitué également d&rsquo;éléments de la police camerounaise et de facilitateurs au ministère des relations extérieures, comme l&rsquo;a découvert un reporter du journal en ligne The Museba Project au cours d&rsquo;une enquête en immersion de plusieurs années.</p>
<p>Ce reporter de nationalité camerounaise s&rsquo;est fait passer pour un individu à la recherche d&rsquo;une opportunité de voyage. Le gang lui a indiqué qu&rsquo;il payera la somme de 2.500.000 FCFA($4000) pour toutes les prestations: changement de nationalité, choix du pays d&rsquo;accueil, délivrance d&rsquo;une carte de réfugié, d&rsquo;un passeport bleu, d&rsquo;un visa et offre d&rsquo;un emploi à Bratislava, la capitale de la Slovaquie en Europe de l&rsquo;Est, la destination finale du reporter. Le gang a d&rsquo;abord attribué la nationalité congolaise au reporter avant d&rsquo;évoquer la république centrafricaine parce que les réfugiés centrafricains ont plus de chance d&rsquo;entrer en Occident étant donné que leur pays est encore instable, selon le gang.</p>
<p>Le journaliste n&rsquo;était pas seul dans l&rsquo;aventure. Il a croisé un autre citoyen camerounais qui a changé de nom et de nationalité,  et que le gang s&rsquo;apprête à envoyer au Canada. Le reporter a également parlé à de faux réfugiés déjà installés en Occident après avoir utilisés le même réseau.</p>
<p>Plusieurs vrais réfugiés qui devraient bénéficier du service gratuit de réinstallation attendent désespérément. Pendant ce temps, le gang se fait jusqu&rsquo;à 10 millions de FCFA($16000) par famille et par voyage, au point qu&rsquo;un de ses membres a déclaré avec fierté:</p>
<p>« 80% de mes revenus proviennent de ce réseau ».</p>
<p>L&rsquo;Agence des Nations Unies pour les Réfugiés(Hcr) a été fondée en 1950 pour apporter de l&rsquo;aide humanitaire aux réfugiés européens de la deuxième guerre mondiale. En juillet 1951, une convention relative au statut de réfugié a été adoptée par l&rsquo;Assemblée générale dans le but de sceller cette décision. Mais, cette convention s&rsquo;est avérée limitée parce qu&rsquo;elle n&rsquo;a pas tenu compte de l&rsquo;apparition de nouveaux groupes de réfugiés à travers le monde.</p>
<p>En 1967, les nations sont revenues autour de la table en adossant un protocole à la convention, et en donnant au HCR la charge de promouvoir les deux accords internationaux sur la protection des réfugiés et de s&rsquo;assurer de leur application par les signataires. Depuis ce temps, 148 pays dans le monde partagent une même définition du réfugié:</p>
<p>« Toute personne qui craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité; et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ; ou qui, si elle n’a pas de nationalité et se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle à la suite de tels événements, ne peut ou, en raison de ladite crainte, ne veut y retourner ».</p>
<p>Le HCR sauve des vies et protège les réfugiés, selon ses principes directeurs. Toutefois, lorsque le rapatriement volontaire et l&rsquo;intégration locale du réfugié dans le pays d&rsquo;asile sont impossibles, le HCR fait une demande de réinstallation du réfugié dans un pays tiers pouvant lui garantir la sécurité.</p>
<p>Hamma Hamadou est un ancien diplomate nigérien ayant travaillé de 1996 à 2001 à Bruxelles où il entretenait des relations avec les organisations onusiennes. Il pense qu&rsquo;une attention particulière devrait être accordée aux personnes qui ont des difficultés en raison de leur origine, leur race, leur orientation sexuelle, etc.</p>
<p>« Ces personnes ont besoin d&rsquo;une protection décente de la part de tous les Etats dans la limite de leurs moyens et en relation avec le système des Nations Unies « , a déclaré Hamma Hamadou. « L&rsquo;humanité devrait constituer une seule communauté ».</p>
<p>Le programme de réinstallation ne s&rsquo;adresse pas à tout le monde. Les personnes concernées doivent au préalable être reconnues comme réfugiés par le HCR, selon l&rsquo;Agence des Nations Unies qui dit donner la priorité à la réinstallation des réfugiés « particulièrement vulnérables ».</p>
<p><strong>Suicide </strong></p>
<p>Sepamio Sylver espérait à tout moment être appelé par le HCR. Le temps passait, il prenait de l&rsquo;âge et n&rsquo;avait pas un emploi. Son père, Augustin Torote et lui, vivaient dans une maison construite en planches dans un quartier populeux de Douala. Manger à sa faim, payer le loyer ou se soigner étaient des défis quotidiens pour les deux hommes. Malgré tout, le jeune Sylver n&rsquo;a pas baissé les bras. Il a commencé à emprunter de l&rsquo;argent pour s&rsquo;acheter des bijoux, des lampes rechargeables et des accessoires de téléphone qu&rsquo;il vendait plus tard à la sauvette, raconte son père.</p>
<figure id="attachment_3509" aria-describedby="caption-attachment-3509" style="width: 809px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3509" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok.jpg" alt="" width="809" height="607" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok.jpg 448w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/cercueilok-300x225.jpg 300w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px" /><figcaption id="caption-attachment-3509" class="wp-caption-text">Le corps sans vie de Sylver dans le cercueil</figcaption></figure>
<p>Sylver avait cependant l&rsquo;air inquiet. « Lorsque je lui ai demandé s&rsquo;il doit quelque chose à quelqu&rsquo;un, il m&rsquo;a répondu : « papa, c&rsquo;est trop tard, tu me pardonnes » », dit Augustin Torote. Le jeune homme venait de prononcer ses derniers mots. Le dimanche 11 décembre 2022, Sylver s&rsquo;est pendu dans la maison familiale. Torote venait de perdre un de ses six enfants. Il a su plus tard que Sylver devait 900.000 Fcfa ($1450) à son fournisseur.</p>
<p>Après une mise en bière à l&rsquo;hôpital Nylon de Douala,  le jeune réfugié a été inhumé en Centrafrique. Torote a dit au revoir à son fils à la frontière, son statut ne lui permettant pas de rentrer dans son pays natal.</p>
<p>Je rencontre Torote deux jours après le suicide de Sylver. Pendant notre entretien, il fond en larmes à maintes reprises et avoue que ce drame ne serait pas arrivé si le HCR avait réinstallé ses enfants et lui dans un autre pays.</p>
<p>« Je demande comme pardon au HCR de jeter un coup d&rsquo;œil sur moi et les autres enfants qui sont encore en vie pour qu&rsquo;on essaie de sortir d&rsquo;ici »,  dit Torote en essuyant le visage avec un t-shirt noir. « Qu&rsquo;on nous mette parmi les gens qui vont partir dans n&rsquo;importe quel pays, on va se battre là bas. Perdre un enfant de 31 ans et rester encore ici, quand je tourne je vois son image, ça ne fait pas du bien ».</p>
<p>The Museba Project a parcouru une note d&rsquo;informations du HCR Cameroun datant de mai 2014. Le document donne des précisions sur la réinstallation des réfugiés qui devrait se dérouler en sept étapes. Quand le HCR soumet un cas au voyage, apprend-t-on, le pays de réinstallation mène sa propre enquête sur le réfugié. Si le réfugié est approuvé, le pays de réinstallation lui fait une visite médicale et un contrôle de sécurité.</p>
<p>« Le pays de réinstallation, et non le HCR, prend la décision finale », dit le document sur lequel il est mentionné que la vulnérabilité ne garantit pas la réinstallation.</p>
<p>« L&rsquo;identification d&rsquo;un réfugié étant particulièrement vulnérable ne veut pas forcement dire que ce réfugié est éligible pour la réinstallation ou même en besoin de réinstallation », précise la note d&rsquo;informations du HCR Cameroun. En clair, le HCR utilise désormais son pouvoir discrétionnaire pour choisir les réfugiés à réinstaller.</p>
<p>Le représentant du HCR au Cameroun a été sollicité dans le cadre de cette investigation. Il n&rsquo;a pas souhaité réagir aux questions de The Museba project à propos des étapes, des quotas par pays tiers et de la fraude liés à la réinstallation des réfugiés.</p>
<p>Torote Sepamio Augustin, 59 ans, était un conducteur de taxi à Bangui, capitale de la république centrafricaine. Un de ses frères était lieutenant d&rsquo;armée. Chaque matin, Torote prenait du plaisir à déposer les enfants de son frère à l&rsquo;école. En 2005, il est interpellé par des gendarmes envoyés , dit-il, par un neveu de François Bozizé,  président de la Centrafrique à cette époque .</p>
<p>« On disait que je sais où le lieutenant est parti parce que nous sommes de la même famille », raconte Torote qui disait aux gendarmes ne rien savoir sur la fuite de son frère. Il est emmené à la brigade de recherche pour être entendu mais les choses ne vont pas se passer comme les gendarmes avaient prévu.</p>
<p>« Il y avait un gendarme de la même ethnie que moi; il a compris que cette affaire n&rsquo;est pas bonne. A 23 heures, il m&rsquo;a appelé et il m&rsquo;a dit: je vais te donner de l&rsquo;argent puis je vais te demander d&rsquo;aller m&rsquo;acheter quelque chose, ne revient plus. C&rsquo;est comme ça que j&rsquo;ai pris fuite », se souvient Torote qui est ensuite passé par Berberati pour entrer à Garoua Boulai au Cameroun. Il dit qu&rsquo;il a retrouvé dans les bureaux du HCR à Douala son frère militaire qui avait fui la Centrafrique.</p>
<p>« On s&rsquo;est rencontré dans le bureau, on s&rsquo;est embrassé et j&rsquo;ai commencé à pleurer », raconte Torote. Il dit que son frère a été réinstallé en France et qu&rsquo;un certain Manga, employé du HCR lui a demandé d&rsquo;attendre son tour. « Pour moi, Manga m&rsquo;a dit ton affaire va s&rsquo;arranger; chaque fois que je passe le voir, il me dit c&rsquo;est en cours », ajoute Torote.</p>
<p><strong>Deux personnes avec la même identité</strong></p>
<p>Pendant que le réfugié centrafricain attendait d&rsquo;être appelé par le HCR pour sa réinstallation, il apprend qu&rsquo;un individu portant son nom complet a été réinstallé aux Etats-Unis.</p>
<p>Tout commence un matin nuageux de février 2015. Torote vient de se réveiller. Il est soucieux parce qu&rsquo;il vit des moments difficiles. Le réfugié se souvient qu&rsquo;il  avait rendu de bons services à un de ses amis qui vit depuis un moment aux Etats-Unis d&rsquo;Amérique. Il décide de lui demander une aide financière.</p>
<p>« Ici au Cameroun, il était technicien comme moi. Il est parti aux Etats-Unis. Il m&rsquo;aidait. De temps en temps, il m&rsquo;envoyait 30.000 FCFA($48) ou 20.000 FCFA($32). Il envoyait les photos. Il disait qu&rsquo;il faut toujours prier »</p>
<p>Au bout d&rsquo;un moment d&rsquo;échange,  l&rsquo;ami accepte une fois encore de faire un transfert d&rsquo;argent à Torote. Le réfugié est tout excité. Il réfléchit déjà à l&rsquo;utilisation de sa future petite fortune et ne se doute de rien.</p>
<p>Pourtant, son ami vient d&rsquo;apprendre une mauvaise nouvelle. La société de transfert lui a fait savoir qu&rsquo;un individu portant le même nom, Augustin Torote, vit déjà sur le sol américain. Comment la même personne peut-elle être à la fois aux Etats-Unis et au Cameroun, s&rsquo;interroge tout confus l&rsquo;ami de Torote. Il réussit à percer le mystère quand, plus tard, il rencontre l&rsquo;individu vivant aux Etats-Unis.</p>
<p>« Il a effectivement rencontré cet individu et a constaté que c&rsquo;est une personne différente qu&rsquo;il a en face de lui », dit le réfugié. Torote conclut que son identité a été vendue à quelqu&rsquo;un d&rsquo;autre et, sur le champ, il dirige ses soupçons vers Manga, l&#8217;employé du HCR avec qui il avait parlé de sa réinstallation.</p>
<p>« Quand il (l&rsquo;ami) m&rsquo;a fait part de cela, je lui ai dit que ce sont les manipulations de Manga », dit Torote. « C&rsquo;est lui qui gérait tous les dossiers, qui envoyait les gens(à l&rsquo;étranger, Ndlr) ».</p>
<p>Avec ce coup, Torote venait de perdre non seulement l&rsquo;argent qui devait lui permettre de résoudre ses problèmes ponctuels mais aussi son identité; ce qui réduisait ses chances d&rsquo;être réinstallé aux Etats-Unis d&rsquo;Amérique.</p>
<p>Mais, l&rsquo;affaire est allée plus loin. Les réfugiés ont adressé une lettre à Antonio Guterres, qui était au moment des faits le haut commissaire des nations unies en charge des réfugiés, pour dénoncer la vente des identités des réfugiés. La police suisse a ouvert une enquête sur le cas Augustin Torote.</p>
<p>« Un blanc et une dame m&rsquo;ont appelé; ils ont dit qu&rsquo;ils sont de la police de Genève »,  se souvient Torote. « Ils m&rsquo;ont demandé ce que je compte faire. J&rsquo;ai dit que tout ce que Dieu fait est bon; C&rsquo;est à eux là-bas de voir s&rsquo;ils peuvent rapatrier la personne qui a changé son nom ».</p>
<p>Mais, cette proposition a été classée par la police helvétique, dit Torote.</p>
<p>Plusieurs années après cet incident, Torote, encore sous le choc du décès de son fils, affirme que des camerounais ont l&rsquo;habitude de voyager avec des documents de réfugié.</p>
<p>« On a retrouvé 15 musulmans camerounais dans un voyage qui a eu lieu récemment », dit le réfugié.  » On a changé le système. Maintenant, quand vous arrivez il y a un comité qui vous accueille. On te demande en patois le nom de ton village en RCA. Si tu bégaies , on te met de côté. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;on a retrouvé quinze camerounais ».</p>
<p>Avant que le scandale sur son identité éclate, Torote était déjà membre du collectif des communautés des réfugiés de Douala(CCRD), une association qui regroupait environ 10000 réfugiés urbains de diverses nationalités. Le rôle du collectif était de porter ses doléances auprès du HCR et ses partenaires et de défendre les intérêts de ses membres. En peu de temps, le CCRD a recensé d&rsquo;autres cas de fraude sur les identités de réfugiés.</p>
<p>The Museba Project a obtenu une copie de la lettre du CCRD adressée à l&rsquo;inspecteur général du HCR en Suisse. Kalema Ngongo Jean Louis, son président, y relate les mésaventures de Kussu Bienvenu, un réfugié originaire de la République Démocratique du Congo, RDC.</p>
<p>Kussu était un candidat à la réinstallation au Canada. Il a passé avec succès les examens médicaux préludes au voyage, d&rsquo;après la lettre. Mais, le HCR lui a appris plus tard qu&rsquo;il ne pourra plus effectuer le déplacement parce qu&rsquo;il ne remplit pas les critères du pays d&rsquo;accueil, raconte Kalema. Kussu, qui était un médecin de formation, a décidé de voyager avec sa famille par ses propres moyens, d&rsquo;après le président du CCRD.</p>
<p>A son arrivée au Canada, Kussu apprend des services d&rsquo;immigration du Canada  qu&rsquo;  » une famille(a été) réinstallée à leurs lieux et places par les responsables du HCR Cameroun », dit Kalema, « &#8230; avec les mêmes identités que lui ainsi que ses trois enfants ». Malgré plusieurs tentatives, The Museba Project n&rsquo;a pu entrer en contact avec Kussu Bienvenu pour en savoir davantage.</p>
<p>The Museba Project a également sollicité les commentaires du HCR à Ottawa au Canada et à Washington aux Etats-Unis mais aucune des deux organisations n&rsquo;a répondu à nos questions.</p>
<p>Le choix du Canada et des Etats-Unis par le réseau de fraude pour réinstaller les faux refugiés n&rsquo;est pas anodin. Ces deux pays hébergent sur leur sol le plus grand nombre de refugiés réinstallés dans le monde devant l&rsquo;Europe et les pays nordiques, selon le site internet du <a href="https://www.unhcr.org/fr/reinstallation.html#:~:text=Dans%20de%20telles%20circonstances%2C%20le,%C3%A0%20terme%20une%20r%C3%A9sidence%20permanente.">HCR</a>. Le président américain Joe Biden a promis de faire réinstaller jusqu&rsquo;à 125 000 <a href="https://www.unhcr.org/fr/news/briefing/2021/9/6149c158a/hcr-salue-projet-gouvernement-americain-renforcer-reinstallation-refugies">nouveaux</a> réfugiés aux Etats-Unis en 2022.<strong> </strong></p>
<p>Au Cameroun, plusieurs personnes rêvent de s&rsquo;installer en Occident dans l&rsquo;espoir d&rsquo;améliorer leurs conditions de vie souvent déplorables. Certaines d&rsquo;entre elles, découragées par des échecs répétés d&rsquo;obtention de visa, abandonnent au bout de quelques essais. D&rsquo;autres, plus téméraires, finissent souvent leur aventure au fond de la méditerranée, un cimetière marin qui engloutit des centaines d&rsquo;êtres humains chaque année. Quand une opportunité d&rsquo;entrer légalement en Occident, comme celle du réseau de fraude, se présente, les personnes intéressées sont prêtes à dépenser sans compter pour que leur rêve devienne enfin une réalité.</p>
<p>Le président du CCRD dit avoir surpris à maintes reprises des camerounais, en possession des documents de réfugiés, qui s&rsquo;apprêtaient à voyager vers l&rsquo;Occident. Kalema a déclaré dans une lettre que les sommes d&rsquo;argent demandées aux nationaux pour voyager comme réfugiés varient entre 3 millions Cfa ($4900) et 10 millions de FCFA($16000) en fonction de la taille de la famille. Il avait alors commencé à donner de la voix.</p>
<p>« Nous demandons l&rsquo;envoi au Cameroun d&rsquo;une mission internationale pour enquêter sur la réinstallation de tous les réfugiés en provenance du Cameroun, de 2003 à 2015 pour les USA, le Canada, l&rsquo;Australie, les pays scandinaves&#8230; », a écrit Kalema. Le CCRD a envoyé ses plaintes aux autorités locales, au bureau de l&rsquo;inspecteur général du HCR à Genève et même à Antonio Guterres, actuel secrétaire général de l&rsquo;ONU, à l&rsquo;époque des faits haut commissaire des Nations Unies pour les réfugiés. Mais, rien n&rsquo;a changé, dit le CCRD.</p>
<p>Kalema a insisté à dire que « les faits sont réels et le réseau frauduleux de réinstallation des nationaux au détriment des réfugiés existe bel et bien ici au Cameroun ».</p>
<figure id="attachment_3512" aria-describedby="caption-attachment-3512" style="width: 809px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3512" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés.jpg" alt="" width="809" height="539" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés.jpg 500w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/camp-refugiés-300x200.jpg 300w" sizes="(max-width: 809px) 100vw, 809px" /><figcaption id="caption-attachment-3512" class="wp-caption-text">Un camp de réfugiés</figcaption></figure>
<p><strong>Comment fonctionne la fraude</strong></p>
<p>Comme les cris des réfugiés devenaient perçants à travers des documents et leurs témoignages, j&rsquo;ai voulu savoir si les identités des réfugiés continuent d&rsquo;être vendues à des nationaux au Cameroun. Si c&rsquo;est le cas, comment fonctionne cette vaste fraude aux réfugiés, à qui profite-t-elle et pourquoi devrions-nous nous en soucier ?</p>
<p>D&rsquo;après mon observation et les témoignages des victimes, le  commerce lucratif des identités de réfugiés commence presque toujours par le même bout: un employé du HCR découvre une faille dans le système de réinstallation des réfugiés. Avec l&rsquo;aide de collègues consentants, il monte un réseau de recrutement de personnes voulant voyager en Occident comme réfugiés. Comme il doit éviter de se montrer, cet employé fait la passe à un réfugié de confiance chargé de contacter les personnes intéressées.</p>
<p>Puis, l&#8217;employé complète les instructions en indiquant au réfugié démarcheur les frais à payer par candidat, le pourcentage des commissions, les délais de traitement du dossier et si possible les soutiens cachés du réseau au sein de l&rsquo;administration publique locale.</p>
<p>A son tour, le réfugié fait équipe avec un ou plusieurs autres réfugiés. Le but est de ratisser large tout en évitant une fuite, le pire adversaire du réseau. Toutes précautions prises, l&rsquo;équipe enclenche le processus de recrutement qui s&rsquo;achève en général par une bonne nouvelle: la réinstallation d&rsquo;un faux réfugié en Europe, en Australie, aux Etats-Unis ou au Canada.</p>
<p>« Nous avons les vrais réfugiés qui vont être confrontés  à une difficulté étant entendu que les faux réfugiés vont faire un usage frauduleux des procédures et des mécanismes », a déclaré Hamma Hamadou.</p>
<p>« En fait,  le principal risque est que ça va mettre un doute dans la tête des pays qui accueillent ces réfugiés et qui sont en relation avec le haut commissariat aux réfugiés », a t-il ajouté.</p>
<p>L&rsquo;histoire sur la vente des identités des réfugiés étant d&rsquo;un intérêt public, la seule façon de me faire ma propre opinion sur ce qui se passe réellement était d&rsquo;infiltrer le réseau de  fraude comme candidat à l&rsquo;immigration. Sur le chemin qui mène à la vérité, il fallait financièrement motiver le réseau pour qu&rsquo;il explique le fonctionnement de la machine de fraude.</p>
<p>J&rsquo;ai soumis certains documents personnels au réseau. Ma profession était inscrite sur ma carte nationale d&rsquo;identité et j&rsquo;étais déjà détenteur d&rsquo;un passeport ordinaire. Mais, le réseau n&rsquo;a pas prêté attention à ces détails, peut-être parce que beaucoup de journalistes locaux cherchent aussi à fuir la précarité dans laquelle ils se trouvent.</p>
<p>La décision de mener une enquête en immersion ne suffisait pas pour arriver jusqu&rsquo;au cœur du réseau. Il me fallait trouver un réfugié qui avait une parfaite maîtrise de la situation. Par l&rsquo;entremise d&rsquo;une source de longue date, je fais la connaissance de Jean François Missengui, un réfugié congolais âgé d&rsquo;une cinquantaine d&rsquo;années. Il venait d&rsquo;abandonner son poste de secrétaire général du CCRD parce que, dit-il, il a découvert que les réfugiés étaient victimes d&rsquo;abus graves y compris la vente de leurs identités.</p>
<p>« C&rsquo;est criminel ce qui se passe contre les réfugiés, je vais dénoncer ces individus », me dit jean François dès notre première rencontre.  » Avec cette fraude, il est possible qu&rsquo;un terroriste entre facilement en Occident ».</p>
<p>Jean François m&rsquo;avoue qu&rsquo;il ne connait pas les personnes qui constituent le réseau. Il accepte cependant de faire équipe avec moi pour trouver les réfugiés qui travaillent pour le réseau. C&rsquo;était le premier objectif à atteindre avant d&rsquo;espérer aller plus loin. Un jour, alors que nous sommes entrain de réfléchir sur la stratégie à retenir, Jean François me raconte, d&rsquo;une voix grave, l&rsquo;histoire de sa fuite du Congo, son pays natal.</p>
<p>Décembre 1998. Jean François habite Brazzaville lorsque la guerre éclate entre l&rsquo;armée congolaise et les rebelles « Ninja » du pasteur Ntumi. Jean François, originaire du même département que Ntumi, est soupçonné d&rsquo;être un Ninja. Il est traqué par les forces de sécurité congolaises. Il subit intimidations et menaces à répétition.</p>
