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	<title>Human rights violations &#8211; The Museba Project</title>
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	<description>Corruption, Human Rights Violations, Illicit Finance Flows</description>
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	<title>Human rights violations &#8211; The Museba Project</title>
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		<title>Est-Cameroun : Comment des élites aident les chinois à piller l’or</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Jan 2019 16:26:13 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le bulldozer vient de terrasser un arbre géant sur la piste en terre ocre.  L’engin lourd conduit par un trentenaire de teint noir a déjà balayé sur son passage de hautes herbes, des troncs d’arbres secs et des rochers qui empêchaient à la société minière chinoise d’étendre son site d’exploitation d’or à Guiwa Yangamo, un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le bulldozer vient de terrasser un arbre géant sur la piste en terre ocre.  L’engin lourd conduit par un trentenaire de teint noir a déjà balayé sur son passage de hautes herbes, des troncs d’arbres secs et des rochers qui empêchaient à la société minière chinoise d’étendre son site d’exploitation d’or à Guiwa Yangamo, un village de l’arrondissement de Ngoura dans la région de l’Est Cameroun.</p>
<p>En cette matinée glaciale de septembre dernier, deux militaires montent la garde près d’une rangée de chambres encerclées de tôles réservées à quelques ouvriers et leurs familles. Au loin, un second bulldozer stationné à proximité d’un tas de gravier tamisé complète le décor coutumier des sites d’exploitation d’or opérés par les chinois dans ce pays d’Afrique centrale.</p>
<p>Alerté d’une présence étrangère, un mineur chinois vêtu d’un T-shirt blanc pianote sur son téléphone portable pour contacter une dame présentée plus tard comme l’interprète de la société chinoise.</p>
<figure id="attachment_2648" aria-describedby="caption-attachment-2648" style="width: 753px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2648" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-300x169.png" alt="" width="753" height="424" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-300x169.png 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-768x432.png 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-1024x576.png 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois-600x338.png 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/site-chinois.png 1280w" sizes="(max-width: 753px) 100vw, 753px" /><figcaption id="caption-attachment-2648" class="wp-caption-text">Le site d&rsquo;exploitation d&rsquo;or des chinois à Guiwa Yangamo. Credit: Christian Locka</figcaption></figure>
<h1> La méfiance</h1>
<p>«Seul le patron peut parler aux journalistes», indique d’une voix fine au téléphone celle qui dit s’appeler Marie. «Je peux seulement vous dire que les difficultés qu’ils [les chinois] rencontrent, c’est qu’il n’y a plus assez d’espace et l’Etat a resserré les choses». Marie avait promis de s’exprimer sur l’identité et les activités des mineurs chinois. Contactée plus tard, elle a changé d’avis et de ton : «pourquoi vous insistez sur nous, il y a d’autres sociétés, non ?»</p>
<p>Les mineurs chinois ne se méfient pas seulement de la presse. La plupart des autorités locales et les villageois ignorent tout de la présence des asiatiques.</p>
<p>«Quand les chinois sont arrivés, ils ont donné à manger à la population mais on ne sait pas comment cette société s’appelle ; on sait seulement qu’ils exploitent l’or dans notre village», dit Moussa Douka, adjoint au maire  de la commune de Ngoura, basé à Guiwa Yangamo.</p>
<p>Depuis quelques années, certains ressortissants chinois ont investi le sous-sol camerounais à la quête d’une partie des réserves d’or qui, selon le gouvernement, couvrent une superficie de 20.000 kilomètres carré reparties sur une centaine de villages. Munis des équipements modernes, les chinois étaient censés faciliter l’extraction du métal jaune et accroître les recettes du secteur minier qui constitue officiellement moins de 1% du PIB.</p>
<p>Mais, la population et les autorités publiques se plaignent de mauvaises pratiques minières des chinois qui, comme le révèle l’enquête du journal en ligne The Museba Project, ont fait des deals financiers avec des sociétés minières appartenant à certaines élites politiques influentes pour exploiter illégalement l’or, écouler les quantités d’or non déclarées et être fiscalement indétectables.</p>
<p>Au Cameroun, l’or était pendant des années extrait uniquement à l’aide des outils rudimentaires des artisans miniers locaux, jusqu’en 2007 lorsque le gouvernement a demandé à la société sud-coréenne, C &amp; K Mining, de pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée pour récupérer 13 tonnes d&rsquo;or emportés par l&rsquo;eau du barrage Lom Pangar à l’Est. Cette mesure enfreignait la loi minière de l’époque mais les autorités avaient déclaré que la situation était urgente.</p>
