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	<title>Maye Primera et Christian Locka &#8211; The Museba Project</title>
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	<description>Corruption, Human Rights Violations, Illicit Finance Flows</description>
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	<title>Maye Primera et Christian Locka &#8211; The Museba Project</title>
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		<title>#Migrants d&#8217;un autre Monde: Victor et Nebane, les Camerounais qui ne sont jamais arrivés</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maye Primera et Christian Locka]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 May 2020 14:46:19 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Alors qu&#8217;il se préparait à partir en bateau à Capurganá et à traverser le golfe d&#8217;Urabá à l&#8217;ouest vers la frontière entre la Colombie et le Panama, Victor a envoyé une photographie et deux messages vocaux à son cousin germain qui l&#8217;attendait dans le Maryland. « De Capurganá, nous allons au Panama. Demain, nous allons traverser », [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors qu&rsquo;il se préparait à partir en bateau à Capurganá et à traverser le golfe d&rsquo;Urabá à l&rsquo;ouest vers la frontière entre la Colombie et le Panama, Victor a envoyé une photographie et deux messages vocaux à son cousin germain qui l&rsquo;attendait dans le Maryland. « De Capurganá, nous allons au Panama. Demain, nous allons traverser », dit-il dans l&rsquo;un des messages. « La Colombie est si grande ! » Pour atteindre ce village de la côte caribéenne de la Colombie, Victor a voyagé pendant neuf jours, en avion et en bus, depuis le Cameroun à travers l’Amérique du Sud, avec l&rsquo;intention de continuer par la route vers les États-Unis.</p>
<p>« Il a décidé qu&rsquo;il voulait venir aux États-Unis et il voulait prendre la route qui passe par la Colombie et le Panama. Il est arrivé en Colombie sans problème », explique Aloycius Fru -le cousin qui l&rsquo;attendait dans le Maryland- à Univision Noticias Digital, partenaire dans l&rsquo;enquête journalistique « <strong>Migrants d&rsquo;un autre monde » </strong>. Les dernières nouvelles que Victor a donné ont été qu&rsquo;il avait pris le bateau, traversé l&rsquo;océan, traversé à pied la frontière du Panama et il s&rsquo;est enfoncé dans la jungle du Darien. « Il ne savait pas à quel point la route était dangereuse, c&rsquo;était la première fois qu&rsquo;il quittait le pays », dit Aloycius.</p>
<p>Victor Fru Choeh, originaire de Yaoundé, la capitale du Cameroun, a quitté le pays parce que, dans ce climat de guerre civile sanglante qui dure depuis 2016, il ne pouvait pas trouver de travail pour faire vivre sa famille. Le conflit entre l&rsquo;armée et les groupes séparatistes armés anglophones a fait plus de 3.000 morts, 700.000 personnes déplacées et quelques 60.000 réfugiés juste dans le Nigeria voisin. Il a également poussé des centaines de Camerounais à entreprendre chaque année un long et dangereux voyage à travers l&rsquo;Amérique Latine afin de rejoindre les États-Unis ou le Canada et d’y demander l&rsquo;asile.</p>
<p>Victor a acheté son billet d&rsquo;avion le 24 avril 2019 auprès d&rsquo;une agence de voyage appelée IVCA (International Vision Communication Agency). Il a payé 2.994,93 dollars US pour un vol qui a quitté Yaoundé le 10 mai, a fait quatre escales -Adis Abeba, Buenos Aires, Sao Paulo, Lima- et a atterri le 12 mai 2019 à Quito, en Équateur. De là, Victor a mis sept jours pour atteindre la ville de Necoclí, sur la côte caraïbe de la Colombie et communiquer avec son cousin du Maryland.</p>
<figure id="attachment_2959" aria-describedby="caption-attachment-2959" style="width: 474px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-2959" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01.jpg" alt="" width="474" height="476" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01.jpg 606w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01-300x300.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01-150x150.jpg 150w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01-600x602.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01-100x100.jpg 100w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/Victor-01-75x75.jpg 75w" sizes="(max-width: 474px) 100vw, 474px" /><figcaption id="caption-attachment-2959" class="wp-caption-text">Victor Fru au bord de la mer à Necocli</figcaption></figure>