<p>« Je ne pouvais plus supporter cette situation », dit Jean François. « j&rsquo;ai décidé de fuir vers le nord jusqu&rsquo;à Ouesso à la frontière avec le Cameroun ».</p>
<p>Mais, la fuite sera de courte durée. Jean François est interpellé en chemin par les troupes d&rsquo;un colonel de l&rsquo;armée.</p>
<p>« Ce colonel me dit que, selon ses informations, le Cameroun et la République Démocratique du Congo constituent des bases arrières utilisées par les Ninjas pour attaquer le Congo et il refuse de me laisser passer », raconte Jean François. Il dit que sa carte d&rsquo;identité lui ayant été retirée, il a été contraint de monnayer pour obtenir un laissez passer et continuer le voyage.</p>
<p>En février 1999, Jean François entre au Cameroun par Socambo, un village de la région de l&rsquo;Est, proche de la frontière. Il fait la connaissance d&rsquo;autres citoyens congolais en fuite. Le 20 mars de la même année, Jean François arrive à Douala à bord d&rsquo;un bus. Un an plus tard, il dépose une demande d&rsquo;asile au HCR.</p>
<p>A peine arrivé, le congolais fait déjà parler de lui. En 2001, il est le chef de file d&rsquo;un groupe de réfugiés qui écrit au secrétaire général des Nations Unies. La lettre dénonce les mauvais traitements de certains personnels du HCR vis à vis des réfugiés tels que le mépris, l&rsquo;opacité et la fraude. Un conseil juridique du HCR est dépêché pour rencontrer le groupe de réfugiés mécontents. Il promet d&rsquo;acheminer leurs doléances à sa hiérarchie puis  il dit :</p>
<p>« Quand vous écrivez, faites attention car certaines personnes ont perdu leurs vies à cause du stylo, en tout cas, une copie de votre lettre est envoyée aux autorités de votre pays d&rsquo;origine », se souvient Jean François.</p>
<p>Cette phrase fait son effet. Certains réfugiés abandonnent le projet de dénonciation. Jean François, lui, ne se décourage pas. Il devient plus tard le secrétaire du CCRD.</p>
<p>En décembre 2018, il reçoit un coup de fil du HCR qui lui demande de se faire enrôler pour une réinstallation aux Etats-Unis. Son épouse et lui passent les entretiens préliminaires.  Depuis ce temps, Jean François n&rsquo;a ni été réinstallé ni été informé d&rsquo;un quelconque rejet de son dossier, dit-il.</p>
<p>« Je veux voir ces réfugiés, qui ont tout perdu, qui ont fuit les conflits et les règlements de compte, refaire leurs vies dans la dignité », me dit jean François lorsque je lui demande ce qui motive son combat contre la fraude.</p>
<p>« Je suis sensible à ça. Voilà pourquoi j&rsquo;ai pris mon courage à deux mains pour dénoncer ces mauvaises pratiques ».</p>
<p>Mon premier contact avec le réseau se fait un début de soirée à Douala . Jean François et moi rencontrons Christophe, un réfugié centrafricain. (Celui qui a assisté à la mise en bière de Sepamio Sylver, Ndlr).</p>
<p>« Quand vous avez appelé, j&rsquo;avais peur que peut-être c&rsquo;est une enquête qui commence »,  dit avec un sourire gras Christophe en posant le doigt sur ses lunettes claires . »Comme je suis défenseur des Droits de l&rsquo;homme le réseau a peur que je retourne les preuves que je détiens contre lui ».</p>
<p>Quelques jours auparavant, Christophe, âgé d&rsquo;une quarantaine d&rsquo;années, avait appris au téléphone que je suis un candidat potentiel au voyage. Il s&rsquo;est empressé de venir en personne m&rsquo;expliquer comment ça marche.</p>
<p>« Ce qu&rsquo;il faut savoir, c&rsquo;est que c&rsquo;est le réseau des réfugiés; c&rsquo;est un personnel du service juridique au HCR qui est à la tête de ce réseau », déclare Christophe qui ajoute que ce personnel ne veut pas se faire connaitre. « Le HCR est une organisation internationale et la moindre fuite, c&rsquo;est ta carrière, ta famille qui est en jeu. »</p>
<p>« Ce personnel a donc tissé des relations avec certains réfugiés qui font les affaires. Quand le visa arrive et qu&rsquo;il constate que le réfugié (bénéficiaire, ndlr) ne peut pas voyager ou n&rsquo;est pas prêt, il vend ce visa », dit Christophe.</p>
<p>Ce réfugié centrafricain me dit que le réseau a réussi à faire voyager trois camerounais pour les Etats-Unis d&rsquo;Amérique en vendant les visa des réfugiés. Mais,  ces  camerounais ont été interpellés sur le sol américain, dit-il.</p>
<p>« A leur arrivée, l&rsquo;ambassadeur de la Centrafrique les accueille et les conduit à l&rsquo;ambassade mais quand il leur parle le Sango (langue nationale en Centrafrique, Ndlr), personne ne répond », raconte Christophe. « Voilà comment il s&rsquo;est rendu compte qu&rsquo;on avait donné le visa à des personnes étrangères ».</p>
<p>La réinstallation se déroule en sept étapes, selon le HCR. Lorsque le cas du réfugié est soumis, les autorités du pays de réinstallation s&rsquo;entretiennent avec lui et font une évaluation du cas. La décision est remise au réfugié par les mêmes autorités. L&rsquo;Organisation Internationale pour les Migrations(OIM)organise l&rsquo;examen médical du réfugié après un contrôle de sécurité. Ensuite, l&rsquo;OIM ou le pays de réinstallation organise une orientation culturelle et le voyage.</p>
<p>Le réseau, lui, épargne ses candidats de ce long processus.</p>
<p>Christophe dit que cet échec a fait que le réseau change de stratégie. Il évoque pour la première fois depuis le début de notre conversation le nom du personnel du HCR en question.  » Il est au service juridique, monsieur Ateba;  il travaille avec une équipe pour ça. »Christophe dit qu&rsquo;il travaille pour Adèle, une réfugiée basée à Yaoundé, née d&rsquo;un père congolais et d&rsquo;une mère centrafricaine. Christophe déclare que Adèle à son tour travaille pour Jean Paul Ateba en service au HCR.</p>
<p> » Ce personnel a dit à notre sœur (Adele) si vous avez des gens qui ont leur argent on va leur donner un visa avec garantie d&rsquo;une association humanitaire qui vous prend en charge pendant un mois », raconte le réfugié. Christophe me dit qu&rsquo;il est chargé de convaincre les personnes qui veulent voyager comme réfugiés pour s&rsquo;installer en Occident. Ensuite, il met le candidat en contact avec Adèle et sa mission s&rsquo;arrête à ce niveau, dit-il. Le réseau, dit-il, demande à chaque candidat de payer la somme de 1.500.000 FCFA( $2400).</p>
<p>« La bonne nouvelle est que pour t&rsquo;engager tu paies la moitié de cette somme et quand on te remet tous tes documents de voyage, tu paies le reste d&rsquo;argent », se réjouit Christophe. Il dit que ATEBA n&rsquo;est pas seul dans le coup. Lorsque le candidat paie, déclare le réfugié, il distribue cet argent à des collègues qui l&rsquo;aident dans l&rsquo;opération.</p>
<p>« Le premier versement de 750.000 FCFA($1200) qu&rsquo;il prend, c&rsquo;est pour partager avec ses relations qui l&rsquo;aident: toi tu interviens ici, voici ta part, etc. Il donne à chacun sa part ».</p>
<p>Christophe me montre des documents officiels de nationaux camerounais qui auraient fraîchement voyagé comme des réfugiés centrafricains pour s&rsquo;installer au Canada, aux États-Unis, en Norvège, en Espagne et en France. Il déclare ensuite qu&rsquo;un candidat peut  voyager avec son nom lorsque celui-ci se rapproche d&rsquo;un nom centrafricain. Mais lorsque le nom fait référence à certaines localités du Cameroun, le réseau fait établir au candidat un certificat de nationalité centrafricaine puis lui attribue un nom de famille qui renvoie à la Centrafrique et la procédure de réinstallation peut commencer, dit Christophe.</p>
<p>Dans les deux cas, le candidat obtient une carte de réfugié et un passeport bleu (celui des réfugiés) avec visa. « C&rsquo;est un réseau très fermé, ça dépasse même mon entendement; moi, je joue mon rôle d&rsquo;intermédiaire et je m&rsquo;arrête là, je ne veux même pas savoir comment ça se passe là-bas devant », dit Christophe. Je prends son numéro de téléphone et promet de le contacter plus tard.</p>
<p><strong>Adèle, la plaque tournante du gang</strong></p>
<p>Les derniers propos de Christophe me donnent encore envie de découvrir  ce « réseau très fermé ». Je comprends qu&rsquo;il m&rsquo;a donné ce qu&rsquo;il détenait comme informations et je décide de ne plus le contacter.  Jean François et moi parvenons à avoir le numéro de téléphone de Adèle auprès d&rsquo;autres réfugiés. Coup de grâce, Adèle s&rsquo;exprime bien en lingala, la langue maternelle de Jean François. Au téléphone, à plusieurs reprises, Adèle est intarissable lorsqu&rsquo;elle parle du réseau et de ses avantages. Nous décidons d&rsquo;aller à Yaoundé pour rencontrer Adèle.</p>
<figure id="attachment_3510" aria-describedby="caption-attachment-3510" style="width: 783px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3510" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk.jpg" alt="" width="783" height="696" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk.jpg 378w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/adeleokk-300x267.jpg 300w" sizes="(max-width: 783px) 100vw, 783px" /><figcaption id="caption-attachment-3510" class="wp-caption-text">Adele. La dame à tout faire du réseau</figcaption></figure>
<p>Adèle est une dame de courte taille et de teint chocolat. Vu de près, elle serait dans la cinquantaine. Elle était tirée à quatre épingles et a choisi de me recevoir dans une buvette de fortune loin des regards curieux. « C&rsquo;est un réseau sûr, il ne faut pas avoir peur », me rassure Adèle. « J&rsquo;ai  fait voyager deux de mes enfants avec ce réseau, le troisième vit avec moi il partira bientôt ». Adèle dit que le réseau est patronné par Ateba. Ce dernier est secondé par un certain Mvondo qui travaille aussi au HCR, dit-elle.</p>
<p>Après ce discours d&rsquo;accueil, il était temps de donner la première tranche de la somme totale, soit 750.000 FCFA($1200).</p>
<p>« Les temps sont durs, si on peut aider les jeunes comme toi à voyager pour aller se battre et que nous aussi on gagne quelque chose, ça fait plaisir », dit Adèle d&rsquo;une voix douce.</p>
<p>Plus tard, Adèle me fait voir la photo d&rsquo;un jeune homme qu&rsquo;elle dit être basé en Turquie après avoir voyagé du Cameroun grâce au réseau. Jean François et moi réussissons, grâce à nos recherches, à contacter un autre camerounais vivant en France. Il affirme avoir été aidé par Adèle et sa bande.</p>
<p>« J&rsquo;avais peur au départ mais je me suis dit que je n&rsquo;ai rien à perdre puisque c&rsquo;est difficile au pays », dit le jeune homme au téléphone. »J&rsquo;ai donné l&rsquo;argent à une dame, c&rsquo;est elle qui a tout fait ».</p>
<p>Quelques mois sont passés. Adèle me recontacte pour demander de fournir au réseau certains de mes documents officiels en vue de l&rsquo;établissement de mon passeport bleu. Elle dit que le réseau a choisi de m&rsquo;envoyer à Bratislava, la capitale de la Slovaquie, avec un emploi en bonus. Mais, dit-elle, si je ne suis pas d&rsquo;accord, le réseau va me trouver un autre pays. Je maintiens le choix de la Slovaquie.</p>
<p>« On t&rsquo;a donné la nationalité du Congo Brazzaville mais tu ne vas pas te présenter au HCR pour les formalités, on saura que tu n&rsquo;as l&rsquo;accent congolais », me dit Adèle. Plus tard, Adèle m&rsquo;apprend que le réseau m&rsquo;a attribué une nouvelle nationalité. « C&rsquo;est mieux que tu portes la nationalité centrafricaine. C&rsquo;est ça qui passe facilement. Comme le pays là est encore en guerre, les blancs préfèrent les réfugiés qui viennent de là », dit Adèle.</p>
<p>Pendant des mois, j&rsquo;enregistre des conversations audio et vidéos avec le réseau. A chaque fois, Adèle me rend compte des avis de Ateba, de Mvondo et même d&rsquo;une certaine Gladys qui travaillerait aussi pour le HCR. The Museba Project n&rsquo;a pas été en mesure de confirmer que Mvondo et Gladys sont des employés du HCR.</p>
<p>Le réseau va changer de règles en cours de jeu. D&rsquo;après Adèle, Ateba a dit que je vais plutôt payer 2.500.000 FCFA($4000) pour obtenir  la carte de réfugié, le passeport, le visa et un emploi en Slovaquie.</p>
<p>« Si tu trouves ce montant élevé, on maintient la somme de 1.500.000 FCFA mais dès que le passeport est délivré, on te le donne et tu voyages à tes propres frais », me dit Adèle. A ce stade, impossible de reculer. J&rsquo;accepte la proposition.</p>
<p>Adèle appelle affectueusement Mvondo « monsieur le maire ». C&rsquo;est un homme rond de courte taille et de teint clair. Il s&rsquo;est illustré lorsque le réseau a réclamé une nouvelle somme d&rsquo;argent. S&rsquo;adressant à Jean François, Mvondo a déclaré: « Si tu as d&rsquo;autres personnes intéressées, il faut nous les amener, tu vas gagner quelque chose; moi, 80% de mes revenus proviennent de ce réseau ».</p>
<p><strong>Dieudonné ou l&rsquo;onction de la police</strong></p>
<p>Peu de temps après, Adèle me demande de venir à Yaoundé pour un rendez-vous au service des passeports. La veille du jour dit, je croise Adèle avec à ses cotés un homme. Elle fait les présentations: « C&rsquo;est la première fois que vous vous rencontrez? vous irez ensemble demain au service de passeports », dit Adèle en tournant le regard vers le bonhomme à la membrure puissante.</p>
<p>Kemayou est son nom camerounais. Mais, lorsqu&rsquo;il est entré en contact avec le réseau, tout a changé ou presque, me dit-il. Il a la nationalité centrafricaine et un nom centrafricain. Le Canada est sa destination finale.  » J&rsquo;avais déjà fait le passeport mais il y a eu une erreur c&rsquo;est pourquoi je vais repasser là-bas demain », m&rsquo;explique Kemayou.</p>
<p>La présence de Kemayou me rassure d&rsquo;une part que le réseau est vraiment à l&rsquo;œuvre et d&rsquo;autre part que je peux m&rsquo;arrêter à ce niveau pour suivre l&rsquo;évolution du dossier de ce dernier. Mais, il fallait d&rsquo;abord laisser passer l&rsquo;étape du passeport.</p>
<p>Le lendemain matin, Mvondo, Adèle, Jean François, Kemayou et moi, nous nous retrouvons dans un jardin public  à Yaoundé. Soudain, un homme de teint clair apparaît. C&rsquo;est Dieudonné, il est policier. Adèle lui dit que Kemayou et moi sommes les deux candidats pour le passeport. « Monsieur Ateba t&rsquo;a déjà donné quelque chose, non? donc, tu t&rsquo;occupes bien d&rsquo;eux », dit Adele à Dieudonné. Adèle dit que Dieudonné est l&rsquo;un des membres du réseau au sein de la police. Elle ajoute que le réseau a aussi des « facilitateurs » au ministère des relations extérieures.</p>
<figure id="attachment_3511" aria-describedby="caption-attachment-3511" style="width: 798px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-3511" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk.jpg" alt="" width="798" height="358" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk.jpg 448w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/12/dieudonné-et-Mvondookk-300x135.jpg 300w" sizes="(max-width: 798px) 100vw, 798px" /><figcaption id="caption-attachment-3511" class="wp-caption-text">Dieudonné(à gauche) et Mvondo.</figcaption></figure>
<p>Après un moment d&rsquo;échange entre Mvondo, Adèle et Dieudonné, il a été décidé que je passe en premier. Kemayou va attendre.</p>
<p>Dieudonné et moi traversons la route. A l&rsquo;entrée du service des passeports, les policiers à la guérite reconnaissent Dieudonné et nous laissent continuer. A l&rsquo;intérieur, plusieurs usagers sont assis sur de longs bancs. Le ballet des policiers en uniforme et en civil est incessant. Mon cœur  commence à battre très fort. Le risque est élevé. Le moindre faux geste à ce niveau pourrait déboucher sur l&rsquo;irréparable. J&rsquo;ai envie, à un moment, de sortir de cette enceinte. Mais quand je pense aux victimes de cette fraude, je reprends mes forces.</p>
<p>Dieudonné me conduit auprès de Ambassa, un de ses collègues chargé d&rsquo;aider les candidats à remplir les formulaires de demande de passeport puis il disparaît. A la question de savoir si je suis déjà détenteur d&rsquo;un passeport, je ne sais quoi dire. Le réseau ne m&rsquo;a pas dit s&rsquo;il fallait répondre par oui ou par non. Ambassa est surpris de mon hésitation. « Tu connais Dieudonné? C&rsquo;est qui pour toi », me demande t-il. Je lui réponds que c&rsquo;est un ami de la famille. Je lui demande s&rsquo;il peut appeler Dieudonné. Ce qu&rsquo;il fait sans hésiter. Quelques instants plus loin, Dieudonné arrive tout anxieux comme s&rsquo;il redoutait quelque incident. Il me dit de cocher la case « non ».</p>
<p><strong>Ateba, Mvondo, Kemayou: le silence fait le bonheur</strong></p>
<p>Ambassa avait t-il  connaissance de l&rsquo;existence du réseau? Je n&rsquo;en sais rien. Dieudonné, lui, était au courant de Ateba. Adèle lui rappelle d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;il a reçu une somme d&rsquo;argent de Ateba pour traiter mon cas. A maintes reprises, j&rsquo;ai demandé à rencontrer Ateba, mais Adèle s&rsquo;y est toujours opposée.</p>
<p>« Monsieur Ateba sera là à la fin pour te remettre les documents de voyage », disait-elle toujours.</p>
<p>Je décide d&rsquo;arrêter mon parcours avec le réseau à ce niveau. Et de suivre à distance l&rsquo;avancement du dossier de Kemayou.</p>
<p>A Douala,  Kemayou passe le gros de son temps dans sa petite boutique chichement achalandée en denrées alimentaires. Kemayou est marié et père de cinq enfants. Son premier contact avec le réseau remonte à quelques années . « Un jour, un grand ami qui savait que j&rsquo;avais envie de voyager m&rsquo;a présenté le réseau d&rsquo;Adèle. Il m&rsquo;a dit que son cousin est passé par là pour entrer en Europe. C&rsquo;est cet ami qui me met en contact avec Adèle », me raconte Kemayou.</p>
<p>Le bonhomme brûlait en effet d&rsquo;envie de quitter le Cameroun. Sa dernière tentative devait le conduire en Australie, mais il n&rsquo;a pu obtenir un visa, dit-il. « J&rsquo;avais payé cher pour qu&rsquo;on me fasse passer pour un défenseur des Droits de l&rsquo;Homme qui assistait à un séminaire mais à la fin, le visa m&rsquo;a été refusé ».</p>
<p>Les choses avancent vite avec Adèle. Le réseau a demandé à Kemayou de payer la somme de 2.500.000 FCFA($4000), il a déjà versé la moitié, dit-il. Kemayou me dit qu&rsquo;il est en possession d&rsquo;une carte de réfugié centrafricain et qu&rsquo;il n&rsquo;attend plus que la sortie de son passeport pour s&rsquo;installer au Canada avec sa petite famille.</p>
<p>« C&rsquo;est un réseau qui marche mais il est un peu lent, tu dois seulement être patient », dit Kemayou. Je lui demande s&rsquo;il a rencontré Ateba depuis qu&rsquo;il flirte avec le réseau. Il me dit qu&rsquo;à un moment il commençait à perdre patience et comme chaque fois Adèle lui disait que Ateba a demandé d&rsquo;attendre, il a décidé d&rsquo;aller rencontrer Ateba pour se rassurer, dit-il. Le faux réfugié s&rsquo;est rendu dans les locaux du HCR à Yaoundé à l&rsquo;insu d&rsquo;Adèle.</p>
<p>« On m&rsquo;a montré le bureau de Ateba. Je lui ai dit que je viens de la part d&rsquo;Adèle par rapport à mon dossier. Il m&rsquo;a expliqué que vraiment ça ne dépend pas d&rsquo;eux. Ils font juste une demande, tant que le Canada ne donne pas l&rsquo;accord ils ne peuvent rien, parce que quand vous partez là bas, vous entrez dans le centre des réfugiés », raconte Kemayou.</p>
<p>Kemayou dit avoir rencontré Mvondo dans le bureau de Ateba lors de sa visite.  » Il y avait deux tables dans cette salle, celle de Monsieur Ateba et celle d&rsquo;un autre monsieur qui était assis. Je ne le connaissais pas. C&rsquo;est quand je l&rsquo;ai vu un autre jour avec Adèle que j&rsquo;ai su que c&rsquo;est lui qu&rsquo;on appelle « monsieur le maire ».</p>
<p>Comme Mvondo et Ateba, Kemayou parle peu. Mais, tous ont deux choses en commun avec Adele: l&rsquo;amour de l&rsquo;argent facile et la peur d&rsquo;être dénoncés. Au détour d&rsquo;une conversation, Adèle me raconte la mésaventure de certains camerounais de la partie anglophone qui auraient été récemment interpellés en Australie avec des documents de réfugiés. Rapatriés au Cameroun, ils ont été mis en détention avec leur complice, une employée du HCR qui aurait fait d&rsquo;eux des réfugiés.</p>
<p>The Museba Project a contacté Jean Paul Ateba en service au HCR à Yaoundé pour solliciter son commentaire à propos des allégations de Kemayou et les accusations de complicité de fraude. Il n&rsquo;a pas réagi jusqu&rsquo;au moment de la publication de cette investigation.</p>
<p>« Si les gens s&rsquo;amusent à créer ce genre de trafic, ils mettent en danger l&rsquo;ensemble du processus de protection des personnes qui ont besoin d&rsquo;une véritable protection des Nations Unies, voilà le sujet »,  a déclaré Hamma Hamadou.  L&rsquo;ancien diplomate ajoute: « Ce n&rsquo;est ni bon pour les pays d&rsquo;où ils partent ni bon pour le système global d&rsquo;accueil des réfugiés « .</p>
<p>La vente des identités des réfugiés est une réalité. Torote, Jean François, Kalema et leurs familles ne seront peut-être jamais réinstallés . Mais, l&rsquo;histoire retiendra qu&rsquo;ils ont eu le courage de dénoncer une injustice grave, le courage d&rsquo;alerter leurs semblables.  A temps.</p>
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		<title>Bois: sur la trace des ventes de coupe déclarées caduques qui n&#8217;existaient réellement pas</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 23 Nov 2022 19:55:28 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[bois]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C&rsquo;était le 16 mars 2021. Le ministre camerounais des forêts a pris une décision constatant la caducité de cinquantaine sept ventes de coupe dans le domaine national, « en raison du dépassement de leur période de validité ».</p>
<p>Une vente de coupe est une parcelle de terrain que l&rsquo;Etat met à la disposition d&rsquo;une société privée qui dispose des capacités financières, administratives et techniques pour l&rsquo;exploitation pendant une durée de trois ans qui peut être renouvelée, a indiqué Ebenezer Ekwalla Dit Toube, ancien brigadier en chef de l&rsquo;unité centrale au ministère des forêts.</p>
<p>« Cette parcelle ne dépasse pas 2500 hectares », a précisé le fonctionnaire à la retraite.</p>
<p>Comme ces ventes de coupe étaient arrivées à expiration depuis plusieurs mois et que les trente huit sociétés forestières concernées n&rsquo;ont pas sollicité une extension de leurs activités, elles ont été déclarées caduques par l&rsquo;administration forestière.</p>