<p>Les opérateurs miniers chinois ont utilisé ce précèdent pour signer des partenariats technico-financiers avec certains nationaux en vue d’acquérir plus d’espaces et d’intensifier l’exploitation artisanale semi mécanisée à l’aide des outils modernes comme les pelles, les chargeurs mécaniques, les machines et les produits chimiques.</p>
<p>«A un moment, les chinois ne faisaient plus de partenariats, ils utilisaient simplement les cartes d’identité de leurs employés camerounais pour obtenir des autorisations d’exploitation artisanale», a indiqué Justin Chekoua, chef de projet Mines-Environnement-Santé et Société (ProMESS), un programme de l’Ong Forêts et Développement rural (Foder) qui vise à améliorer la bonne gouvernance des ressources minières.</p>
<p>Dans une étude récente sur le processus d’acquisition de titre minier au Cameroun, cette Ong révèle en effet que certains employés des sociétés minières locale et étrangère «étaient induits en erreur ou à juste titre trompés que la collecte de leurs cartes d’identité visait certaines procédures administratives alors que ces cartes étaient destinées au dépôt de demandes soit d’une carte de prospecteur individuel soit d’une autorisation d’exploitation artisanale».</p>
<p>En 2016, un nouveau code minier a été adopté. Il stipule notamment que seules les personnes morales de droit camerounais sont autorisées à pratiquer l’exploitation artisanale semi mécanisée des substances précieuse et semi précieuse. Cette loi visait à encourager plus de nationaux à investir dans le secteur minier encore dominé par les étrangers. C’est plutôt les chinois qui ont intensifié l’exploitation illégale de l’or à travers l’abandon des trous ouverts, les fausses déclarations sur la production ou le manque de documents administratifs, au point de causer la destruction de l’environnement, des pertes en vie humaine et animale, la fuite des capitaux et la vente illicite de l’or.</p>
<p>«Le Cameroun n’est pas un no man’s land»,  avait déclaré à la télévision publique en avril 2018, Ernest Ngwaboubou, alors ministre des mines après avoir constaté les activités illégales des opérateurs miniers chinois à Betaré Oya dans la région de l’Est. «Le Cameroun a ses lois et ses règlements qu’il faut respecter. Il n’y a pas de raison que ceux qui viennent les foulent au pied», avait-il ajouté, en menaçant de suspendre ou de faire partir les sociétés ou les individus concernés.</p>
<p>Les menaces du gouvernement et le renforcement de la loi n’ont pas fait reculer les chinois qui bénéficient de forts soutiens internes, à commencer par l’armée qui protège leurs installations minières ; un privilège hors de portée des artisans miniers locaux qui utilisent des moyens de bord pour assurer leur sécurité.</p>
<p>«La région de l’Est est un point crisogène ; s’il y a des menaces terroristes ou d’enlèvements qui planent sur les chinois, l’armée est là pour faire le travail de protection», a indiqué au téléphone colonel Didier Badjeck, porte-parole de l’armée camerounaise.</p>
<h1> « Derrière chaque chinois se trouve une personnalité de la République »</h1>
<p>Outre l’armée, les opérateurs miniers chinois peuvent compter sur des élites politiques y compris du parti au pouvoir pour exploiter illégalement. Le gouvernement a octroyé des permis de recherche de l’or à des sociétés minières appartenant à certaines personnalités. Au lieu de faire de la recherche, ces personnalités ont cédé ces espaces aux chinois qui, en contrepartie, ont versé aux propriétaires des permis plusieurs millions de FCFA difficilement traçables par le fisc. Avec ces accords, les asiatiques sont devenus  presque intouchables.</p>
<p>«Derrière chaque chinois se trouve une personnalité de la république », a expliqué Justin Chekoua. «Comme ils ont des appuis très hauts, les chinois méprisent les autorités administratives locales, la presse, les organisations de la société civile. Certains délégués régionaux des mines ont voulu en savoir plus sur les activités des chinois, on leur a dit d’appeler la Présidence».</p>
<p>Avec de tels appuis, les chinois ne se sentent pas obligés de rendre compte de leurs activités ou de décliner leur identité aux autorités locales. A Guiwa Yangamo, Moussa Douka a finalement découvert après plusieurs mois d’enquête que la société chinoise opère sur un permis de recherche de Xplor-Tech, une société minière créée par Maitre Emmanuel Mbiam, avocat au barreau du Cameroun et député Rdpc &#8211; parti au pouvoir – de la région du Sud.</p>
<p>«C’est plus tard que j’ai appris que ce permis appartient à Maitre Mbiam et que c’est lui qui a fait venir les chinois », a dit Moussa Douka, en indiquant que Xplor-Tech a même des représentants à Guiwa.</p>
<p>En janvier 2015, le gouvernement a octroyé à Xplor-Tech, pour une durée de trois ans, le permis de recherche d’or appelé Yangamo II couvrant une superficie de 355 Kilomètres carré, selon le rapport 2015 de l’Initiative de Transparence des Industries Extractives(Itie). D’après la loi, le permis de recherche donne droit à son titulaire d’effectuer des travaux de recherche sur un périmètre précis et non d’exploiter les substances précieuses.  Xplor-Tech aurait, à en croire le maire, aidé les opérateurs miniers chinois à exploiter l’or dans son permis de recherche.</p>