<p>Sur la dernière photo qu&rsquo;il a envoyée à son cousin, Victor est debout au bord de la mer à Necocli, tournant le dos à l&rsquo;eau. Derrière lui on peut voir deux autres personnes portant des gilets de sauvetage. D&rsquo;une main, il montre l&rsquo;océan et de l&rsquo;autre, il tient le téléphone portable. Il a des écouteurs et porte des vêtements de sport, un pantalon Adidas noir et un T-shirt bleu. Dans la main qui tient le téléphone,  on voit briller son alliance. « Il venait de se marier et quand il est parti, sa femme était enceinte d&rsquo;un bébé qui vient de naître », raconte Aloycius, en faisant défiler sur son téléphone les dernières images et messages qu&rsquo;il a partagés avec Victor, ainsi que ceux qui lui ont été envoyés plus tard par d&rsquo;autres migrants camerounais qui l&rsquo;ont croisé sur le chemin.</p>
<p>Selon les données officielles de différents pays, le plus grand nombre de migrants transcontinentaux traversant les Amériques en 2019, étaient des Camerounais. Ils venaient principalement de zones de guerre ou étaient des anglophones fuyant la discrimination et la crise économique.</p>
<p>La famille de Victor est anglophone et a toujours vécu dans des villes francophones : il est né à Douala, la ville des affaires et a vécu avec sa femme et son fils à Yaoundé, la capitale du Cameroun, une ville majoritairement francophone. Il avait 39 ans et venait d&rsquo;obtenir un diplôme en réparation et construction navale. Sa famille a dit que, malgré son expérience et sa formation, en tant qu’anglophone, il était victime de discrimination et ne pouvait pas trouver de bonnes opportunités d&#8217;emploi. À l&rsquo;exception de son cousin Aloycius, qui fait carrière dans l&rsquo;informatique et qui vit aux États-Unis depuis 17 ans avec une femme et cinq enfants, personne dans la famille n&rsquo;a émigré ou même voyagé à l&rsquo;extérieur du pays.</p>
<h2><strong><em>« &#8230;je peux récupérer ses os et les enterrer, creuser un trou et le mettre là&#8230; Je ferais ça.”</em></strong></h2>
<p>La dernière photo sur laquelle on le voit en vie a été prise par l&rsquo;un des 20 Camerounais qui ont quitté Necocli et ont pénétré dans la forêt avec lui. Ils pensaient la traverser en quatre jours et continuer sa route jusqu’à la capitale. On peut le voir en train de se reposer au bord d&rsquo;une rivière, portant une chemise noire et le même pantalon Adidas que celui qu&rsquo;il portait sur les photos qu&rsquo;il avait partagées avec son cousin.</p>
<p>Selon ce que ces migrants ont dit à la famille de Victor, il a commencé à ralentir de plus en plus, jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;ils le perdent de vue. Un second groupe de migrants a trouvé son corps allongé et gonflé sur la berge d&rsquo;une rivière. Ils ont fait circuler sa photo parmi les autres Camerounais, au cas où quelqu&rsquo;un aurait pu l&rsquo;identifier et contacter ainsi sa famille. « Vous voyez le corps ? C&rsquo;est lui », dit Aloycius avec certitude, le corps a le même visage que Victor et il porte un pantalon noir et une chemise noire. « Nous ne savons pas vraiment ce qui s&rsquo;est passé. »</p>
<p>La famille au Cameroun a reçu la nouvelle du décès de Victor et les photos le 8 juin 2019, presque un mois après sa dernière communication avec son cousin. Ils ont appelé Aloycius pour l&rsquo;avertir et il ne sait toujours pas quoi faire : « Le seul de la famille qui est ici, c&rsquo;est moi. Mais je ne savais pas quoi faire, ni à qui parler. Je ne sais pas si je peux faire quelque chose. Peut-être je peux récupérer ses os et les enterrer, creuser un trou et le mettre là&#8230; Je ferais ça.”</p>
<p>Aucun membre de la famille n&rsquo;a eu de contact avec les autorités panaméennes afin d’obtenir des informations sur la mort de Victor. Ils ont peur d&rsquo;avoir des ennuis s&rsquo;ils le font car Victor est entré au Panama sans papiers et ils savent qu&rsquo;il serait impossible de récupérer le corps dans la jungle. Ils ont considéré que le 23 mai 2019 était la date de décès -le jour où ses compagnons de voyage l&rsquo;ont vu et photographié vivant pour la dernière fois- et ont organisé des cérémonies sur les deux continents pour lui dire au revoir.</p>
<p>« Nous avons organisé une petite veillée ici. Nous avons fait venir un prêtre qui a dit la messe au sous-sol. Nous avons installé un petit autel et nous avons bu et mangé après la messe. Là-bas (au Cameroun), ils ont fait des cérémonies traditionnelles, quelque chose comme des funérailles, des choses symboliques. C&rsquo;est très difficile. C&rsquo;était trop pour nous », dit Aloycius.</p>