<p>«La caducité ainsi prononcée emporte la perte du titre d’exploitation forestière, l’arrêt définitif et immédiat des activités relatives, le règlement de tous les droits, taxes et redevances dus », a écrit Jules Doret Ndongo, le ministre des forêts. « Ces droits, taxes et redevances, peuvent, le cas échéant, faire l’objet d’un recouvrement forcé».</p>
<p>Ndongo est allé loin en donnant d&rsquo;autres détails importants: le numéro de la vente de coupe, le nom de l&rsquo;exploitant, la date d&rsquo;attribution et d&rsquo;expiration de la vente de coupe, et le motif du retrait.</p>
<p>Mais, la décision du ministre des forêts est contredite par certaines sociétés forestières citées qui ne se souviennent pas avoir obtenu les ventes de coupe qui leur sont attribuées. D&rsquo;autres disent avoir trouvé que les sites qui leur ont été octroyés par l&rsquo;administration forestière étaient déjà occupés par des exploitations frauduleuses, ou comme dans un cas, par une vaste plantation gardée par les militaires qui appartiendrait à une haute personnalité du pays.</p>
<h3><strong>Tromperie</strong></h3>
<p>Méssok est une commune du département du haut Nyong, à l&rsquo;Est Cameroun, où vivent environ 12 mille âmes. Mékoua, un des villages de l&rsquo;arrondissement, est  situé au bord d&rsquo;une piste poussiéreuse qui mène à la capitale de la région. Sa population vit dans des cases recouvertes de paille, de feuilles mortes et se nourrit des produits de la chasse. Pourtant, ce village dispose des richesses naturelles qui pouvaient accélérer son développement, à commencer par la foret communautaire qu&rsquo;il partage avec deux villages voisins.</p>
<p>« Nous sommes un grand fournisseur de bois mais nous ne bénéficions de rien depuis la création de la forêt communautaire », a déclaré jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua. « Les audiences ne sont pas réalisées, il y a toujours une tromperie ».</p>
<figure id="attachment_3483" aria-describedby="caption-attachment-3483" style="width: 1093px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3483" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg" alt="" width="1093" height="615" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village.jpg 1093w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-300x169.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-1024x576.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-768x432.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-600x338.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/11/chef-village-750x422.jpg 750w" sizes="(max-width: 1093px) 100vw, 1093px" /><figcaption id="caption-attachment-3483" class="wp-caption-text">Jean Paul Diouala Mkpala, chef du village Mekoua</figcaption></figure>
<p>Quand il parle de tromperie, Diouala Mkpala fait allusion aux petits exploitants qui entrent discrètement dans la forêt de son village, coupent le bois avec des tronçonneuses puis repartent sans donner quelque chose à la population.</p>
<p>En 2017, une opportunité à frapper à la porte de ce village. Cette année-là, l&rsquo;administration forestière a attribué la vente de coupe No 1002404 d&rsquo;une durée de trois ans à la société forestière « La Rosière ». Cette vente de coupe devait s&rsquo;effectuer dans les villages Mekoua, Mebem et Messea, et apporter du sourire aux riverains. Mais en 2021, cette vente de coupe a été déclarée obsolète à cause du dépassement de la période de validité; au grand étonnement des résidents locaux qui n&rsquo;étaient pas, disent-ils, au courant d&rsquo;une telle vente de coupe encore moins de la société adjudicataire.</p>
<p>« On ne connait pas La Rosière et  je n&rsquo;ai aucune idée de cette société », a déclaré Séraphin Nanga, le président de la forêt communautaire Beuk, Mekoua et Messea. »On n&rsquo;a pas d’entreprise sur le terrain qui exploite; avant on exploitait avec des tronçonneuses, c’est maintenant que nous cherchons des entreprises pour couper le bois en grume. »</p>
<p>Le représentant de la population, Diouala Mkpala, est lui aussi catégorique: « nous n’avons pas encore vu « La Rosière » sur place face à la population ».</p>
<p>Alors que les communautés locales se demandent pourquoi la société forestière n&rsquo;a pas pu exploiter la vente de coupe qui lui aurait été attribuée, The Museba Project a contacté La Rosière pour avoir sa version des faits. Là aussi, c&rsquo;est la surprise.</p>
<p>« Je ne connais par ça (cette vente de coupe) », a déclaré au téléphone un responsable de la société La Rosière, avant de hausser le ton. »Tu me demandes ça en tant que qui?(&#8230;) tu m&rsquo;appelles pourquoi?&#8230; »</p>
<p>Cette société forestière n&rsquo;est pas la seule à ne pas se reconnaitre dans la décision ministérielle. Basée à Douala, la société forestière équatoriale(Sfe)aurait obtenu la vente de coupe No 110223 correspondant à la localité de Nguti dans la région du sud Ouest. L&rsquo;exploitation devait avoir lieu entre septembre 2017 et septembre 2020, selon le ministère des forêts.</p>
<p>Approché dans les locaux de l&rsquo;entreprise, Evariste Nanga, un responsable de la Sfe, a souhaité faire des vérifications internes avant de donner la position de la Sfe. Un jour plus tard, il a déclaré:</p>
<p>« Je n&rsquo;ai pas retrouvé de traces qu&rsquo;on a eu une vente de coupe dans cette zone à cette date là ».</p>
<p>Avec environ 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun, pays d&rsquo;Afrique centrale, est le second massif forestier du bassin du Congo derrière la République Démocratique du Congo. Le bois figure parmi les trois premiers produits d&rsquo;exportation du pays. Pour autant,  le secteur forestier contribue encore faiblement au budget de l&rsquo;Etat. Il tourne autour de 3%, d&rsquo;après les chiffres officiels.</p>
<h3><strong>Des militaires à la plantation</strong></h3>
<p>L&rsquo;attribution de ventes de coupe aux sociétés forestières contribue à augmenter les recettes financières, préserver l&rsquo;environnement et améliorer les conditions de vie des communautés locales. Pour ce faire, elle devrait se faire selon une procédure bien définie, a fait savoir Ebenezer Ekwalla. D&rsquo;après le fonctionnaire à la retraite, l&rsquo;administration effectue un travail sur le terrain et sur la carte forestière pour déterminer les sites qui abriteront des ventes de coupe. Après cela, elle fait une publication sur les ventes de coupe disponibles puis les sociétés intéressées se manifestent, dit-il.</p>
<p>« L&rsquo;administration des forêts est structurée pour assurer le contrôle de ces parcelles de terrain », a déclaré cet ancien contrôleur régional des forêts, avant de poursuivre: « le chef de poste forestier est au bas de cette architecture de contrôle, il doit suivre l&rsquo;évolution d&rsquo;une exploitation qui se déroule dans sa circonscription ».</p>
<p>Cela n&rsquo;a pas toujours été le cas sur le terrain. L&rsquo;administration a accordé la vente de coupe No 702101, située à Nkondjock dans le département du Nkam, à la Compagnie Forestière Assam(Cofa) pour une exploitation qui devait prendre fin en 2020. Quand Cofa a voulu lancer l&rsquo;exploitation, le site était déjà occupé.</p>
<p>« On n&rsquo;a pas exploité cette vente de coupe parce qu&rsquo;il y a eu des exploitations frauduleuses dedans », a déclaré au téléphone un responsable de la Cofa, une société liée à Bonaventure Mvondo, député et neveu du président Biya.</p>
<p>« On s&rsquo;est plaint qu&rsquo;il y avait une exploitation, il fallait pas mettre ça en vente ».</p>
<figure id="attachment_2903" aria-describedby="caption-attachment-2903" style="width: 1255px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2903" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png" alt="" width="1255" height="616" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi.png 1255w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-300x147.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-768x377.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1024x503.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-600x295.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-750x368.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/09/Capturekribi-1140x560.png 1140w" sizes="(max-width: 1255px) 100vw, 1255px" /><figcaption id="caption-attachment-2903" class="wp-caption-text">Une vue de la forêt dense.</figcaption></figure>
<p>Au cours de la même période, une autre entreprise a été contrainte d&rsquo;abandonner ses sites d&rsquo;exploitation. Il s&rsquo;agit de VERA Forestière, une société qui a acquis deux ventes de coupe, No 110221 et No 801238, à Nguti et Nkoteng, respectivement dans la région du sud ouest et la région du centre. Au moment de lancer les activités sur les sites, la société forestière a rencontré des obstacles.</p>
<p>« Nous avons obtenu ces ventes de coupe mais nous n&rsquo;avons pas pu les exploiter », a regretté au téléphone Nangue Jean Pierre, responsable d&rsquo;exploitation à VERA Forestière. « A Nguti, il y avait la guerre, on a arrêté l&rsquo;exploitation. A Nkoteng, la vente de coupe qu&rsquo;on nous a attribuée se trouvait sur les terres de [Ferdinand] Ngoh Ngoh (Secrétaire général de la Présidence de la République, ndlr), il y avait ses champs dessus sur à peu près 1000 hectares ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière était censée s&rsquo;assurer que ce site était inoccupé avant d&rsquo;en faire une vente de coupe. Face à la réalité, elle était sans voix. « On(l&rsquo;administration, ndlr) nous a dit de nous débrouiller, on était surpris », a dit Nangue.</p>
<p>« C&rsquo;était impossible d&rsquo;exploiter, le site était protégé par plusieurs militaires », a dit Nangue. VERA Forestière qui exportait abondamment le bois vers la Chine est en arrêt d&rsquo;activités depuis environ deux ans. D&rsquo;après son responsable d&rsquo;exploitation, cette société est à la recherche de partenaires pour relancer ses activités.</p>
<h3><strong>Ventes de coupe imaginaires</strong></h3>
<p>Plusieurs autres sociétés qui auraient obtenu des ventes de coupe déclarées désuètes ont dit leur déception parfois à visage couvert. « Nous n&rsquo;avons jamais eu une vente de coupe dans cette localité,  c&rsquo;est plutôt à Bertoua que nous avons par le passé acheté du bois mis aux enchères », a déclaré sous anonymat le propriétaire d&rsquo;une société qui s&rsquo;est vu attribuer une vente de coupe à Bélabo, dans la région de l&rsquo;Est.  » Ce sont des ventes de coupe imaginaires ».</p>
<p>The Museba Project a écrit au ministre des forêts et de la faune pour solliciter son commentaire sur les allégations autour des ventes de coupes déclarées caduques. Jules Doret Ndongo n&rsquo;a pas réagi à la demande d&rsquo;informations.</p>
<p>« Le ministre a été trompé par ses collaborateurs », a déclaré Ebenezer Ekwalla. « Comment peut-on mettre une vente de coupe sur un espace qui abrite une grande plantation depuis plusieurs années? Les collaborateurs doivent donner une information juste et vérifiée au ministre pour lui permettre de prendre la bonne décision, cela n&rsquo;a visiblement pas été le cas dans cette affaire ».</p>
<p>Henri Mevah est le coordonateur du Projet d’Appui à l’élevage et de Préservation de la biodiversité en périphérie des aires protégées au Cameroun (PAPEL), une association qui dénonce souvent les mauvaises pratiques des sociétés forestières. Il a indiqué que certaines sociétés ont, depuis quelques années, l&rsquo;habitude d&rsquo;acquérir des ventes de coupe auprès de l&rsquo;administration juste pour les vendre plus tard au plus offrant.</p>
<p>« Certains adjudicataires camerounais vendent leur ventes de coupe à des libanais ou à des chinois qui disposent d&rsquo;importantes ressources financières et qui sont à la recherche de ressources ligneuses, je ne connais pas les montants des transactions mais c&rsquo;est un phénomène récurrent » , a déclaré Henri Mevah.</p>
<p>Chaque année, l&rsquo;Etat perd environ 33 milliards de F CFA du fait de la corruption et de la mauvaise gouvernance dans le secteur forestier, rapportent des ONG. Et l&rsquo;opacité qui entoure l&rsquo;octroi, le contrôle et la gestion des ventes de coupe pourrait aggraver la situation. Si Rien n&rsquo;est fait.</p>
<p><strong><em>Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Rainforest Journalism Fund en partenariat avec Pulitzer Center.</em>      </strong></p>
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		<title>Bois de rose : volé au Cameroun, blanchi au Nigeria, expédié en Chine</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Jan 2022 14:35:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[bois de rose]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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		<category><![CDATA[crime organisé]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Abdou Yadji veut dire au revoir à la misère. Alors, le bûcheron quarantenaire noue son t-shirt noir trempé de sueur autour de la taille. Chaussures en plastique aux pieds, il donne des coups de hache à un tronc d&rsquo;arbre couché au sol. Abdou est sous pression. Il doit faire des morceaux de bois de même taille avant de quitter la forêt de Bamanga, un village du nord Cameroun situé à la frontière avec le Nigeria.</p>
<p>Le bûcheron n&rsquo;est pas seul dans la forêt. Ce matin chaud de janvier 2020, son compagnon, un homme au visage épanoui, est assis sur une motte de terre ocre, les yeux fixés sur une montre en argent au poignet gauche.</p>
<p>Trois jours auparavant, il s&rsquo;est présenté à Abdou comme un commerçant musulman qui achète souvent des pagnes au Nigeria pour étoffer sa boutique dans la capitale du Nord. Puis, d&rsquo;un accent calme,  il a admiré le travail du bûcheron et lui a fait une proposition.  Il a dit être en contact avec un homme d&rsquo;affaires nigérian qui veut acheter de grandes quantités de bois Kosso et qui paie 5000 nairas($12) par morceau de deux mètres de long, raconte Abdou.</p>
<p>« Si je lui vend le bois, dit-il, je pourrais devenir riche en peu de temps ».</p>
<p>Le Cameroun et le Nigeria ne partagent pas seulement une frontière de 2000 km. une enquête de The Museba Project révèle que des individus originaires des deux pays entrent discrètement dans les forêts camerounaises, coupent sans autorisation des bûches de bois de rose qu&rsquo;ils transportent jusqu&rsquo;au Nigeria.</p>
<p>Alors que cette activité lucrative est à l&rsquo;origine de la destruction des forêts, la fuite des finances publiques et la perte des emplois, le média en ligne a découvert que certaines autorités nigérianes, liées au principal parti d&rsquo;opposition, blanchissent ce bois localement appelé Kosso ou Madrics en délivrant aux trafiquants des documents officiels qui attestent que l&rsquo;exploitation a plutôt été faite au Nigeria et qui facilitent l&rsquo;exportation des conteneurs de Kosso vers la Chine, la destination finale.</p>
<p>Bien plus, The Museba Project est entré en contact avec un célèbre trafiquant de bois de rose de contrebande qui dévoile le schéma de corruption partant de la forêt camerounaise au port de Lagos, avec des pots-de-vin versés à des agents forestiers camerounais, chefs traditionnels et agents de sécurité nigérians, les prix des bûches de bois de rose dans le marché noir, le profil des clients asiatiques et même comment le trafiquant et son équipe ont coupé avec succès le Kosso dans les forêts dangereuses de l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Boko_Haram">Boko Haram</a>.</p>
<figure id="attachment_3338" aria-describedby="caption-attachment-3338" style="width: 1285px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3338" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg" alt="" width="1285" height="630" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji.jpg 1285w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-300x147.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1024x502.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-768x377.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-600x294.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-750x368.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/abdou-yadji-1140x559.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1285px) 100vw, 1285px" /><figcaption id="caption-attachment-3338" class="wp-caption-text">Abdou Yadji cherche de l&rsquo;ombre près d&rsquo;un kosso.</figcaption></figure>
<p>Abdou vivait dans une case en terre cuite couverte de paille. Sans enfants ni femme. Quand il gagnait un peu d&rsquo;argent dans la coupe du bois de chauffe, le bûcheron édenté fumait des cigarettes à répétition. Il buvait la bière locale, fredonnait des chansons populaires et mangeait à peine. Puis, lorsque l&rsquo;argent était fini, il tuait le temps allongé sous le grand arbre du village.</p>
<p>Bamanga est peuplé d&rsquo;environ cinq mille âmes qui vivent de cultures vivrières, d&rsquo;élevage et de vente du Bil-Bil, une bière locale. De jour comme de nuit, des engins à deux roues traversent à vive allure ce petit village. Ils transportent des marchandises de contrebande en provenance de l&rsquo;Etat de l&rsquo;Adamawa au Nigeria: ciment, carburant, huile raffinée, farine, sucre. Les conducteurs se créent chaque fois de nouvelles pistes pour échapper au contrôle de l&rsquo;unique poste de douanes de la localité.</p>
<p>Le bûcheron a accueilli l&rsquo;offre du commerçant musulman comme une manne. Il tenait enfin une occasion de sortie de misère. Mais, alors qu&rsquo;il entaillait une pièce de Kosso sous le soleil brulant, Abdou a entendu un bruit léger au loin. Son compagnon a aussitôt saisi sa main gauche et lui a demandé de prendre la fuite. C&rsquo;était trop tard. Les deux individus ont été stoppés dans leur brève course par des agents des eaux et forêts en service dans la région du Nord.</p>
<p>« Vous êtes en état d&rsquo;arrestation », a déclaré l&rsquo;un des agents en uniforme vert en menottant les deux complices.</p>
<p>« Vous n&rsquo;êtes pas autorisé à exploiter ce bois », a déclaré l&rsquo;officier.</p>
<figure id="attachment_3349" aria-describedby="caption-attachment-3349" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3349" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/IMG_20210416_091458_492-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-3349" class="wp-caption-text">Un tronc de Kosso abandonné dans la forêt de Bamanga au nord Cameroun.</figcaption></figure>
<h2><strong>Pillage organisé</strong></h2>
<p>Une essence forestière a rarement été autant convoitée. Le bois de rose, scientifiquement connu sous le nom de Pterocarpus erinaceus, est un arbre rare qui se trouve dans les zones sahéliennes et les forêts claires. Il est prisé pour son fourrage et ses vertus thérapeutiques. Ses feuilles servent d&rsquo;aliment aux animaux domestiques. Dans certaines contrées en Afrique de l&rsquo;Ouest, les écorces du Kosso sont activement recherchées pour leurs vertus en médecine traditionnelle. Mais, si ce bois est devenu l&rsquo;une des essences les plus adulées dans le monde, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il est abondamment utilisé dans la fabrication des meubles de luxe en Chine.</p>
<p>L&#8217;empire du milieu, près d&rsquo;un milliard et demi d&rsquo;habitants, mise sur une nouvelle classe moyenne qui investit dans la décoration intérieure.</p>
<p>En 2017, le <a href="https://marketing-chine.com/marche-meuble-chine">marché</a> des meubles de luxe dans le pays a représenté un chiffre d&rsquo;affaires d&rsquo;environ 35 milliards de Dollars américains, selon des experts. Pour réaliser ces performances en augmentation, la Chine, un grand exportateur de meubles, a besoin de matières premières comme le Kosso.</p>
<p>En 2016 seulement, plus de 1,4 million de grumes de Kosso, d&rsquo;une valeur de 300 millions de dollars américains, ont été recensés dans les ports chinois, dévoile une <a href="https://eia-global.org/reports/the-rosewood-racket">étude</a> de Environmental Investigation Agency (EIA), une Ong qui enquête sur la criminalité et les abus environnementaux.</p>
<p>Tout n&rsquo;est pas rose dans cette chasse au bois de rose. D&rsquo;après EIA, la forte demande chinoise a fait naitre une industrie parallèle de commerce de bois de rose illégal qui se nourrit du pillage organisé des forêts claires à travers le monde y compris celles de certains pays au sud du Sahara.</p>
<p>Après la Gambie, le Ghana, le Benin, le Burkina Faso, la Sierra Leone,  le Nigeria, pays de plus de 150 millions d&rsquo;habitants, a vu son espace forestier se réduire au fil du temps.</p>
<p>Entre 1990 et 2010, la première économie du continent africain a perdu environ 409,650 de ses 9 millions d&rsquo;hectares de forêts, soit 2.38% par an, selon l&rsquo;Organisation des Nations Unies pour l&rsquo;Alimentation et l&rsquo;Agriculture, <a href="https://rainforests.mongabay.com/deforestation/2000/Nigeria.htm">FAO</a> . La razzia n&rsquo;a pas épargné le Kosso un matériau utilisé dans le mobilier de luxe en Asie.</p>
<p>Le nouveau business d&rsquo;alors a pris son essor dans le pays en 2013. Profitant des lacunes dans les lois existantes, un cadre réglementaire laxiste et la corruption des officiels et des leaders communautaires, certains operateurs économiques nigérians et leurs partenaires chinois ont illégalement entrepris de financer la coupe, le stockage et l&rsquo;exportation du Kosso.</p>
<p>EIA <a href="https://content.eia-global.org/assets/2017/rosewood-racket/PDF/Rosewood+Racket+Report+(High+Res).pdf">révèle</a> qu&rsquo;entre janvier 2014 et juin 2017, plus de quarante conteneurs maritimes de 20 pieds remplis des grumes de bois de rose étaient exportées en moyenne chaque jour du Nigeria vers la Chine.</p>
<p>Comme le Cameroun, le Nigeria est un Etat partie à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d&rsquo;extinction, CITES.</p>
<p>Depuis 2017, le Pterocarpus erinaceus ou Kosso est listé dans l&rsquo;annexe II de cette convention qui demande aux pays exportateurs de s&rsquo;assurer que l&rsquo;origine du Kosso est légale et que sa survie est garantie.</p>
<p>En 2018, le comité du CITES, préoccupé par l&rsquo;exportation incontrôlée du Kosso du Nigeria, a <a href="https://cites.org/esp/CITES_SC69_worlds_wildlife_trade_regulator_focused_front-line_action_04122017">décidé</a> que « les Parties ne devraient accepter aucun permis ou certificat CITES pour Pterocarpus erinaceus délivré par le Nigéria à moins que le Secrétariat CITES n&rsquo;ait confirmé son authenticité ».</p>