<p>Contacté, Alexandre Mbiam, fils de Emmanuel Mbiam et actuel directeur général de Xplor-Tech s’est d’abord dit surpris de la présence des chinois sur le permis Yangamo, avant d’indiquer qu’ «il semble effectivement avoir eu des incursions de sociétés chinoises au sein du permis». Après avoir nié l’existence des représentants de Xplor-Tech aux côtés des chinois à Guiwa, le jeune directeur a dit avoir une équipe sur place mais il a affirmé n’avoir pas fait de deal avec les chinois.</p>
<p>D’autres mineurs chinois ont exploité illégalement l’or dans des permis de recherche appartenant à des élites influentes à Colombine, un autre village aurifère de la région de l’Est.</p>
<figure id="attachment_2649" aria-describedby="caption-attachment-2649" style="width: 831px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2649" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-300x199.jpg" alt="" width="831" height="551" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-300x199.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-768x510.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-1024x680.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2019/01/image6-600x399.jpg 600w" sizes="(max-width: 831px) 100vw, 831px" /><figcaption id="caption-attachment-2649" class="wp-caption-text">Des mineurs locaux ruent vers les trous abandonnés par des chinois. credit: christian Locka</figcaption></figure>
<p>En Août 2015, le gouvernement a accordé le permis de recherche ‘Colomine’ d’une superficie de 305 Kilomètres carré à Gold Label Mining Sarl, une société minière appartenant à Marie Gisèle Ndanga Ndinga, cadre du Rdpc et épouse de l’ancien ministre des mines, Badel Ndanga Ndinga. Ensuite, Marie Gisèle Ndanga Ndinga a signé un partenariat avec des chinois qui ont aussitôt entrepris l’exploitation semi mécanisée du site en violation de la loi minière. Elle se souvient plusieurs années plus tard comment le deal avec les chinois s’était déroulé.</p>
<p>«Pour les partenariats, certains chinois envoyaient des prospecteurs pour rechercher des espaces ; d’autres passaient par le ministère des mines pour contacter les sociétés minières camerounaises. Dans mon cas, c’est le ministère qui m’a mis en contact avec les chinois», a expliqué au téléphone Marie Gisèle Ndanga Ndinga. Elle n’a pas souhaité donner l’identité des partenaires chinois, les termes de l’accord ou dire si Gold Label Mining avait pris des mesures pour empêcher une exploitation illégale ; ces informations sont confidentielles, d’après elle.</p>
<p>En septembre 2015, le partenariat entre les chinois et Gold Label Mining a pris une tournure inespérée lorsque Codias S.A, une société minière appartenant à Bonaventure Assam Mvondo, député Rdpc et neveu du président Paul Biya, a introduit un recours auprès du ministre des mines pour demander le retrait du permis Colomine à Gold Label Mining. Quelques semaines plus tard, Codias a porté plainte contre Gold Label Mining pour «exploitation illégale» et «violation des règles de sécurité, d’hygiène et de protection de l’environnement». Trois ressortissants chinois &#8211; Mao Dexi, Mme Lu E Lan et Liu Xingwang – qui exploitaient l’or avec le permis Colomine de Gold label Mining avaient été gardés à vue pendant plusieurs jours avant d’être remis en liberté sous caution dans cette affaire encore pendante devant les tribunaux.</p>
<p>«Je ne travaille plus avec les chinois», a indiqué Marie Gisèle Ndanga Ndinga. «Certains des chinois qui avaient été arrêtés puis relaxés dans l’affaire contre Codias sont repartis, d’autres travaillent ailleurs. Je n’ai plus de contact avec eux». Lu e Lang par exemple est allé poursuivre l’exploitation illégale au village Ngoe Ngoe où dans l’un de ses chantiers non protégés, des mottes de terre ont nuitamment enseveli en novembre 2017 neuf riverains qui recherchaient de l’or.</p>
<p>A Colomine, la société Codias qui avait accusé Gold Label Mining d’exploitation illégale d’or  serait à son tour impliquée dans des deals financiers avec une multitude de sociétés et de ressortissants chinois, d’après Symphorien Haito. Ce chef traditionnel, présenté par la population locale comme l’homme de confiance de Bonaventure Assam Mvondo à Colomine, a indiqué que douze sociétés minières chinoises exploitent l’or dans le permis de recherche Colomine de Codias S.A. Il a même donné des détails sur la procédure à suivre pour rentrer en possession d’une parcelle de terrain. « Il faut faire une levée topographique de la parcelle à exploiter, puis aller verser au propriétaire du permis une caution d’un million de FCFA par hectare», a dit Symphorien Haito.</p>
<p>Joint au téléphone, Bonaventure Assam Mvondo n’a pas démenti l’information sur la présence des chinois dans le permis de recherche de Codias ou celle sur les frais de caution à débourser par hectare. Il a dit que Codias ne fait pas d’exploitation artisanale semi mécanisée à Colomine. «Peut-être que cela se passe dans d’autres permis, chez moi il n’y a pas d’exploitation artisanale». Le député dit n’avoir pas pris des précautions pour empêcher l’exploitation illégale dans son permis de recherche. «Il y a des gens chargés des contrôles qui peuvent dire s’il y a une exploitation illégale. Eux, ils prennent des précautions, nous nous travaillons», a-t-il ajouté.</p>