<h2><strong>Le dernier soupir de Nebane Abienwi</strong></h2>
<p>Chaque semaine, Lambert Mbom reçoit trois ou quatre messages provenant du Cameroun, de personnes qui recherchent un membre de leur famille qui était en route vers les Etats-Unis et qui a disparu, ou avec lequel elles ont perdu le contact. « La plupart sont des messages Facebook et Whatsapp. La semaine dernière, j&rsquo;ai rencontré un ancien étudiant qui cherchait sa sœur. J&rsquo;ai vérifié et j&rsquo;ai découvert qu&rsquo;elle était à Dallas. »</p>
<p>Lambert a enseigné la philosophie et la théologie au Cameroon College of Arts and Science à Kumba, dans le sud-ouest du pays, et était lié à la cause politique qui lutte pour l’autonomie des régions anglophones du Cameroun. Au début de l&rsquo;année 2000, il a été emprisonné, battu, interrogé. En 2004, il est parti pour les États-Unis ; il avait 33 ans. Il n&rsquo;avait pas de famille ici, juste un ami qui lui a trouvé un endroit où dormir. En 2009, il a obtenu l&rsquo;asile. Il a maintenant 47 ans, est marié, et depuis avril 2019 il est devenu américain. Cela fait 16 ans qu’il n&rsquo;est pas retourné dans son pays. « Mon père est mort en novembre 2018 et je n&rsquo;ai pas pu aller l&rsquo;enterrer (&#8230;) Les gens me demandent si le Cameroun me manque et je dis oui, ma famille me manque. Mais le Maryland est devenu comme un second Cameroun. Il y a beaucoup de Camerounais ici et beaucoup d’excellente nourriture.”</p>
<p>Les Camerounais arrivent dans le Maryland depuis des décennies et, comme tout exil, ils reconstituent l’univers de leur pays d’origine, en miniature. Il y a des anglophones et des francophones qui ont migré en différentes vagues depuis les années 1960 pour chercher un avenir ou pour échapper à la persécution et il y a aussi des familles mixtes. En commençant par les Bamiléké, francophones, qui ont été les premiers persécutés et sont partis après l&rsquo;unification du Cameroun, en passant par les Camerounais du nord et sud ouest, anglophones, échappant à la violence du conflit entre l&rsquo;armée et les séparatistes . On peut y trouver tout le Cameroun.</p>
<p>Maintenant, la solution qui consiste à venir aux États-Unis est pire qu&rsquo;avant, dit Lambert : « Le Gouvernement fait tout pour éradiquer l’immigration et il devient de plus en plus difficile de se faire une place ici. Avant, il n&rsquo;y avait pas tant de gens qui venaient en même temps et la communauté pouvait s&rsquo;occuper des nouveaux arrivants. Mais maintenant,  nous avons trop d’arrivées et ils essaient tous de survivre. Le voyage est aussi de plus en plus traumatisant. Ils essaient de “passer sous le radar” et pendant un moment on les perd de vue. Chacun essaie de dissimuler son identité, de ne pas se faire remarquer jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;il puisse se mettre à l&rsquo;abri et voir s&rsquo;il peut trouver de l&rsquo;aide.</p>
<p>En 2018, les États-Unis ont approuvé plus de demandes d&rsquo;asile de Camerounais que dans les deux décennies précédentes (525), selon les chiffres officiels. Et entre 2016 et 2019, ils ont également recensé plus de migrants venus du Cameroun à la frontière sud avec le Mexique que lors des vagues précédentes. Les migrants qui ont réussi à la traverser se sont souvent rendus aux agents des patrouilles frontalières et ont demandé l&rsquo;asile, jusqu&rsquo;à la mise en œuvre du protocole de protection des migrants (MPP par ses sigles en anglais), qui oblige les demandeurs à rester au Mexique pendant que les Autorités d&rsquo;immigration américaines traitent leur dossier.</p>
<p>Plus d&rsquo;un tiers des demandes a été rejeté par les tribunaux américains de l&rsquo;immigration : sur 7.378 demandes d&rsquo;asile camerounaises reçues entre 2001 et 2020, 4.686 ont été accordées, 2.511 refusées et 181 ont bénéficié d&rsquo;une autre protection. Ceux qui reçoivent une réponse négative restent en détention dans les centres administrés par l&rsquo;ICE (Bureau d&rsquo;immigration) jusqu&rsquo;à leur expulsion vers le Cameroun.</p>
<p>Le 1er octobre 2019, un migrant camerounais est mort sous la garde de l&rsquo;ICE en attendant son expulsion : Nebane Abienwi, 37 ans, qui avait six enfants, une femme et a quitté Bafut, au Cameroun, l&rsquo;été 2019 pour l&rsquo;Équateur.</p>