<p>Les assauts répétés des trafiquants de Kosso avaient déjà causé la déforestation, le réchauffement climatique et des dégâts économiques dans les Etats comme Cross River, Adamawa, Taraba, Kaduna, Ondo. Quand les trafiquants nigérians ont constaté que les ressources forestières étaient épuisées alors qu&rsquo;ils devaient continuer à satisfaire la demande chinoise, ils ont commencé à traverser la frontière pour couper illégalement le Kosso au Cameroun voisin.</p>
<p><img class="wp-image-3325 alignnone" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png" alt="" width="744" height="903" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/nord-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 744px) 100vw, 744px" /></p>
<p>Abdou n&rsquo;avait pas connaissance de cette information quand il a accepté la proposition du commerçant musulman.</p>
<p>« Je veux gagner de l&rsquo;argent pour changer de vie et épouser une femme, mais je vois que c&rsquo;est dangereux », a déclaré Abdou.</p>
<p>En quelques années, la forêt de Bamanga a perdu des dizaines de grumes de Kosso, d&rsquo;après les riverains. Le bois est coupé en morceaux puis transporté clandestinement sur des motos ou des camionnettes jusqu&rsquo;au Nigeria. Les trafiquants proposent des sommes d&rsquo;argent séduisantes à des bûcherons démunis comme Abdou pour faire la coupe sans leur expliquer les risques de l&rsquo;activité illicite.</p>
<p>Assis à l&rsquo;arrière de la pick-up de couleur blanche des agents forestiers, Abdou ne pensait ni à l&rsquo;argent qu&rsquo;il devait empocher après son effort ni à sa hache abandonnée sur les feuilles mortes. Le bûcheron était anxieux de connaitre le sort qui lui serait réservé entre les mains des autorités administratives locales.</p>
<p>Avec ses 22 millions d&rsquo;hectares de forêts, le Cameroun est un géant forestier dans le bassin du Congo. Le bois de rose fait partie des essences rares qui se trouvent dans certaines forêts des régions septentrionales. Son exploitation est encore non-industrielle.</p>
<p>Coupé en infimes parties, le Kosso, un arbre d&rsquo;âge avancé, a toujours été utilisé comme bois de chauffe par des populations en zones rurales. Mais, les choses ont changé depuis quelques années. Les autorités interdisent désormais toute exploitation de ce bois. Et pour cause, des centaines  de grumes de Kosso tronçonnés ou coupés à la hache près des villages de la région du Nord, sortent illégalement du pays.</p>
<p>« Le trafic transfrontalier est généralement enraciné dans des réseaux criminels bien organisés qui relient certains dirigeants communautaires, des commerçants de bois (locaux, régionaux et nationaux) et des hommes d&rsquo;affaires étrangers en charge des exportations », dit Raphael Edou, responsable du programme Afrique, des campagnes forestières à EIA-Etats-Unis; ajoutant que ce trafic « contribue à l&rsquo;affaiblissement de l&rsquo;Etat de droit au Cameroun ».</p>
<p>Ousmanou Moussa, 80 ans, est accroupi au fond d&rsquo;une case en planches. Il tient entre les mains une barre de fer qu&rsquo;il passe délicatement sur une flamme bleue. Malgré son âge avancé, le forgeron arrive à fabriquer des ustensiles de cuisine et des bijoux prisés par les habitants du village Ouro Dalang, près de la frontière avec le Nigeria. Ousmanou a été chef de Ouro Dalang pendant treize ans avant de laisser son siège à un successeur pour se concentrer sur sa passion.</p>
<p>L&rsquo;homme garde le souvenir des moments où il avait le sommeil difficile parce que des inconnus rentraient dans la forêt sans son autorisation, coupaient des billes de Kosso et prenaient la fuite sans laisser de traces.</p>
<p>« Nous avions longtemps sacrifié notre sommeil pour rester éveillés et surveiller le village », dit Ousmanou, les pieds croisés sur une natte. « Ces gens venaient vers la fin de la saison pluvieuse pour couper le bois mais nous les avons faits obstacle dernièrement ».</p>
<p>Lorsque Ousmanou parle de « dernièrement », il fait allusion à septembre 2019. Ce jour-là, ses notables et lui ont attrapé un homme qui tronçonnait du Kosso dans la forêt à une heure avancée de la nuit. Le bois a été confisqué. Le trafiquant et son matériel ont été donnés aux forces du maintien de l&rsquo;ordre.</p>
<h2><strong>Les trafiquants utilisent des armes à feu</strong></h2>
<p>L&rsquo;octogénaire regrette que cet arbre qui procure de l&rsquo;ombre et dont les feuilles servent de pâturages aux animaux domestiques devienne rare dans le village. Et il n&rsquo;est pas le seul à chercher à comprendre ce qui se passe.</p>
<p>« Certains villageois pensaient que ces bandits usaient de la magie pour opérer mais moi, je n’ai jamais rien vu de mystique en eux », dit Ousmanou, ajoutant que « Quelqu’un ne peut pas venir te voler et user de la magie ».</p>
<p>L&rsquo;administration forestière a été approchée par The Museba Project dans le cadre de cette enquête mais elle a refusé de se prononcer. Toutefois, un responsable impliqué dans la lutte contre la contrebande du Kosso a accepté de parler sous anonymat parce que n&rsquo;ayant pas été autorisé à parler à la presse.</p>
<p>Selon lui, il n&rsquo;existe pas de chiffres officiels sur le pillage du Kosso. Ce pendant, dit-il,  l&rsquo;administration connait le mode opératoire des trafiquants.</p>
<p>« Les trafiquants arrivent avec des armes à feu, des machettes, des tronçonneuses et des haches », indique l&rsquo;agent de l&rsquo;Etat. « Comme les tronçonneuses font du bruit et attirent l&rsquo;attention, ils coupent désormais avec des haches, ça les prend trois à quatre jours pour abattre un arbre mais ils préfèrent ainsi pour passer inaperçu ».</p>
<p>A Lougga Horré, un autre village de la région du nord, les habitants sortent en masse dès qu&rsquo;ils entendent les bruits des tronçonneuses dans la forêt, dit Mamoudou. Ce paysan sexagénaire à la barbe cadenas est à la tête d&rsquo;un comité de vigilance monté uniquement pour traquer les coupeurs de Kosso.</p>
<p>Trois fois par semaine, Mamoudou ne se rend pas dans sa plantation de mil. Il sensibilise les villageois sur l&rsquo;importance de protéger l&rsquo;environnement.</p>
<figure id="attachment_3339" aria-describedby="caption-attachment-3339" style="width: 814px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3339" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg" alt="" width="814" height="421" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou.jpg 1228w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-300x155.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1024x530.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-768x397.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-600x310.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-750x388.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/Mamoudou-1140x589.jpg 1140w" sizes="(max-width: 814px) 100vw, 814px" /><figcaption id="caption-attachment-3339" class="wp-caption-text">Mamoudou demande à la population de garder un oeil sur les trafiquants.</figcaption></figure>
<p>« Si nous laissons ces gens abattre ce bois, nous risquons d&rsquo;être rattrapés par le désert, car il y’aura moins de pluie et les terres ne conserverons plus de l’eau », déclare Mamoudou.</p>
<p>L&rsquo;exploitation forestière illégale ne constitue pas encore une grave menace au nord Cameroun, selon des experts. En 2010, la région avait une couverture forestière estimée à 866000 hectares étalés sur 13% de sa superficie, selon Global Forest Watch. Dix ans plus tard, elle a perdu 769 hectares, d&rsquo;après cette plateforme spécialisée dans le suivi des forêts. La réduction de la couverture forestière n&rsquo;est pas toujours causée par la déforestation, indique Global Forest Watch, elle peut également provenir des incendies ou de l&rsquo;exploitation commerciale.</p>
<p>Les trafiquants n&rsquo;approchent pas seulement les bûcherons locaux pour obtenir le bois. Dans certains cas, ils offrent de l&rsquo;argent et des présents à des chefs traditionnels qui en contrepartie leur donnent accès aux forêts sous leur contrôle.</p>
<p>Après plusieurs semaines de négociations, le reporter de The Museba Project a pu rencontrer à son domicile un chef traditionnel accusé de corruption. Il a accepté de dire sa vérité à condition qu&rsquo;il ne soit pas identifié. Il dit avoir été approché, il y a huit mois, par un trafiquant nigérian, porteur d&rsquo;une proposition alléchante.</p>
<p>« Ce monsieur m&rsquo;a donné une somme de 200.000 F CFA($345) pour faire couper quatre(04) arbres de Kosso dans la forêt », raconte le chef.</p>
<p>Plus tard,  l&rsquo;accord conclu secrètement est devenu public.</p>
<p>« J&rsquo;ai donné un peu de cet argent à certains notables, mais l&rsquo;un d&rsquo;eux a été ridicule et a donc commencé à dire aux gens que j&rsquo;avais pris beaucoup d&rsquo;argent », a déclaré le chef, ajoutant qu&rsquo;il était tellement inquiet d&rsquo;avoir accepté l&rsquo;argent.</p>
<p>« Mon image a été ternie et les gens n&rsquo;ont plus confiance en moi », a-t-il dit à voix basse.</p>
<p>Les dénonciations des populations ont commencé à porter des fruits. Grâce à elles, l&rsquo;administration a saisi plusieurs stocks de bois de Kosso et du matériel de coupe lors de contrôles sur le terrain et des trafiquants d&rsquo;origine étrangère ont été traduits en justice.</p>
<p>« Des bûcherons nigérians ont été arrêtés, ils ont payé des amendes pour mettre fin à l&rsquo;action en justice et ils ont finalement été relâchés », raconte un agent de l&rsquo;Etat; « mais ils peuvent être poursuivis pour immigration clandestine ».</p>
<p>Les bois saisis au cours des interpellations comme celle de Abdou et son compagnon sont parqués aux entours des bureaux de la délégation des forêts du Nord. Ils devaient être vendus aux enchères plus tard comme le prévoit la réglementation mais les autorités appliquent une mesure d&rsquo;exception.</p>
<p>« Nous brûlons le bois de Kosso que nous saisissons pour éviter qu&rsquo;en le vendant aux enchères il ne retombe entre les mains de trafiquants », explique un agent local des forêts et des eaux.</p>
<p>Abdou et son complice ont passé huit semaines dans les cellules de la police judiciaire du Nord. Pendant leur audition, le compagnon a révélé aux enquêteurs que son contact nigérian s&rsquo;appelle Abdul Karim, un homme d&rsquo;affaires musulman qui a bâti sa richesse dans le trafic du bois de rose. Les deux individus risquaient jusqu&rsquo;à trois ans de prison pour <a href="http://www.droit-afrique.com/upload/doc/cameroun/Cameroun-Loi-1994-01-regime-forets-faune-peche.pdf">exploitation forestière non autorisée</a> mais l&rsquo;administration a accepté un règlement négocié.</p>
<p>«Une femme proche de l&rsquo;homme d&rsquo;affaires s&rsquo;est présentée à la police avec une somme de 900000 nairas (2 200 $) pour négocier avec les autorités et après, nous avons été libérés », révèle Abdou Yadji.</p>
<p>Après avoir été libéré, Abdou est retourné à Bamanga, le village où il vit depuis qu&rsquo;il a terminé ses études secondaires dans la région voisine de l&rsquo;Adamaoua.</p>
<p>Immédiatement après son arrivée au village, il a rejoint le comité de vigilance. Il dit avoir été choqué d&rsquo;être impliqué dans une activité criminelle et a commencé à réfléchir à la manière de chasser les trafiquants.</p>
<p>« Ce que ces individus font à notre village n&rsquo;est pas bon », dit le bûcheron.</p>
<p>Comme les activités de contrebande de Kosso se poursuivaient entre les deux pays, The Museba Project a voulu savoir comment les trafiquants opèrent de la forêt camerounaise jusqu&rsquo;à l&rsquo;exportation.</p>
<p>Les personnes abordées le long de la frontière ont presque toutes un nom sur les lèvres : Abdul Karim. Nous nous sommes associés à Abdou pour partir à la recherche du célèbre trafiquant qui semble en savoir beaucoup.</p>
<p>Mi-juillet 2021. Les pluies sont rares. Trois petits enfants nus marchent sur le sable poussiéreux du lit de l&rsquo;eau qui sert de frontière entre Bamanga et Jamtari, le village nigérian le plus proche. Des agents d&rsquo;immigration nigérians debout de l&rsquo;autre côté du fleuve s&rsquo;approchent de notre moto. Le conducteur est habitué à de telles scènes. Il murmure quelques mots en haoussa au policier et lui remet un billet de 50 nairas. La barrière est levée.</p>
<p>La moto va zigzaguer entre les maisons tantôt en briques de terre cuite tantôt en blocs de ciment. Des troncs d&rsquo;arbre de diverses essences sont abandonnés ici et là. Au bout d&rsquo;une dizaine de kilomètres, Konkul, une localité mi-rurale mi-urbaine se dessine avec ses belles bâtisses et son climat sec. Ses routes non goudronnées mènent vers la place du marché qui grouille de commerçants ce matin.</p>
<p>Quand Abdou descend de la moto, il se dirige vers un groupe d&rsquo;individus aux visages souriants. Après un moment d&rsquo;échange, l&rsquo;un d&rsquo;eux muni d&rsquo;un téléphone portable, se retire de la foule. Il revient plus tard et passe l&rsquo;appareil au bûcheron. Abdul Karim est au bout du fil. Une aubaine. Les deux hommes ne se connaissent pas. Abdou se présente à l&rsquo;homme d&rsquo;affaires comme étant un bûcheron qui dispose environ quatre vingt bûches de Kosso à vendre près de Kolléré, un autre village camerounais situé à proximité de la frontière.</p>
<figure id="attachment_3327" aria-describedby="caption-attachment-3327" style="width: 1200px" class="wp-caption aligncenter"><img class="size-full wp-image-3327" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png" alt="" width="1200" height="1456" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-247x300.png 247w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-844x1024.png 844w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-768x932.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-600x728.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-750x910.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/konkul-locator-map-1140x1383.png 1140w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption id="caption-attachment-3327" class="wp-caption-text">Le tracé favori des contrebandiers.</figcaption></figure>
<p>Sans laisser le bûcheron terminer sa phrase, Abdul Karim, réagit:  » Je vais tout acheter, ne te gêne pas pour le transport, je m&rsquo;en occupe ».</p>
<p>A Konkul, Abdul Karim est propriétaire d&rsquo;une villa protégée par une barrière haute. Seul le toit en forme conique est visible de l&rsquo;extérieur. L&rsquo;homme est bien connu dans la localité comme étant le plus puissant commerçant de bois. Après la brève conversation avec Abdou, Abdoul Karim a donné son numéro de téléphone personnel au bûcheron via son homme de main, un certain Inusa Zamfara Belel. Il a promis de venir au Cameroun la semaine d&rsquo;après pour la transaction. Plus tard, Abdou a appelé plusieurs fois mais l&rsquo;homme d&rsquo;affaires était toujours injoignable. Le suspens a duré à peine quatre mois.</p>
<p>Fin octobre, sous une fine pluie, le reporter, sur les traces du trafiquant, se rend à Mubi, la seconde plus importante ville de l&rsquo;Etat d&rsquo;Adamawa au Nigeria. Accompagné d&rsquo;un journaliste nigérian, il croise Inusa Zamfara Belel. Vêtu d&rsquo;un polo rouge vif, l&rsquo;homme de main a dit que depuis environ sept ans, il travaille dans le trafic de bois. Il a affirmé que si Abdul Karim est célèbre, c&rsquo;est au moins pour trois raisons: Il est riche, il est le président des  marchands de bois de la localité de Maiha au Nigeria, il verse des pots-de-vin aux autorités de Maiha pour blanchir le bois en provenance du Cameroun.</p>
<h2><strong>« C&rsquo;est notre affaire » de corrompre les gardes forestiers camerounais<br />
</strong></h2>
<p>« Quand il ramène le bois du Cameroun, il paie le gouvernement local de Maiha qui lui fait les documents pour montrer que le bois est légal », a dit Inusa Zamfara qui vend la viande de bœuf et des ignames à ses heures libres.</p>
<p>Le jeune homme a déclaré qu&rsquo;ils utilisent des tronçonneuses pour couper le bois au nord Cameroun où ils paient environ 9000 nairas ($21) pour une bûche de sept pieds. Mais, la même bûche coûte 15000 nairas ($36) au Nigeria en raison dit-il, du paiement des pots-de-vin et des taxes.</p>
<p>« Si le bois est disponible, nous achèterons, c&rsquo;est notre affaire », dit Inusa</p>
<p>Et lorsque le Kosso est coupé au Cameroun, il est transporté par des tricycles, camionnettes ou motos jusqu&rsquo;à la frontière, a-t-il ajouté. Puis, les grumes sont embarquées dans des camions de dix roues qui prennent la direction soit de Mubi Sud soit celle de Maiha.</p>
<p>Inusa a déclaré qu&rsquo;ensuite, les convois passent par Pella et Hong avant de prendre la direction de Lagos, d&rsquo;où des opérateurs économiques nigérians et chinois rachètent la cargaison destinée à l&rsquo;exportation.</p>
<figure id="attachment_3328" aria-describedby="caption-attachment-3328" style="width: 799px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3328" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande.gif" alt="" width="799" height="675" /><figcaption id="caption-attachment-3328" class="wp-caption-text">Le parcours du bois frauduleux du nord Cameroun au sud du Nigeria.</figcaption></figure>
<p>Inusa semblait à l&rsquo;aise. Son patron, Abdul Karim, était toujours injoignable. Selon l&rsquo;homme de main, le trafiquant est aidé par le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>Depuis les dernières élections régionales, ce gouvernement local a Idi Amin à sa tête. Il est membre du Peoples Democratic Party (PDP), un parti d&rsquo;opposition très fort qui a élu à la présidence du pays, des gens comme Umaru Yar&rsquo;Adua ou Goodluck Jonathan. Idi Amin est censé lutter entre autres contre la contrebande.</p>
<p>Joint au téléphone par ce reporter le 10 décembre, il dit connaître Abdul Karim et ses activités. L&rsquo;avait-il aidé (Abdul Karim) à obtenir des documents pour la coupe du Kosso au Cameroun ?</p>
<p>« Sans problème », a répondu Idi Amin qui s&rsquo;est empressé d&rsquo;ajouter : « Je veux d&rsquo;abord appeler Abdul Karim, lui et moi parlons, puis je vous appellerai ».</p>
<p>Depuis cet échange bref, le chairman du gouvernement local de Maiha n&rsquo;a pas rappelé et n&rsquo;a plus décroché nos appels téléphoniques. Mais, ce même jour, une surprise nous attendait. Abdul Karim qui ne décrochait pas son téléphone depuis la conversation avec le bûcheron Abdou a appelé le reporter. Le trafiquant a dit être toujours intéressé par le Kosso, même s&rsquo;il préfère un autre type de bois, Appawoood, qui crée moins d&rsquo;ennuis d&rsquo;après lui.</p>
<p>Il exerce l&rsquo;activité depuis cinq ans mais il se concentre sur la culture du maïs depuis un moment parce que, dit-il, le business du bois tourne au ralenti. Il a affirmé qu&rsquo;il coupe l&rsquo;essentiel de son Kosso au Cameroun où il verse des pots-de-vin à des agents des eaux et forêts.</p>
<p>« Au Cameroun, nous négocions avec les gardes forestiers pour couper les bois et ils nous autorisent ensuite l&rsquo;entrée dans la forêt pour une durée déterminée et un montant convenu à leur payer », a déclaré Abdul Karim sans dévoiler les montants des transactions.</p>
<p>« Ils [les gardes forestiers]vous avertissent que ce qu&rsquo;ils vous donnent c&rsquo;est pour vous permettre de vous débrouiller par vous-même, car ce n&rsquo;est pas autorisé », a dit Abdul Karim, ajoutant que « Ils vous disent que si vous êtes pris, vous êtes seul, ne les mentionnez même pas ».</p>
<p>Chaque année, l’État du <a href="https://www.afrik21.africa/cameroun-guerre-ouverte-contre-lexploitation-illegale-des-forets-et-de-la-faune/">Cameroun perd environ 33 milliards</a> de CFA($57 million) à cause de la corruption dans le secteur forestier. Les fonctionnaires soupçonnés d&rsquo;être impliqués dans le trafic de Kosso sont traduits en justice pour dissuader les personnels qui s&rsquo;aventureraient dans la même voie.</p>
<p>En août dernier, quatre gardes forestiers et un douanier ont été traduits devant la cour d&rsquo;appel régionale du Nord dans une affaire les opposant à l&rsquo;État. Ils ont été condamnés à trois ans de prison pour corruption et complicité d&rsquo;exploitation forestière illégale du Kosso avec des trafiquants nigérians.</p>
<p>Haodam David, l&rsquo;un d&rsquo;entre eux, trouve la vie très difficile depuis sa sortie de prison et continue de clamer son innocence.</p>
<p>«Si nous réussissons à manger aujourd&rsquo;hui, nous disons merci à Dieu ; s&rsquo;il n&rsquo;y a pas de nourriture, nous prenons les choses telles qu&rsquo;elles sont », a déclaré Haodam David dans une interview.</p>
<p>« Jusqu&rsquo;à aujourd&rsquo;hui, je ne sais pas pourquoi on nous a condamné », a dit Haodam.</p>

<a href='https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/2-haodam-david.aac'>2 haodam david</a>

<p>Les faits remontent à juin 2016. Après avoir corrompu le chef traditionnel, quatre trafiquants nigérians qui sciaient le Kosso ont été interpellés par des agents des eaux et forêts à Balkossa, un village de la région du nord. Haodam était le chef section forêts dans la localité. Il raconte  que par la suite, les nigérians ont voulu négocier leur libération en versant la somme de 687000 Nairas ($1672) à l&rsquo;administration forestière locale. Mais, la hiérarchie de Haodam qui s&rsquo;attendait à empocher au moins quatre millions de CFA($6899) dans cette opération a fait arrêter les nigérians ainsi que les fonctionnaires suspects y compris Haodam.</p>
<p>Avant cette affaire, le Cameroun et le Nigeria trainaient déjà une mauvaise réputation. Les deux pays ont été plusieurs fois classés au premier rang des <a href="https://images.transparencycdn.org/images/CPI-2021-Press-Regional-Release-SSA-Embargo.pdf">nations les plus corrompues</a> au monde par l&rsquo;ONG Transparency international. Malgré tout, ce fléau est plus que présent dans les transactions quotidiennes.</p>
<h2><strong>Le Chairman et l&rsquo;argent sale</strong></h2>
<p>Abdul Karim n&rsquo;est pas seulement généreux envers les agents forestiers camerounais. Une fois la coupe terminée, les bûches de Kosso franchissent la frontière nigériane. Les autorités locales demandent des dessous-de-table pouvant atteindre jusqu&rsquo;à 70000 nairas($140) par camion de Kosso, dit-il, pour délivrer les documents attestant que le bois est d&rsquo;origine nigériane.</p>
<p>Comme l&rsquo;a indiqué Inusa, Abdul Karim a dit qu&rsquo;il travaille avec le gouvernement local de Maiha.</p>