<p>Le ministre des mines n’a pas réagi à la demande d’informations de The Museba project.</p>
<h1> Où va l’or?</h1>
<p>En quelques années, les transactions financières entre certaines élites politiques et des opérateurs miniers chinois pour l’exploitation de l’or à l’Est se chiffrent annuellement en centaines de millions de FCFA, estiment des ONG locales. «Il y a une grosse mafia autour des permis ; dans certains cas, le montant de la transaction peut atteindre 20 millions de Fcfa par permis », a indiqué Justin Chekoua.</p>
<p>Pendant ce temps, plusieurs villages aurifères de la région portent les stigmates de la chasse illégale au métal jaune, à commencer par la destruction de l’environnement et les pertes en vie humaine. En 2017, cinquante-sept villageois ont trouvé la mort dans des trous miniers abandonnés par les opérateurs miniers y compris des chinois, ont rapporté les medias.</p>
<p>D’après la règlementation, les opérateurs miniers ont l’obligation de déclarer les quantités d’or lavées aux brigades minières du Cadre d’Appui et de Promotion de l’Artisanat Minier(Capam), une structure de l’Etat chargée de canaliser les produits miniers vers les circuits formels. Pour se soustraire des contrôles, les chinois lavent nuitamment l’or en l’absence des représentants du Capam et déclarent plus tard des quantités insignifiantes. «Quand par exemple les chinois produisent 50 Kg, ils déclarent avoir produit 50 grammes, et le reste est vendu au marché noir», a noté Moussa Douka.</p>
<p>En 2017, le Capam a seulement rétrocédé 255 kg d’or sous forme de lingots au ministère des finances. Selon les calculs du gouvernement, 90% d’or produit au Cameroun prend le chemin des circuits informels actifs qui font perdre à l’Etat en moyenne 5 milliards de FCFA par mois.  L’or non déclaré par les opérateurs miniers chinois est vendu à prix d’or principalement dans les Emirats Arabes Unis et en chine, selon le Foder. Mais, ces pertes ne sont pas seulement l’œuvre des mineurs mal intentionnés.</p>
<p>«Certains agents de l’Etat corrompus prennent jusqu’à trois millions de CFA aux chinois par mission de contrôle et ne sont plus en mesure d’exiger le respect de la réglementation», a dit Moussa Douka qui accompagne souvent ces missions sur le terrain. Le maire a indiqué que la corruption des agents contrôleurs de l’Etat réduit les recettes minières des mairies de la région. La commune de Ngoura a, dit-il, seulement reçu 400.000 FCFA du trésor public représentant les impôts versés en 2017 par vingt-sept sociétés minières.</p>
<p>«D’ici dix ans, quand les chinois partiront en laissant un environnement désolant, les populations vont commencer à revendiquer parce qu’elles seront fatiguées des injustices», s’est inquiété Moussa Douka.</p>
<p><strong><em>Cette enquête a été produite avec l’aide financière du projet Afrique-Chine de l’Université WITS en Afrique du Sud. </em> </strong></p>
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		<title>Une trace de sang de la Centrafrique vers le Cameroun : le «business» du blanchiment des diamants de conflit</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Christian LOCKA]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Oct 2018 11:04:53 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Corruption]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Malgré le renforcement de la législation, le trafic de diamants bruts centrafricains dans les villes frontalières de l’est du Cameroun s’intensifie. Cette enquête  raconte comment les trafiquants contournent les lois et la surveillance. Le marché est haut en couleur dans la bourgade de Gbitti, sur les bords de la rivière Kadéï, dans l’est du Cameroun. Les [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h3>Malgré le renforcement de la législation, le trafic de diamants bruts centrafricains dans les villes frontalières de l’est du Cameroun s’intensifie. Cette enquête  raconte comment les trafiquants contournent les lois et la surveillance.</h3>
<p>Le marché est haut en couleur dans la bourgade de Gbitti, sur les bords de la rivière Kadéï, dans l’est du Cameroun. Les fermiers s’assoient à même la terre rouge, leurs marchandises étalées devant eux. Sur l’étroite bande d’eau de la Kadéï, qui sépare le Cameroun de la République centrafricaine, des marchands et des acheteurs font péniblement glisser des canoës de bois en tirant sur une corde d’acier tendue d’une rive à l’autre. Des enfants pépient et s’éclaboussent dans les eaux boueuses, à côté de femmes qui battent leur linge sur des pierres.</p>
<p>En ce mois de février, debout sur les rives sableuses de la rivière, un homme vêtu d’un jeans, d’une veste et d’un bonnet gris affiche un air nonchalant. Mais ses yeux le trahissent, lançant des regards furtifs devant et derrière, à droite et à gauche, évaluant les dangers alors qu’il est en train de négocier la livraison de diamants bruts, pour le lundi suivant peut-être.</p>
<p>Soudain, le deal est écourté. Un adolescent brandissant une lance crie depuis l’autre côté de la rivière : <em>“Arrête de parler à notre frère !”</em></p>