<figure id="attachment_2979" aria-describedby="caption-attachment-2979" style="width: 472px" class="wp-caption alignleft"><img class=" wp-image-2979" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi.jpeg" alt="" width="472" height="971" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi.jpeg 778w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-146x300.jpeg 146w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-498x1024.jpeg 498w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-768x1579.jpeg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-747x1536.jpeg 747w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-600x1234.jpeg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/abienwi-750x1542.jpeg 750w" sizes="(max-width: 472px) 100vw, 472px" /><figcaption id="caption-attachment-2979" class="wp-caption-text">Nebane Abienwi.</figcaption></figure>
<p>Le 5 septembre de la même année, il est arrivé au point de contrôle de San Ysidro, à la frontière entre la Californie et le Mexique, et s&rsquo;est rendu à la patrouille frontalière. Le 19 septembre, il a été transféré dans un centre de détention pour migrants à Otay Mesa et une semaine plus tard, le 26 septembre, il a été transféré au centre médical de Sharp à Chula Vista, avec le côté gauche paralysé. L&rsquo;ICE a signalé qu&rsquo;il a fait un AVC (accident vasculaire cérébral) et avait prévenu sa famille et le Consulat du Cameroun. Il est mort la semaine suivante.</p>
<h2> <strong>Peur dans la communauté  </strong></h2>
<p>« Le personnel médical a estimé que la mort était due à une hémorragie des ganglions de la base « , a déclaré l&rsquo;ICE dans un communiqué. À l&rsquo;époque, Abienwi était le huitième migrant à mourir en détention à l&rsquo;ICE depuis janvier 2019 et le premier de l&rsquo;année fiscale 2020, qui a commencé le 1er octobre. Un de ses frères au Cameroun a déclaré, dans une interview accordée en novembre à USA Today, que Nebane Abienwi, maintenu en vie sous assistance artificielle, avait été débranché avant le consentement de sa famille. Il a également déclaré qu&rsquo;on lui avait refusé à deux reprises un visa pour se rendre aux États-Unis afin de voir et d&#8217;emporter le corps, qui a finalement été rapatrié début décembre 2019.</p>
<p>La mort de Nebane Abienwi est survenue au moment d&rsquo;une crise de l&rsquo;immigration sans précédent à la frontière sud des États-Unis et dans les centres de rétention qui tournent à plein régime. Au cours des quatre dernières années, le seul centre de rétention d&rsquo;Otay Mesa, où Nebane a été détenu, a accueilli plus de 22.200 migrants, dont environ 260 Camerounais. Ils y restent en moyenne environ 41 jours et sont parfois transférés dans d&rsquo;autres centres, ce qui peut augmenter leur séjour de plusieurs années. D&rsquo;avril 2018 à février 2020, 24 migrants, principalement d’origine mexicaine et centraméricaine, sont morts en détention à l&rsquo;ICE dans des circonstances diverses.</p>
<p>Lambert regrette que la communauté camerounaise des États-Unis n&rsquo;ait pas réagi avec plus de force à cette crise qui touche directement leur famille et leurs amis. Il pense qu&rsquo;il devrait y avoir des associations d’africains qui se rendent à la frontière pour aider ceux qui arrivent et raconter les horreurs qui les ont obligés à fuir l&rsquo;Afrique. Mais au fond, il comprend les raisons pour lesquelles la plupart des membres de la diaspora évitent de parler de ce qui se passe au Cameroun et de la situation des migrants à leurs familles : « C&rsquo;est une communauté qui a peur d&rsquo;être prise pour cible par le gouvernement camerounais et de ne pas pouvoir revenir. C&rsquo;est aussi un problème de résider aux États-Unis sans avoir les bons papiers ».</p>
<p>Il fait juste sa part, en retrouvant ceux qu&rsquo;il peut et espère avoir une vie assez longue pour voir le conflit résolu dans son pays et pouvoir revenir : « Je veux rentrer chez moi. Le cordon ombilical de chaque Africain le relie à son village. Nous voulons toujours revenir à nos racines. Même si je suis à l&rsquo;aise en Amérique, je serai toujours un étranger qui voudra revenir chez lui ».</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* « <strong>Migrants d&rsquo;un autre Monde</strong> »  <em>est une enquête journalistique, collaborative, transnationale menée par le Centre latino-américain de journalisme d&rsquo;investigation (CLIP), Occrp, Animal Político (Mexique) et les médias régionaux mexicains Chiapas Paralelo et Voz Alternativa pour En el Camino, des Periodistas de une tarte; Univisión Noticias Digital (États-Unis), Revista Factum (El Salvador); La Voz de Guanacaste (Costa Rica); Profissão Réporter de TV Globo (Brésil); La Prensa (Panama); Revista Semana (Colombie); El Universo (Équateur); Efecto Cocuyo (Venezuela); et Anfibia / Cosecha Roja (Argentine) en Amérique latine. Les autres collaborateurs de l&rsquo;enquête étaient: The Confluence (Inde), Record Nepal (Népal), <strong>The Museba Project (Cameroun)</strong> et Bellingcat (Royaume-Uni). Ce projet a reçu un soutien spécial de la Fondation Avina et de la Seattle International Foundation.</em></p>