<p>« Au Nigeria, c&rsquo;est la liberté », a dit le trafiquant, tout excité . « Ce sont des fonctionnaires du gouvernement local [de Maiha] qui nous donnent les papiers certifiant notre paiement des taxes avant de nous rendre à Lagos, parce que sans vos papiers, vous pouvez parfois vous faire prendre et on vous  demande de produire l&rsquo;approbation que vous avez obtenue pour ce que vous faites. C&rsquo;est donc très dangereux d&rsquo;opérer sans la documentation appropriée ».</p>
<p>Idi Amin et Abdul Karim sont liés à tel point qu&rsquo;ils s&rsquo;échangent même de téléphone. Le trafiquant a appelé le reporter avec le téléphone du chairman du gouvernement de Maiha. Ce n&rsquo;est pas tout. Abdul Karim est un intermédiaire. Il travaille pour un patron dont il n&rsquo;a souhaité donner ni l&rsquo;identité ni le nom de l&rsquo;entreprise. Mais, son homme de main et d&rsquo;autres personnes contactées soupçonnent le chairman d&rsquo;être ce patron dans l&rsquo;ombre.</p>
<p>« Je demande à mon boss le nom de l&rsquo;entreprise et vous le communique », a dit Abdul Karim qui n&rsquo;a plus décroché nos appels.</p>
<figure id="attachment_3329" aria-describedby="caption-attachment-3329" style="width: 827px" class="wp-caption aligncenter"><img class=" wp-image-3329" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png" alt="" width="827" height="673" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine.png 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-300x244.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1024x833.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-768x625.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-600x488.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-750x610.png 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2022/01/le-parcours-du-bois-de-rose-de-contrebande-de-lagos-vers-la-chine-1140x927.png 1140w" sizes="(max-width: 827px) 100vw, 827px" /><figcaption id="caption-attachment-3329" class="wp-caption-text">Le bois de ros parti du Cameroun passe par le port de Lagos au Nigeria pour la Chine.</figcaption></figure>
<p>Les cargaisons de Kosso illégal qui quittent le port de Lagos entrent en Chine, selon plusieurs trafiquants. La Chine dispose pourtant des instruments juridiques lui permettant de sévir contre le bois d&rsquo;origine douteuse.</p>
<p>Dans son <a href="https://www.atibt.org/wp-content/uploads/2020/01/China-Forest-Law-Amendment-2020-20191228.pdf">article 63</a> (11), la récente loi forestière autorise le gouvernement à soutenir le développement de l&rsquo;assurance forestière. Par ailleurs, la Chine s&rsquo;est engagée aux côtés des États-Unis à <a href="https://www.state.gov/u-s-china-joint-glasgow-declaration-on-enhancing-climate-action-in-the-2020s/">éliminer</a> (12)la déforestation illégale dans le monde en appliquant les lois sur l&rsquo;interdiction des importations illégales. Mais, elle peine à respecter ces engagements malgré l&rsquo;implication de ses concitoyens dans les activités illégales.</p>
<p>Le trafiquant nigérian a dévoilé que, pour satisfaire la demande chinoise, ses équipes ont exploité le Kosso à Taraba, Adamawa, Kaduna et même dans l&rsquo;Etat de Borno, un territoire contrôlé en partie par l&rsquo;organisation terroriste Boko Haram.</p>
<p>« Certains de nos gens travaillaient dans l&rsquo;État de Borno, mais on leur a demandé de partir », dit Abdul Karim.</p>
<p>Au Cameroun, les autorités ont accru ces dernières années la surveillance des forêts du nord en donnant des moyens financiers et matériels à des comités de vigilance. En plus, des forêts communautaires ont été créées dans des localités affectées par la contrebande pour pousser les populations à les regarder comme un bien commun à protéger.</p>
<p>« Il est important d&rsquo;aborder le problème comme une question d&rsquo;offre et de demande, plutôt que simplement comme un problème dont les camerounais et nigérians sont les responsables », a expliqué Raphael Edou.</p>
<p>« Les autorités doivent réprimer les réseaux de passeurs et les trafics associés, en utilisant par exemple la télédétection qui pourrait aider à recueillir des renseignements, tout en réduisant le risque pour les agents ».</p>
<p>En attendant, les bûcherons démunis comme Abdou restent vulnérables. Les trafiquants fortunés comme Abdul Karim, quant à eux, restent aux aguets.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Cette enquête a été produite avec le soutien de Rainforest Investigations Network du <strong>Centre Pulitzer</strong>.  <strong>Photographie</strong>: Christian Locka . <strong>Cartes et animation</strong>: Kuang Keng Kuek Ser (Centre Pulitzer))</p>
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		<title>Le moyen le plus rapide d&#8217;envoyer de l&#8217;argent criminel: les émetteurs d&#8217;argent</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 Oct 2020 15:21:12 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Bemba]]></category>
		<category><![CDATA[Blanchiment d'argent]]></category>
		<category><![CDATA[western Union]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Non, cet ancien vice-président ne peut pas récupérer ses sept avions. En mai, la Cour pénale internationale a statué que Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, ne serait pas indemnisé pour avoir passé plus d&#8217;une décennie en détention pour crimes de guerre et autres chefs d&#8217;accusation pour la plupart annulés [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Non, cet ancien vice-président ne peut pas récupérer ses sept avions.</p>
<p>En mai, la Cour pénale internationale a statué que Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien vice-président de la République démocratique du Congo, ne serait pas indemnisé pour avoir passé plus d&rsquo;une décennie en détention pour crimes de guerre et autres chefs d&rsquo;accusation pour la plupart annulés en appel. Il ne retrouvera pas ses avions, ses villas et son croiseur fluvial, et il ne recevra pas non plus les 77 millions de dollars qu&rsquo;il a réclamés en compensation.</p>
<p>Après 12 ans et plus de 100 témoins, l&rsquo;histoire enregistre désormais un seul jugement de culpabilité: que Bemba a soudoyé des témoins en utilisant Western Union et MoneyGram International, les plus grands émetteurs de fonds au monde.</p>
<p>Bemba et ses alliés, a conclu le tribunal, ont offert aux soldats et aux civils 100 dollars ou plus &#8211; et dans certains cas à la réinstallation en Europe &#8211; pour mentir dans le procès de Bemba.</p>
<figure id="attachment_3083" aria-describedby="caption-attachment-3083" style="width: 1600px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3083" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba.jpeg" alt="" width="1600" height="1100" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba.jpeg 1600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-300x206.jpeg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1024x704.jpeg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-768x528.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1536x1056.jpeg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-600x413.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-750x516.jpeg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/09/Bemba-1140x784.jpeg 1140w" sizes="(max-width: 1600px) 100vw, 1600px" /><figcaption id="caption-attachment-3083" class="wp-caption-text">Jean Pierre Bemba. Crédit: ICIJ/ BuzzFeed News; Getty Images; Alamy</figcaption></figure>
<p>En 2002 et 2003, Bemba a commandé 1 500 soldats congolais qui sont intervenus dans un conflit en République centrafricaine voisine. Ses forces ont tué de nombreuses femmes et violé des femmes et des filles dès l&rsquo;âge de 10 ans, ont affirmé plus tard des victimes et d&rsquo;autres témoins. La CPI a déclaré Bemba coupable de crimes de guerre, de crimes contre l&rsquo;humanité et de falsification de témoins en 2016. Les deux premières accusations ont été annulées en appel en 2018.</p>
<p>La condamnation pour corruption a tenu bon. Une fuite des dossiers bancaires du gouvernement américain révèle de nouveaux détails sur les prétendus gains &#8211; et le rôle que Western Union y a joué.</p>
<p>Bemba et quatre collaborateurs, également reconnus coupables de corruption de témoins, ont envoyé plus de 429000 dollars par Western Union de 2005 à 2015, selon un rapport d&rsquo;activité suspect soumis par Western Union au Financial Crimes Enforcement Network, une division du département du Trésor américain. On ne sait pas combien de cet argent a été utilisé pour des pots-de-vin.</p>
<p>Le rapport d&rsquo;activités suspectes cite des centaines de destinataires dans 23 pays et nomme trois personnes qui n&rsquo;avaient pas encore été identifiées. L&rsquo;un des principaux alliés de Bemba, Narcisse Arido, a reçu près de 30000 dollars via Western Union, selon le rapport.</p>
<p>Le rapport Western Union est également remarquable pour son timing. Les institutions financières sont tenues d&rsquo;examiner régulièrement les transactions et les comptes pour déceler des signes de blanchiment d&rsquo;argent et d&rsquo;autres types de délits financiers. Western Union n&rsquo;a pas déposé le rapport d&rsquo;activité suspect, ou SAR, décrivant les paiements jusqu&rsquo;en 2015 ou plus tard &#8211; au moins sept ans après l&rsquo;arrestation de Bemba.</p>
<p>Le document non daté de Western Union est l&rsquo;un des plus de 2 600 documents obtenus par BuzzFeed News et partagés avec le Consortium international des journalistes d&rsquo;investigation dans le cadre de l&rsquo;enquête FinCEN Files. L&rsquo;équipe de reporting a constaté que les banques, les entreprises de services monétaires comme Western Union et d&rsquo;autres institutions financières ont transféré d&rsquo;énormes sommes d&rsquo;argent pour des personnes accusées de corruption et d&rsquo;autres crimes, souvent longtemps après que les allégations ont été rendues publiques pour la première fois.</p>
<p>Les flux d&rsquo;argent de Bemba font partie des transferts suspects d&rsquo;une valeur d&rsquo;au moins 150 millions de dollars qui sont passés par Western Union et MoneyGram entre 2005 et 2017, selon une analyse ICIJ des transactions des fichiers FinCEN. Les deux sociétés ont déposé &#8211; ou ont été citées par d&rsquo;autres institutions financières dans 236 rapports d&rsquo;activités suspectes, selon l&rsquo;analyse de l&rsquo;ICIJ. Les rapports d&rsquo;activités suspectes reflètent les opinions des professionnels de la banque et ne constituent pas en eux-mêmes des preuves de criminalité.</p>
<p>Les paiements effectués par les entreprises de services monétaires, bien que souvent de petite taille, sont au cœur de la criminalité moderne. Le FBI considère ces paiements comme la troisième méthode la plus courante pour blanchir de l&rsquo;argent, après les transactions bancaires et les paiements en espèces. Les cas récents dans lesquels les expéditeurs de fonds auraient joué un rôle central comprennent plusieurs cas impliquant des réseaux de trafic d&rsquo;opioïdes et le déchaînement criminel d&rsquo;un gangster eurasien violent.</p>
<p>«Certaines sociétés de transfert d&rsquo;argent ont démontré à plusieurs reprises qu&rsquo;elles étaient prêtes à apporter un soutien essentiel aux criminels et aux terroristes», a déclaré David Pressman, un avocat poursuivant Western Union, MoneyGram et deux banques russes au nom des familles des victimes tuées par les séparatistes ukrainiens qui ont abattu Malaysian Airlines. vol MH17 en 2014. «Le modèle commercial est basé sur le transfert rapide de liquidités, à l&rsquo;échelle mondiale, même lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit de transférer des liquidités à ceux qui ont l&rsquo;intention de commettre des actes meurtriers.»</p>
<h3><strong>Grands gars et petits gars</strong></h3>
<p>Le montant d&rsquo;argent que Western Union, MoneyGram et d&rsquo;autres expéditeurs d&rsquo;argent envoient dans le monde en un an dépasse le produit intérieur brut de la Suisse ou de l&rsquo;Arabie saoudite. Plus de 689 milliards de dollars ont été envoyés en 2018, dernière année pour laquelle des chiffres sont disponibles.</p>
<p>Alors que les envois de fonds &#8211; en particulier les transferts aux proches &#8211; sont une source de revenus cruciale pour de nombreuses personnes, en particulier dans les pays les plus pauvres, les agences criminelles affirment que les trafiquants de drogue et d&rsquo;êtres humains, les fraudeurs et les trafiquants d&rsquo;armes abusent du système.</p>
<p>Le Groupe d&rsquo;action financière, un réseau international d&rsquo;agences gouvernementales de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent, a constaté que de nombreux criminels évitent les banques car ils considèrent les sociétés de services monétaires «comme offrant moins de risque de détection».</p>
<p>Les entreprises de services monétaires sont difficiles à surveiller; il y en a 23 968 aux États-Unis seulement. Ils sont basés dans les bureaux de poste, les banques, les magasins d&rsquo;alcool, les Walmarts et les stations-service. Ils vont de mastodontes comme Western Union à une tenue pour trois personnes à Pago Pago, aux Samoa américaines.</p>
<p>Les entreprises de services monétaires américaines, comme les banques, doivent signaler les activités suspectes au FinCEN, l&rsquo;agence américaine qui supervise la lutte contre la criminalité financière. Pourtant, les fonctionnaires reconnaissent qu&rsquo;ils attrapent peu d&rsquo;argent illicite qui passe par les expéditeurs de fonds.</p>
<p>L&rsquo;exploitation criminelle des entreprises de services monétaires est l&rsquo;une des «vulnérabilités les plus importantes» aux États-Unis, selon le rapport 2020 du Département du Trésor sur la stratégie nationale de lutte contre le financement illicite. Il n&rsquo;y a tout simplement pas assez d&rsquo;auditeurs pour surveiller l&rsquo;industrie, indique le document de stratégie.</p>
<p>Dans le vaste secteur des services monétaires, le FBI appelle MoneyGram et Western Union les «Big Guys».</p>
<p>Les grands ont une grosse feuille de rap.</p>
<p>En 2012, le ministère américain de la Justice a accepté de ne pas poursuivre MoneyGram, la deuxième plus grande entreprise de services monétaires du monde, basée à Dallas, après que ses agents aient conspiré avec des fraudeurs pour inciter les victimes à envoyer de l&rsquo;argent avec de fausses promesses de gains de loterie et de bonnes affaires.</p>
<p>«Les agents MoneyGram ont sciemment saisi de fausses adresses, des numéros de téléphone et des pièces d&rsquo;identité» et ont pris des frais pour le traitement des fraudes, a admis la société dans un exposé des faits déposé devant la Cour fédérale.</p>
<p>Pour échapper aux poursuites, MoneyGram a accepté de créer un système permettant de détecter et d&rsquo;arrêter les fraudes potentielles, de lier les primes des dirigeants au respect de la loi et d&rsquo;exiger de chaque bureau MoneyGram dans le monde entier de suivre les règles américaines de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent, entre autres conditions. MoneyGram a rompu l&rsquo;accord lorsque son nouveau système anti-fraude n&rsquo;a pas réussi à empêcher un nombre substantiel de transactions criminelles, selon le ministère de la Justice. MoneyGram a payé une amende de 125 millions de dollars.</p>
<p>Citant «l&rsquo;environnement de fraude» de MoneyGram, le ministère de la Justice a pris en 2014 la décision inhabituelle de poursuivre un cadre supérieur. Il a accusé le chef de la conformité de la société, Thomas Haider, d&rsquo;avoir autorisé des criminels à utiliser MoneyGram «pour frauder des consommateurs innocents, puis blanchir le produit». Haider a réglé et payé 250 000 $.</p>
<p>Western Union, dont le siège est dans le Colorado, opère dans plus d&rsquo;un demi-million de sites dans le monde, contre plus de 350 000 points de vente MoneyGram.</p>
<p>En 2010, la société a accepté de mettre à niveau ses systèmes de lutte contre le blanchiment d&rsquo;argent et a payé 94 millions de dollars pour régler les accusations selon lesquelles des trafiquants de drogue, d&rsquo;êtres humains et d&rsquo;armes avaient abusé de l&rsquo;entreprise pour déplacer de vastes sommes d&rsquo;argent à travers la frontière américano-mexicaine.</p>
<p>Sept ans plus tard, Western Union a accepté de payer 586 millions de dollars après qu&rsquo;une enquête américaine a révélé que la société avait permis à des escrocs de frauder des centaines de milliers d&rsquo;Américains qui avaient payé pour réclamer des prix ou des offres d&#8217;emploi qui n&rsquo;existaient pas. «Divers agents de Western Union ont été complices de ces stratagèmes de fraude, traitant souvent les paiements de fraude en échange d&rsquo;une réduction du produit de la fraude», a déclaré le ministère de la Justice dans un communiqué de presse.</p>
<p>Un an plus tard, l&rsquo;État de New York a infligé une amende de 60 millions de dollars à la société, entre autres, pour avoir distribué de l&rsquo;argent à des criminels en Chine. Et en 2019, les responsables français ont infligé une amende à l&rsquo;entreprise pour ne pas avoir alerté les régulateurs des clients suspects en Afghanistan, en Iran et en Turquie.</p>
<p>Western Union a déclaré à l&rsquo;ICIJ qu&rsquo;elle répondrait aux questions. Cela ne l&rsquo;a jamais fait; la responsable des communications de l&rsquo;entreprise, Clairey Treacy, n&rsquo;a pas retourné de courriels ou d&rsquo;appels téléphoniques ultérieurs.</p>
<p>MoneyGram a proposé une conversation téléphonique avec l&rsquo;ICIJ pour «potentiellement aider» dans la recherche. MoneyGram a annulé l&rsquo;appel et a envoyé une réponse écrite dans laquelle la société déclarait qu&rsquo;elle avait trouvé «plusieurs déclarations totalement sans fondement». L&rsquo;entreprise n&rsquo;a pas expliqué ce qu&rsquo;elle considérait comme «sans fondement».</p>
<p>«MoneyGram prend très au sérieux la criminalité financière et ne tolère aucune conduite contraire à l&rsquo;éthique ou illégale», a déclaré la société dans un communiqué. MoneyGram «a investi des dizaines de millions de dollars dans notre programme de conformité de pointe» et «a l&rsquo;un des taux de fraude les plus bas du secteur», a-t-il déclaré.</p>
<h3><strong>« Exploitation »</strong></h3>
<p>La détention de Jean-Pierre Bemba en 2008 a fait la une des journaux du monde entier après que la police à Bruxelles l&rsquo;ait arrêté et que la CPI ait demandé aux capitales africaines et européennes de saisir des villas, des voitures, des comptes bancaires et un Boeing 727-100.</p>
<p>La CPI, qui a été créée pour traduire en justice les pires criminels de guerre du monde, a conduit Bemba à La Haye, où son procès s&rsquo;est ouvert en novembre 2010. Il a été accusé de falsification de témoins trois ans plus tard.</p>
<p>«Whisky» était le nom de code de Bemba pour Western Union et «Mike» pour MoneyGram, selon les écoutes téléphoniques obtenues par les procureurs de la CPI. «Jamais, jamais, jamais» les paiements devraient passer par un compte bancaire, a déclaré Bemba à un assistant.</p>
<p>Bemba a conspiré avec des assistants &#8211; qui ont tous également été condamnés, y compris son avocat de la défense et un membre du parlement de la RDC &#8211; pour entraîner des témoins à faire semblant d&rsquo;être des soldats et à témoigner en faveur de Bemba. Au cours de son procès, les procureurs ont allégué que Narcisse Arido, un témoin expert de la défense de Bemba, avait attiré des témoins centrafricains dans l&rsquo;espoir d&rsquo;obtenir l&rsquo;asile en Europe et «exploitait la situation personnelle précaire de ces témoins, leur vendant l&rsquo;illusion qu&rsquo;en témoignant faussement pour Bemba, ils aurait un meilleur avenir.</p>
<p>Quelque temps après le 12 octobre 2015, Western Union a déposé un rapport d&rsquo;activité suspecte au FinCEN disant qu&rsquo;un employé avait «identifié» des nouvelles de Bemba sur le site Web de la CPI. Western Union a signalé près de 2000 transferts de 2005 au 12 octobre 2015, impliquant Bemba et ses complices. Arido, par exemple, a reçu 28 732 dollars de 30 succursales Western Union dans sept pays, selon le rapport d&rsquo;activité suspect. La CPI avait émis un mandat d&rsquo;arrêt contre Arido au moins un an et 10 mois avant que Western Union ne soumette son rapport au FinCEN.</p>
<figure id="attachment_3103" aria-describedby="caption-attachment-3103" style="width: 1920px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-3103" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen.jpg" alt="" width="1920" height="1080" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen.jpg 1920w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-300x169.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1024x576.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-768x432.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1536x864.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-600x338.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-750x422.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/10/fin-cen-1140x641.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1920px) 100vw, 1920px" /><figcaption id="caption-attachment-3103" class="wp-caption-text">Extraits des articles sur les FinCen Files en Afrique. Crédit: ICIJ/ BuzzFeed News; Getty Images; Alamy</figcaption></figure>
<p>Le rapport de Western Union indique qu&rsquo;Arido a envoyé des paiements à trois personnes au Cameroun et en France: Arlette Josiane Tongui Bengue, Louis Kotys et Sylvie Ngo Manding. La transaction moyenne valait moins de 300 $. On ne sait pas si les paiements faisaient partie du système de corruption.</p>
<p>Kotys et Ngo Manding n&rsquo;ont pas pu être joints. Tongui Bengue, qui vit maintenant au Québec, a refusé de répondre aux questions lorsqu&rsquo;il a été contacté.</p>
<p>Vous n&rsquo;avez pas besoin de Western Union ou des banques pour «faire le tour et menacer un témoin avec une clé à molette», a déclaré Robert Cryer, professeur de droit à l&rsquo;Université de Birmingham en Angleterre. «Mais l&rsquo;argent est au cœur des autres formes d&rsquo;intimidation des témoins.»</p>
<p>Lors d&rsquo;un appel WhatsApp avec ICIJ, Bemba a nié avoir corrompu des témoins. «Non, c&rsquo;est absolument faux», a déclaré Bemba. « Je n&rsquo;étais pas en mesure de le faire. » Il a fait appel du rejet de sa demande d&rsquo;indemnisation.</p>
<h3><strong>De</strong><strong> trafiquants de drogue au parrain</strong></h3>