<p>De jeunes hommes armés, membres de la milice chrétienne rebelle antibalaka, qui s’est formée durant la violente guerre civile centrafricaine [de 2013], observaient la scène depuis l’autre rive et ont repéré ma caméra. <em>“Nous avons perdu nos familles pendant la guerre. Nous ne voulons pas être filmés”,</em> me lance un jeune homme portant un bandana rouge vif. <em>“Le diamant dans deux semaines”,</em> marmonne le vendeur. Puis il s’éloigne rapidement pour apaiser le chahut de ses camarades de l’autre côté de la rivière.</p>
<p><strong>De l’argent pour les rebelles</strong></p>
<p>Le commerce illégal de diamants bruts dans les villes frontalières de Gbitti, Kentzou et Garoua-Boulaï, dans l’est du Cameroun, constitue une source de revenus réguliers pour les groupes rebelles des deux camps impliqués dans le conflit qui ensanglante la Centrafrique.</p>
<p><u><a href="http://www.un.org/en/peacekeeping/missions/minusca/background.shtml">Selon les chiffres des Nations unies</a></u>, la guerre a fait plus de 5 000 morts et déplacé plus ou moins 1 million de personnes depuis que les rebelles musulmans de la Seleka ont pris le pouvoir il y a trois ans. En représailles, les groupes chrétiens et animistes connus sous le nom d’antibalaka s’en prennent aux musulmans, les repoussant dans le sud du pays, ce qui conduit de facto à une partition du pays.</p>
<p>Même si, en février dernier, les élections ont amené un autre gouvernement au pouvoir, le conflit a anéanti l’économie, provoqué des famines et obligé des centaines de milliers de personnes à fuir, beaucoup partant se réfugier dans les camps de l’ONU au Cameroun. Le gouvernement est trop faible pour prendre pleinement le contrôle de ce pays riche en minerai, et un conflit “de basse intensité” perdure.</p>
<p>Ces violences privent le gouvernement centrafricain de l’importante source de revenus que constitue le commerce du diamant, lequel assurait autrefois 20 % de son budget. Quand la guerre a éclaté, ce petit pays au cœur de l’Afrique a été exclu du <u><a href="https://www.kimberleyprocess.com/fr/historique-et-fondements-0">processus de Kimberley (PK)</a></u>, un accord de 2003 signé par 81 pays pour certifier l’origine des diamants et éviter de financer des groupes rebelles armés. Privée de cette certification, la Centrafrique a été exclue du marché international des pierres précieuses. Puis, en juin dernier, elle a obtenu une levée partielle de l’embargo.</p>
<figure id="attachment_2591" aria-describedby="caption-attachment-2591" style="width: 418px" class="wp-caption alignright"><img class=" wp-image-2591" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/DSC_0779-300x201.jpg" alt="" width="418" height="280" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/DSC_0779-300x201.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/DSC_0779-768x516.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/DSC_0779-1024x687.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/DSC_0779-600x403.jpg 600w" sizes="(max-width: 418px) 100vw, 418px" /><figcaption id="caption-attachment-2591" class="wp-caption-text"><em>Un site d&rsquo;exploitation de minerais à l&rsquo;ouest de la Centrafrique. Photo credit : Eric Ngaba</em></figcaption></figure>
<p>Quand les portes du commerce légal de diamants se sont fermées, son voisin, le Cameroun, est devenu un pivot pour blanchir les diamants centrafricains et les réinjecter sur le marché mondial. Le Cameroun n’a rejoint le processus de Kimberley qu’en 2012. Le gouvernement a alors lancé des campagnes dans les villes frontalières pour apprendre aux représentants du processus de Kimberley à repérer les “diamants de la guerre”. Or une enquête menée pendant un an par 100Reporters a mis au jour de sérieuses failles dans le système du Cameroun : ici, les diamants bruts de Centrafrique sont faciles à acheter, l’application des règles de certification est peu rigoureuse et les trafiquants parlent ouvertement de représentants du processus de Kimberley prêts à certifier – pour un certain prix – que des pierres provenant de l’autre côté de la frontière n’ont rien à voir avec aucun conflit, peu importe leur origine.</p>
<h3><strong>50 % des diamants du pays vendus illégalement</strong></h3>
<p>Me faisant passer pour un acheteur, j’ai trouvé un agent du processus de Kimberley prêt à établir de faux certificats et à m’aider à payer moins de taxes d’exportation. Le ministre des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique du Cameroun, Ernest Ngwaboubou, qui est chargé de surveiller le secteur du diamant brut et de faire appliquer les règles du processus de Kimberley, se refuse à tout commentaire.</p>
<p>À Gbitti, des trafiquants de diamants centrafricains achètent des armes légères qu’ils transportent de l’autre côté de la rivière et vendent ensuite en Centrafrique aux rebelles des deux camps. Au Cameroun, où les acheteurs font leurs achats en plusieurs fois, à quelques jours d’intervalle, pour éviter d’éveiller les soupçons, on fait pression sur les forces de l’ordre pour qu’elles contrôlent le trafic d’armes. <em>“Il est difficile de déterminer, même en temps de guerre, si une machette ou une lance est destinée à un usage légal”,</em> explique un officier d’un bataillon d’infanterie stationné dans la région de l’Est du Cameroun, à environ 250 kilomètres de la capitale régionale Bertoua. Il refuse de révéler son nom car il n’est pas autorisé à parler au nom de l’armée.</p>