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		<title>#Migrants d&#8217;un autre Monde: L’histoire pas si heureuse de Colette</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Maye Primera et Christian Locka]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 May 2020 17:01:46 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[A La Une]]></category>
		<category><![CDATA[Organized Crime]]></category>
		<category><![CDATA[Special Reports]]></category>
		<category><![CDATA[Cameroun]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Colette est “tombée de Charybde en Scylla”. Elle a fui la guerre civile pour trouver la pandémie du coronavirus . Elle a oublié le jour exact où elle a quitté le Cameroun en 2017, mais se souvient que le 19 juillet 2018 elle est arrivée chez sa sœur aux États-Unis, après avoir parcouru pendant un [&#8230;]</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Colette est “tombée de Charybde en Scylla”. Elle a fui la guerre civile pour trouver la pandémie du coronavirus . Elle a oublié le jour exact où elle a quitté le Cameroun en 2017, mais se souvient que le 19 juillet 2018 elle est arrivée chez sa sœur aux États-Unis, après avoir parcouru pendant un an presque tous les pays du continent américain. Cette date est gravée dans sa mémoire, non pas parce qu’elle marque ses retrouvailles avec sa sœur -un moment qu’elle a attendu pendant des mois- mais parce qu’elle figure sur sa demande d&rsquo;asile. « C&rsquo;était une journée comme une autre. Après toute cette souffrance, je ne ressentais plus rien. Après avoir tant pensé « J&rsquo;ai hâte de la voir », l&rsquo;émotion avait disparu ».</p>
<p>Elle a quitté le pays après avoir été enfermée un an chez elle avec ses deux petites filles lorsque les rues de sa ville brûlaient. Elle vivait à Bamenda, dans le nord-ouest, un des territoires anglophones du Cameroun.</p>
<p>« En 2016, la crise a commencé et les enfants ont passé toute l’année 2017, avant notre départ, enfermées à la maison. La guerre, c’était la folie : pas d&rsquo;école, les meurtres, les fusillades, le nombre de personnes que nous avons perdues&#8230; », se souvient Colette lors d&rsquo;un entretien en février 2020, avec Univision, membre de l&rsquo;alliance journalistique qui a mené l’enquête « <strong>Migrants d&rsquo;un autre monde »</strong>*; entretien qu’elle a accordé à condition de rester anonyme.</p>
<p>Selon les organisations de défense des droits de l&rsquo;homme, la guerre actuellement menée par l&rsquo;armée contre les groupes séparatistes armés anglophones a fait plus de 3.000 morts, environ 60.000 réfugiés au Nigeria voisin et 700.000 personnes déplacées à l’intérieur du pays. La guerre a également poussé des milliers de Camerounais, comme Colette, à entreprendre un long et dangereux voyage à travers l&rsquo;Amérique Latine, dans l’espoir d’atteindre les États-Unis ou le Canada pour demander l&rsquo;asile.</p>
<p>La violence a commencé en novembre 2016. Lorsque des enseignants et des avocats anglophones ont protesté dans le nord-ouest du pays afin d’exiger de meilleures conditions de travail, ils ont été brutalement réprimés. En octobre 2017, les mouvements sécessionnistes ont autoproclamé l&rsquo;indépendance de ce territoire, qu&rsquo;ils appellent Ambazonie. Suite à cette déclaration, l&rsquo;armée leur a déclaré la guerre. C&rsquo;est alors que Colette est partie avec ses filles pour les États-Unis afin de demander l&rsquo;asile et rejoindre sa sœur aînée dans le Maryland.</p>
<p>Aujourd&rsquo;hui, confinée à cause du coronavirus depuis début mars, elle vit à Odenton dans une maison de deux pièces qu&rsquo;elle partage avec sa sœur, son beau-frère, deux neveux et ses deux filles, qui ont déjà 4 et 6 ans.</p>