<p>Des métropoles animées comme Tokyo à la plus petite capitale du monde, Ngerulmud à Palau, le logo noir et jaune de Western Union ou la flèche blanche de MoneyGram se trouvent presque partout. Moyennant des frais, les entreprises offrent un moyen facile de transférer de l&rsquo;argent à un être cher en panique ou de conclure une entente commerciale à une date limite. Ils jouent un rôle essentiel dans la vie de dizaines de millions de personnes qui utilisent leurs services, des vice-présidents aux journalistes.</p>
<p>Si un virement bancaire peut prendre plusieurs jours, les deux sociétés affirment que les espèces sont disponibles «en quelques minutes».</p>
<p>Il est impossible d&rsquo;arrêter tous les transferts d&rsquo;argent illicites, en particulier ceux qui impliquent de petits montants et des personnes inconnues des forces de l&rsquo;ordre. Mais les institutions financières sont censées être à l&rsquo;affût de personnes comme Anthony Gomes et ses copains.</p>
<p>Gomes et d&rsquo;autres ont aidé à introduire le puissant fentanyl opioïde aux États-Unis, acheminant le médicament des laboratoires chinois aux revendeurs et utilisateurs américains via le système postal. Plus de 36 000 Américains sont morts l&rsquo;année dernière d&rsquo;une overdose de fentanyl et de drogues synthétiques similaires.</p>
<p>Son réseau de trafiquants a caché des transactions via des comptes offshore et a viré de l&rsquo;argent via Western Union, selon des documents judiciaires. Les dossiers montrent que lui et d&rsquo;autres ont envoyé 17 600 dollars en Chine en un seul mois par l&rsquo;intermédiaire de l&rsquo;expéditeur.</p>
<p>« J&rsquo;ai le gars sur le chemin de wu [Western Union] maintenant, donnez-moi quelques-uns », a envoyé Gomes à un autre concessionnaire, selon les archives judiciaires. «Ok, bonne chose», a répondu le marchand de fentanyl. «Le nouveau lot est encore plus fort que [le] dernier.»</p>
<p>Au moins quatre Américains, dont Daniel Latjerman, 19 ans, dans le Dakota du Nord, ont été tués par du fentanyl importé par le ring de Gomes, ont indiqué les procureurs. Gomes a plaidé coupable en 2018 à des accusations de complot liées au trafic de drogue et au blanchiment d&rsquo;argent.</p>
<p>Gomes et huit autres personnes apparaissent dans une feuille de calcul incluse avec un rapport d&rsquo;activité suspecte en rapport avec plus de 403 000 $ de paiements effectués via MoneyGram de 2012 à 2017. Également nommé dans le rapport non daté de MoneyGram était Darius Ghahary, un homme du nord du New Jersey accusé en 2014 d&rsquo;homicide involontaire coupable. après la mort de Latjerman. Ghahary est mort en détention. On ne sait pas pourquoi MoneyGram a déposé le rapport alors qu&rsquo;il l&rsquo;a fait.</p>
<p>MoneyGram a aidé à transférer de l&rsquo;argent pour Ghahary malgré sa condamnation bien médiatisée pour fraude sur Internet plus d&rsquo;une décennie plus tôt.</p>
<p>Les entreprises de services monétaires sont l&rsquo;un des «deux principaux systèmes de paiement qui soutiennent l&rsquo;achat illicite d&rsquo;opioïdes», a déclaré au Congrès les services d&rsquo;immigration et de douane américains en 2018. Quelques mois plus tôt, un agent d&rsquo;infiltration de la Drug Enforcement Administration des États-Unis a déclaré à un tribunal fédéral qu&rsquo;il reçu du fentanyl dans une boîte marquée «arachides» après avoir transféré 80 $ à la Chine via MoneyGram.</p>
<p>L&rsquo;année dernière, le Département du Trésor a alerté les institutions financières sur les abus potentiels des entreprises de services monétaires dans le trafic de fentanyl et d&rsquo;opioïdes synthétiques.</p>
<p>Les fichiers FinCEN montrent que l&rsquo;un des mafieux eurasiens les plus dangereux d&rsquo;Amérique a construit son empire avec l&rsquo;aide d&rsquo;entreprises de services monétaires.</p>
<p>En 2018, Razhden Shulaya, directeur d&rsquo;une société de location de dépanneuses à Brooklyn, a été condamné à New York pour avoir orchestré «une vaste et violente entreprise criminelle» impliquant des jeux de hasard, des fraudes par carte de crédit, des cigarettes de contrebande et des chocolats volés. Les autorités ont déclaré qu&rsquo;il avait également l&rsquo;intention de frauder les casinos avec des machines à sous truquées.</p>
<p>Shulaya était un «beau-voleur» l&rsquo;équivalent russe d&rsquo;un parrain, selon les procureurs américains. « Il a utilisé son pouvoir pour voler, frauder, extorquer et défigurer », ont déclaré les procureurs. Ils ont cité des occasions où Shulaya avait fouetté son neveu au pistolet et frappé le visage d&rsquo;un lieutenant après une insulte perçue. Les membres de son gang battent les ennemis avec des queues de billard. D&rsquo;autres, pour faire plaisir, ont donné à Shulaya une Mercedes et une arbalète en cadeau.</p>
<p>Il purge une peine de 45 ans de prison en Virginie-Occidentale, mais a fait appel de sa condamnation.</p>
<p>Deux ans avant la condamnation de Shulaya, le FinCEN a rapporté qu&rsquo;un «associé» nommé George Meskhishvili avait envoyé 12 600 $ depuis les sites de Western Union à New York à huit personnes, dont Shulaya. Le rapport de l&rsquo;agence qualifie Meskhishvili de l&rsquo;un des «facilitateurs centraux» possibles des réseaux financiers des gangs du crime eurasien. Meskhishvili n&rsquo;a pas été inculpé au pénal.</p>
<p>Le FinCEN a déclaré que les transactions étaient suspectes car de nombreux montants étaient inférieurs au seuil de 10 000 $ que les banques doivent déclarer dans les transactions en devises ou ont été envoyés le même jour ou des jours consécutifs.</p>
<p>En mai 2014, Meskhishvili a viré 1 200 $ de Brooklyn à Shulaya à l&rsquo;hôtel et casino Bellagio à Las Vegas quelques semaines avant que les États-Unis ne lancent leur enquête. Au moment où Western Union a approuvé le paiement de Meskhishvili à Shulaya, le beau-voleur avait déjà été arrêté en Europe lors d&rsquo;une répression anti-mafia très médiatisée. Shulaya était également recherchée en Russie pour des accusations non précisées, selon les procureurs américains.</p>
<p>ICIJ n&rsquo;a pas pu joindre Meskhishvili pour commenter via les médias sociaux ou sa dernière adresse répertoriée à Brooklyn.</p>
<p>Interrogé cinq fois sur la raison pour laquelle il approuvait les paiements à Shulaya, Western Union n&rsquo;a jamais répondu.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Par Will Fitzgibbon &amp; Mago Torres</em></p>
<p><em>Contributeurs: Agustin Armendariz, Christian Locka, Scott Pham, Frédéric Zalac</em></p>
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		<item>
		<title>#FinCEN Files: Deux femmes au Cameroun auraient pris de l&#8217;argent pour témoigner en faveur de Jean-Pierre Bemba à la CPI</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/a-la-une/fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=fincen-files-deux-femmes-cameroun-auraient-pris-argent-pour-temoigner-en-faveur-de-jean-pierre-bemba-cpi</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 20 Sep 2020 17:39:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Arido]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[corruption des temoins]]></category>
		<category><![CDATA[Jean Pierre Bemba]]></category>
		<category><![CDATA[Tongui Bengue]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Un jeune homme venu de Centrafrique est discrètement entré dans la capitale économique camerounaise. Il a rencontré au plus quatre individus à qui il a expliqué que son ami,  un chef de guerre, est traduit devant la justice internationale pour des accusations de crimes. Il a dit vouloir faire d&#8217;eux des témoins de son ami. [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un jeune homme venu de Centrafrique est discrètement entré dans la capitale économique camerounaise. Il a rencontré au plus quatre individus à qui il a expliqué que son ami,  un chef de guerre, est traduit devant la justice internationale pour des accusations de crimes. Il a dit vouloir faire d&rsquo;eux des témoins de son ami.</p>
<p>Ils se présenteraient au tribunal comme des soldats de l&rsquo;armée centrafricaine, il a ajouté. Pendant deux jours, l&rsquo;homme de 35 ans a construit un récit et adapté les témoignages que ces individus auront à répéter plus tard devant les juges.</p>
<p>Puis, il leur a attribué des grades de l&rsquo;armée, leur a remis des insignes militaires, leur a promis de l&rsquo;argent et une installation en Europe.</p>
<p>L&rsquo;homme en question s&rsquo;appelle Narcisse Arido, ex-soldat de l&rsquo;armée centrafricaine qui, selon un <a href="https://www.icc-cpi.int/CourtRecords/CR2018_02968.PDF">jugement</a> de la chambre de première instance de la Cour pénale internationale(CPI) rendu le 19 octobre 2016, a été reconnu coupable d&rsquo;avoir « personnellement » corrompu quatre témoins pour apporter un coup de main à son ami Jean Pierre Bemba Gombo, chef de guerre congolais, accusé d&rsquo;avoir commis des crimes de guerre et des crimes contre l&rsquo;humanité en Centrafrique.</p>
<p>La juridiction basée à la Haye en Hollande a fait savoir qu&rsquo;entre 2011 et 2014, Monsieur Arido a donné des instructions à quatre témoins en leur expliquant ou faisant expliquer qu&rsquo;ils devaient faire croire au tribunal qu&rsquo;ils sont des militaires « alors même qu’il pensait qu’ils n’avaient pas de tels<br />
antécédents ».</p>
<h3>Faux témoignages</h3>
<p>Par la suite, Arido a non seulement donné des grades et insignes militaires à ces gens, dit le jugement de première instance de la CPI, mais il leur a également promis des récompenses financières consistantes et une installation en Europe en guise d&rsquo;encouragement afin qu&rsquo;ils fournissent à l&rsquo;audience de faux témoignages et faux éléments de preuve profitables à Bemba.</p>
<p>« C’est de sa propre initiative et avec ténacité que Narcisse Arido a commis ces infractions sur deux jours à Douala », dit le jugement de première instance de la CPI.</p>
<p>Corrompre un témoin, dit la cour, rend impossible d&rsquo;apprécier ce que le témoin a personnellement vécu et empêche la cour de s&rsquo;acquitter de son mandat.</p>
<p>«La CPI s&rsquo;occupe de la criminalité systémique », a déclaré Robert Cryer, professeur international de droit à l&rsquo;Université de Birmingham en Angleterre.</p>
<p>« Si vous en poursuivez un, vous en avez d&rsquo;autres qui ont un très grand intérêt à faire en sorte qu&rsquo;il y ait un acquittement », a dit Cryer.</p>
<p>Toutefois, la CPI dans son jugement n&rsquo;a mentionné ni les noms des témoins manipulés ni les détails des transactions d&rsquo;argent entre Arido et eux.</p>
<p>Mais, grâce à des documents confidentiels du Trésor américain obtenus par The Museba Project en collaboration avec le Consortium international des journalistes d’investigation (ICIJ), The Museba Project a découvert que sur une période de dix ans, Arido aurait effectué une dizaine de transferts d&rsquo;argent, évalués à plus de 5000$, à trois bénéficiaires parmi lesquels figureraient Arlette Josiane Tongui Bengue et Sylvie Ngo Manding, deux femmes basées au Cameroun au moment des faits.</p>
<p>L’information sur les transferts se trouve dans un document qui fait partie du FinCEN Files, la nouvelle enquête internationale de l’ICIJ et ses partenaires, dont The Museba Project. Les documents viennent du FINCEN, l’agence au sein du trésor américain chargé d&#8217;empêcher le blanchiment d’argent. Les transferts impliquant Arido, Bemba et d’autres associés se trouvent dans un document préparé par Western Union qui aurait facilité les transferts.</p>
<p>Les documents des FinCEN Files ont été reçus d’abord par BuzzFeed News qui les a ensuite partagés avec ICIJ qui a crée une collaboration mondiale.</p>
<p>The Museba Project n&rsquo;a pu joindre Narcisse Arido pour avoir sa version des faits. Le centre d&rsquo;accueil des demandeurs d&rsquo;asile de Lyon en France où il a résidé pendant un moment dit avoir perdu ses traces.</p>
<p>« Après enquête, nous n&rsquo;avons aucune information sur l&rsquo;endroit où vit actuellement Narcisse Arido et comment le joindre », a dit dans un mail le 21 juillet dernier Madame Capucine Brochier, chef de mission communication du centre Forum Refugiés.</p>
<p>« Il a en effet été hébergé dans notre centre d&rsquo;hébergement pour demandeurs d&rsquo;asile pendant un certain temps, mais l&rsquo;a quitté en janvier 2019 », a ajouté Madame Brochier.</p>
<p>Le premier jour d&rsquo;Août 2019, des milliers de supporters étaient massés à l&rsquo;aéroport international de Kinshasa pour vivre le retour au bercail de Jean Pierre Bemba Gombo à bord d&rsquo;un jet privé. L&rsquo;ancien vice président en charge de l&rsquo;économie dans le gouvernement de transition en République Démocratique du Congo(RDC), avait annoncé depuis l&rsquo;étranger sa candidature à l&rsquo;élection présidentielle. La commission électorale a plus tard invalidé cette candidature et la place que Bemba convoitait est occupée par Felix Tshisekedi, l&rsquo;actuel président de la RDC.</p>
<p>Mais, la foule bigarrée venait surtout s&rsquo;assurer que leur leader respire bien un air de liberté après une longue absence. Bemba n&rsquo;avait pas mis pied en RDC depuis dix ans. Il était détenu à la CPI pour répondre des accusations de crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité commis en République centrafricaine.</p>
<p>Né le 4 novembre 1962 à Bokada, dans la Province de l&rsquo;Equateur, Jean pierre Bemba Gombo a fondé en 1998 le Mouvement de Libération du Congo(MLC), un parti politique dont la branche armée a, entre 2002 et 2003, volé au secours du président centrafricain Ange Félix Patassé qui combattait militairement la rébellion menée par le général François Bozizé. Le violent conflit armé qui s&rsquo;en est suivi aux entours du fleuve Oubangui a fait plusieurs <a href="https://www.fidh.org/IMG/pdf/cf355f.pdf">victimes</a> civiles et militaires.</p>
<p>En juin 2005, l&rsquo;Etat centrafricain avec à sa tête Bozizé a adressé au procureur de la CPI une plainte contre Jean Pierre Bemba et ses troupes pour meurtres, viols et pillages, des infractions classées parmi les crimes de guerre et crimes contre l&rsquo;humanité.</p>
<p>Au camp d&rsquo;en face, Bemba et certains de ses lieutenants ont commencé à préparer la bataille judiciaire sans exclure la possibilité de recruter et de corrompre des témoins à décharge. La CPI a indiqué, dans un <a href="https://web.archive.org/web/20180927113253/http://www.icc-cpi.int/iccdocs/PIDS/publications/Bemba-et-alEng.pdf">article</a> paru sur son site internet, qu&rsquo;entre 2011 et 2014, Bemba et certains de ses proches ont corrompu des témoins « <em>en leur donnant de l&rsquo;argent et des instructions pour fournir de faux témoignages</em> » dans la salle d&rsquo;audience.</p>
<p>« La falsification de témoins est probablement répandue dans les affaires portées devant la CPI », a déclaré Dr Rossella Pulvirenti, enseignant de droit à l&rsquo;Université John Moores de Liverpool, même si Bemba et ses associés restent les seules personnes condamnées.</p>
<p>La CPI s&rsquo;appuie fortement sur les témoignages pour se prononcer sur les affaires enrôlées, a indiqué Dr Pulvirenti.</p>
<p>« Si vous réussissez à corrompre un témoin, vous avez très probablement résolu votre problème », a déclaré Dr Pulvirenti.</p>
<h3>« Je veux arrêter cette conversation maintenant&#8230; »</h3>
<p>Lors d&rsquo;un bref appel WhatsApp avec un journaliste de l&rsquo;ICIJ, Bemba a nié la falsification de témoins et a nié avoir payé des pots-de-vin via Western Union ou Moneygram.</p>
<p>«Non, c&rsquo;est absolument faux», a déclaré Bemba. « Je n&rsquo;étais pas en mesure de le faire. »</p>
<p>Bemba a suggéré que l&rsquo;affaire de falsification de témoins était en cours, mais a refusé de s&rsquo;étendre. La CPI a déclaré à l&rsquo;ICIJ que l&rsquo;affaire était [en attente].</p>
<p>« Je veux arrêter cette conversation maintenant car elle est toujours en suspens », a déclaré Bemba. « Bye Bye. »</p>
<p>On ne sait si Bemba était au courant de tout ce que faisaient ses proches pour manipuler les témoignages en sa faveur. Mais, la chambre de première instance de la CPI a condamné Narcisse Arido, un de ses hommes de main, pour avoir suborné quatre des quatorze témoins de l&rsquo;affaire principale.</p>
<p>Né le 15 mai 1978 à Bangui en RCA, Arido a fait ses études de droit et de<br />
«Défense, sécurité et gestion des conflits et des catastrophes» à l&rsquo;université de Yaoundé au Cameroun avant d&rsquo;intégrer les forces armées centrafricaines jusqu’en 2001. Il a fait appel et a demandé l&rsquo;annulation de sa condamnation et son acquittement.</p>
<p>Mais, de nouveaux détails pourraient changer le cours des choses. D&rsquo;après des documents confidentiels des FinCEN Files, Arido aurait effectué entre le 28/12/2005 et le 09/04/2015, dix-neuf transactions d&rsquo;un montant total de $5,491 auprès de sept agences Western Union basées en France et au Cameroun au profit, entre autres, de Arlette Josiane Tongui Bengue et de Sylvie Ngo Manding, deux femmes présentes au Cameroun.</p>
<p>Vous n’avez pas besoin du système financier international pour «faire le tour et menacer un témoin avec une clé à molette», a déclaré Cryer; mais les banques, les entreprises de services monétaires et autres paiements électroniques sont au cœur des autres formes d’intimidation des témoins d&rsquo;aujourd’hui, a dit Cryer.</p>
<p>The Museba Project et ICIJ ont voulu savoir si les deux femmes savaient que Arido manipulait les témoignages et si les transferts qu&rsquo;elles auraient reçus de lui avaient un lien avec cette activité.</p>
<p>Sylvie Ngo Manding n&rsquo;a pu être jointe pour commenter.</p>
<p>En revanche, au cours d&rsquo;un court échange téléphonique le 5 Août dernier, une dame qui serait Arlette Josiane Tongui Bengue, et qui réside actuellement à Sherbrooke au Canada, a d&rsquo;abord dit que c&rsquo;est illégal de chercher à la contacter.</p>
<p>« C&rsquo;est illégal de me chercher jusqu&rsquo;ici », a-t-elle déclaré au reporter de The Museba Project. « Je ne peux pas quitter le Cameroun jusqu&rsquo;au canada et on cherche mon numéro ».</p>
<p>Elle a ensuite haussé le ton en citant le nom de Arido.</p>
<p>« Monsieur, tu ne dois pas me chercher jusqu&rsquo;au canada pour dire que Arido a fait quoi, quoi », a-t-elle dit.</p>
<p>« Je suis entrain de t&rsquo;enregistrer et ne m&rsquo;appelle plus jamais ».(Elle a raccroché).</p>
<p>Plus tard, The Museba Project et ICIJ ont fait déposer un questionnaire à l&rsquo;adresse canadienne de Arlette Josiane Tongui Bengue. Aucune réaction n&rsquo;a été faite avant la publication de cet article.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em><a class="_58cn" href="https://web.facebook.com/hashtag/fincenfiles?__eep__=6&amp;source=feed_text&amp;epa=HASHTAG" data-ft="{&quot;type&quot;:104,&quot;tn&quot;:&quot;*N&quot;}"><span class="_5afx"><span class="_58cl _5afz" aria-label="hashtag">#</span><span class="_58cm">FinCEN Files</span></span></a> est la nouvelle enquête internationale du Consortium International des Journalistes d&rsquo;Investigation(ICIJ) en collaboration avec @BuzzFeedNews, The Museba Project &#8211; et plus de 400 reporters, 108 médias dans 88 pays.</em></p>
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		<item>
		<title>Le migrant camerounais M. Ngu revient du Mexique dans un cercueil</title>
		<link>https://www.themusebaproject.org/special-reports/mr-ngu-migrant-camerounais-est-rentre-du-mexique-dans-un-cercueil/?utm_source=rss&#038;utm_medium=rss&#038;utm_campaign=mr-ngu-migrant-camerounais-est-rentre-du-mexique-dans-un-cercueil</link>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Jun 2020 10:37:07 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[camerounais]]></category>
		<category><![CDATA[Mexique]]></category>
		<category><![CDATA[migrants]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une dizaine de personnes se bousculent dans la pénombre. Tous veulent découvrir le contenu du carton rectangulaire qu&#8217;un chariot élévateur vient de déposer sur le bitume. Quand quelques minutes plus tard le cercueil en bois verni apparaît, les cris de peine s&#8217;ajoutent aux chaudes larmes. Entre deux sanglots, une femme vêtue de noir est inconsolable. [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Une dizaine de personnes se bousculent dans la pénombre. Tous veulent découvrir le contenu du carton rectangulaire qu&rsquo;un chariot élévateur vient de déposer sur le bitume. Quand quelques minutes plus tard le cercueil en bois verni apparaît, les cris de peine s&rsquo;ajoutent aux chaudes larmes. Entre deux sanglots, une femme vêtue de noir est inconsolable. « <em>Bienvenue Emma, on n&rsquo;a jamais su qu&rsquo;on te reverrait</em>« , crie-t-elle, en agitant le bras gauche.</p>
<div class="jeg_video_container jeg_video_content"><iframe title="Le dernier voyage de Mr Ngu, un migrant camerounais" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/YkZJUSuAM5w?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></div>
<p>Près du cercueil est posé la photo d&rsquo;un homme serein dans une chemise longue manche noire et un chapeau large bord de même couleur sur la tête. Au bas de l&rsquo;image, il est inscrit : <em>« en mémoire d&rsquo;amour de Emmanuel. Levée du soleil 15 novembre 1979 &#8211; couchée du soleil 11 octobre 2019 ». </em>Malgré la douleur, certains sortent leurs téléphones portables et captent la scène.</p>
<p>Ce vendredi après midi de janvier 2020, les visages ont commencé à changer  quand le vol OO-SFF de la compagnie belge SN Brussels a déposé la dépouille de Emmanuel Cheo Ngu au fret de l&rsquo;aéroport international de Douala. Ce migrant camerounais est décédé au cours d&rsquo;un naufrage au Mexique alors qu&rsquo;il essayait de se rendre aux Etats-Unis pour demander l&rsquo;asile. La mauvaise nouvelle a fait grand bruit jusque dans les réseaux sociaux au point que la famille du défunt habituellement discrète s&rsquo;était sentie gênée. Seules quelques personnes avaient été informées de l&rsquo;arrivée du corps.</p>
<p>Pour plus de 40 millions de touristes chaque année, le Mexique est une destination de rêve, avec des hôtels de luxe, des vestiges Mayas ou des plages sablonneuses. Mais, pour les migrants camerounais en partance vers le nord, la réalité est autre et triste.</p>
<p>« Je n&rsquo;arrêterai jamais de pleurer que mon mari a dû traverser ça juste pour assurer un meilleur avenir à ses enfants. Il est regrettable qu&rsquo;il se soit sacrifié dans un océan pacifique pour donner un meilleur avenir à sa famille », a commenté via Facebook, Antoinette, l&rsquo;épouse de Emmanuel après la confirmation du décès. « Repose « papa » tu es un vrai héros. Tes enfants grandiront pour être très fiers de toi ».</p>