<p>Le trafic de diamants et d’or sévissait déjà dans la région bien avant la guerre civile centrafricaine. Le secrétariat du processus de Kimberley estime qu’avant 2013 20 % des diamants bruts de Centrafrique étaient vendus illégalement. En 2010, la Banque mondiale émettait une estimation encore plus élevée : 50 %.</p>
<p>Le négoce de diamants bruts entre les deux pays était autrefois fort lucratif. François Nganke, un mineur artisanal de Gbitti, raconte qu’il a quitté un emploi stable au sein de l’organisation humanitaire Médecins sans frontières pour céder à l’appel des diamants, qu’il vendait de l’autre côté de la frontière, en République centrafricaine. <em>“Les prix des bureaux d’achat centrafricains étaient intéressants. Alors on leur vendait nos pierres”,</em> explique-t-il. Mais ce commerce s’est effondré quand la Centrafrique s’est fait exclure du processus de Kimberley, en 2013, et les prix proposés pour les diamants bruts ont dégringolé. Aujourd’hui, François Nganke regrette d’avoir quitté son précédent emploi. Le travail dans les mines est éreintant. À Gbitti, chaque jour, les hommes, les femmes et les enfants charcutent la terre sèche, généralement avec de vieux outils – pioches, houes, pelles – et passent au crible les dépôts alluviaux à la recherche de trésors cachés.</p>
<p><em>“C’est un travail pénible. Nous avons besoin d’une pompe pour laver les pierres pleines de terre”,</em> se plaint une mère qui travaille dans la mine depuis cinq ans. Autour d’elle, d’immenses mottes de terre et des trous béants témoignent du labeur physique nécessaire pour gagner sa vie de chercheur de diamants. <em>“Parfois, nous faisons tout cela pour rien.”</em></p>
<p>De nos jours, ces petits mineurs du Cameroun sont de plus confrontés à la concurrence des trafiquants. <em>“La majorité des diamants vendus à Gbitti vient de République centrafricaine”,</em> fait savoir Issa Bouba, un négociant en diamants enregistré qui travaille pour le ministère des Mines camerounais. Il achète ses pierres aux mineurs et les vend sur les marchés internationaux.</p>
<h3><strong>Source de violence</strong></h3>
<p>L’ampleur du trafic et son impact sur ce pays qui peine à se remettre de la guerre sont difficiles à mesurer. Selon le rapport d’un panel d’experts de l’ONU, depuis que la Centrafrique est exclue du processus de Kimberley, la vente illégale de 140 000 carats de diamants bruts a coûté à son gouvernement 24 millions de dollars de manque à gagner, soit 2,3 % de son budget annuel.<br />
Quand le conflit a éclaté en 2013, le pays exportait 62,1 millions de dollars de diamants bruts par an, ce qui représentait sa principale exportation.</p>
<p>La République centrafricaine est le 12<sup>e</sup> plus grand pays producteur de diamant brut au monde en termes de valeur. Il s’agit de pierres rondes, à 12 facettes, de teinte vert-brun. Malgré ces caractéristiques, il est très difficile de déterminer leur origine. La vaste majorité de la production est assurée par des mineurs artisanaux, qui tamisent les dépôts alluviaux à la main et vendent leur butin à des intermédiaires appelés “collecteurs”.</p>
<p>En outre, 80 % de la production centrafricaine provient d’une zone située dans le sud-ouest du pays, à la frontière du Cameroun, et les pierres produites dans les deux pays sont très proches en termes de couleur et de qualité.<br />
Les représentants du processus de Kimberley au Cameroun chargés de certifier l’origine des produits ont de la peine à les identifier. Ils s’appuient sur les cahiers de production des collecteurs, où ceux-ci consignent la zone d’origine des pierres que leur communiquent les mineurs.</p>
<p><em>“Avec ses 20 000 mineurs artisanaux et ses capacités de contrôle limitées, le Cameroun ne peut pas garantir à 100 % la provenance de chaque diamant inscrit dans les cahiers en question”, </em>regrette Amnesty International <u><a href="https://www.amnesty.be/IMG/pdf/afr1924942015french.pdf">dans son rapport “Violations en chaîne : la chaîne d’approvisionnement mondiale en diamants et le cas de la République centrafricaine”.</a></u></p>
<p>Plusieurs groupes de défense des droits humains dénoncent les liens entre le trafic de diamants et le cercle vicieux de la violence des deux côtés de la frontière. Ce trafic contribue à faire perdurer un conflit de basse intensité en République centrafricaine, donnant lieu à d’épouvantables attaques qui font fuir les populations de chez elles.</p>
<p>Des familles entières traversent à pied la Kadéï pour aller au Cameroun, s’inquiètent les Nations unies. Plus de 200 000 réfugiés centrafricains se sont installés dans la région de l’Est du pays, et certains ont importé avec eux le trafic de diamants.</p>
<h3><strong>Complicités à tous les niveaux</strong></h3>
<p>Adam Abba, un marchand centrafricain qui vit aujourd’hui à Kentzou, est assis en tailleur sur une natte dans sa maison de deux pièces fournie par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés – une maison peinte dans le bleu caractéristique de l’agence. Ici, à Kentzou, ces centaines de musulmans comme lui collectent et vendent des diamants centrafricains provenant de zones contrôlées par la milice musulmane Seleka.</p>