<figure id="attachment_2972" aria-describedby="caption-attachment-2972" style="width: 2560px" class="wp-caption alignleft"><img class="size-full wp-image-2972" src="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1920" srcset="https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-scaled.jpg 2560w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-300x225.jpg 300w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-1024x768.jpg 1024w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-768x576.jpg 768w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-1536x1152.jpg 1536w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-2048x1536.jpg 2048w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-600x450.jpg 600w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-750x563.jpg 750w, https://www.themusebaproject.org/wp-content/uploads/2020/05/IMG_4211-1140x855.jpg 1140w" sizes="(max-width: 2560px) 100vw, 2560px" /><figcaption id="caption-attachment-2972" class="wp-caption-text">Un bébé migrant couché sous une tente.</figcaption></figure>
<h2><strong>La route sinueuse</strong></h2>
<p>Le voyage de Colette a duré près d&rsquo;un an et a été si traumatisant qu&rsquo;elle ne se souvient plus quand il a commencé : « J&rsquo;ai des problèmes avec les dates. J’ai du mal à me souvenir de cette période. Comme quand une année passe sans que tu t’en rendes compte. C&rsquo;est un souvenir très douloureux à conserver ». Cependant, elle a eu plus de chance que la plupart des Africains qui font le même voyage. Certains n&rsquo;atteignent jamais les États-Unis, d’autres sont détenus et renvoyés dès leur arrivée.</p>
<p>Colette et ses filles ont traversé 11 pays &#8211; Nigeria, Brésil, Pérou, Équateur, Colombie, Panama, Costa Rica, Nicaragua, Honduras, Guatemala et Mexique -en avion, en bus, en bateau et à pied- pour rejoindre les États-Unis. Les filles avaient deux et quatre ans lorsque le voyage a commencé.</p>
<p>Selon les données officielles de différents pays, recueillies par cette alliance journalistique transfrontalière pour l&rsquo;enquête « <strong>Migrants d&rsquo;un autre monde »</strong>, la majorité des migrants Africains qui ont traversé le Continent Américain en 2019 étaient des Camerounais.</p>
<p>Beaucoup venaient de zones de guerre ou, comme Colette, étaient des anglophones fuyant la discrimination et la faillite économique. Depuis l&rsquo;unification des territoires anglophones et francophones dans les années 1960, les anglophones, qui représentent 20 % d&rsquo;une population de 25 millions d&rsquo;habitants, se plaignent d&rsquo;être traités par la majorité francophone comme des citoyens de second rang. Ils ont actuellement une faible représentation politique, moins d&rsquo;opportunités économiques et aucune considération de la part du régime de Paul Biya, âgé de 87 ans et au pouvoir depuis 38 ans.</p>
<p>De nombreux migrants camerounais ont des liens avec les États-Unis, par des membres de leur famille, des personnes de leur village ou de leur tribu. Les plus grandes communautés Camerounaises du pays se trouvent dans la région de Washington DC et dans les comtés de Prince George et de Montgomery au Maryland. Il en existe également d’importantes dans les villes texanes de Houston et Dallas et dans certaines villes du Minnesota. Pour la plupart, ce sont des populations d’un niveau d’éducation élevé, possédant souvent plusieurs diplômes universitaires. Elles sont composées d’étudiants boursiers ou d’actifs ayant émigré depuis les années 1960, en plusieurs vagues, cherchant un avenir dans un pays anglophone.</p>
<p>La sœur de Colette est partie aux États-Unis il y a 18 ans, après avoir épousé un Camerounais habitant à Washington. Malgré une maîtrise en comptabilité, elle ne pouvait pas trouver au Cameroun un travail correspondant à son niveau d’études. « Elle est titulaire d&rsquo;une maîtrise en comptabilité et ne pouvait pas trouver du travail. Elle était la quatrième meilleure élève de sa classe. Les emplois sont pour les francophones ; ils ont les meilleurs postes ».</p>
<p>Colette a fait des études de décoration d&rsquo;intérieur. Avant que les manifestations des enseignants et des avocats ne commencent, elle avait sa propre entreprise de décoration et de traiteur dans la ville de Douala dans le territoire francophone. Quand les affaires ont commencé à ralentir, selon elle en raison de la diminution de la demande des francophones, qui ne voulaient pas travailler avec une anglophone, elle a dû retourner à Bamenda chez ses parents. Ils lui apportaient un soutien financier et assuraient la garde de ses filles, pendant qu’elle s’occupait de vente par internet de vêtements de bébé.</p>