<h2>« Je savais que personne n&rsquo;allait survivre »</h2>
<p>Le drame s&rsquo;est produit en octobre 2019 dans les eaux mexicaines avec le naufrage d&rsquo;une pirogue chargée de migrants. Dans un entretien réalisé par un partenaire du projet <a href="https://migrantes-otro-mundo.elclip.org/los-aliados.html">« <strong>Migrants d&rsquo;un autre Monde »</strong></a>, Marcel, l&rsquo;un des survivants, a déclaré que tout a débuté par des signes de lassitude. Un groupe de migrants africains était retenu depuis trois mois dans un camp à Tapachula, à la frontière sud du Mexique. Les services d&rsquo;immigration refusaient de leur délivrer des laissez-passer pour qu&rsquo;ils continuent le chemin, disant que ces migrants, entrés dans le territoire mexicain sans visa, sont considérés comme des apatrides.</p>
<p>« Ils ne voulaient pas nous laisser partir », se souvient Marcel, qui était soudeur à Kumba au sud ouest du Cameroun. Il dit avoir fui les représailles des militaires qui lui reprochaient de faire la propagande du Southern Cameroon National Council(Scnc), un mouvement séparatiste non armé. Au Mexique, ses amis d&rsquo;infortune et lui avaient déjà passé plus de trois mois dans un camp en attente d&rsquo;un laissez passer pour pouvoir continuer le voyage jusqu&rsquo;aux Etats-Unis, leur destination finale.</p>
<p>Ces dernières années, 10.000 migrants ont été détenus ou récemment en détention ou simplement en attente au Mexique, selon Sylvie Bello, fondatrice de <em>Cameroon American Council(CAC)</em>, une ONG créée en 2010 qui œuvre pour renforcer les capacités, la visibilité et la pertinence de la communauté camerounaise aux États-Unis. Sylvie Bello dit avoir cumulé les données recueillies auprès de plus de 200 communautés de la diaspora camerounaise.</p>
<p>Un après midi ensoleillé d&rsquo;Octobre 2019, Marcel a appris d&rsquo;un migrant congolais qu&rsquo;un passeur mexicain se proposait d&rsquo;aider les migrants à sortir de Tapachula moyennant le paiement de la somme de $320 par personne. C&rsquo;était l&rsquo;occasion tant rêvée. Aussitôt, seize hommes et une femme ont entamé les préparatifs dans le secret. Marcel n&rsquo;était pas le seul camerounais de la bande. Emmanuel Cheo Ngu, Atem keng Ebensor, Micheal Atembe Atabong et un autre Emmanuel_ dont le nom de famille n&rsquo;a pas été retrouvé _ brûlaient aussi d&rsquo;envie de partir. Malgré une surprenante décision du passeur.</p>
<p>« Le passeur mexicain ne nous avait pas dit que nous allions passer par les eaux », dit Marcel. « Je me disais qu&rsquo;on devait prendre la route pour aller de Tapachula pour la capitale ». Si les migrants entraient à Mexico, ils auraient fait la moitié des 4400 km qui les séparaient encore des Etats-Unis.</p>
<figure id="attachment_2975" aria-describedby="caption-attachment-2975" style="width: 1200px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2975" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1.jpg" alt="" width="1200" height="600" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1.jpg 1200w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-300x150.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-1024x512.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-768x384.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-600x300.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-360x180.jpg 360w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-750x375.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-01-1-1140x570.jpg 1140w" sizes="(max-width: 1200px) 100vw, 1200px" /><figcaption id="caption-attachment-2975" class="wp-caption-text">Emmanuel Ngu</figcaption></figure>
<p>Le 11 octobre 2019, assis les uns près des autres dans une pirogue à moteurs, les migrants ont quitté les rives d&rsquo;un fleuve près de la côte pacifique de Tonala. Après six heures de navigation, l&rsquo;hélice d&rsquo;un des moteurs a accroché un filet sous les eaux. La pirogue, déséquilibrée, a basculé et a pris de l&rsquo;eau.</p>
<p>« Les gens ont commencé à crier « Jésus », se rappelle Marcel, tout ému.  » Le guide a dit de ne pas crier, que tout allait bien. Il a utilisé l&rsquo;autre moteur pour nous permettre d&rsquo;arriver sur la rive. Nous avons réussi à enlever le filet. »</p>
<p>Il était environ quatre heures du matin. La pirogue est repartie sur les eaux agitées. Elle avançait avec dextérité entre les vagues géantes. Soudain, une vague impétueuse a violemment frappé un flanc de l&#8217;embarcation qui a coulé après avoir pris l&rsquo;eau de toutes parts. Au milieu des bruits de vagues, les naufragés en détresse criaient, pleuraient, appelaient au secours. Mais, en vain.</p>
<p>« Je savais que personne n&rsquo;allait survivre car la vague était forte », raconte Marcel. « Les gens criaient « <em>Jésus aide nous</em>« ; j&rsquo;ai vu des gens avaler de l&rsquo;eau au point d&rsquo;en mourir. Une personne avale de l&rsquo;eau, pousse quelques cris et tu n&rsquo;entends plus rien. Quand tu appelles le nom d&rsquo;une personne et elle ne répond pas, tu sais que  la personne est morte ».</p>
<p>Marcel et sept autres migrants étaient accrochés sur la pirogue qui flottait sur les eaux. Après plus d&rsquo;une heure entre la vie et la mort, ils ont été projetés sur la rive par les vagues; ils se sont rendus compte que neuf migrants y compris Atem Keng Ebensor, Emmanuel, Atembe Atabong et Emmanuel Cheo Ngu ont péri dans les eaux. Ils ont commencé à pleurer.</p>
<p> » J&rsquo;ai transporté le corps d&rsquo;Atabong jusqu&rsquo;à la rive. J&rsquo;ai essayé de le presser mais rien n&rsquo;est sorti », regrette Marcel.</p>
<p>A l&rsquo;aéroport international de Douala, je faisais partie des personnes informées de l&rsquo;arrivée de la dépouille de Emmanuel Cheo Ngu. « On ne peut pas parler au média », a indiqué un homme en boubou traditionnel. Il venait de se concerter avec d&rsquo;autres membres de la famille sur l&rsquo;opportunité de donner des témoignages à la presse. Il a dit que si la famille d&rsquo;Emmanuel s&rsquo;ouvre, elle redoute que le gouvernement utilise ces informations contre elle.</p>
<p>Plusieurs anglophones vivent dans la crainte depuis novembre 2016 lorsque les forces du maintien de l&rsquo;ordre ont violemment réprimé, dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest ,une manifestation d&rsquo;avocats et enseignants  demandant de meilleures conditions de travail. Depuis lors, la crise a grandi et a changé de phases, explique Micheal Fonsoh, le coordinateur de l&rsquo;Initiative Communautaire pour le Développement Durable (Cominsud), une organisation non gouvernementale qui travaille dans ces deux régions anglophones du pays depuis 1996.</p>
<p>« Depuis le début, le gouvernement a décidé d&#8217;employer la force, de réprimer et pendant quatre années consécutives, le gouvernement n&rsquo;a pas réussi à utiliser la force pour réprimer », dit-il . « Le problème a commencé par des manifestations pacifiques et s&rsquo;est poursuivi jusqu&rsquo;à la phase de refus de reconnaître ».</p>
<p>Les anglophones qui représentent environ 20% des près de 25 millions d&rsquo;habitants du pays se plaignent d&rsquo;être traités comme des citoyens de seconde zone par la majorité francophone. Ils disent qu&rsquo;ils ont peu de représentation politique, d&rsquo;opportunités économiques et de considération par le régime du président Paul Biya, 87 ans, dont 38 passés au pouvoir.</p>
<p>A partir d&rsquo;octobre 2017, la crise s&rsquo;est transformée en conflit armé quand des éléments des forces de sécurité ont, selon des témoignages, tiré sur des personnes qui marchaient sur les artères des régions anglophones pour célébrer l&rsquo;indépendance de l&rsquo;ancien Cameroun britannique, rebaptisé république fédérale d&rsquo;Ambazonie par les séparatistes.</p>
<p>Plus tard, les séparatistes armés ont commencé à tuer les éléments des forces de sécurité, à détruire les édifices publics et à s&rsquo;en prendre même aux anglophones qui ne pensaient pas comme eux.</p>
<p>Emmanuel avait affiné son cursus académique à l&rsquo;université de Yaoundé I. Il est devenu un enseignant de lycée puis a servi à la délégation régionale des enseignements secondaires du Nord-Ouest à Bamenda. Marié et père de trois enfants, le jeune homme de 39 ans était hanté par l&rsquo;idée de l&rsquo;exil. Avec l&rsquo;éclatement de la crise, Emmanuel comme la plupart des fonctionnaires travaillant dans les régions anglophones, était régulièrement sous pression. Il devait faire un choix difficile : continuer à collaborer avec le gouvernement et être taxé de traitre par les personnes favorables à l&rsquo;indépendance de l&rsquo;ancien Cameroun britannique; ou soutenir les séparatistes au risque de subir les foudres de l&rsquo;armée et du gouvernement.</p>
<p>Son épouse, Antoinette, dans un entretien accordé à notre collègue <em>El Pais</em>, a déclaré que Emmanuel était contraint de s&rsquo;enfuir parce qu&rsquo;il était menacé par l&rsquo;armée camerounaise et les séparatistes. Sur sa page Facebook, Emmanuel, bien que serviteur de l&rsquo;Etat<em>, </em>avait affiché le drapeau bleu et blanc de la république imaginaire d&rsquo;Ambazonie parmi ses préférences.</p>
<p>Déjà, le conflit armé entre les groupes séparatistes et l&rsquo;armée a fait environ 3000 morts et plus de 60.000 réfugiés au Nigeria voisin, selon les calculs des agences des nations unies; qui indiquent que 600.000 déplacés internes du fait de la guerre au Nord et Sud-ouest vivent dans des conditions difficiles dans les régions du Centre, de l&rsquo;Ouest et du Littoral.</p>
<p>C&rsquo;est le cas de Gwendoline Sanga, 32 ans. Cette mère de deux enfants était employée comme temporaire à la Cameroon Développent Corporation(CDC), une entreprise de l&rsquo;Etat spécialisée notamment dans la production de la banane. Son travail consistait à sélectionner et nettoyer les produits à l&rsquo;usine de Tiko, l&rsquo;une des bases des combattants séparatistes dans la région du Sud-ouest. Il y a deux ans, des hommes armés ont surgi dans un champ où se trouvait Gwendoline. Ils ont commencé à attraper puis à sectionner certaines parties du corps des employés.</p>
<p><img class="alignleft size-full wp-image-2961" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica.jpg" alt="" width="960" height="572" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica.jpg 960w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica-300x179.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica-768x458.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica-600x358.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Emmanuel-NGU-entrada-Costa-Rica-750x447.jpg 750w" sizes="(max-width: 960px) 100vw, 960px" /></p>
<h2>Histoires tragiques</h2>
<p>« A certains de mes collègues, les sécessionnistes ont coupé les doigts, les oreilles, d&rsquo;autres ne peuvent plus marcher; beaucoup sont morts », raconte Gwendoline, le regard soucieux. »Ils [les sécessionnistes] ont dit qu&rsquo;ils le font parce que nous travaillons avec l&rsquo;Etat du Cameroun qui les combat ».</p>
<p>Les employés couraient de toutes parts. Elle dit avoir réussi à s&rsquo;enfuir dans la brousse où pendant des heures, elle a marché toute affolée jusqu&rsquo;à la route. Gwendoline gagnait mensuellement 50.000 Fcfa à la CDC. Aujourd&rsquo;hui, elle vend des gâteaux de farine et vit avec moins de 20.000 Fcfa à Mbonjo, un village situé à 40 km de Douala.</p>
<p>« J&rsquo;ai remercié mon Dieu de m&rsquo;avoir sauvé la vie; si la crise cesse, je vais repartir travailler », dit-t-elle, le sourire en coin.</p>
<p>Ces histoires tragiques résonnaient comme une source de motivation pour le candidat à l&rsquo;immigration. Un matin calme de juillet 2019, Emmanuel Cheo Ngu a quitté Bamenda avec sa petite famille. Ils s&rsquo;est rendu à Douala, où quelques heures plus tard, il a embarqué à bord d&rsquo;un vol de la compagnie Turkish Airlines. Il espérait arriver en Amérique latine pour entrer aux Etats-Unis et demander l&rsquo;asile. Après une escale à Istanbul, le vol a atterri à Quito en Equateur.</p>
<p>Pays deux fois plus petit que le Cameroun, l&rsquo;Equateur  était un choix bien pensé. A l&rsquo;époque, les ressortissants de six pays africains y compris le Cameroun n&rsquo;avaient pas besoin de visa pour entrer en Equateur. Conséquence, ce pays est devenu en peu de temps la principale porte d&rsquo;entrée de milliers de migrants africains dans la région. Le gouvernement équatorien a revu sa politique et a imposé depuis le 12 Août 2019 l&rsquo;obtention préalable de visa aux citoyens camerounais désireux de rentrer dans son territoire. Cette mesure a raté in extremis Emmanuel qui a franchi la frontière équatorienne environ deux semaines auparavant.</p>
<p>Selon le ministère équatorien de l&rsquo;Intérieur, entre janvier et mai 2019, un total de 3054 ressortissants africains, principalement du Cameroun (50%), sont entrés dans le pays; En 2018, ils étaient déjà 776 migrants camerounais entre janvier et juillet.</p>
<p>En Equateur, Emmanuel a poursuivi le voyage par route. Il est entré au Panama et s&rsquo;est lancé sur les pistes dangereuses de la jungle. Guidés par des habitués de la forêt dense, Emmanuel et d&rsquo;autres migrants, entendaient les cris des oiseaux au loin et découvraient au sol, par endroit, des cadavres de femmes, hommes et enfants, tantôt coincés entre les lianes, tantôt enfouis dans la boue. Des scènes d&rsquo;horreur similaires, à quelques exceptions près, aux atrocités de l&rsquo;armée et des combattants séparatistes dans son nord ouest natal. Quelques jours plus tard, Emmanuel a annoncé à son épouse qu&rsquo;il venait de traverser l&rsquo;étape la plus dangereuse du périple et lui a envoyé des photos souvenir.</p>
<p>Après plus de deux mois de voyage par bus, voiture et pirogue à travers l&rsquo;Equateur, le Panama et la Colombie, Emmanuel est arrivé à Tapachula au Mexique. Il a croisé une foule de migrants qui, comme lui, rêvaient de se rendre aux Etats-Unis. Le 10 octobre, Emmanuel a vécu une coïncidence heureuse: les négociations avec le passeur mexicain ont été bouclées le jour de son dixième anniversaire de mariage. Tout souriant, il a fait sur son compte Facebook un message d&rsquo;amour émouvant à Antoinette avec des photos de la petite famille.</p>
<h2>Le retour a coûté $10.000</h2>
<p>« En ce jour il y a 10 ans, nous avons noué le nœud d&rsquo;une union qui a été bénie avec trois adorables enfants. Nous ne pouvons tout simplement pas compter les nombreuses bénédictions au cours de cette période. Merci Seigneur de nous avoir guidés tout cela », a écrit Emmanuel.</p>
<p>Après ce post, les messages d&rsquo;encouragements, de bénédictions du couple et de persévérance ont commencé à tomber en cascade. Aux premières heures du 11 octobre, une internaute a glissé un autre message, laconique, dans le fil des commentaires: « Il n&rsquo;est plus ».</p>
<p>Emmanuel venait de mourir dans les eaux mexicaines à deux mois et quatre jours de son quarantième anniversaire. La triste nouvelle a d&rsquo;abord été traitée de rumeur sur la toile. Mais deux jours plus tard, une des sœurs de Emmanuel vivant aux Etats-Unis, a confirmé le décès et a tiré les premières leçons.</p>
<p>« Je voudrais que la communauté internationale comprenne qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un problème mondial, un problème de gouvernance. Le gouvernement doit chercher une solution à ce problème immédiatement », a déclaré Ngu Koroma dans une vidéo postée sur sa page facebook.</p>
<p>La dépouille de Emmanuel a été inhumée à Bamenda, son village natal, le lendemain de l&rsquo;arrivée à l&rsquo;aéroport. Son retour au Cameroun a coûté six millions de F CFA ($10000) à la famille, selon une source familiale.</p>
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		<title>Cameroun, main basse sur le bois !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 25 Sep 2019 12:17:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Investigation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Une bonne partie des millions de mètres cube de bois et produits dérivés que le Cameroun exporte chaque année vers l&#8217;Europe, l&#8217;Asie et même l&#8217;Amérique, provient d&#8217;opérations forestières illégales qui détruisent l&#8217;environnement, affectent le mode de vie des riverains et font perdre à l&#8217;Etat environ 7 milliards de FCFA par an. En 2010, le gouvernement [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une bonne partie des millions de mètres cube de <a href="https://www.youtube.com/watch?v=0q5oFCVnRH4">bois et produits dérivés</a> que le Cameroun exporte chaque année vers l&rsquo;Europe, l&rsquo;Asie et même l&rsquo;Amérique, provient d&rsquo;opérations forestières illégales qui détruisent l&rsquo;environnement, affectent le mode de vie des riverains et font perdre à l&rsquo;Etat environ 7 milliards de FCFA par an.</p>
<p>En 2010, le gouvernement et l&rsquo;Union Européenne ont signé un accord de partenariat volontaire relatif à l&rsquo;application des réglementations forestières, la gouvernance et les échanges commerciaux, en abrégé APV FLEGT, dont l&rsquo;une des exigences était la mise en place d&rsquo;un outil de traçabilité du bois.</p>
<p>Pourquoi neuf ans plus tard, et après avoir décaissé plus de 02 milliards de FCFA au profit des cabinets d&rsquo;études étrangers et locaux, le pays ne dispose t-il toujours pas d&rsquo;outil de traçabilité de bois? Pourquoi le processus de passation des marchés a-t-il été entaché de soupçons de corruption et de faux en écriture? Quels rôles ont joué la délégation locale de l&rsquo;Union Européenne et la Banque Allemande de développement (KFW), deux partenaires du projet,  accusées de complot et refus de paiement?</p>
<p>The Museba Project révèle, dans un document exclusif, les secrets du projet foireux de la traçabilité , ainsi que les dégâts du bois illégal qui constitue environ 40% des volumes exportés.</p>
<div class="jeg_video_container jeg_video_content"><iframe title="Cameroun, main basse sur le bois!" width="500" height="281" src="https://www.youtube.com/embed/0q5oFCVnRH4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>Est-Cameroun : Comment des élites aident les chinois à piller l’or</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jan 2019 16:26:13 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Corruption]]></category>
		<category><![CDATA[Human rights violations]]></category>
		<category><![CDATA[Investigation]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
		<category><![CDATA[chinois]]></category>
		<category><![CDATA[elites]]></category>
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		<category><![CDATA[exploitation]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le bulldozer vient de terrasser un arbre géant sur la piste en terre ocre.  L’engin lourd conduit par un trentenaire de teint noir a déjà balayé sur son passage de hautes herbes, des troncs d’arbres secs et des rochers qui empêchaient à la société minière chinoise d’étendre son site d’exploitation d’or à Guiwa Yangamo, un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bulldozer vient de terrasser un arbre géant sur la piste en terre ocre.  L’engin lourd conduit par un trentenaire de teint noir a déjà balayé sur son passage de hautes herbes, des troncs d’arbres secs et des rochers qui empêchaient à la société minière chinoise d’étendre son site d’exploitation d’or à Guiwa Yangamo, un village de l’arrondissement de Ngoura dans la région de l’Est Cameroun.</p>
<p>En cette matinée glaciale de septembre dernier, deux militaires montent la garde près d’une rangée de chambres encerclées de tôles réservées à quelques ouvriers et leurs familles. Au loin, un second bulldozer stationné à proximité d’un tas de gravier tamisé complète le décor coutumier des sites d’exploitation d’or opérés par les chinois dans ce pays d’Afrique centrale.</p>
<p>Alerté d’une présence étrangère, un mineur chinois vêtu d’un T-shirt blanc pianote sur son téléphone portable pour contacter une dame présentée plus tard comme l’interprète de la société chinoise.</p>
<figure id="attachment_2648" aria-describedby="caption-attachment-2648" style="width: 753px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2648" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-300x169.png" alt="" width="753" height="424" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-300x169.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-768x432.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-1024x576.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-600x338.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois.png 1280w" sizes="(max-width: 753px) 100vw, 753px" /><figcaption id="caption-attachment-2648" class="wp-caption-text">Le site d&rsquo;exploitation d&rsquo;or des chinois à Guiwa Yangamo. Credit: Christian Locka</figcaption></figure>
<h1> La méfiance</h1>
<p>«Seul le patron peut parler aux journalistes», indique d’une voix fine au téléphone celle qui dit s’appeler Marie. «Je peux seulement vous dire que les difficultés qu’ils [les chinois] rencontrent, c’est qu’il n’y a plus assez d’espace et l’Etat a resserré les choses». Marie avait promis de s’exprimer sur l’identité et les activités des mineurs chinois. Contactée plus tard, elle a changé d’avis et de ton : «pourquoi vous insistez sur nous, il y a d’autres sociétés, non ?»</p>
<p>Les mineurs chinois ne se méfient pas seulement de la presse. La plupart des autorités locales et les villageois ignorent tout de la présence des asiatiques.</p>
<p>«Quand les chinois sont arrivés, ils ont donné à manger à la population mais on ne sait pas comment cette société s’appelle ; on sait seulement qu’ils exploitent l’or dans notre village», dit Moussa Douka, adjoint au maire  de la commune de Ngoura, basé à Guiwa Yangamo.</p>
<p>Depuis quelques années, certains ressortissants chinois ont investi le sous-sol camerounais à la quête d’une partie des réserves d’or qui, selon le gouvernement, couvrent une superficie de 20.000 kilomètres carré reparties sur une centaine de villages. Munis des équipements modernes, les chinois étaient censés faciliter l’extraction du métal jaune et accroître les recettes du secteur minier qui constitue officiellement moins de 1% du PIB.</p>