<p>Adam Abba, homme jovial, partage avec moi son petit déjeuner, composé de thé rouge et de riz blanc, tandis qu’il explique comment il blanchit au Cameroun des diamants du sang originaires de Centrafrique et de république démocratique du Congo.</p>
<p><em>“Au bureau du processus de Kimberley, même quand un diamant vient de Centrafrique, ce n’est pas compliqué. Les agents disent qu’il vient du Cameroun. Il suffit de payer [un pot-de-vin]. Les affaires sont les affaires, non ?” c</em>onclut-il en gloussant.</p>
<p><em>“Nous sommes africains. Nous nous comprenons”,</em> ajoute-t-il.<br />
À cinq heures de route vers le nord, à Garoua-Boulaï, Aladji Samassa, un autre marchand centrafricain, pianote sur sa nouvelle tablette Samsung Galaxy pour faire défiler les images de diamants qu’il a récemment vendus à Dubaï.<br />
<em>“Vous voyez cette pierre avec un fond rouge ? C’est la plus chère. Les clients arabes adorent”,</em> commente-t-il en montrant une photo de la gemme étincelante. Certains des diamants les plus chers échappent à la taxe camerounaise sur les exportations grâce à <em>“quelqu’un”</em> qui, au secrétariat du processus de Kimberley, <em>“facilite les choses”,</em> selon les mots d’Aladji Samassa.</p>
<p><u><a href="https://100r.org/">L’ONG 100Reporters</a></u> a voulu en savoir davantage sur ce “quelqu’un” et sur le fonctionnement du trafic. J’ai appelé des responsables du secrétariat régional du processus de Kimberley à Bertoua, la capitale de la province, et je me suis présenté comme un collecteur de diamants en quête de certificats pour des pierres centrafricaines.</p>
<h3><strong>Comment obtenir un faux certificat</strong></h3>
<p>Je parle à Dubois Ndamba, un haut fonctionnaire camerounais de la région de l’Est responsable de l’application du processus de Kimberley et de la certification des diamants. Quand j’évoque les instructions de ses supérieurs, qui imposent un contrôle vigilant des diamants de la guerre, il balaie mes inquiétudes. Il m’explique qu’il sait ce qu’il fait, précisant que cela <em>“ne doit pas être divulgué”. </em>Dubois Ndamba me propose d’abaisser mes taxes et de me fournir de faux certificats.</p>
<p>Voici un extrait de notre conversation téléphonique.<br />
Christian Locka : Bonjour monsieur Dubois.<br />
Dubois Ndamba : Oui, bonjour ?<br />
CL : Dieudonné m’envoie vers vous. Je ne sais pas s’il vous a parlé de mon cas ? Je suis dans le négoce de diamants et j’ai des pierres centrafricaines à exporter. Nous en avons parlé hier. Il m’a donné le numéro de Saffana, mais il ne fonctionne pas. C’est pour cela qu’il m’a aussi donné le vôtre.<br />
DN : Oui, expliquez-vous clairement pour que je comprenne.<br />
CL : J’ai un partenaire qui souhaite exporter des pierres. Je voudrais savoir comment vous pourriez nous aider.<br />
DN : Vous aider à faire quoi ?<br />
CL : A les exporter.<br />
DN : Vous avez déjà les diamants entre les mains ?<br />
CL : Ils sont à Garoua-Boulaï.<br />
DN : Quel statut avez-vous ? Vous êtes collecteur ? Vous avez les papiers du collecteur ?<br />
CL : Je travaille avec M. Ndoko.<br />
DN : Combien de carats ?<br />
CL : Environ 500.<br />
DN : 500 carats ?<br />
CL : Oui.<br />
DN : OK. Je suis à Yaoundé [la capitale du Cameroun] en ce moment. Où vous trouvez-vous, à Bertoua ?<br />
CL : Je suis presque à Bertoua, je suis en train d’entrer dans la ville.<br />
DN : Je vais aussi aller à Bertoua, j’aimerais que vous me rappeliez. Je devrais y être ce soir ou demain matin.<br />
CL : OK. Que dois-je faire ?<br />
DN : Nous ferons les paperasseries à la base pour que le certificat soit émis à Yaoundé, vous comprenez ?<br />
CL : Oui.<br />
DN : Vous, vous faites les papiers à Bertoua, là où on donne les rendez-vous. Nous signons ce que nous devons signer – voilà pour le certificat. Vous retournez à Yaoundé au bureau central de Kimberley. Nous estimons la valeur des diamants et ce que vous devez payer. On vous donne un autre certificat avec la valeur et vous payez des taxes sur cette base. Ensuite, vous recevrez un document qui vous permettra de sortir du pays avec les pierres.<br />
CL : Le fait que ces diamants viennent de Centrafrique, je pensais que ça poserait problème ?<br />
DN : Cela pourrait poser problème, mais sur le papier, nous ferons comme s’ils venaient de chez nous [du Cameroun] – vous comprenez ? Ils ne viendront plus de là-bas [de Centrafrique].<br />
CL : Je comprends.<br />
DN : Je sais comment ça se passe, ne vous inquiétez pas. Nous nous occupons de tout. Et s’il y a de gros diamants, vous pourrez les mettre de côté et les prendre avec vous dans l’avion [pour les vendre à l’étranger] pour que vos bagages ne soient pas trop lourds.<br />
CL : OK.<br />
DN : Pour calculer les taxes, nous prenons les plus légers, ce qui peut revenir moins cher. Nous nous occupons de tout ce qui concerne le certificat.<br />
CL : Alors, les plus gros, on les mettra de côté ?<br />