<p>Tout d’abord, elle est allée avec ses filles jusqu’au Nigeria avec l’intention de prendre un vol pour le Mexique, puis rejoindre les États-Unis. « Nous sommes allées au Nigeria en vue d’obtenir un visa pour le Mexique, mais nous avons eu des contretemps. Nous n’avons pas pu avoir le visa. On nous a dit qu’il serait plus facile de l’avoir en Bolivie. Pour y arriver, il fallait d’abord aller au Brésil et demander l’asile là-bas. Mais ce n’était que des mensonges », se souvient-elle. À l’époque, elle n’aurait même pas pu localiser un seul de ces pays sur une carte.</p>
<p>Durant cette première partie du chemin, elle était accompagnée d’une autre de ses sœurs et de deux de ses neveux. Ils avaient payé 15.000 dollars à une agence de voyages, qui les a arnaqués. Sans argent, sa sœur et ses neveux sont rentrés au Cameroun et Colette a continué son voyage seule avec ses filles.</p>
<p>Une fois arrivée au Brésil, Colette a demandé l’asile, comme on lui avait dit de faire, à l’agence de voyages du Nigeria où elle avait pris son billet. « Je ne suis restée que trois jours à l&rsquo;aéroport. Comme j’étais avec mes filles, on m’a très bien traitée. J’ai rencontré des personnes qui ont dû attendre au moins une semaine à l’aéroport. Puis j’ai découvert que nous étions coincées au Brésil. Pendant ce temps, j’ai cherché un autre moyen pour continuer», dit elle. Durant le mois et demi qu’a duré cet asile au Brésil, elle a rencontré d’autres migrants Africains de plusieurs nationalités, principalement des Congolais.</p>
<h2><strong>Payer les droits de passage</strong></h2>
<p>Du Brésil, elle est allée au Pérou. Un voyage en bus qui a  duré quatre jours avec de nombreux arrêts, au cours desquels elle devait payer des « droits de passage ». « Le Pérou est si dangereux, les gens que nous avons croisés étaient si malhonnêtes. » Elles ont ensuite traversé l&rsquo;Équateur et la Colombie jusqu’au port de Turbo, où elles ont pris un bateau pour la ville de Capurgana, à la frontière du Panama, et continué leur voyage à travers la jungle du Darien. « A Turbo, j&rsquo;ai rencontré de nombreux Camerounais. Ils ne cessaient pas d&rsquo;arriver. Personne ne voulait voyager avec moi parce que j&rsquo;avais les filles (&#8230;) Jusqu&rsquo;à ce qu’un de mes voisins au Cameroun arrive. Dieu l&rsquo;a envoyé ce jour-là ».</p>
<p>Colette, ses filles, le voisin et 25 autres migrants sont partis en bateau, puis à pied en direction du Panama et ils sont entrés dans la forêt du Darien. « C’est la pire partie du voyage, je ne veux même plus y penser (…). Le Panama, c’est l’enfer sur terre », dit-elle. Ils ont marché quatre jours à travers la forêt et la rivière. Quand celle-ci est montée soudainement, elle a failli emporter Colette et ses filles. Pour s’en sortir, elles ont dû lâcher leurs sacs qui contenaient leurs passeports et leur argent.</p>
<p>Une fois la forêt traversée, elles ont passé un jour au Panama. Elles ont traversé la frontière au Costa Rica, où elles sont restées deux jours, puis elles ont continué à braver des obstacles durant toute leur traversée du Nicaragua et du Honduras. La plupart du temps, elle n’a eu aucun contact avec sa famille au Cameroun.</p>
<p>« Au départ, je ne voulais pas leur dire comment allait se dérouler le voyage parce que personne n’aurait accepté que je prenne de tels risques. Dès que je suis arrivée au Guatemala, hors du danger, je leur ai dit que j’étais déjà au Mexique. Je ne leur ai pas dit où se situait le Guatemala, sachant que peu de gens savent où ça se trouve. J’ai dit que j’allais traverser la frontière. Je ne voulais pas qu’on me pose trop de questions », se souvient Colette.</p>
<p>Au Mexique, elles ont passé douze jours dans un centre de rétention pour migrants à Tapachula dans l’état de Chiapas à la frontière du Guatemala. Une fois arrivée, elle a appelé une amie qu’elle avait rencontrée en Colombie. Son amie lui a recommandé de traverser la frontière du Texas et non pas celle de Californie et elle l’a mis en lien avec une organisation des droits de l’homme qui l’a hébergée à Ciudad Juarez pendant trois jours.</p>
<p>Après plusieurs essais ratés pour traverser la frontière entre le Mexique et les États-Unis, un jour, à l’aube, elles y sont arrivées. Elles ont marché pendant 10 heures avant de pouvoir se rendre aux autorités et demander la protection. « Nous sommes tombées sur la police alors que nous étions déjà aux États-Unis. Les officiers de police nous ont demandé : « D&rsquo;où venez-vous ? » Je leur ai dit que nous venions du Cameroun et que nous voulions demander l&rsquo;asile ».</p>