<p>Mais, la population et les autorités publiques se plaignent de mauvaises pratiques minières des chinois qui, comme le révèle l’enquête du journal en ligne The Museba Project, ont fait des deals financiers avec des sociétés minières appartenant à certaines élites politiques influentes pour exploiter illégalement l’or, écouler les quantités d’or non déclarées et être fiscalement indétectables.</p>
<p>Au Cameroun, l’or était pendant des années extrait uniquement à l’aide des outils rudimentaires des artisans miniers locaux, jusqu’en 2007 lorsque le gouvernement a demandé à la société sud-coréenne, C &amp; K Mining, de pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée pour récupérer 13 tonnes d&rsquo;or emportés par l&rsquo;eau du barrage Lom Pangar à l’Est. Cette mesure enfreignait la loi minière de l’époque mais les autorités avaient déclaré que la situation était urgente.</p>
<p>Les opérateurs miniers chinois ont utilisé ce précèdent pour signer des partenariats technico-financiers avec certains nationaux en vue d’acquérir plus d’espaces et d’intensifier l’exploitation artisanale semi mécanisée à l’aide des outils modernes comme les pelles, les chargeurs mécaniques, les machines et les produits chimiques.</p>
<p>«A un moment, les chinois ne faisaient plus de partenariats, ils utilisaient simplement les cartes d’identité de leurs employés camerounais pour obtenir des autorisations d’exploitation artisanale», a indiqué Justin Chekoua, chef de projet Mines-Environnement-Santé et Société (ProMESS), un programme de l’Ong Forêts et Développement rural (Foder) qui vise à améliorer la bonne gouvernance des ressources minières.</p>
<p>Dans une étude récente sur le processus d’acquisition de titre minier au Cameroun, cette Ong révèle en effet que certains employés des sociétés minières locale et étrangère «étaient induits en erreur ou à juste titre trompés que la collecte de leurs cartes d’identité visait certaines procédures administratives alors que ces cartes étaient destinées au dépôt de demandes soit d’une carte de prospecteur individuel soit d’une autorisation d’exploitation artisanale».</p>
<p>En 2016, un nouveau code minier a été adopté. Il stipule notamment que seules les personnes morales de droit camerounais sont autorisées à pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée des substances précieuse et semi précieuse. Cette loi visait à encourager plus de nationaux à investir dans le secteur minier encore dominé par les étrangers. C’est plutôt les chinois qui ont intensifié l’exploitation illégale de l’or à travers l’abandon des trous ouverts, les fausses déclarations sur la production ou le manque de documents administratifs, au point de causer la destruction de l’environnement, des pertes en vie humaine et animale, la fuite des capitaux et la vente illicite de l’or.</p>
<p>«Le Cameroun n’est pas un no man’s land»,  avait déclaré à la télévision publique en avril 2018, Ernest Ngwaboubou, alors ministre des mines après avoir constaté les activités illégales des opérateurs miniers chinois à Betaré Oya dans la région de l’Est. «Le Cameroun a ses lois et ses règlements qu’il faut respecter. Il n’y a pas de raison que ceux qui viennent les foulent au pied», avait-il ajouté, en menaçant de suspendre ou de faire partir les sociétés ou les individus concernés.</p>
<p>Les menaces du gouvernement et le renforcement de la loi n’ont pas fait reculer les chinois qui bénéficient de forts soutiens internes, à commencer par l’armée qui protège leurs installations minières ; un privilège hors de portée des artisans miniers locaux qui utilisent des moyens de bord pour assurer leur sécurité.</p>
<p>«La région de l’Est est un point crisogène ; s’il y a des menaces terroristes ou d’enlèvements qui planent sur les chinois, l’armée est là pour faire le travail de protection», a indiqué au téléphone colonel Didier Badjeck, porte-parole de l’armée camerounaise.</p>
<h1> « Derrière chaque chinois se trouve une personnalité de la République »</h1>
<p>Outre l’armée, les opérateurs miniers chinois peuvent compter sur des élites politiques y compris du parti au pouvoir pour exploiter illégalement. Le gouvernement a octroyé des permis de recherche de l’or à des sociétés minières appartenant à certaines personnalités. Au lieu de faire de la recherche, ces personnalités ont cédé ces espaces aux chinois qui, en contrepartie, ont versé aux propriétaires des permis plusieurs millions de FCFA difficilement traçables par le fisc. Avec ces accords, les asiatiques sont devenus  presque intouchables.</p>
<p>«Derrière chaque chinois se trouve une personnalité de la république », a expliqué Justin Chekoua. «Comme ils ont des appuis très hauts, les chinois méprisent les autorités administratives locales, la presse, les organisations de la société civile. Certains délégués régionaux des mines ont voulu en savoir plus sur les activités des chinois, on leur a dit d’appeler la Présidence».</p>
<p>Avec de tels appuis, les chinois ne se sentent pas obligés de rendre compte de leurs activités ou de décliner leur identité aux autorités locales. A Guiwa Yangamo, Moussa Douka a finalement découvert après plusieurs mois d’enquête que la société chinoise opère sur un permis de recherche de Xplor-Tech, une société minière créée par Maitre Emmanuel Mbiam, avocat au barreau du Cameroun et député Rdpc &#8211; parti au pouvoir – de la région du Sud.</p>
<p>«C’est plus tard que j’ai appris que ce permis appartient à Maitre Mbiam et que c’est lui qui a fait venir les chinois », a dit Moussa Douka, en indiquant que Xplor-Tech a même des représentants à Guiwa.</p>
<p>En janvier 2015, le gouvernement a octroyé à Xplor-Tech, pour une durée de trois ans, le permis de recherche d’or appelé Yangamo II couvrant une superficie de 355 Kilomètres carré, selon le rapport 2015 de l’Initiative de Transparence des Industries Extractives(Itie). D’après la loi, le permis de recherche donne droit à son titulaire d’effectuer des travaux de recherche sur un périmètre précis et non d’exploiter les substances précieuses.  Xplor-Tech aurait, à en croire le maire, aidé les opérateurs miniers chinois à exploiter l’or dans son permis de recherche.</p>
<p>Contacté, Alexandre Mbiam, fils de Emmanuel Mbiam et actuel directeur général de Xplor-Tech s’est d’abord dit surpris de la présence des chinois sur le permis Yangamo, avant d’indiquer qu’ «il semble effectivement avoir eu des incursions de sociétés chinoises au sein du permis». Après avoir nié l’existence des représentants de Xplor-Tech aux côtés des chinois à Guiwa, le jeune directeur a dit avoir une équipe sur place mais il a affirmé n’avoir pas fait de deal avec les chinois.</p>
<p>D’autres mineurs chinois ont exploité illégalement l’or dans des permis de recherche appartenant à des élites influentes à Colombine, un autre village aurifère de la région de l’Est.</p>
<figure id="attachment_2649" aria-describedby="caption-attachment-2649" style="width: 831px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2649" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-300x199.jpg" alt="" width="831" height="551" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-600x399.jpg 600w" sizes="(max-width: 831px) 100vw, 831px" /><figcaption id="caption-attachment-2649" class="wp-caption-text">Des mineurs locaux ruent vers les trous abandonnés par des chinois. credit: christian Locka</figcaption></figure>
<p>En Août 2015, le gouvernement a accordé le permis de recherche ‘Colomine’ d’une superficie de 305 Kilomètres carré à Gold Label Mining Sarl, une société minière appartenant à Marie Gisèle Ndanga Ndinga, cadre du Rdpc et épouse de l’ancien ministre des mines, Badel Ndanga Ndinga. Ensuite, Marie Gisèle Ndanga Ndinga a signé un partenariat avec des chinois qui ont aussitôt entrepris l’exploitation semi mécanisée du site en violation de la loi minière. Elle se souvient plusieurs années plus tard comment le deal avec les chinois s’était déroulé.</p>
<p>«Pour les partenariats, certains chinois envoyaient des prospecteurs pour rechercher des espaces ; d’autres passaient par le ministère des mines pour contacter les sociétés minières camerounaises. Dans mon cas, c’est le ministère qui m’a mis en contact avec les chinois», a expliqué au téléphone Marie Gisèle Ndanga Ndinga. Elle n’a pas souhaité donner l’identité des partenaires chinois, les termes de l’accord ou dire si Gold Label Mining avait pris des mesures pour empêcher une exploitation illégale ; ces informations sont confidentielles, d’après elle.</p>
<p>En septembre 2015, le partenariat entre les chinois et Gold Label Mining a pris une tournure inespérée lorsque Codias S.A, une société minière appartenant à Bonaventure Assam Mvondo, député Rdpc et neveu du président Paul Biya, a introduit un recours auprès du ministre des mines pour demander le retrait du permis Colomine à Gold Label Mining. Quelques semaines plus tard, Codias a porté plainte contre Gold Label Mining pour «exploitation illégale» et «violation des règles de sécurité, d’hygiène et de protection de l’environnement». Trois ressortissants chinois &#8211; Mao Dexi, Mme Lu E Lan et Liu Xingwang – qui exploitaient l’or avec le permis Colomine de Gold label Mining avaient été gardés à vue pendant plusieurs jours avant d’être remis en liberté sous caution dans cette affaire encore pendante devant les tribunaux.</p>
<p>«Je ne travaille plus avec les chinois», a indiqué Marie Gisèle Ndanga Ndinga. «Certains des chinois qui avaient été arrêtés puis relaxés dans l’affaire contre Codias sont repartis, d’autres travaillent ailleurs. Je n’ai plus de contact avec eux». Lu e Lang par exemple est allé poursuivre l’exploitation illégale au village Ngoe Ngoe où dans l’un de ses chantiers non protégés, des mottes de terre ont nuitamment enseveli en novembre 2017 neuf riverains qui recherchaient de l’or.</p>
<p>A Colomine, la société Codias qui avait accusé Gold Label Mining d’exploitation illégale d’or  serait à son tour impliquée dans des deals financiers avec une multitude de sociétés et de ressortissants chinois, d’après Symphorien Haito. Ce chef traditionnel, présenté par la population locale comme l’homme de confiance de Bonaventure Assam Mvondo à Colomine, a indiqué que douze sociétés minières chinoises exploitent l’or dans le permis de recherche Colomine de Codias S.A. Il a même donné des détails sur la procédure à suivre pour rentrer en possession d’une parcelle de terrain. « Il faut faire une levée topographique de la parcelle à exploiter, puis aller verser au propriétaire du permis une caution d’un million de FCFA par hectare», a dit Symphorien Haito.</p>
<p>Joint au téléphone, Bonaventure Assam Mvondo n’a pas démenti l’information sur la présence des chinois dans le permis de recherche de Codias ou celle sur les frais de caution à débourser par hectare. Il a dit que Codias ne fait pas d’exploitation artisanale semi mécanisée à Colomine. «Peut-être que cela se passe dans d’autres permis, chez moi il n’y a pas d’exploitation artisanale». Le député dit n’avoir pas pris des précautions pour empêcher l’exploitation illégale dans son permis de recherche. «Il y a des gens chargés des contrôles qui peuvent dire s’il y a une exploitation illégale. Eux, ils prennent des précautions, nous nous travaillons», a-t-il ajouté.</p>
<p>Le ministre des mines n’a pas réagi à la demande d’informations de The Museba project.</p>
<h1> Où va l’or?</h1>
<p>En quelques années, les transactions financières entre certaines élites politiques et des opérateurs miniers chinois pour l’exploitation de l’or à l’Est se chiffrent annuellement en centaines de millions de FCFA, estiment des ONG locales. «Il y a une grosse mafia autour des permis ; dans certains cas, le montant de la transaction peut atteindre 20 millions de Fcfa par permis », a indiqué Justin Chekoua.</p>
<p>Pendant ce temps, plusieurs villages aurifères de la région portent les stigmates de la chasse illégale au métal jaune, à commencer par la destruction de l’environnement et les pertes en vie humaine. En 2017, cinquante-sept villageois ont trouvé la mort dans des trous miniers abandonnés par les opérateurs miniers y compris des chinois, ont rapporté les medias.</p>
<p>D’après la règlementation, les opérateurs miniers ont l’obligation de déclarer les quantités d’or lavées aux brigades minières du Cadre d’Appui et de Promotion de l’Artisanat Minier(Capam), une structure de l’Etat chargée de canaliser les produits miniers vers les circuits formels. Pour se soustraire des contrôles, les chinois lavent nuitamment l’or en l’absence des représentants du Capam et déclarent plus tard des quantités insignifiantes. «Quand par exemple les chinois produisent 50 Kg, ils déclarent avoir produit 50 grammes, et le reste est vendu au marché noir», a noté Moussa Douka.</p>
<p>En 2017, le Capam a seulement rétrocédé 255 kg d’or sous forme de lingots au ministère des finances. Selon les calculs du gouvernement, 90% d’or produit au Cameroun prend le chemin des circuits informels actifs qui font perdre à l’Etat en moyenne 5 milliards de FCFA par mois.  L’or non déclaré par les opérateurs miniers chinois est vendu à prix d’or principalement dans les Emirats Arabes Unis et en chine, selon le Foder. Mais, ces pertes ne sont pas seulement l’œuvre des mineurs mal intentionnés.</p>
<p>«Certains agents de l’Etat corrompus prennent jusqu’à trois millions de CFA aux chinois par mission de contrôle et ne sont plus en mesure d’exiger le respect de la réglementation», a dit Moussa Douka qui accompagne souvent ces missions sur le terrain. Le maire a indiqué que la corruption des agents contrôleurs de l’Etat réduit les recettes minières des mairies de la région. La commune de Ngoura a, dit-il, seulement reçu 400.000 FCFA du trésor public représentant les impôts versés en 2017 par vingt-sept sociétés minières.</p>
<p>«D’ici dix ans, quand les chinois partiront en laissant un environnement désolant, les populations vont commencer à revendiquer parce qu’elles seront fatiguées des injustices», s’est inquiété Moussa Douka.</p>
<p><strong><em>Cette enquête a été produite avec l’aide financière du projet Afrique-Chine de l’Université WITS en Afrique du Sud. </em> </strong></p>
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		<title>Threat of &#8216;blood diamonds&#8217; returns as exports flow from Central African Republic</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Nov 2018 15:05:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[blood]]></category>
		<category><![CDATA[Central African Republic]]></category>
		<category><![CDATA[diamonds]]></category>
		<category><![CDATA[exports]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Whenever he extracts a diamond from the muddy waters of the Kadei-Mambere River, Christophe Gounou hums a traditional song of perseverance in Sango, the local language in this war-torn nation. The 33-year-old miner struggles every month to harvest at least 80 carats of raw diamonds, a stock that earns him enough to support his wife [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Whenever he extracts a diamond from the muddy waters of the Kadei-Mambere River, Christophe Gounou hums a traditional song of perseverance in Sango, the local language in this war-torn nation.</p>
<p>The 33-year-old miner struggles every month to harvest at least 80 carats of raw diamonds, a stock that earns him enough to support his wife and 4-year-old daughter. “It’s difficult, but when I manage to get this quantity, I sell it immediately, and I can earn up to 200,000 CFA francs,” he said with a smile.</p>
<p>It’s equivalent to roughly $360 — a goal Mr. Gounou  said he sets for himself each month.</p>
<p>He and other artisanal miners in a few cities across the Central African Republic are beginning to legally sell diamonds again — some two years after international arbiters partially lifted a ban on such sales amid a period of increased stability.</p>
<p>But even as miners in the world’s most impoverished nation revel in the prospect of renewed prosperity, a fresh uptick in fighting in CAR’s south and east is stoking fears that mines once again will fall into the hands of militias who will use “blood diamonds” to fund conflict.</p>
<p>“Smugglers and traders are thriving in the parallel black market,” said a report by the London-based watchdog group Global Witness, which took stock of evolving circumstances across several African nations, including CAR.</p>
<p>“Violent armed groups that still control large diamond-rich areas in the east, and the strongmen that retain influence in parts of the west, may still be profiting from diamonds that reach international markets with ease,” said the report.</p>
<h2><strong>Easing the ban</strong></h2>
<p>Diamonds were once CAR’s largest export, with an annual production capacity estimated at 840,000 carats. That haul made the nation the world’s 10th-largest diamond producer by value in 2012.</p>
<p>But the diamond trade came to halt in 2013 when the Kimberley Process, an international licensing body that seeks to prevent the sale of diamonds in war zones, banned exports from CAR after the violent overthrow of President Francois Bozize.</p>
<p>A civil war that gripped CAR from 2012 through 2014 left tens of thousands dead. Many say the circumstances were exacerbated by the Kimberly Process diamond ban, which shrunk CAR’s legitimate economy by some 37 percent in 2013 alone, according to the International Monetary Fund.</p>
<p>While the ban blocked the legal export of diamonds, analysts say, crooked collectors and armed groups seized on the situation by continuing to sell raw diamonds in cross-border smuggling rings that added to the nation’s economic and political turmoil.</p>
<p>Figures from the United Nations show the illegal trade cost the CAR government some $24 million — about 2 percent of its total budget — in 2014. The U.N. Human Development index for 2016 ranked CAR as the world’s poorest nation.</p>
<p>Despite the economic strife, outside powers determined in 2015 that stability had returned to enough localities across the nation’s west to allow for a partial lifting of the Kimberley Process ban.</p>
<p>By May 2016, certain diamond-rich regions had begun legally exporting again, albeit timidly, said Ernest Mbiroa, a diamond collector in Nola, one of the municipalities affected by the ban.</p>
<p>“Diamond compliance procedures are strict but accelerated,” Mr. Mbiroa said. “After a few weeks of verification, the buyer can export his products. This facilitates work in the supply chain of craftsmen, collectors and purchasing offices, and increases the revenue of these main links.”</p>
<h2><strong>Regulating the market</strong></h2>
<p>The market is growing, but the pace is slow. In the past two years, CAR has exported roughly 37,000 carats of rough diamonds annually, a far cry from the 840,000 carats a year that were exported before violence broke out in 2012.</p>
<p>Although mining operators hope the easement of the Kimberly Process ban will increase prosperity, authorities fear it has opened a new door for blood diamond activity in regions still affected by the ban.</p>
<figure id="attachment_2585" aria-describedby="caption-attachment-2585" style="width: 794px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2585" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/GEDC9871-300x200.jpg" alt="" width="794" height="529" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/GEDC9871-300x200.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/GEDC9871-768x512.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/GEDC9871-1024x683.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/GEDC9871-600x400.jpg 600w" sizes="(max-width: 794px) 100vw, 794px" /><figcaption id="caption-attachment-2585" class="wp-caption-text">An old woman in the internally displaced camp in Mpoko. Credit. Eric Ngaba</figcaption></figure>
<p>A Central African Republic collector was arrested in August in neighboring Cameroon with more than 500 carats of rough diamonds. The diamonds had been extracted from restricted areas of CAR’s east, but authorities said the collector managed to falsely certify the gems in Berberati — a zone no longer affected by the Kimberley Process ban.</p>
<p>Francois Alain Ngbokoto, a point person for the Kimberley Process in CAR, said the seized diamonds had come from Bria, a locality about 250 miles from CAR’s capital of Bangui that remains entrenched in conflict and controlled by armed militias.</p>
<p>“In Bria, there is no prefecture, no gendarmerie, no tax office, no town hall,” said Mr. Ngbokoto. “Illegal mining activities conducted by armed gangs [there] are beyond the control of the state.”</p>
<p>He said Kimberley Process authorities have sought to implement a storage and marking system to address difficulty that officials are having in preventing blood diamonds from blending with legal gems.</p>
<p>A green slip denotes transactions in CAR’s western provinces that are no longer under the Kimberley Process ban, while a red slip denotes diamonds from conflict-ridden zones in the east.</p>
<h2><strong>Stockpiling ‘blood diamonds’</strong></h2>
<p>The regulation measures have a downside, said Mr. Ngbokoto, who pointed to Kimberley Process estimates that militias in CAR have stockpiled more than 60,000 carats of rough diamonds mined in areas the militias still control.</p>
<p>The Central African Peace Unit (UPC) is one armed group accused of controlling mines and selling diamonds to bolster its arsenals. Local authorities say the UPC employs about 2,000 men who control about a dozen localities in the eastern part of the country.</p>
<p>Representatives from UPC deny that the group is dealing in diamonds. “We do not have a collector or a mining artisan at the UPC. I have never seen gold or the diamonds with my own eyes,” said Souleymane Daouda, a spokesman for the group.</p>
<p>Mr. Daouda was quick to assign blame to bandits who he said plague the local market of independent artisans. “The bandits often come to attack these craftsmen in order to steal their products, and these craftsmen call us for help,” he said. “So we send our fighters to secure them.”</p>
<p>In <a href="https://www.washingtontimes.com/topics/bangui/">Bangui</a>, meanwhile, Mr. Gounou said he has continued to work often in mines — both in CAR’s east and the west — despite the increasing intensity of conflict and the presence of armed militias in some areas.</p>
<p>“Initially, I was afraid of finding myself in the middle of armed men,” the miner said. “But I had no choice. We had to find [diamonds] in order to survive. I prayed to God every day.”</p>
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