DN : Oui, ne vous inquiétez pas. Les diamants qui ont le plus de valeur, pour lesquels les taxes sont élevées, vous pourrez les mettre de côté. Quand vous aurez le certificat d’origine des plus petits, j’ajouterai les autres et vous pourrez tous les exporter.<br />
CL : OK. Vous êtes à Yaoundé ­– quand avez-vous dit que vous seriez à Bertoua ?<br />
DN : Ce soir. Là, je suis au ministère des Mines.<br />
CL : Je vous appelle demain…<br />
Le lendemain, j’appelle Dubois Ndamba et je lui dis que, dans sa fonction de représentant du processus de Kimberley, il m’a fait une proposition qui enfreint la loi. Ce qu’il s’empresse de nier. <em>“Je n’ai pas parlé de diamants centrafricains. C’est vous qui m’avez parlé de diamants centrafricains. Je sais que si vous êtes au Cameroun et que si vous êtes en possession de diamants, ce ne sont pas des pierres étrangères. Moi, je donne un certificat d’origine pour ces diamants. Je n’aime pas les gens qui vont chercher des diamants et qui les amènent ici pour que je les certifie”, </em>proteste-t-il.</p>
<p>Début 2014, le secrétariat national du processus de Kimberley au Cameroun a lancé une campagne pour sensibiliser les mineurs artisanaux, les acheteurs et les collecteurs, ainsi que les agents du processus de Kimberley aux dangers du commerce des diamants du sang. Mais ces efforts n’ont guère porté de fruits.<br />
Le Cameroun est entré dans le processus de Kimberley en 2012. En 2013, il a déclaré une production annuelle de diamants bruts de 2 721 carats et en 2014 d’environ 3 400 carats. Quant au nombre de faux certificats saisis, il excède de loin sa production annuelle, selon les données de l’International Peace Information Service (Ipis), un institut de recherche basé à Anvers spécialisé dans les ressources naturelles.</p>
<figure id="attachment_2592" aria-describedby="caption-attachment-2592" style="width: 821px" class="wp-caption alignnone"><img class=" wp-image-2592" src="http://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/997_0200-300x225.jpg" alt="" width="821" height="616" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/997_0200-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/997_0200-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/997_0200-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2018/10/997_0200-600x450.jpg 600w" sizes="(max-width: 821px) 100vw, 821px" /><figcaption id="caption-attachment-2592" class="wp-caption-text"><em>Certains déplacés internes ont trouvé refuge au camp Mpoko. photo credit: Eric Ngaba</em></figcaption></figure>
<p><em>“Les faux certificats camerounais du processus de Kimberley présentés à l’étranger indiquent que le volume des exportations illégales est significatif. En 2013, le secrétariat du processus de Kimberley au Cameroun a confirmé que les faux certificats camerounais présentés à l’étranger correspondaient à un total de 6 722 carats.</em> <em>Avec un potentiel de production de diamants de seulement 5 000 carats au Cameroun, il ne fait aucun doute que ces quantités comprennent des diamants de la Centrafrique</em>”, explique l’Ipis dans son rapport “Diamonds in the Central African Republic”.</p>
<p>La plupart des faux certificats et des diamants non taxés transitent par l’aéroport international de Douala, pivot de l’économie camerounaise. Trois ans après que le Cameroun a signé l’accord par lequel il s’est engagé à n’exporter que des diamants qui n’ont rien à voir avec aucun conflit, son aéroport n’a toujours pas d’agence de contrôle du processus de Kimberley, malgré les promesses du gouvernement et quantité de preuves montrant que l’aéroport sert de plaque tournante au trafic.</p>
<p>Cas extrême d’exportation frauduleuse, un paquet contenant 281 869 carats accompagnés d’un certificat d’origine du Cameroun ainsi que d’un faux certificat du processus de Kimberley a quitté le pays via l’aéroport de Douala à la fin de l’année 2009, selon le rapport de l’Ipis.</p>
<p>Les vendeurs de diamants interviewés pour cette enquête disent que les pierres de Centrafrique qui transitent par le Cameroun finissent en Inde, en Belgique et aux Émirats arabes unis – des pôles du commerce diamantaire international.<br />
Les diamants sont petits, leur valeur est élevée et il est difficile de déterminer leur origine. Ajoutez à cela la tentation de la corruption, une gouvernance laxiste et la facilité avec laquelle le processus de Kimberley peut être contourné. Résultat : un flot constant de diamants du sang se déverse sur le marché international.</p>
<p>Consciente du fait que la certification Kimberley risquait de devenir guère plus qu’un cache-misère pour donner bonne conscience aux acheteurs occidentaux, en 2011, l’ONG de défense des droits humains Global Witness a retiré son soutien au processus de Kimberley, expliquant qu’il s’agit à ses yeux d’un<em> “mécanisme dépassé”</em>.<em> “La triste vérité, c’est que la plupart des consommateurs ne peuvent toujours pas être certains de l’origine de leurs diamants, ni qu’ils ne financent pas des violences armées ou des régimes répressifs”,</em> déplore Charmian Gooch, fondateur de Global Witness.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><em>Cette enquête a été premièrement été publiée en septembre 2016.<br />
</em></p>
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