<p>Colette et ses filles sont restées trois jours dans un centre de rétention à El Paso au Texas pendant que les autorités étudiaient leur dossier et les documents qu’elle avait apportés. « Après trois jours on nous a laissées sortir. Je savais que cela demandait trois jours. Nous avons pris nos affaires et on nous a amenées à un endroit où ils m’ont mis un bracelet électronique à la jambe ». Une fois en liberté, elles ont pris un bus, payé à l’avance par sa sœur, pour aller du Texas au Maryland.</p>
<p>Le 4 septembre 2019, les Autorités Américaines ont admis la demande d’asile de Colette et quelques mois plus tard lui ont accordé un permis de travail en attendant que les tribunaux d&rsquo;immigration se prononcent sur son statut, procédure qui peut prendre jusqu&rsquo;à trois ans. Le nombre de demandes d&rsquo;asile en attente de résolution a dépassé le million en août 2019, selon les données du TRAC (Transactional Records Access Clearinghouse) de l&rsquo;université de Syracuse.</p>
<h2 style="text-align: center;"><strong><em>« Vivre aux États-Unis est si dur ! C’est comme si tu n’avais pas de vie. Toutes ces souffrances que nous avons vécues &#8230; pour ça ? »</em></strong></h2>
<p>D’abord Colette a travaillé dans la boulangerie d’un supermarché à Odenton dans le Maryland. C’était à coté de chez sa sœur et elle pouvait s’y rendre à pied. Puis, elle a trouvé un travail dans un entrepôt de stockage d’Amazon pour un salaire entre 1.000 et 1.100 dollars net toutes les deux semaines.</p>
<p>« Si tu fais des heures supplémentaires, tu peux faire des économies, mais ce n’est pas un travail facile » expliquait Colette pendant un entretien en février 2020. Elle travaillait 36 heures par semaine en trois jours de 12 heures. Elle travaillait la nuit pour pouvoir s’occuper de ses filles pendant la journée. Son objectif à moyen terme était d’ouvrir une petite crèche dans la maison de sa sœur, mais début mars la pandémie du Covid 19 est arrivée aux États Unis et a stoppé ses projets.</p>
<p>« J’ai arrêté de travailler dès que le virus est devenu une affaire sérieuse» dit Colette dans un message Whatsapp en avril. A la différence des autres sociétés, qui ont cessé leurs activités à cause de la pandémie, chez Amazon la charge de travail a redoublé. Les employés qui ne travaillent pas ne touchent pas de chômage. Elle a cependant décidé qu’il était plus sûr de ne pas retourner à l’entrepôt pour ne pas mettre la santé de ses filles et de ses neveux en danger.</p>
<p>Toute sa famille au Cameroun, ses parents et les trois sœurs qui y sont encore, a quitté le côté francophone. Ils sont allés à Douala fuyant la violence de la guerre. La crise sécuritaire continue à impacter le système d’éducation dans le territoire anglophone. En novembre 2019, un mois après la rentrée des classes, plus de 855.000 enfants n’avaient pas accès à l’école et environ 5.000 écoles étaient détruites ou fermées dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays selon l’UNICEF. Avec la fermeture officielle des écoles afin de faire face au Covid 19, la situation est encore pire.</p>
<p>Quand elle fait le bilan de son voyage, Colette ne peut s’empêcher de se demander si cette nouvelle vie valait tous ces sacrifices et tous les risques qu’elle a pris pendant son long trajet. Bien avant que la pandémie ne frappe les États-Unis, quand sa vie était encore normale, quand elle avait du travail et que ses filles allaient à l’école, Colette pensait déjà que sa nouvelle vie n’en valait pas la peine. « Vivre aux États-Unis est si dur ! C’est comme si tu n’avais pas de vie. Toutes ces souffrances que nous avons vécues &#8230; pour ça ? »</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>* « <strong>Migrants d&rsquo;un autre Monde</strong> » <em> est une enquête journalistique, collaborative, transnationale menée par le Centre latino-américain de journalisme d&rsquo;investigation (CLIP), Occrp, Animal Político (Mexique) et les médias régionaux mexicains Chiapas Paralelo et Voz Alternativa pour En el Camino, des Periodistas de une tarte; Univisión Noticias Digital (États-Unis), Revista Factum (El Salvador); La Voz de Guanacaste (Costa Rica); Profissão Réporter de TV Globo (Brésil); La Prensa (Panama); Revista Semana (Colombie); El Universo (Équateur); Efecto Cocuyo (Venezuela); et Anfibia / Cosecha Roja (Argentine) en Amérique latine. Les autres collaborateurs de l&rsquo;enquête étaient: The Confluence (Inde), Record Nepal (Népal), The Museba Project (Cameroun) et Bellingcat (Royaume-Uni). Ce projet a reçu un soutien spécial de la Fondation Avina et de la Seattle International Foundation.</em></p>
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